Pour en finir avec les finals
24 novembre 2009

Novembre s’achève déjà (qui l’a vu arriver??) et avec lui se couronne la saison automnale du Délit. Eh oui, vous tenez entre vos petites menottes tremblantes d’étudiant au bord de l’épuisement «fin-de-sessionnel» le dernier numéro de votre délectable «Délice hebdomadaire». Nous vous offrirons bien un improbable numéro conjoint Daily-Délit lundi prochain, où nous rêverons d’une université meilleure, question de sublimer nos pulsions freudiennes entre deux papers dont le sens profond nous échappe. Mais pour ce qui est du Délit dans son intégralité, c’est finito jusqu’en janvier.

D’ici-là, vos dévoués Déliites canaliseront leurs énergies à célébrer Noël en famille et à se shaker le bombom au premier coup de minuit de l’An de grâce 2010. Mais avant d’atteindre cet eldorado de ripailles et de festoiement, il faudra toutefois sortir vivants de la course à obstacles de ceux-dont-il-ne-fautpas- prononcer-le-nom, sous peine de subir un influx nerveux suffisant pour alimenter le Nord-Est américain en électricité, et j’ai nommé les terrifiants finals.

Il faut dire que notre chère alma mater ne fait rien pour rendre l’expérience plus agréable –ou minimalement moins pénible. Un observateur mal préparé resterait sûrement perplexe à la vue de la faune cernée et fébrile qui peuple le Redpath aux alentours des 4 ou 5 heures du matin, mus par un sentiment de culpabilité qui nous suit dès qu’on met les pieds hors de cette bibliothèque ouverte 24h/7. Et quoi de plus agressant pour les nerfs que d’être assis devant une petite table chambranlante, rangée F32 du Currie Gym, tandis qu’une voix grinçante en direct des profondeurs d’outre-tombe vous hurle dans les oreilles que «if you feel sick, you must say it right now or you will have to stay in the room until the end of the exam». Et lorsqu’on vous autorisera enfin à empoigner votre crayon, votre voisine de droite se mettra inévitablement à renifler frénétiquement –sûrement victime de la grippe dont on taira elle aussi le nom– et le mec derrière vous se mettra à shaker de la patte à 150 bpm (histoire vécue…). Pensez donc à vous apporter un kit de survie complet composé de bouchons, d’ornières, d’une sarbacane et de quelques fléchettes empoisonnées, question d’en sortir trois heures plus tard sans qu’un de vos nerfs de cou ait cédé sous la tension. Bref, cette bien-aimée McGill fait tout ce qui est en son pouvoir pour ouvrir nos esprits au merveilleux monde de la connaissance universelle.

Trêve d’ironie, il reste qu’une trop grande proportion d’entre nous subit une immense pression de performance et d’excellence, externe comme auto-imposée, au point où on perd souvent de vue l’objectif d’apprendre pour plutôt viser l’objectif du «A» tout court. Dans notre société hypermoderne qui valorise à outrance la performance individuelle et la réussite personnelle, tout ce qui est en bas de la barre fatidique du A ne peut qu’être considéré comme un échec. Dans de telles circonstances, ce n’est pas étonnant qu’on occulte le fait que cette pression en pousse beaucoup à franchir les portes du centre de santé mentale, affligés par l’anxiété et les crises de panique.

* * *

«Aaaarggh», vous dites-vous judicieusement dans votre for intérieur à la lecture de ces mots. «Pourquoi diable la seule lecture de la semaine à m’offrir un repos intellectuel minimalement teinté de culpabilité de ne pas être en train d’étudier doit me rappeler, en évoquant ces maudits finals, que je ne suis justement pas en train d’étudier?» D’abord, parce que savoir qu’on n’est pas tout seul à angoisser, c’est déjà un peu moins angoissant. On vous attend donc de pied ferme le 12 janvier, toujours prêts à égayer votre périple mcgillois.

 
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