«On cherche toujours à améliorer la place du français»
15 septembre 2015 - Image par Éléonore Nouel
Madame la Principale Fortier, en poste depuis 2014, a accueilli Le Délit principalement pour discuter des questions francophones à McGill. Cette rencontre lance la nouvelle rubrique «Entrevue» du Délit.

Le Délit (LD): Nous sommes ici en tant que seul journal francophone de McGill; et vous vous adressez à nous en tant que principale francophone, alors que l’ancienne principale était anglophone. Comment jugez-vous la situation de la langue française actuellement à McGill?

Suzanne Fortier (SF): Quand j’étais étudiante à McGill il n’y avait personne à peu près qui parlait français, ni dans le corps professoral, ni chez les employés… On avait peine à dire bonjour! Alors que quand je suis revenue c’était une surprise, une très belle surprise! Parce que maintenant je dirais que dans une journée normale à McGill je dois parler probablement plus de 50% du temps en français.

LD: Allez-vous mettre en place des mesures supplémentaires pour améliorer la place du français à McGill? Que ce soit du point de vue académique ou administratif?

SF: On cherche toujours à améliorer. Comme vous le savez déjà, les professeurs de McGill ont des cours de langue illimités. Il y a des nouveaux temps de classes qu’on doit ouvrir prochainement pour s’assurer que tous les étudiants qui veulent apprendre le français puissent en profiter. Et je pense qu’au-delà de ça, il s’agit surtout de continuer à développer l’idée que c’est non seulement utile mais très agréable d’avoir la chance d’être dans une université bilingue.

LD: Et n’a-t-il jamais été envisagé de faire une sélection basée sur la francophonie? Ou d’ouvrir certaines bourses pour des francophones?

SF: Non, à McGill nos critères d’admission… on en a en fait qu’un seul –sauf pour quelques programmes professionnels: c’est basé sur l’excellence académique!

Mais ceci étant dit, McGill garde à peu près d’année en année toujours le même pourcentage d’étudiants francophones. On a toujours autour de 50% de nos étudiants qui viennent du Québec, donc tout ce beau monde-là parle français. Les anglophones qui vivent au Québec aujourd’hui en général parlent français. On a 25% des étudiants à peu près qui viennent du reste du Canada anglophone. Puis le reste vient de l’étranger, et le second groupe d’étudiants internationaux le plus important arrive de France.

«Quand j’étais étudiante à McGill, à peu près personne ne parlait français.» 

LD: Justement, en parlant de ces Français! On sait que l’année dernière fut l’année des renégociations des accords étudiants France – Québec, et la ré-augmentation des frais d’inscription pour les étudiants français dans les universités québécoises. Avez-vous observé des conséquences de cette mesure sur cette nouvelle rentrée? Une diminution du nombre d’inscrits de France?

SF: Non, pas du tout. Pas à McGill. Non.

LD: Nous n’avions pas eu l’occasion de vous parler au moment des renégociations de l’accord France-Québec. Aviez-vous une opinion à donner à ce sujet?

SF: Oui j’avais une opinion. Je pense que c’était important de refaire ces négociations, car les choses avaient beaucoup changé. Vous savez, quand on avait eu cet accord là en 1978, je crois qu’à cette époque les frais d’inscription étaient les mêmes pour les résidents québécois et les Canadiens. On payait tous la même chose. Alors, à ce moment-là, on offrait aux Français de France les même frais d’inscription que tous les étudiants canadiens. Mais plus tard on a commencé à différencier les frais d’inscription et les Canadiens non-québécois se sont mis à payer beaucoup plus. Alors c’était de plus en plus difficile, honnêtement, d’expliquer aux Canadiens –surtout aux Canadiens de langue française!–  pourquoi eux devaient payer trois fois plus que les Québécois alors qu’on offrait le même privilège aux Français. C’était un peu illogique: il y a un moment donné où il faut être cohérent.

LD: Vis-à-vis de cette nouvelle mesure, est ce que l’université a déjà commencé, ou va mettre en place, des mesures de soutien pour certains étudiants français qui ne peuvent plus payer ces frais de scolarité?

