Le loup-garou du campus
8 septembre 2009
«Three cheers for McGill...»

Quand on envisage d’aller étudier à McGill, on imagine souvent la qualité des équipements de recherche, le prestige du diplôme ou encore l’excellence de l’enseignement. Quand on est accepté à McGill, la première activité qui nous est proposée consiste à boire de la bière à outrance, à entonner des chansons ordurières et à tenter, pour les plus audacieux, de ne pas passer la nuit seul.

Au premier abord, les activités d’initiation—Frosh pour les intimes—peuvent faire figure d’intrus à McGill. Ces événements sont pourtant étonnamment peu polémiques. Il faut reconnaître que cette tradition est présente dans la plupart des universités et que McGill est loin d’avoir les initiations les plus choquantes. Des pratiques autrement plus humiliantes auraient lieu à la Polytechnique ou aux Hautes études commerciales.

Les Frosh se déclinent en différentes catégories. Tout d’abord, chaque faculté organise ses propres festivités. Même si chacune aime avoir ses spécificités, la logique est toujours la même: on vous donne le même chandail que les centaines d’autres froshies, on vous assigne un frosh leader qui promènera votre groupe de bar en bar et on organise des activités pour «briser la glace». Bon enfant sur le principe, les dérapages ne sont pas rares dans les Frosh organisés par les facultés.

Notez, par exemple, que tous les étudiants qui ont payé pour le Frosh disposent de bière à volonté. Sachez ensuite que les étudiants mineurs peuvent s’inscrire. Personne ne semble s’être inquiété de cette faille logique béante jusqu’à cette année. La sécurité de l’Université a en effet décidé de suspendre la distribution de bière pour une journée après avoir remarqué plusieurs de ces infractions au Frosh de la Faculté des sciences.

Il existe aussi les Frosh alternatifs, organisés par des groupes de toutes sortes. Ces Frosh sont destinés à tous les étudiants qui ne tiennent pas à se soûler, à se voir offrir des condoms ou à prendre part à des activités conformistes qui briment leur autonomie morale. Parmi ces Frosh, on compte bien sûr ceux motivés par des raisons religieuses. Il faut dire que l’esprit des Frosh traditionnels peut mettre mal à l’aise plus d’un musulman ou chrétien pratiquant. Les Frosh des associations religieuses sont aussi ouvertes aux non-pratiquants et se contentent d’activités plus sages telles que des après-midis Laser Quest ou des chasses aux trésors dans Montréal.

Mais le Frosh le plus subversif n’a pas de perspective religieuse, au contraire. Il s’agit du Radical Frosh, l’initiation «créative et politiquement progressiste» de McGill, comme ses organisateurs la décrivent. Radical Frosh incarne le refus de toutes les structures de pouvoir et la défense de leurs victimes. Pas de frosh leaders, mais des «facilitateurs» sans relation d’autorité sur les nouveaux étudiants. Pas de chansons vulgaires, mais des ateliers de sensibilisation aux questions de «justice sociale et environnementale». Autant dire que c’est une autre galaxie.

La diversité des Frosh permet à chacun d’avoir des chances de se faire des amis partageant les mêmes goûts et les mêmes convictions. Pourtant, le but d’une initiation n’est-il pas de faire découvrir aux étudiants une culture nouvelle, celle de l’université? Si l’on refuse le choc culturel, peut-on vraiment se faire accepter dans la vie étudiante? Oui. Car la vie étudiante à McGill est plurielle. Les Frosh ne sont donc pas des intrus mais ils reflètent admirablement cette multitude. L’esprit étudiant mcgillois est quelque chose d’impossible à décrire de façon uniforme, si ce n’est peut-être le respect que beaucoup portent à William Shatner.

À chaque deux semaines, cette chronique tâchera de vous faire découvrir la vie de tous ces univers parallèles qui cohabitent sur votre campus.

 
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