Contre nature
5 novembre 2013
Divest McGill milite contre les investissements dans les énergies fossiles.

Divest McGill n’a pas pu projeter ses images sur le bâtiment Shatner jeudi soir, comme cela avait été prévu au départ. Le groupe voulait profiter de la présence des nombreux étudiants en file d’attente pour les événements d’Halloween prévus dans le bâtiment pour diffuser son message. Toutefois, la sécurité de McGill a contraint Divest McGill à utiliser un autre emplacement dans la rue McTavish. Compte tenu des conditions météo déplorables, l’événement n’aura pas eu une grande visibilité. Quelques diapositives dénonçant les investissements de McGill dans les énergies fossiles, et notamment les sables bitumineux, ont été projetées. On pouvait y lire des slogans tels «Maintenant, qu’est-ce qui fait peur? Les changements climatiques!» ou encore «Donnons-nous la chance que notre fin soit celle d’un compte de fées. Renonçons aux énergies fossiles maintenant».

David Summerhays, un des organisateurs, a répondu aux questions du Délit.

Le Délit (LD): Peux-tu en dire plus sur l’Association, son but et son parcours?

David Summerhays (DS): Divest McGill a commencé en septembre 2012. Nous demandons que McGill désinvestisse dans les 200 premières compagnies qui produisent des énergies fossiles (pétrole, gaz de schiste, charbon, sables bitumineux…etc). McGill a à peu près 30 millions [de dollars] d’actions [qui génèrent un rendement], dont un petit pourcentage est réinvesti dans les bibliothèques ou dans les bourses. L’année dernière, nous avons suivi une démarche du Committee to Advise on Matters of Social Responsibility (CAMSR, Comité de Conseil sur les Affaires de Responsabilité Sociale, ndlr) de McGill, une sorte de processus de plainte qui requiert certains critères, dont une pétition de 300 signatures (on en a eu 1200) […] et un dossier pour expliquer les maux que les compagnies causent. On a fait une présentation devant le comité et ils ont répondu qu’on ne leur avait pas donné suffisamment de preuves pour que McGill désinvestisse. Cette année, on veut continuer à dire à la communauté qu’on existe et que McGill investit dans [ces énergies] contre ses propres valeurs. Ils parlent beaucoup de durabilité. On voit [le désinvestissement] comme la prochaine étape.

LD: Êtes-vous un organisme isolé ou bien la demande pour le désinvestissement est-elle un phénomène plus global?

DS: Il y a 300 campagnes de désinvestissement en Amérique du Nord, dans les universités, mais aussi dans des associations religieuses. On sait que l’exemple que donnent les universités peut être très important pour la société. Par exemple, beaucoup d’universités ont désinvesti dans le tabac dans les années 1970 et, tout de suite après, on a vu une vague de lois contre le tabac sortir.

Pour l’instant, les compagnies pétrolières [apparaissent comme légitimes], mais, après un désinvestissement, ça sera beaucoup plus difficile pour les hommes politiques, par exemple, de faire affaire avec eux. Presque tous les pays au monde se sont mis d’accord [pour endiguer le réchauffement climatique], mais ces compagnies continuent [d’extraire massivement] des énergies fossiles. Le prix de leurs actions est basé sur ce qu’ils ont en réserve. Ils font une exploration de plus en plus désespérée qui les amène à fouiller dans les terres autochtones, les réserves fauniques ou l’Arctique. Ils rentrent en conflit avec les petits bouts de nature qui restent sur la Terre. Le changement climatique va entraîner [la montée des océans] et beaucoup de problèmes avec l’agriculture. C’est un cauchemar.

LD: Pourquoi pensez-vous que les étudiants doivent se sentir concernés?

DS: Eh bien… tout le monde devrait l’être, non? On vise [l’ensemble de] la communauté de McGill, mais c’est sûr que ça parle plus aux jeunes. Le changement climatique, on va le voir dans nos vies. On est coincé dans un mode de pensée fossilisée. Divest McGill veut que l’université revoie sa conception de l’argent, de ses investissements et de ses responsabilités. Mais McGill n’est qu’un exemple. Les universités sont les endroits où nous créons le futur, et c’est pour cela qu’elles sont aussi influentes. Si les universités montrent les crimes de ces compagnies, les gens écouteront.