Des écrivains dans la salle de rédaction
22 novembre 2011
Pour la deuxième année consécutive, une trentaine d’écrivains québécois prenaient d’assaut mercredi dernier la salle de rédaction du Devoir dans le cadre du Salon du livre, pour présenter leur vision de l’actualité.

Cette initiative du journal indépendant a tout pour réjouir ceux qui se désolent de ne pas voir les littéraires prendre part au débat public, d’autant plus que le titre même de cette édition spéciale amène à réfléchir: «Le Devoir des écrivains».

Catherin Mavrikakis, Alain Farah, Marie Laberge, Bernard Émond, Perrine Leblanc, Dominique Fortier, Victor-Lévy Beaulieu et j’en passe prennent donc la place des journalistes le temps d’une journée de rédaction. Chacun se prête visiblement entièrement à l’exercice et adopte pour l’occasion tous les mots d’ordre du journalisme sans chercher à mettre indûment de l’avant son style d’écriture, mais sans l’annihiler bien sûr, puisque des tendances ressortent fort heureusement.

Dominique Fortier révèle encore une fois, après Les Larmes de Saint-Laurent, son amour des sciences et l’inspiration que son imagination fertile en tire dans un article sur la découverte d’un gêne de l’empathie. Patrick Sénécal doit couvrir le procès d’un homme coupable de viol et ressort bouleversé de son expérience, lui qui est le prolifique auteur de tant de romans noirs, voire d’horreur, comme Les Sept Jours du talion. Jean Dion trouve un digne remplaçant chez Alain Farah qui partage sa passion du sport avec sa verve et son pince-sans-rire inimitables. Régine Robin se rend «Place du Peuple» et constate avec un brin de tristesse et de nostalgie l’état de la révolte de la génération actuelle…

Et la liste continue. L’édition regorge de petits trésors comme une nouvelle inédite de Michel Tremblay, écrite dans le ton drolatique et émouvant de ses récits sur l’enfance, une BD de Guy Delisle, en plus des éditoriaux lucides sur des faits politiques et économiques comme ceux de Bernard Émond et de Jean Désy. Bref, une édition qui peut contribuer à détruire le mythe tenace de l’écrivain qui ne vit que dans un monde de fiction, que la réalité ne touche que comme un sourd bourdonnement lointain.

Au point où le directeur des éditions Leméac invite une brochette d’écrivains à aller lire des textes aux indignés de Square-Victoria. C’est sans doute louable, mais là je ne peux m’empêcher d’imaginer des scènes légèrement absurdes, comme des écrivains québécois déclamant des textes inspirés à une foule en grande partie anglophone qui se demande ce qu’ils viennent faire là, et de me demander s’il n’y a pas dans cette entreprise quelque chose d’un brin opportuniste.

Mais que sais-je, moi, qui n’ai écrit, dans la dernière année, que ces réflexions parasites en guise de tentative de contact avec le monde extérieur? Cet article signe la fin de cette chronique un peu soliloque. Si jamais vous étiez au bout du fil sans que je le sache, merci.