Dehors le tabagisme
6 mars 2012
En septembre dernier, l’enquête de surveillance de l’usage du tabac au Canada (ESUTC) révélait que 17% des Canadiens de plus de 15 ans étaient des fumeurs en 2010.

Cette donnée est certainement positive si elle est comparée aux 25% de l’an 2000 et d’autant plus impressionnante à côté du 35% de 1985. Bonne nouvelle direz-vous? Il faut tout de même y mettre un bémol.

Alors qu’entre 2002 et 2006, une baisse constante de 1% par année avait lieu, les statistiques des cinq dernières années n’ont exposé qu’une baisse de 2%. Cette stagnation illustre un équilibre dynamique entre ceux qui arrêtent de fumer et ceux qui commencent à fumer. Or, n’importe qui aurait pu croire qu’un environnement sans cigarette mènerait au désintérêt généralisé des gens pour le tabagisme. D’autant plus qu’en 2006, la loi anti-tabac interdisait de fumer dans les restaurants, les bars, les commerces publics, les institutions gouvernementales, bref, les lieux publics fermés. La loi préconise aussi une distance réglementaire de neuf mètres pour fumer près des entrées des lieux publics.

Lindsay Cameron | Le Délit
Il y a un facteur principal à cette décélération: la diminution du nombre de fumeurs. En effet, les gens  connaissent de moins en moins de personnes ayant des maladies reliées au tabac et par ce fait même, voient la cigarette comme étant moins nocive qu’elle ne l’est vraiment. Les raisons menant à la cessation de la consommation du tabac sont nombreuses: fumer coûte cher, entraîne différents types de cancers et de maladies pulmonaires chroniques. Quant à la fumée secondaire, elle nuit à la santé d’autrui, l’odeur est désagréable et le regard social se fait de plus en plus lourd. Comment le fumeur social réagit-il à cette nouvelle tendance ?

Le fumeur social ne fume qu’un paquet par semaine, pas plus! Il le fait habituellement accompagné et boit de l’alcool en même temps. Son verre de vin à la main, il discute entre amis et fume sa clope ou son cigare. C’est la fin de semaine après tout, il peut se détendre un peu. Il fait donc rarement face aux publicités anti-tabac sur les paquets et au regard des autres. Il évite même celui de sa famille. Il pense qu’aussi peu de fumée dans ses poumons ne peut causer de dégâts et que de toute manière il n’est pas dépendant, qu’il peut arrêter à tout moment.

L’erreur est là. La ligne est mince entre un paquet par semaine et deux paquets par jour. D’ailleurs, une dose de cinq cigarettes par jour durant deux jours suffit à entraîner une dépendance. Ajoutons à cela que les substances chimiques inhalées ne sont pas métabolisées rapidement, qu’elles se déposent dans les poumons et y restent un certains temps.

Le fumeur social a donc une perception erronée de son comportement qui lui semble bien peu dommageable alors qu’il en est tout autrement. Vous connaissez un fumeur social? Présentez-lui le tableau ci-joint.

Nous sommes loin du temps où l’on fumait dans les hôpitaux, mais l’objectif étant d’éradiquer complètement la dépendance au tabac, 17% est un chiffre encore trop élevé pour Santé Canada. Dix-sept pourcent ce n’est pas que quelques millions de personnes à travers le pays. Il faut ajouter à ce chiffre tous ceux qui vivent avec les fumeurs et donc avec la fumée secondaire. Celle-ci affecte particulièrement les enfants et c’est pourquoi l’été dernier, la ville d’Ottawa adoptait un règlement interdisant de fumer dans les parcs municipaux. Certains diront qu’il s’agit d’une mesure radicale, qu’on brime la liberté individuelle des fumeurs. Il faut répondre à cela que lorsque quelqu’un prend un verre de trop, c’est son propre cerveau, son propre foie et ses propres reins qu’il détruit. Lorsque quelqu’un fume, c’est aussi à autrui qu’il nuit.