McGill cherche des poules aux œufs d’or
8 février 2011
L’AÉUM dévoile les résultats de sa recherche sur la dérèglementation des frais de scolarité internationaux.

Alors que les exécutifs de l’AÉUM ont été ébranlés par la récente motion de censure visant le président Zach Newburgh, le travail sur les autres fronts ne semble pas en pâtir. Une étude sur la déréglementation des frais de scolarité pour les étudiants internationaux doit bientôt être publiée. Il en a été question lors de la dernière assemblée de la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ), le 6 février.

Matthieu Santerre | Le Délit

L’étude se penche en particulier sur les frais afférents et les frais optionnels qui font partie de la tarification aux étudiants étrangers et qui reviennent directement aux universités. Avant 2008, les universités du Québec récupéraient 8% des frais afférents et pouvaient charger un frais supplémentaire optionnel (plafonné à 10% par rapport au montant des frais afférents). Depuis cette date, quand le gouvernement du Québec a voté pour déréguler les frais de scolarité internationaux dans six programmes, les étudiants internationaux sont devenus des sources potentielles de revenus substantiels.

La déréglementation bénéficierait davantage aux universités anglophones du Québec, qui ont signé moins d’arrangements bilatéraux avec d’autres pays de la francophonie, entre autres. Comme le rapporte l’étude, elle profiterait aussi indirectement aux autres universités, qui pourraient alors faire compétition en offrant les six programmes (sciences appliquées, mathématiques, génie, informatique, gestion et droit) moins cher.

Il est prévu que ces mesures fassent perdre seize millions de dollars normalement redistribués aux universités par le Ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport (MELS), tout en permettant aux établissements postsecondaires de pallier à ce manque de financement par l’augmentation des frais afférents (maintenant dérégulés). Cela implique donc une baisse de subvention générale pour tous les étudiants, mais une augmentation du financement direct des universités à grand achalandage international. «On s’en va de plus en plus vers une dynamique client-offre,» note le chercheur et attaché politique de l’AÉUM, Philippe Lapointe.

L’un des problèmes sous-jacent au désengagement du gouvernement est le manque de communication à ce sujet entre les élèves et l’administration. Comme l’a fait remarqué l’attaché politique, ces effets sont déjà ressentis à McGill; «[l’université] a facturé, deux semaines avant noël, 4000 dollars de plus aux étudiants en génie.» L’attraction des étudiants internationaux en fait justement l’objet dans le récent plan stratégique de recrutement ébauché par l’administration de McGill en octobre 2010 et visant explicitement le recrutement ascendant d’étudiants internationaux.

L’impunité des universités en la matière se traduit aussi au niveau de leur unité au sein de la CRÉPUQ, qui, selon Philippe Lapointe, n’aurait pas intérêt à mettre un plafond à ses augmentations. La société québécoise serait potentiellement perdante due à la fuite du savoir qui souvent accompagne le retour au bercail des étudiants internationaux. Les sénateurs discuteront des recommandations de l’AÉUM résultant de cette étude cette semaine, et elle devrait être rendue publique d’ici la fin de cette semaine.