Sur le chemin de la réconciliation?
28 mars 2017 - Image par Mahaut Engérant
Retour sur la visite du Président Rwandais au Vatican.

Le pape François a reçu le président Rwandais Paul Kagamé, pour sa première visite officielle ce lundi 20 mars, dans le but d’ouvrir à nouveau les discussions sur l’implication du Vatican lors du génocide de 1994. En novembre dernier, une première tentative de réconciliation avait eu lieu, en vain. En effet, neufs évêques rwandais avaient condamné la participation de certains individus catholiques sans pour autant remettre en cause l’intégrité de l’Église en tant qu’institution, au grand regret de Monsieur Kagamé qui s’empressa de refuser ces excuses.

La tension ethnique atteint son paroxysme   

Ce massacre qui a eu lieu en 1994 n’est autre que l’apogée d’un long conflit opposant les deux ethnies dominantes de ce pays, les Tutsis et les Hutus. L’élément déclencheur du désastre a été la mort du président Juvénal Habyarimana, d’appartenance Hutu, lors d’un crash aérien. Certains extrémistes Hutu se sont empressés de mettre en cause la minorité Tutsi, appelant alors à l’assassinat de ces derniers plongeant le pays dans la pire guerre civile de son histoire. Femmes, hommes, enfants, rebelles ont été assassinés, violés et asservis: ce génocide a couté la vie à plus de 800 000  Rwandais, en majorité des Tutsis.

Pendant plus de trois mois, des églises se sont transformées en scènes de massacres. Plusieurs femmes et hommes religieux ont été accusés d’avoir ouvert leurs portes à des militaires Hutu alors que des milliers de Tutsi avaient pris refuge à l’intérieur. Ces derniers ont ainsi été pris dans de nombreux guet-apens sans possibilité de s’enfuir. En 2001, quatre prêtres catholiques ont été mis en examen pour des faits de génocides par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR, institution judiciaire créée par l’ONU pour les questions portant sur ce conflit, ndlr). En 2006, celui-ci a d’ailleurs écroué un ancien prêtre catholique pour avoir donné l’ordre de détruire une église, tuant ainsi près de 2000 Tutsis qui se trouvaient à l’intérieur.

De plus, l’Église est également accusée d’avoir nourri pendant de nombreuses années précédant le génocide, le conflit entre Tutsis et Hutus. En effet, Christian Terra, journaliste spécialiste de la question, indique qu’après avoir parrainé les Tutsi, l’Église a connu un revirement d’alliance au profit de la majorité Hutu et a par conséquent participé à ce qu’il qualifie de «culture raciale» menant au génocide, ce que l’Église à formellement nié depuis.

Une rencontre historique

Ainsi, c’est ce lundi 20 mars, à la veille du 23è anniversaire commémoratif du génocide que le pape François a exprimé «sa profonde tristesse, et celle du Saint Siège et de L’Église, pour le génocide perpétré contre les Tutsis», il a de même «imploré le pardon de Dieu pour les péchés et les manquements de l’Église et de ses membres.» Un discours qui contraste particulièrement avec les paroles de l’évêque Philippe Rukamba alors président de la Commission épiscopale rwandaise qui avait complètement nié l’implication du Vatican dans le génocide, en novembre dernier. Ces excuses avaient notamment profondément déçu le gouvernement rwandais qui les jugeait «inadéquates.»

L’implication de cette rencontre

C’est «un nouveau chapitre» qui s’ouvre entre l’Église et le Rwanda si l’on en croit les paroles de Paul Kagamé. Dans un pays où la majorité de ses habitants est de confession catholique, il semblait donc primordial pour le pape François de re-crédibiliser l’image de l’Église afin qu’elle devienne à nouveau un acteur majeur dans la politique rwandaise et dans le maintien de la paix dans cette région du monde. Ainsi, les sincères excuses et la prise de responsabilité de l’Église, qui constituent une première pour le Vatican dans ce conflit, ne peuvent nous faire qu’espérer le commencement de la fin des tensions qui subsistent toujours dans ce pays, à l’aube d’une nouvelle commémoration. 

 
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