La tête en friche
20 octobre 2009
L'étranger

Arrivée à McGill dans la naïveté de ses dix-neuf ans, une jeune fille francophone peut vivre une expérience assez troublante. Elle se croyait ouverte d’esprit, curieuse envers les autres cultures… mais non. Finalement, les bottes pantoufles, les lunettes de soleil l’hiver, les sweatpants gris et les «Ahmagod and then he was like, and then I was like, and then -yeah, you know, right? I told like, you’re suuuch an asshole» ont créé un authentique choc culturel. Désorientation, déprime, envie de voir sa mère et de manger de la soupe, l’impression de ne rien comprendre des codes sociaux.

Finalement, maman n’est jamais venue.

Quatre ans plus tard, l’adaptation n’est pas tout à fait accomplie, mais bon, il y a un début à tout: la cohabitation n’est plus pénible. Les clichés s’effacent, il y a finalement des gens avec qui on peut communiquer –qui même parfois portent des lunettes de soleil en hiver.

Et pourtant…

Un soir, une nuit plutôt, une pendaison de crémaillère. Les anglos dans la petite pièce du fond, entre eux. Les francos dans le salon, sur les balcons, boivent comme des trous, parlent fort et dansent. Et à un moment, en chemin entre le plancher de danse et le balcon arrière, une vision des plus étranges. Les anglos-intellos, dans la bibliothèque jaune, se passent un séchoir à cheveux. Allumé. Ils se le passent, comme si chacun avait quelque chose à sécher, qui les cheveux, qui le bras.

Ils sont complètement secs.

Ils ne boivent rien.

Ils ont beaucoup de style.

Ils s’amusent avec un séchoir.

Les gens que je connais sont déjà explosés, s’embrassent, parlent de philo avec des longues phrases incohérentes, dansent sur les Spice Girls. Il faut dire qu’il est tard, que les groupies du séchoir sont les derniers des anglos de la place (sélection naturelle inversée?).

Intrigante, la nouvelle se répand vite, suscitant les conjectures les plus variées. Une machine à air chaud. Découvertes importantes sur les lois de la physique? MDMA? Inside joke?

***

Une jeune française, quatorze ans. En visite au Québec. Elle se met du vernis à ongles avec sa grande soeur. Sur des chaises longues. Il fait soleil, un ballon de plage Club Med flotte dans la piscine creusée. La petite: «On dirait un film américain! Tu sais, là y’a une fille qui va arriver et dire ‘’Andy fait une boum samedi soir, et on est toutes invitées!’’».

Non, je crois pas. Les anglos m’invitent jamais dans leurs parties, de toute façon je comprendrais rien.

 
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