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	<title>Archives des 2020-11-24 - Le Délit</title>
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	<link>https://www.delitfrancais.com/edition_categorie/2020-11-24/</link>
	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Sat, 20 Mar 2021 18:43:43 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
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	<item>
		<title>Embrasser quelqu’un plutôt que ses croyances</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/25/embrasser-quelquun-plutot-que-ses-croyances/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Hadrien Brachet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Nov 2020 14:05:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[censure]]></category>
		<category><![CDATA[droits de l'homme]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[laicite]]></category>
		<category><![CDATA[loi 21]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis la France, Hadrien Brachet rappelle le caractère émancipateur de la laïcité, contesté aussi bien en France qu’au Québec.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/25/embrasser-quelquun-plutot-que-ses-croyances/" data-wpel-link="internal">Embrasser quelqu’un plutôt que ses croyances</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Je me mets rarement en colère, mes proches le savent. À l’explosion, je préfère toujours l’échange, la discussion, l’espoir que les choses s’amélioreront par elles-mêmes, la facilité parfois aussi d’éviter l’affrontement.</p>



<p>Le 16 octobre, j’ai senti une colère puissante, un mouvement de révolte venir du plus profond de moi-même. Dans mon pays, un professeur était décapité pour avoir montré des caricatures à ses élèves. Assassiné pour des dessins. </p>



<p><strong>Inversions et lâchetés</strong></p>



<p>J’étais en colère contre l’islamisme, ce projet politique qui menace la liberté de conscience, vise à imposer à la société de supposées lois religieuses. Certains de ses militants, minoritaires, pensent y parvenir par l’usage de la force quand d’autres répandent progressivement leur idéologie dans des sphères de la société comme l’éducation ou la politique. Haoues Seniguer, politologue spécialiste de l’islamisme le <a href="https://www.marianne.net/societe/burkini-laicite-et-republique-ou-se-niche-l-islamisme-et-comment-le-definir-entretien-croise?fbclid=IwAR0jTMfzRi8B2ihkJp1j4cyjKS5GJQCTvaHv9KMxX8mL-o4jkHjhJE6sAIY" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">définit</a> comme « une politisation exacerbée des normes réelles ou supposées de la religion musulmane, en vue de les consacrer au plan juridique et, de la sorte, les imposer à la collectivité de façon plus ou moins contraignante.&nbsp;» Soyons clair, islam et islamisme n’ont pas à être confondus : l’islam est une religion, là où l’islamisme est un projet politique qui s’appuie sur une vision dévoyée et rigoriste de la religion.</p>



<p>J’étais aussi en colère contre ceux qui entretiennent en France un climat de confusion autour de la laïcité, n’hésitant pas à la désigner comme un outil supposé d’oppression, là où elle est précisément ce qui permet l’émancipation des individus et la protection de leur liberté de conscience, la liberté pour chacun d’adopter les valeurs, les opinions et les croyances de son choix. Colère aussi car dans le monde, y compris parmi nos alliés, peu nombreux étaient<span class="has-inline-color has-philo-color"><strong> </strong></span>les chefs d’État prêts à s’associer à la France pour défendre la liberté d’expression, prêts à reconnaître que le coupable de <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.lepoint.fr/dossiers/societe/samuel-paty-conflans-caricatures-decapite-islamisme/" target="_blank" data-wpel-link="external">l’assassinat du Pr Samuel Paty</a> n’était pas notre modèle laïque français mais bel et bien l’islamisme.</p>



<p>À la place, nous avons eu appels au boycott, manifestations et lâcheté des dirigeants, au premier rang desquels Justin Trudeau. Réagissant aux propos d’Emmanuel Macron qui assurait que la France ne renoncerait pas au droit à la caricature, le premier ministre canadien <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2020-10-30/caricatures-de-mahomet/la-liberte-d-expression-a-ses-limites-selon-trudeau.php" target="_blank" data-wpel-link="external">préférait déclarer</a><strong><span class="has-inline-color has-actu-color"> </span></strong>que «la liberté d’expression n’est pas sans limites» et qu’«on ne doit pas crier au feu dans un cinéma bondé de monde», renversant ainsi la culpabilité du côté des dessinateurs plutôt que des terroristes.</p>



<p>Et puis, parmi les flots d’articles et de réactions qui se déversaient sur mon fil Twitter, le salut est venu du Québec. François Legault, à contrario de son homologue fédéral, <a href="https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2020-11-03/caricatures-de-mahomet/la-france-remercie-le-quebec-de-defendre-la-liberte-d-expression.php" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">a pris position</a> sans ambiguïté sur les caricatures. «Dans une société démocratique comme la nôtre, on ne doit surtout pas plier devant l’intimidation et la violence de ceux qui sont en désaccord avec la liberté d’expression. Si on se met à faire des compromis là-dessus, on ébranle les fondements de notre société. La nation française est notre alliée et même un peu plus que ça», a‑t-il déclaré, estimant que «certains dirigeants politiques qui craignent le terrorisme, devant le chantage de certains groupes religieux radicaux, sont prêts à faire des accommodements qui ne sont pas raisonnables». Et là, je me suis souvenu que c’était au Québec que j’avais appris à aimer la laïcité.</p>



