Le conflit continue
21 septembre 2010
Une confession tout d’abord. Je ne suis pas québécoise, je suis même Française et Américaine… Je suis une mutt. Et comme vous le constatez, je me permets de commenter le bilinguisme au Québec, à Montréal, et sur le campus McGill. Non mais, pour qui je me prends?

Une confession tout d’abord. Je ne suis pas québécoise, je suis même Française et Américaine… Je suis une mutt. Et comme vous le constatez, je me permets de commenter le bilinguisme au Québec, à Montréal, et sur le campus McGill. Non mais, pour qui je me prends?

Cette question épineuse (pour le moins) de la coexistence du français et de l’anglais est tout simplement trop complexe et trop intéressante pour que je ne m’y attarde pas, surtout étant donné mon identité hybride. J’ai l’espoir totalement illusoire de vous faire rigoler un petit peu pendant les mois qui suivent, mais j’ai surtout pour but de réfléchir aux enjeux multiples qui s’entrecroisent dans cette situation sociale complètement unique et propre au Québec –une province qui m’a quand même chaleureusement accueillie!

Ceux qui sont restés à Montréal cet été, les McGillois québécois et les autres qui ont peut-être perdu le chemin de leur comfort zone le savent déjà: le débat fait rage à propos du projet de loi 103. Celle-ci permettrait aux parents francophones et allophones d’envoyer leurs enfants dans des «écoles passerelles» (établissements anglais privés et non subventionnés par l’état), depuis lesquelles, à la suite d’une scolarité de trois années, les jeunes pourraient passer dans le réseau public anglophone. Cela parait plutôt inoffensif à première vue; mais c’est en fait un moyen de contourner la loi 101, puisque a priori, une fois les trois ans passés, toute la descendance obtient le droit de fréquenter le système anglophone.

Sans grande surprise, c’est surtout le Parti québécois qui fait sonner l’alarme sur ce qu’il perçoit comme une nouvelle attaque de la place du français au Québec, ou encore une nouvelle brèche dans la loi 101 qui s’élargit depuis des années. Les critiques politiques nationalistes et conservateurs accusent Jean Charest d’entraver la marche vers un Québec uni francophone; d’autres au point de vue plus fin font remarquer que le Parti libéral souhaite surtout s’approprier le vote des anglophones, pas vraiment minoritaires.

D’un côté la défense de la culture et de la langue québécoise; de l’autre, la question des droits individuels. Car oui, après tout, pourquoi n’aurait-on pas le droit de choisir la langue de son éducation? Eh bien non! Le PQ voudrait faire appliquer la loi 101 aux écoles passerelles, c’est-à-dire défendre aux francophones de poursuivre leurs études dans le système anglais. Selon Stéphane Beaulac, professeur de droit à l’Université de Montréal, appelé à témoigner dans cette affaire, il n’y a rien dans la constitution canadienne qui défend le Québec d’agir ainsi. «Il n’y a pas, soyons clair, de droit à l’éducation dans la langue de notre choix.» Peut-être vaudrait-il mieux rappeler qu’il est totalement dans les droits, et logique, par ailleurs, pour un État de vouloir et de pouvoir régir l’éducation nationale. Or le Québec n’est pas une province ordinaire… Je peux très bien comprendre qu’accueillir des immigrants au Québec pour ensuite leur permettre de devenir anglophones peut paraître contre-productif.

J’ai eu l’opportunité de pouvoir choisir entre les deux systèmes, mais seulement grâce à la double-nationalité. Faut-il donc poursuivre une politique dans laquelle la nationalité décide de tout, alors que le territoire devient de plus en plus bilingue ?

Il est possible qu’encourager une telle mesure (forcer les écoles passerelles à se soumettre à la loi 101) revienne à imposer de force un modèle québécois particulier aux électeurs francophones qui, de toute évidence, ont leur propre idée sur la société québécoise moderne. Peut-être est-il temps d’accepter que le Québec n’est plus l’enclave française de jadis. S’isoler dans le monde actuel, c’est le dépérissement. Je suis complètement pour la défense du français (je suis avant tout une littéraire), mais pas lorsqu’il s’agit d’ignorer la volonté du peuple. x

 
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