La tête en friche
18 octobre 2010

Il y a de ces films qui vous marquent non par une aventure rocambolesque ou une esthétique novatrice, mais par une sincérité qui ne manque pas de vous toucher. La Tête en friche, le dernier film de Jean Becker (Les Enfants du Marais), fait partie de ceux-là.

Adapté du roman du même titre de Marie-Sabine Roger par Jean-Loup Dabadie et Jean Becker, La Tête en friche est l’histoire d’une rencontre. Une rencontre entre deux personnages bien différents l’un de l’autre et une rencontre avec les mots. Germain Chazes (Gérard Depardieu), un homme dans la force de l’âge, illettré ou presque, et la risée de sa petite ville, développe une relation avec Margueritte (Gisèle Casadesus), une dame âgée de 86 ans, très érudite. Le lien se crée d’emblée par le plaisir qu’ont les deux à prendre le temps, et à savourer les petites choses du quotidien, comme de compter et nommer les pigeons du parc.

Avec une mère (Claire Maurier) qui ne lui a jamais témoigné d’affection et un instituteur qui à l’école se moquait de ses difficultés d’apprentissage, Germain s’était fait à l’idée que les lettres n’étaient pas ses amies, et n’a pas cultivé sa tête, laissée «en friche». Le monde de Germain n’est pas toujours drôle: son ami, veuf depuis quelques années, menace de se suicider, la patronne du bistrot est quittée par son petit ami de vingt ans son cadet, et sa mère ne manque pas de lui rappeler qu’il est un fardeau et un bon à rien.

Cependant, à travers les lectures à voix haute que lui fait Margueritte, Germain voyage, car «avec un dictionnaire […] d’un mot à l’autre, on se perd, comme dans un labyrinthe, on s’arrête, on rêve». Germain possède une imagination candide que Becker parvient à illustrer magistralement dans les séquences où il s’émerveille devant un passage de La Peste de Camus ou du Vieux qui lisait des romans d’amour de Sepúlveda. Le monde s’embellit alors qu’il possède enfin les mots pour le décrire. Il ne «baisera» plus sa copine Annette (Sophie Guillemin), mais lui «fera l’amour».

Les livres et le dictionnaire ne renferment toutefois pas tous les mots pour décrire la réalité de Germain, par exemple toutes les sortes de tomates qu’il cultive dans son potager. Ce n’est alors pas seulement le plaisir de lire que développe Germain, mais surtout le plaisir de communiquer et de partager. Lui qui refusait de donner un enfant à sa copine, car il ne voyait pas ce qu’il avait à offrir, conçoit petit à petit les relations différemment.

Malgré peut-être des dénouements prévisibles, La Tête en friche est une réussite par la simplicité du traitement du sujet. L’histoire, remplie de tendresse et d’espoir, est très simple, l’action au sens propre est quasi absente, et c’est plutôt sur le jeu des acteurs et un dialogue authentique et émouvant que repose la beauté de ce film. Il peut sembler difficile d’imaginer Gérard Depardieu, ce Cyrano de Bergerac, en grand sot, mais l’acteur fait preuve ici d’une de ses meilleures interprétations.

 
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