<p><strong>France, Québec&nbsp;: modèles incompris</strong></p>



<p>J’ai passé l’an dernier en échange universitaire à McGill. En même temps que je me suis mis à aimer la culture québécoise, son bouillonnement intense né de la rencontre entre les différentes influences qui l’ont constituée, j’ai pris conscience de la spécificité du modèle que ce pays<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"> </span></strong>tentait de préserver vis-à-vis du Canada anglophone. J’ai remarqué une incompréhension régulière entre anglophones et francophones. Le Québec, me semble-t-il, tente d’établir un modèle alternatif au multiculturalisme associant reconnaissance du pluralisme culturel et affirmation de valeurs communes, mais le Canada anglophone ne voit dans ce refus du multiculturalisme qu’un rejet de l’autre.&nbsp;</p>



<p>À l’époque où j’habitais Montréal, une majorité de Québécois – <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.lapresse.ca/actualites/national/2019-04-29/laicite-plusieurs-canadiens-appuient-le-projet-de-loi-du-quebec-dit-un-sondage)" target="_blank" data-wpel-link="external">66% selon un récent sondage </a>–&nbsp; défendait la loi 21 alors que les autorités fédérales n’y voyaient que racisme et oppression. Plus récemment, dans l’affaire de l’Université d’Ottawa <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.marianne.net/societe/professeure-suspendue-pour-avoir-employe-le-mot-negre-la-nouvelle-querelle-canadienne" target="_blank" data-wpel-link="external">dont j’ai traité pour un hebdomadaire français</a>, la fracture entre francophones et anglophones m’a sauté aux yeux. La classe politique canadienne criait au racisme là où la classe politique québécoise s’inquiétait presque unanimement<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"> </span></strong>d’une atteinte à la liberté d’expression. En tant que Français attaché aux valeurs républicaines, je me suis retrouvé dans le combat du Québec pour affirmer son modèle propre. J’ai le sentiment que France et Québec partagent tous deux la défense d’un modèle – certes différent en certains points – qui suscite l’incompréhension autour d’eux. En assistant à la querelle entre Québécois et Canadiens anglophones, j’ai pris conscience que la laïcité pouvait facilement être mal interprétée et qu’un travail d’explication, de pédagogie, était essentiel afin de rappeler son caractère émancipateur, à l’inverse de l’image véhiculée par ses détracteurs.&nbsp;</p>



<p>D’autant plus qu’au moment même où je faisais mon échange au Québec, je voyais mon pays sombrer dans une confusion semblable autour de la laïcité. J’assistais, depuis l’autre rive de l’Atlantique, au renoncement de toute une série d’intellectuels et de personnalités politiques à défendre la laïcité. Comme lors d’une marche le 10 novembre 2019 à Paris, où plusieurs responsables politiques de gauche, y compris ceux-là mêmes qui jusque-là avaient été les plus laïcs, les plus progressistes, défilaient aux côtés d’intégristes. Par cette manifestation, organisée en réaction à <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/attaque-de-la-mosquee-de-bayonne/" target="_blank" data-wpel-link="external">une odieuse attaque</a> à la mosquée de Bayonne dans le sud de la France, des organisations proches des intégristes religieux <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.lexpress.fr/actualite/societe/pourquoi-la-manifestation-du-10-novembre-contre-l-islamophobie-divise_2105850.html" target="_blank" data-wpel-link="external">tentaient de se réapproprier</a> l’indispensable lutte antiraciste et de désigner la laïcité et ses supposées «lois liberticides» comme l’ennemi. Alors qu’au contraire, la lutte contre le racisme et la laïcité sont deux alliées indispensables dans le combat universel pour l’émancipation et la dignité humaine.</p>



<p>Au sein même de la France, pays de la laïcité par excellence, un renversement s’opérait, pour la plus grande satisfaction des intégristes, à travers des discours désignant la laïcité comme une forme d’oppression et de racisme. Cet argumentaire est le même que je retrouvais au Canada durant les manifestations contre la loi 21.&nbsp;</p>



<p>Quelques mois plus tard, une lycéenne, Mila, recevait des milliers de menaces de morts pour ses propos critiques envers l’islam sur les réseaux sociaux, l’obligeant à s’isoler à son domicile et à se déscolariser. L’affaire prenait très vite une dimension médiatique et politique. <a href="https://www.europe1.fr/emissions/linterview-politique-de-8h20/regime-universel-nicole-belloubet-affirme-que-les-pensions-ne-baisseront-pas-3946224" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Sommée de réagir</a>, la garde des Sceaux Nicole Belloubet, rappelant tout de même que «la menace de mort est inacceptable», affirmait que «l’insulte à la religion, c’est évidemment une atteinte à la liberté de conscience». Une maladresse inquiétante pour une ministre de la Justice, le droit à critiquer des religions étant garanti par le droit français, le délit de blasphème ayant été abrogé par la Loi sur la liberté de la presse de 1881. Si l’appel à la haine ou à la discrimination envers une personne en raison de son appartenance à une religion est heureusement interdite, la critique d’une religion constitue l’un des éléments fondamentaux de la liberté d’expression. S’il n’est plus possible de critiquer une religion, qui n’est pour un non-croyant qu’une idéologie comme une autre, que deviennent la liberté d’expression et de conscience, la liberté de croire ou de ne pas croire?&nbsp;</p>



