La tête en friche
26 janvier 2010
Écrivez-moi

Alors depuis quelque temps, je vous écris en espérant vainement du courrier de vous. Et je dis vous, puis-je vous tutoyer? Franchement, je voulais surtout dire à quel point j’apprécie ton soutien, lecteur. Il y a beaucoup de gens qui m’écoutent, ou enfin qui m’entendent, dans la vie de tous les jours, mais les oreilles n’ont pas de paupières, comme disait l’autre. Me lire, c’est différent. T’avais le choix de tourner la page, de regarder le dessin avec énervement -elle, elle m’éneeeeeeerve!- de mettre le journal au recyclage, ou, Dieu te pardonne, à la poubelle, tout ça pour dire que t’étais pas obligé. Peut-être aussi que tu t’ennuyais, tu t’es dit c’est bien parce que j’ai terriblement pas envie de commencer à étudier, je lui laisse une dernière chance -peu importe. Merci.

***

J’ai toujours cru que regarder des films tristes quand on est triste, ça remet les choses en perspective, ou à tout le moins ça change le mal de place. Les films qui finissent bien, parfois, me donnent l’impression qu’on se fout de ma gueule. L’Auberge espagnole, le film qui donne envie de faire un échange étudiant à Barcelone, finit sur le personnage principal qui se sauve du bureau -et surtout des collègues qui, lorsqu’ils apprennent son âge, s’exclament «Vous serez une jeune retraité alors!» – rentre chez lui, décide d’accomplir son rêve: devenir écrivain. Un petit raccourci. C’est une jolie fin, mais pas nécessairement une excellente fin. Un film gentil, mais pas magnifique. J’aime pas les fins trop finales, j’ai l’impression qu’on me dit: «Tu vois, pour le reste du film on voulait quelque chose de plus complexe, mélanger le tragique et le comique, des intrigues entrecroisées, postmoderne et tout ça, et à la fin on s’est dit que les spectateurs devaient plus suivre, alors on a simplifié, de toute façon tout le monde aime le bonheur.»

Eh bien non, je suis une terrible grognonne exigeante, les fins heureuses me déçoivent toujours un peu. Ce n’est pas tout à fait du snobisme, c’est surtout que je n’aime pas qu’on me dise que tout est bien qui finit bien.

Parce que c’est pas si simple, la vie.

 
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