La tête en friche
29 septembre 2009
À voir, voire revoir

Il y a quelques années un de mes camarades, estomaqué par mon inculture cinématographique, a dressé une liste des films que je devais absolument voir pour accéder au statut d’être humain fréquentable. Une centaine de films m’étaient assignés, et mon maître s’informait chaque lundi de mes progrès. Dans mes folles années, l’idée de passer une soirée dans la maison familiale durant la fin de semaine dépassait mon entendement, et je préférais nettement assister à des fêtes décadentes dans des appartements surpeuplés ou refaire le monde avec qui le voulait bien. En fait, je crois que c’est surtout que je n’aime pas trop me faire dire à quel point je ne connais rien, à quel point mon ignorance est terrible, inacceptable et fait de moi un individu à peine digne de parole –voire de vie.

Et pourtant, je me suis surprise à servir ce commentaire lors d’une conversation. En fait c’était plutôt un palmarès, la conversation devenant impossible après trois jours de cohabitation à douze dans un chalet. Bref, on était à court, et on a joué à «Quel est ton film préféré?». Quand on est arrivé à «À quelle célébrité penses-tu lorsque tu fais l’amour?», je suis partie dehors voir si j’y étais. Bref, lorsque j’ai dit Dogville et que le petit blond à côté de moi a rougi de son ignorance, j’ai eu un petit sentiment de supériorité mêlé de pitié. Parce que, quand même, ce film a réellement changé ma vie. Je vous le jure. Je l’ai regardé un soir très tard, et je n’ai pas dormi de la nuit en pensant à la Beauté et à la Grandeur du Cinéma, et j’ai décidé de devenir actrice. Tout ça grâce au talent immense de Nicole Kidman et à Lars Von Trier. Mieux connu sous le nom de «tu sais le film sans décor sur une scène noire avec des traces de craie sur le sol». Le film explore avec une acuité et une finesse inégalées les tréfonds de l’âme humaine –rien de moins. Rarement peut-on voir un film qui excelle autant dans la représentation des élans et des instincts les plus profonds de l’Humanité. Je sais que c’est terriblement lourd de lire un texte avec tant de majuscules, mais en fait je crois que c’est surtout une preuve de mon échec à expliquer un film finalement trop grand pour moi.

 
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