<p>Autant outranciers qu’ils aient pu paraître, les propos de Mila visaient une religion et non des individus. Distinction élémentaire qui semblait échapper à la ministre, <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/02/08/nicole-belloubet-le-crime-de-lese-dieu-n-existe-pas_6028859_3232.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">obligée de rétropédaler</a> quelques jours plus tard, regrettant ses propos et déclarant: «chacun peut critiquer comme bon lui semble une religion, une idée, un concept, avec les mots de son choix. C’est non seulement heureux, mais aussi salutaire.»</p>



<p><strong>Une fracture politique</strong></p>



<p>Alors, quand un ami québécois m’a demandé de définir la laïcité à la française dans les pages du <em>Délit</em>, j’ai regretté que cette définition soit de moins en moins claire, y compris pour nous, Français. Cela fait un moment qu’une confusion autour de la laïcité gagne du terrain en France. Dans notre pays, la laïcité est garantie par une loi de 1905 qui proclame la liberté de conscience et pose le principe de la séparation des Églises et de l’État en indiquant que «la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte».&nbsp; Aux yeux de la République, le caractère sacré des religions n’existe pas, toutes les options spirituelles des citoyens, croyants ou non, se retrouvent sur un même pied d’égalité. La religion a un statut de droit privé et la République, notamment par l’article 26 qui interdit «de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l’exercice d’un culte», s’assure que la religion n’intervient pas dans l’ordre politique fondé sur la souveraineté populaire.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Or, une fracture s’est opérée sur le sujet dans le monde politique depuis environ une trentaine d’années. Elle prend sa source en 1989, lorsque trois collégiennes de Creil, une ville de la banlieue parisienne, <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.franceculture.fr/societe/30-ans-de-laffaire-du-foulard-de-creil-le-voile-de-la-discorde" target="_blank" data-wpel-link="external">refusent de retirer leur voile</a> et sont exclues de leur établissement. La gauche se déchire entre ceux qui prennent la défense des collégiennes et ceux qui s’inquiètent de l’intrusion du religieux au sein de l’école laïque. En 2004, une loi tranche et interdit le port de signes religieux ostentatoires à l’école. Immédiatement, des militants s’en sont saisis pour dénoncer une laïcité dite «offensive» qui serait contraire à la conception originelle de la laïcité.&nbsp;</p>



<p>Certes, la loi de 1905 qui fait office de référence en matière de laïcité en France est souvent perçue comme une loi d’apaisement, soutenue à la fois par des croyants, des agnostiques et des athées. Néanmoins, elle n’est que l’aboutissement d’un processus où la laïcité a dû être combative pour s’imposer et se faire accepter vis-à-vis d’une Église dont la République souhaitait s’émanciper. Que l’État au nom de la laïcité mène une offensive contre l’influence du religieux dans la sphère publique, ici l’école, n’a rien de nouveau.&nbsp;</p>



<p><strong>La laïcité, outil d’émancipation et de liberté</strong></p>



<p>Bien à l’opposé de la vision distordue de ses détracteurs, la laïcité est précisément ce qui garantit aux minorités la possibilité de s’épanouir dans un pays, en refusant que la religion majoritaire soit plus reconnue qu’une autre par l’État. Elle est conçue comme un outil de respect de l’individu. Écarté de l’influence de toute religion à l’école, l’individu apprend à faire ses choix librement et à penser par lui-même. La laïcité s’affirme comme un instrument social, luttant contre tout déterminisme. «Le retour de l’argent public à la seule école publique, par exemple, augmente les chances de réussite des enfants des milieux défavorisés» explique le philosophe et fin connaisseur de la laïcité française Henri Peña-Ruiz dans <a rel="noreferrer noopener external" href="https://frontpopulaire.fr/o/MagazineArticle/ma2709/trois-boussoles-pour-la-laicite" target="_blank" data-wpel-link="external">un article publié</a> dans <em>Front Populaire</em>. Il ajoute:<span class="has-inline-color has-philo-color"><strong> </strong></span>«Préservée du prosélytisme religieux, l’école publique laïque leur offre la chance d’une deuxième vie, celle d’élèves capables de distance à l’égard des préjugés de l’idéologie dominante mais aussi d’usages coutumiers ou religieux aliénants.»</p>



<p>En ne reconnaissant aucun culte, l’État garantit qu’une croyance, qu’une conviction ne devienne pas hiérarchiquement plus importante qu’une autre. Les croyants de telle ou telle religion ainsi que les non-croyants se retrouvent sur un pied d’égalité. On est libres de croire, de ne pas croire, de douter, de critiquer des croyances, de les interroger, d’y adhérer. La laïcité est un formidable vecteur de liberté, il n’y a plus de dogme absolu qui s’impose à chaque individu. Plus aucune croyance n’est sacrée à l’échelle de la société, de là naît la possibilité d’un débat démocratique libre et reposant uniquement sur la volonté des citoyens.&nbsp;</p>



<p>À l’inverse, s’il devient impossible de critiquer une croyance ou une religion, voire même de s’en moquer, comme le voudraient ceux qui s’opposent aux caricatures, on élève cette croyance au rang de dogme et on lui donne une place supérieure dans la hiérarchie des idées. Or, précisément, ce qui permet le vivre-ensemble en démocratie est l’idée qu’il n’existe aucun dogme. Si certaines idées ne peuvent plus être critiquées, comment mener à bien le débat démocratique? Celui-ci se fonde précisément sur l’idée que l’opinion de chaque citoyen se voit réserver le même traitement, qu’il soit croyant ou non. Cela<strong><span class="has-inline-color has-philo-color"> </span></strong>car chacun a une valeur intrinsèque et absolue en tant qu’individu et non comme fidèle d’une religion ou porteur de telle ou telle opinion. C’est là toute la force de la laïcité: reconnaître indistinctement chaque individu comme un citoyen au lieu de l’essentialiser comme fidèle d’une religion ou membre d’une communauté.&nbsp;</p>



