La tête en friche
3 novembre 2009
L’âge triste

Les souvenirs du secondaire viennent souvent avec un goût amer en bouche. C’est facile de rire dans sa barbe en regardant des adolescents. Surtout les garçons, avec leurs grands bras de singes poussés trop vite. Les filles ne sont pas toujours mieux, malhabiles dans la gestion de leur (in)décence, babillardes ou muettes comme des tombes. Quoi de plus drôle –et de plus facile– que de se moquer –un peu– gentiment des ados de notre entourage? Personne ne s’en prive, et lorsqu’on est soi-même désigné par le disgracieux adjectif, difficile de ne pas sentir le mépris amusé que recèle le terme. Mais, de toute façon, à 15 ans, on s’en fout de ce que pensent les vieux, parce que, franchement, quels êtres misérables! Comme ils sont endormis, mous, fades! Incapables de rien changer, leur consommation d’eau, leur nombre d’heures de sommeil, l’image même de l’inertie! Leurs petites vies tristes, entre la vie de couple qui n’est pas l’amour, le travail qui n’est pas la passion, les choix qui sont toujours des calculs… La vie beige des vieux, monotone, répétitive, dont les plus grands événements sont la naissance de la petite fille de la troisième voisine de gauche.

Accoler l’adjectif «adolescent» à une production artistique, à un discours ou à une paire de bottes dénote instantanément une nette impression de supériorité. Ils se prennent tant au sérieux, ces pauvres choux, à penser qu’ils découvrent les grandes vérités de la vie à tous les coins de rue. Chaque pincement au coeur est une déchirure, chaque étourdissement une ivresse, chaque soupir une bourrasque.

Le souvenir de tous les premiers et premières, l’amour, le travail, les gros french, les brosses à la bière la moins chère, les gourdes Gatorade remplies avec un échantillon de chacune des sept bouteilles de fort des parents. Beaucoup de froides soirées passées dehors pour cacher qu’on fume, ou à attendre devant le dépanneur pendant des heures avant qu’un bon samaritain accepte d’acheter le format le plus économique de bière. Les garçons qui essayent de saouler les filles au Peach Schnapps. Les parents qui veulent rencontrer nos amis, mais qui les confondent tous.

C’est sans grande nostalgie que remontent parfois à la surface les souvenirs de l’adolescence, les douleurs et les hontes de l’âge ingrat auxquelles succèdent –immanquablement– les succès et les joies sans ombre de la vingtaine. Une femme d’expérience, professeure de surcroit, m’a un jour résumé ainsi le grand cycle de la vie: «La vingtaine, c’est terrible, les professeurs nous demandent des choses impossibles, la trentaine c’est épuisant, il faut tout mettre en place, la quarantaine c’est un peu mieux, mais la cinquantaine, ah! la cinquantaine, on a enfin le temps!»

Bonne chance, donc, à tous ceux qui se trouvent quelque part entre l’adolescence et la cinquantaine: ça ne fait que s’améliorer, en plus il paraît qu’il y a quelques années de répit entre les boutons et rides.