Goupil à la montréalaise
23 novembre 2010
Quelques planches de bois clair empilées, des rires derrière les rideaux sombres, les éternels sièges verts qui se remplissent. Le théâtre Mainline se dresse dans toute sa splendeur avec la pièce Dark Owl.

C’est dans une atmosphère de début d’hiver, où les dos se courbent et où les cernes s’agrandissent sous l’effet terne de la lumière, que la pièce Dark Owl commence. À l’intérieur de petites maisons de bois au cœur du Nouveau-Brunswick, on nous chuchote de grands secrets.

«J’suis pu dans’ game.» Les paroles pesantes d’Utrope, vieux père de famille, résonnent du fond de la salle. Le dos courbé, une pipe aux lèvres et son shack comme seul havre de paix. La famille est morte, les personnages s’enterrent. Enrobée dans des sentiments refoulés et des non-dits camouflés par des disputes infantiles, l’histoire de Dark Owl soulève aussi des questions de communication, seule capable de sortir les personnages de l’isolement dans lequel ils sont plongés. Le mystère de la malédiction jetée sur la famille d’Utrope s’éclaircit petit à petit, au milieu des engueulades, des chansons et des cris de désespoir. Dans cette ville inconnue où quelques étrangers portant malheur «arrivent de nulle part et repartent vers nulle part», le temps semble figé à jamais, les habitudes de chacun se cristallisent dans un quotidien insupportable fait de querelles, de conditions de travail intolérables et de malheur.

«Tout ça, c’est la faute au Djibou.» Le texte du néo-brunswickois Laval Goupil, traduit par Glen Nichols, est retravaillé dans une langue à part, où des morceaux volés au français s’introduisent timidement au cœur d’une phrase à la sonorité anglo-saxonne. De cela résulte une pièce bilingue, ou plutôt «franglaise», où deux cultures sont fusionnées pour raconter une histoire à peine narrable.

Jaclyn Turner

«Oh, please release me let me go.» Les dialogues sont poignants et très bien interprétés. L’histoire mystérieuse et pesante de Dark Owl s’extirpe de sa petite cage dorée par le dialogue et l’écoute. Si les paroles ne trouvent pas bonne réception chez les personnages, le public suffit à les absorber, un mot à la fois. Le ton de la pièce ne vire tout de même pas au désespoir, mais c’est un peu déboussolé que l’on quitte la salle et l’univers de cette famille particulière.

«En tant que société, nous devons briser notre isolation volontaire et reconnecter», précise Jessica Abdallah, la metteure en scène, comme on peut le lire dans le programme. En transposant le discours de Goupil à la réalité montréalaise, où deux cultures hésitent encore à se mélanger, elle propose une réflexion intéressante sur l’identité, que celle-ci  se définisse par une langue, une origine ou même une passion. Mike Payette, Mathieu Perron et Brian Imperial, du Théâtre Table d’Hôte, écrivent également dans le programme que «le théâtre se bat pour l’ouverture d’esprit, pour le partage».

Une pièce imposante à laquelle les paroles porteuses de vérité donnent une raison d’être et d’être vue.

 
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