<p><strong>Un projet de société</strong></p>



<p>En refusant l’hégémonie de tel ou tel dogme, la laïcité est le cadre qui nous permet d’être différents tout en appartenant à un même peuple. C’est l’outil qui permet d’éviter l’affrontement: chacun reconnaît que sa croyance peut être débattue, que chacun est libre de l’adopter, mais que personne ne peut y être contraint. La laïcité, en protégeant le citoyen du prosélytisme des religions, assure la liberté de conscience de chaque individu au sein de la société.&nbsp;</p>



<p>Si le modèle de <a rel="noreferrer noopener external" href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/398055/bouchard-taylor-interculturali" target="_blank" data-wpel-link="external">l’interculturalisme québécois</a> diffère du modèle républicain français, j’y ai trouvé une même volonté de garantir le pluralisme tout en assurant une cohésion autour de valeurs communes, à l’inverse du modèle multiculturaliste qui s’y refuse. J’y retrouve ce même équilibre qui refuse une identité figée et permet aux citoyens de se retrouver dans un projet émancipateur commun. La laïcité à la française n’est pas qu’un ensemble de lois, c’est un projet de société.&nbsp;</p>



<p><strong>Aimer, vraiment aimer</strong></p>



<p>Célébrons cette possibilité qu’offre la laïcité de rire de tout, de ne rien trop prendre au sérieux, de se moquer de tout dogme, d’accomplir notre chemin personnel sans qu’il nous soit dicté et de nous retrouver dans une liberté commune où chacun est célébré pour celui qu’il est et non par et pour ce qu’il croit.&nbsp;</p>



<p>Définir les individus seulement par leurs croyances est tellement réducteur. J’essaie d’aimer, j’aime profondément des gens dont je combats pourtant les idées politiques ou les croyances. Car je sais que l’important, ce sont les individus, leur nature profonde, leur bonté intérieure, au-delà de leurs croyances. Les intégristes sont incapables d’accomplir cette expérience de l’altérité et de l’unicité de chaque être. Kamel Daoud, écrivain algérien qui mène depuis de longues années le combat contre l’islamisme en Algérie, a récemment prononcé une phrase dans un entretien à <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.franceinter.fr/emissions/boomerang/boomerang-01-octobre-2020" target="_blank" data-wpel-link="external"><em>France Inter</em></a> qui pourrait définir de manière splendide la laïcité à la française: «Il y a plus de vérité à embrasser quelqu’un qu’à embrasser ses croyances.»</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/25/embrasser-quelquun-plutot-que-ses-croyances/" data-wpel-link="internal">Embrasser quelqu’un plutôt que ses croyances</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les finances étudiantes à risque</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/les-finances-etudiantes-a-risque/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Bédard-Gagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Nov 2020 14:01:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
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		<category><![CDATA[Debt-Free Campaign]]></category>
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		<category><![CDATA[endettement]]></category>
		<category><![CDATA[Jemark Earle]]></category>
		<category><![CDATA[UCRU]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=39758</guid>

					<description><![CDATA[<p> Les membres d’une campagne contre la dette étudiante discuteront de bourses et d’emprunts étudiants avec des élu·e·s du Parlement fédéral.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/les-finances-etudiantes-a-risque/" data-wpel-link="internal">Les finances étudiantes à risque</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">La campagne <em style="user-select: auto;">Debt-Free Degree</em> (Pour un diplôme sans dettes, <em style="user-select: auto;">ndlr</em>) lance sa semaine de lobbying qui se déroulera du 23 au 27 novembre 2020. Certain·e·s responsables de la campagne s’entretiendront alors avec des parlementaires canadien·ne·s afin de les sensibiliser aux enjeux de l’endettement étudiant. L’organisme responsable de la campagne, <em style="user-select: auto;">Undergraduates of Canadian Research Intensive Universities </em>(Regroupement des étudiant·e·s de premier cycle des universités de recherche du Canada, UCRU, <em>ndlr</em>), dont fait partie l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM), demande au gouvernement fédéral de doubler ses investissements dans son programme de bourses d’études&nbsp;et d’offrir une période de grâce de deux ans sans intérêts pour le remboursement des emprunts étudiants.</p>



<p>L’UCRU est un rassemblement d’associations étudiantes fondé en 2015 afin de représenter les intérêts des étudiant·e·s du Rassemblement des universités de recherche du Canada, aussi connu sous l’acronyme <a rel="noreferrer noopener external" href="https://u15.ca/fr" target="_blank" data-wpel-link="external">U15</a>. Ce groupe de 15 universités canadiennes est à l’origine de 81% des brevets canadiens et dirigent 80% des recherches financées par le gouvernement canadien. Trois de ces universités se trouvent au Québec: l’Université Laval, l’Université de Montréal et l’Université McGill, cette dernière étant la seule université québécoise représentée dans l’UCRU.</p>



