Débat sur le campus
7 février 2017 - Image par Sofia Enault
Deux manifestations s’opposent à McGill.

Il est bientôt 16h, ce mercredi 1er février, et un groupe d’étudiants s’est rassemblé sur les marches du musée Redpath. Ils tiennent à la main des pancartes antifascistes et anti-Trump, sur lesquelles on peut lire des slogans tels que «Be the fist you want to see in a fascist’s face» (Soyez le poing que vous voulez voir dans la figure d’un fasciste, ndlr, référence malencontreuse aux mots souvent attribués à Gandhi). Cependant, ce qui aurait pu s’avérer n’être qu’une énième manifestation contre le président américain, est en fait le résultat d’un débat plus profond qui a éclaté il y’a quelques jours sur la page de l’événement de la manifestation «United We Stand» («Unis nous resistons» en français, ndlr), organisée par la Société des étudiants internationaux de McGill (McGill International Students Network en anglais, ndlr).

Cet événement avait été créé pour permettre aux McGillois de montrer leur soutien envers la communauté musulmane et toutes autres personnes atteintes par les événements de la semaine dernière. Toutefois, certains étudiants déçus et frustrés par l’interdiction de tout signe politique pendant la manifestation «United We Stand» et par le fait qu’elle était ouverte à tous (et donc aux supporters de Trump), prirent l’initiative d’organiser leur propre manifestation, au ton cette fois-ci ouvertement politisé. Cette contre-manifestation, organisée avec l’aide de McGill contre l’austérité, (McGill against austerity en anglais, ndlr). ne se voulait pas forcément opposée aux idéaux de la manifestation «United We Stand», mais plutôt au concept qu’il était possible de dépolitiser une telle situation.

Divisés ensemble

Au début, les deux manifestations se déroulent relativement dans le calme. Celle de «United We Stand» occupe l’intersection Y et se passe pour la plupart en silence, la foule ayant formé un cercle autour d’un jeune homme aux yeux bandés qui accepte les câlins des participants, pendant que les organisateurs, armés d’un mégaphone, invitent les gens à partager leur expérience. À cent mètres de là, les contre-manifestants se tiennent devant le musée Redpath avec leurs affiches colorées, répétant des slogans anti-Trump. Tout à coup, sous l’encouragement d’une des organisatrices, la contre-protestation se met en marche vers la manifestation «United We Stand» en criant «Fuck Trump».

Le groupe descend alors vers l’intersection Y, où il semble contourner les autres manifestants et continue lentement son chemin vers le bâtiment McDonald. Là, pour des raisons peu claires, les antifascistes décident de faire demi-tour et cette fois-ci essayent carrément de passer à travers le cercle formé par les manifestants «United We Stand». Certains de ces derniers refusent de bouger pour laisser la manifestation anti-Trump passer, même si quelques secondes plus tard, des manifestants de «United We Stand» s’exclament «Let them through» («laissez-les passer», ndlr). Trop tard. Les deux manifestations se retrouvent tête-à-tête, laissant place à un débat échauffé, entre les membres des deux groupes, qui dura plus d’une heure.

À plusieurs reprises, des sympathisants de la manifestation «United We Stand» expliquent qu’ils ne sont pas en désaccord avec les revendications anti-Trump des autres manifestants. Ils avaient simplement souhaité se rassembler en paix pendant un instant, pour partager la peine de leurs semblables.

Désenchantement général

Un groupe de participants, venant des pays touchés par l’interdiction de voyager émise par l’administration de Trump, explique vouloir quitter la manifestation avant la fin, désenchanté par le fait d’être forcés d’écouter un tel débat, au lieu de pouvoir se recueillir.

Les échanges des manifestants sont ponctués par les exclamations occasionnelles des fans de hockey qui regardent un match se jouer sur le lowerfield. Le bruit des rondelles de hockey heurtant les parois du ring, semblable à un coup de feu, ajoute à l’étrangeté de la scène.

Alors que la nuit arrive et que la température baisse, la foule fond. Les gens rentrent chez eux, pour la plupart déçus, fâchés et fatigués par ces débats qui divisent et n’en finissent plus.  

 
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