SF: Oui, McGill est l’une des seules universités qui a toujours eu un programme de bourse ouvert à tous les étudiants peu importe s’ils sont québécois, canadiens ou internationaux. Et on a toujours eu la politique d’augmenter ce programme de bourses en parallèle avec les augmentations des frais de scolarité.

Et aussi j’y travaille dans les corridors! Dès que j’en ai la chance, je partage avec le gouvernement mes inquiétudes par rapport au fait que les étudiants qui sont non-résidents québécois contribuent aussi au programme de bourse au niveau provincial mais n’y ont pas accès. Moi j’aimerais qu’on exclue cette contribution là pour les étudiants non-québécois, ou bien on ouvre cette bourse à tous les étudiants y contribuant.

LD: En tant que principale, vous qui êtes chargée de l’excellence académique à McGill, comment réagissez-vous aux classements des universités de la rentrée?

SF: Écoutez, je vais vous dire honnêtement moi, parce que je les regarde les classements… Il faut bien comprendre ce n’est pas un exercice scientifique, il y a une marge d’erreur qui est probablement de près de cinq rangs. Et d’ailleurs, quand j’ai rencontré les gens de QS (ndlr, une référence en terme de classements universitaires), ils m’ont dit que nous ferions mieux dans Shanghai l’année suivante (ndlr, un autre classement universitaire). Je leur ai demandé pourquoi.  «Parce qu’on a annoncé l’année passée qu’un de vos anciens avait gagné un prix Nobel (ndlr, John O’Keefe, prix Nobel de médecine 2014)». Vous voyez à quel point c’est volatil!

Et l’autre chose c’est qu’on ne devrait pas faire des classements en mettant «un, deux, trois, quatre…». Si vous regardez les cinq premiers, est ce que c’est Harvard, est ce que c’est le MIT, est ce que c’est Cambridge? On devrait plutôt peut mettre «A+, A, A-…». Mais on ne le fait pas parce qu’au niveau du public c’est plus intéressant d’avoir la course!

Après, est-ce que McGill est premier au Canada devant Toronto…? Écoutez, on a la chance d’avoir, au Canada, un nombre de très bonnes universités qui se placent bien. Les classements à McGill sont assez consistent (ndlr, «réguliers»), on est toujours à peu près dans le même groupe d’année en année.

«Je pense que c’était important de refaire ces négociations étudiantes France-Québec.»

LD: Quels vont être pour vous les objectifs, les grands chantiers, de cette année 2015-2016?

SF: Mes grands chantiers demeurent nos cinq priorités. On ne va pas changer: on a établi nos priorités avec la communauté quelques mois après mon arrivée.

Déjà «l’atout McGill» au niveau de la qualité d’apprentissage pour nos étudiants (ndlr, Mme Fortier ne semble pas encore convaincue par cette traduction française du McGill commitment) demeure notre première priorité.

Puis, au niveau de la recherche il faut s’assurer que nous soyons toujours engagés à pousser les frontières de la connaissance, parce que peu d’organisations –à part les universités– le font présentement.

Troisièmement l’engagement de McGill dans la communauté autour de McGill.

Puis nous avons une priorité fondamentale vis-à-vis du milieu de travail à McGill pour nos employés.

Et évidemment l’objectif campus! Les campus devrais-je dire! Cette année, on va faire l’étude du site de l’Hôpital Royal Victoria pour voir si on devrait chercher à l‘ajouter au campus du centre-ville (ndlr, McGill prévoirait d’annexer et de transformer l’hôpital situé au-dessus du campus).

LD: Nous avons une dernière question un peu plus légère. Au bureau du Délit nous avons pris l’habitude de vous appeler Suzie, et nous voulions savoir comment vous jugiez ce surnom.

SF: Ah oui pourquoi? Mais je trouve ça bizarre! Premièrement je n’ai jamais eu de surnom autre que Suzanne. Et évidemment pour moi Suzie c’est anglophone! Et puis dans mon bureau il y a déjà une Suzie… donc écoutez continuez avec Suzie et j’irai lui dire «Le Délit a écrit que tu as dis tout ça»! 

 
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