<p><strong>Un enjeu fédéral</strong></p>



<p><em>Le Délit</em> s’est entretenu avec Mackenzy Metcalfe, vice-présidente aux Affaires externes au <em>University Students’ Council of Western</em> (Conseil des étudiant·e·s universitaires de Western, <em>ndlr</em>), conseil particulièrement impliqué dans la campagne, et présidente de l’UCRU.</p>



<p>L’objectif de la campagne, motivée par les dissuasions financières auxquelles feraient face les étudiant·e·s universitaires, serait à la fois de faciliter l’accès aux études universitaires et de diminuer l’endettement des étudiant·e·s qui terminent leurs études de premier cycle. Bien que l’éducation soit une responsabilité provinciale, le gouvernement fédéral est impliqué dans le financement des bourses d’étude et de l’aide financière aux étudiant·e·s en général, dans la gestion des étudiant·e·s provenant de l’étranger et dans les programmes d’emploi pour jeunes, dont les <a style="user-select: auto;" rel="noreferrer noopener external" href="https://www.canada.ca/fr/emploi-developpement-social/services/financement/emplois-ete-canada.html" target="_blank" data-wpel-link="external">Emplois d’été Canada</a>. Ces raisons poussent l’UCRU à agir exclusivement au niveau fédéral, selon Metcalfe. Elle a toutefois ajouté qu’une organisation similaire militait auprès du gouvernement provincial de l’Ontario.</p>



<p><strong>Un agenda chargé</strong></p>



<p>L’UCRU abordera ses quatre priorités lors de ses rencontres avec les parlementaires entre les 23 et 27 novembre: l’aide financière aux étudiant·e·s, le soutien aux Autochtones, le soutien aux étudiant·e·s provenant de l’extérieur du Canada et le financement de la recherche au premier cycle. Initialement, la connectivité était également un enjeu prioritaire; toutefois, le gouvernement fédéral a récemment <a href="https://www.canada.ca/fr/innovation-sciences-developpement-economique/nouvelles/2020/11/fonds-pour-la-large-bande-universelle-et-entente-concernant-la-capacite-des-satellites-en-orbite-terrestre-basse-de-telesat.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">annoncé</a> un investissement important dans le domaine, ce qui a amené la campagne à se concentrer sur ces quatre autres enjeux.</p>



<p>L’UCRU <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.debtfreedegree.ca/get-educated" target="_blank" data-wpel-link="external">affirme</a> que 45% des étudiant·e·s se retrouvent avec une dette d’au moins 25 000$ à la sortie de leurs études au premier cycle. Selon Metcalfe, la situation financière étudiante serait d’autant plus fragilisée par la fermeture des lieux de travail, limitant leurs sources de revenus. Un <a rel="noreferrer noopener external" href="https://files.eric.ed.gov/fulltext/ED605392.pdf" target="_blank" data-wpel-link="external">rapport</a> de Statistique Canada publié au printemps 2020 témoignait du fait que 47% des étudiant·e·s universitaires contacté·e·s étaient très ou extrêmement préoccupé·e·s par le risque de creuser leur dette en raison des conséquences économiques de la COVID-19 et que 30% des étudiant·e·s du premier cycle se disaient préoccupé·e·s par le manque de financement dans la recherche.</p>



<p>Pour se préparer à sa rencontre avec des parlementaires canadien·ne·s durant la semaine de lobbying, l’UCRU a reçu des témoignages d’étudiant·e·s et de diplômé·e·s préoccupé·e·s par leur situation financière, qui serviront d’exemples pour présenter les enjeux prioritaires de l’organisation. Selon Metcalfe, ce n’est que lors de l’annonce du budget fédéral en mars 2021 que l’UCRU pourra juger du succès de sa campagne. En attendant, les personnes préoccupées par les enjeux de finances personnelles étudiantes sont invitées à contacter les député·e·s de leur circonscription à l’aide d’un modèle de lettre fourni par l’organisation, pour l’instant uniquement en anglais.</p>



<p><em>Le Délit</em> s’est également entretenu avec Jemark Earle, président de l’AÉUM. Celui-ci a affirmé que l’association étudiante mcgilloise militait pour une plus grande inclusion des francophones dans le mouvement, que ce soit par la traduction de ses ressources ou par l’intégration des deux autres universités francophones faisant partie de l’U15. Earle et Ayo Ogunremi, vice-président aux affaires externes de l’AÉUM, feront partie des représentant·e·s du mouvement lors des rencontres avec les parlementaires.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/les-finances-etudiantes-a-risque/" data-wpel-link="internal">Les finances étudiantes à risque</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Montaigne, ou de l’exercice du doute et du jugement</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/montaigne-ou-de-lexercice-du-doute-et-du-jugement/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[David D’Astous]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Nov 2020 14:00:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits de philosophe]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[dogmatisme]]></category>
		<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<category><![CDATA[jugement]]></category>
		<category><![CDATA[montaigne]]></category>
		<category><![CDATA[pandémie]]></category>
		<category><![CDATA[scepticisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’essai comme activité philosophique.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>«Le charmant projet que Montaigne a eu de se peindre naïvement, comme il a fait; car il a peint la nature humaine. […] Un gentilhomme campagnard du temps de Henri III, qui est savant dans un temps d’ignorance, philosophe parmi les fanatiques, et qui peint sous son nom mes faiblesses et mes folies, est un homme qui sera toujours aimé.» Ainsi Voltaire s’exprimait-il à l’égard du projet philosophique de Montaigne, contenu tout entier dans ses <em style="user-select: auto;">Essais</em>. La pensée de Montaigne, éparpillée à travers ces différents textes, résiste cependant à toute entreprise de formalisation. La lecture des <em style="user-select: auto;">Essais</em> reste le seul procédé permettant d’en découvrir les subtilités; naviguant parmi les contradictions, les tromperies et les délicatesses, le lectorat assidu de Montaigne émerge avec l’essentiel de son enseignement philosophique.&nbsp;Car par le truchement des <em style="user-select: auto;">Essais</em>, les banalités diverses et ondoyantes du quotidien sont un miroir de la nature humaine, et tout sujet est bon pour réfléchir sur ce qu’est l’humain, nous dit Montaigne: «Tout mouvement nous découvre.»</p>



<p>Or, il me semble que la lecture des <em>Essais</em> est plus importante que jamais en ces temps de pandémie. L’oisiveté qui caractérise notre état présent est propice à la réflexion aussi bien qu’à la tentation de céder notre tranquillité aux intempéries tumultueuses du dehors. Essayons donc ensemble, cher lectorat, de voguer à travers certains des essais de Montaigne pour voir quels enseignements peuvent ainsi s’appliquer au cours actuel des choses. Une discussion sur le jugement s’impose toutefois en premier lieu, car celui-ci constitue la pièce centrale du projet philosophique mené dans les <em>Essais</em>.</p>



<p><strong>Le jugement dans la pensée de Montaigne</strong></p>



<p>Les spécificités du projet philosophique de Montaigne s’inscrivent à la fois dans la forme ouverte des <em>Essais</em> et dans le laisser-aller de leur objet. Sur le fond, la subjectivité des réflexions de Montaigne permet de mieux comprendre l’importance que revêt le jugement dans sa pensée: le jugement <em>est </em>l’activité philosophique. Mais quelle est la nature du jugement et sur quel objet porte-t-il? Dans l’essai «De Democraticus et Heraclitus», Montaigne affirme que «le jugement est un outil à tous sujets, et se mêle partout. À cette cause aux Essais [qu’il en fait] ici, [il] y emploie toute sorte d’occasion». Il exhorte donc le lectorat d’exercer son jugement sur tous les sujets, aussi creux ou aussi nobles soient-ils: lui-même dans ses essais traite-t-il des odeurs, de l’âge et de la prière, pour ne donner que quelques exemples. Montaigne explique en outre que l’exercice du jugement consiste en l’essai même. D’abord, au sens du français de l’époque, l’essai est la mise à l’épreuve d’une idée; il s’agit d’une méthode. Cette méthode sert donc aussi bien à éclairer nos opinions sur les enjeux fondamentaux que sur les banalités de la vie quotidienne. Ensuite, l’essai est la tentative, le fait de s’essayer à une opinion sur la question. Autrement dit, l’activité philosophique – et donc le jugement – prend d’abord et avant tout, chez Montaigne, la forme de l’essai, contrairement au dialogue chez Platon ou encore la forme du discours philosophique chez les stoïciens ou les épicuriens.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«La lecture de Montaigne est un exercice de jugement en soi et donc une expérience philosophique proprement dite»</p></blockquote>



<p>Le jugement tel qu’entendu par Montaigne est caractérisé par une modération et une tempérance; le jugement s’améliore au fil des essais: «Je ne suis pas tenu d’en faire bon, ni de m’y tenir moi-même, sans varier, quand il me plaît, et me rendre au doute et incertitude, et à ma maîtresse forme, qui est l’ignorance.» Cela se traduit par la place prédominante qu’occupe le scepticisme dans la pensée philosophique de Montaigne, le jugement servant alors comme exercice pour se libérer des dogmes et opinions reçues.</p>



<p>Aussi le lectorat doit-il lui-même faire preuve de jugement afin de comprendre le fond de la pensée de Montaigne dans ses <em>Essais</em>. Dans son adresse au lecteur, Montaigne écrit qu’il tente de se peindre «tout entier et nu» afin de brosser un portrait de la nature humaine. Il affirme pourtant quelques pages plus loin, dans l’essai «Nos affections s’emportent au-delà de nous»<em> </em>qu’il est par nature pudique: «Si ce n’est à une grande suasion de la nécessité ou de la volupté, je ne communique guère aux yeux de personne, les membres et actions, que notre coutume ordonne être couvertes.» Montaigne signale par là au lectorat attentif qu’il faut être vigilant pour bien comprendre son opinion dans certains essais, notamment les plus subversifs. Les contradictions entre certains essais n’en sont que d’apparence, «car quelque apparence qu’il y ait en la nouveauté, [il] ne change pas aisément, de peur [qu’il a] de perdre au change». En cela, la lecture de Montaigne est un exercice de jugement en soi et donc une expérience philosophique proprement dite.</p>



<p><strong>Montaigne contre le dogmatisme: regard contemporain</strong></p>



<p>Dans ses <em>Essais</em>, Montaigne somme le lectorat de ne pas privilégier une interprétation du texte qui conforterait ses idées préconçues à la signification réelle des mots: «En la parole la plus nette, pure, et parfaite, qui puisse être, combien de fausseté et de mensonge a‑t-on fait naître? Quelle hérésie n’y a trouvé des fondements assez, et témoignages, pour entreprendre et pour se maintenir?» Cet enseignement est révélateur de la facilité qu’ont les humains à faire dire à un texte ce qu’il ne dit pas, et pis encore à croire en ces extrapolations ou autres hérésies. La désinformation qui frappe présentement nos sphères médiatiques et les théories du complot qui trouvent de plus en plus de fanatiques ne sont qu’une illustration de la nécessité d’éduquer notre jugement.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Dans le monde polarisé qu’est le nôtre, la saine conduite de notre jugement me paraît plus que salutaire. En cela, la lecture de Montaigne nous rappelle l’importance du doute dans l’activité philosophique; elle nous encourage à s’essayer philosophe parmi les fanatiques»</p></blockquote>



<p>C’est précisément contre ce genre de dogmatisme que s’élevait Montaigne, marqué par les atrocités commises au nom d’opinions érigées en dogmes à l’époque des guerres de religion en France. Dans l’essai sur la connaissance intitulé «C’est folie de rapporter le vrai et le faux à notre suffisance», Montaigne met en garde le lectorat contre l’excès de crédulité ou d’incrédulité. Il dénonce les fanatiques en mettant en lumière leur nature présomptueuse qui découle le plus souvent de leur ignorance: «C’est une hardiesse dangereuse et de conséquence, outre l’absurde témérité qu’elle traîne quant à soi, de mépriser ce que nous ne concevons pas. Car après que selon votre bel entendement, vous avez établi les limites de la vérité et du mensonge, et qu’il se trouve que vous avez nécessairement à croire des choses où il y a encore plus d’étrangeté qu’en ce que vous niez, vous vous êtes déjà obligé de les abandonner.» Dans cet essai, Montaigne décrit deux types d’esprits critiquables: l’âme naïve, à laquelle il attribue «la simplesse et l’ignorance, la facilité de croire et de se laisser persuader» et l’âme présomptueuse, qu’il critique «d’aller daignant et condamnant pour faux ce qui ne nous semble pas vraisemblable». Si notre jugement est faillible, il ne suffit de se satisfaire de cet état de fait: il faut constamment faire l’expérience de l’essai, rectifiant notre jugement au besoin.</p>



<p>Une dernière remarque s’impose à l’égard du scepticisme existentiel de Montaigne. La nécessité d’exercer son jugement ne signifie pas pour autant qu’il faille rejeter toute croyance. Sans doute n’est-il pas possible de vivre sans croyance; mais l’essai du jugement a pour objet de rejeter le dogmatisme en entretenant le doute. Aussi Montaigne insiste-t-il sur la nécessité d’exercer son jugement par alternance:&nbsp;«La vérité a ses empêchements, incommodités et incompatibilités avec nous. Il nous faut tromper afin que nous ne nous trompons, et siller notre vue, étourdir notre entendement pour les dresser et amender.» Pour éviter de se tromper, il faut donc prendre au sérieux les opinions qui se dressent contre les nôtres, ou mieux encore, les défendre comme les nôtres. Écouter et comprendre, remettre en question et être en désaccord, ne considérer aucune opinion comme dogme et aucune objection comme hérésie, voilà ce que demande l’activité philosophique.</p>



<p>Dans le monde polarisé qu’est le nôtre, la saine conduite de notre jugement me paraît plus que salutaire. En cela, la lecture de Montaigne nous rappelle l’importance du doute dans l’activité philosophique; elle nous encourage à s’essayer philosophe parmi les fanatiques. Car comme l’écrit si bien l’essayiste en son premier essai, «c’est un sujet merveilleusement vain, divers et uniforme, et ondoyant, que l’homme. Il est malaisé d’y fonder jugement constant et uniforme».</p>



<p class="has-text-align-center">*&nbsp;&nbsp; *&nbsp;&nbsp; *</p>



<p>Ayant vu l’importance du jugement dans la pensée philosophique de Montaigne, nous avons entrepris d’exercer le nôtre en jugeant du cours actuel des choses à la lumière de certains enseignements contenus dans les <em>Essais. </em>Or, si l’exercice du jugement doit être ponctué d’un rappel constant des limites de notre entendement et des dangers du dogmatisme, il n’est pas pour autant un appel au relativisme. Il constitue plutôt l’évocation de l’aveu socratique de l’ignorance humaine et de l’importance de l’activité philosophique: «Pour un être humain, la vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue.» Voilà bien l’importance d’adopter la philosophie comme mode de vie.</p>
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		<title>Un tour de force au grand écran</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/un-tour-de-force-au-grand-ecran/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Nov 2020 13:57:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Anaïs Barbeau-Lavalette]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma québécois]]></category>
		<category><![CDATA[Geneviève Pettersen]]></category>
		<category><![CDATA[La déesse des mouches à feu]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La déesse des mouches à feu scintille aux antipodes des films hollywoodiens.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap"><em>La déesse des mouches</em>&nbsp;<em>à feu</em>&nbsp;est le troisième long métrage de fiction d’Anaïs Barbeau-Lavalette et met en vedette Kelly Dépeault dans le rôle de Catherine, une jeune fille cheminant maladroitement à travers les méandres complexes de l’adolescence. À l’action campée au milieu des années 1990 à Chicoutimi au Saguenay, le film est une adaptation du roman éponyme de Geneviève Pettersen paru en 2014.&nbsp;</p>



<p><strong>Un départ frappant</strong></p>



<p>Dès les premières minutes, l’auditoire est happé par l’intensité qui émane de l’écran. Barbeau-Lavalette dirige d’une main de maître une scène où Catherine, totalement impuissante, voit la journée de son seizième anniversaire tourner au désastre alors que ses parents s’enfoncent dans ce qui semble être une énième dispute chargée d’agressivité. Les deux figures parentales, au bord d’une séparation qui s’annonce tumultueuse et violente, sont incarnées avec brio par Caroline Néron et Normand d’Amour qui livrent des performances touchantes et sincères qui n’ont d’égales que celle de la remarquable Kelly Dépeault, qui porte sur ses jeunes épaules un rôle exigeant et complexe.&nbsp;C’est donc à partir de cette triste prémisse que la trame narrative se déploie.</p>



<p>Le cheminement de Catherine au secondaire est bouleversé lorsqu’elle intègre une nouvelle bande dont les membres passent la majorité de leur temps à flâner, cigarette à la bouche, et à s’adonner à une consommation excessive de mescaline, ou «mess». Comme bien des adolescents et adolescentes, Catherine sent le besoin d’expérimenter et décide de s’abandonner au mode de vie enfumé et hallucinogène de ses nouveaux·elles ami·e·s. En fin de compte, cela n’a rien d’étonnant puisqu’elle rêve de ressembler au personnage de Mia Wallace dans&nbsp;<em>Fiction pulpeuse,&nbsp;</em>film iconique de la culture populaire des années 1990.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«De l’amour au deuil, en passant par la sexualité, l’amitié et la colère, ce spectacle est livré de manière extrêmement intimiste par une caméra nerveuse, presque intrusive, qui capture en gros plans les états d’âme des personnages»</p></blockquote>



<p><strong>Une exécution efficace, mais prévisible</strong></p>



<p>Ceux et celles qui s’attendent à des rebondissements seront déçu·e·s. Après tout, le film relate le quotidien d’une adolescente. On assiste néanmoins à un captivant tourbillon émotionnel et sensoriel à travers lequel se transforme peu à peu la jeune fille en déesse des mouches à feu pleinement émancipée. De l’amour au deuil, en passant par la sexualité, l’amitié et la colère, ce spectacle est livré de manière extrêmement intimiste par une caméra nerveuse, presque intrusive, qui capture en gros plans les états d’âme des personnages. Cette même caméra est aidée d’une très faible profondeur de champ lui permettant de filmer nettement les sujets situés très près de l’objectif, alors que tous les éléments composant l’arrière-plan demeurent très brouillés. Cette technique crée une impression d’isolement des sujets en plus de reproduire en quelque sorte les effets de la mescaline sur les sens.</p>



<p>La direction de la photographie, efficace au début, peut toutefois devenir éreintante puisque le·la spectateur·rice étourdi·e est forcé·e&nbsp;d’appréhender le monde à travers le regard des personnages qui sont, la plupart du temps, sous l’influence de la drogue. Cette intoxication constante contribue aussi à une certaine indifférence de l’auditoire à l’égard des protagonistes, puisque leur état d’enivrement hermétique empêche d’accéder complètement à leur réalité.&nbsp;Là se trouve peut-être l’une des faiblesses du film:&nbsp;Barbeau-Lavalette n’arrive pas à mobiliser un engagement émotionnel complet de la part de l’assistance, même dans les moments les plus dramatiques.&nbsp;L’attachement que l’on développe pour Catherine à travers le roman de Geneviève Pettersen ne se fait pas tout à fait ressentir lors de l’écoute du film. Il est vrai, toutefois, que la narration subjective utilisée par l’autrice pour faire voir au lectorat le monde à travers les yeux de sa protagoniste donne un certain avantage à l’œuvre littéraire par rapport à son itération cinématographique, qui ne fait jamais appel à la voix hors champ. Le film a plutôt recours à une importante utilisation de la musique visant à intensifier les scènes dramatiques, ce qui parvient malgré tout à faire vivre quelques émotions à l’auditoire. Le résultat final constitue dans l’ensemble une œuvre mature et réussie.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Barbeau-Lavalette n’arrive pas à mobiliser un engagement émotionnel complet de la part de l’assistance, même dans les moments les plus dramatiques»</p></blockquote>



<p><strong>Un avenir incertain&nbsp;</strong></p>



<p>À sa sortie en salle en septembre dernier, le film avait connu un important succès critique ainsi qu’une très bonne performance au box-office. En effet, il s’était classé premier au Canada dès la fin de sa première semaine en salle. Les cinéphiles devront toutefois prendre leur mal en patience avant de pouvoir écouter le film en raison du passage en zone rouge de plusieurs régions du Québec et de la fermeture des salles de cinéma. Le distributeur, Entracte Films, compte procéder à une nouvelle sortie nationale lorsque les circonstances le permettront.</p>
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		<title>Photoreportage</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/photoreportage-10/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gabrielle Genest]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Nov 2020 13:53:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[autochtones]]></category>
		<category><![CDATA[décoloniser]]></category>
		<category><![CDATA[droits ancestraux]]></category>
		<category><![CDATA[droits autochtones]]></category>
		<category><![CDATA[Manifestation]]></category>
		<category><![CDATA[solidarité]]></category>
		<category><![CDATA[teach-in]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Journée étudiante de solidarité avec les luttes autochtones.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 17 novembre dernier avait lieu un enseignement de rue (<em>street teach-in</em>) en solidarité avec les peuples autochtones affirmant leur souveraineté à travers l’Île de la Tortue, appellation utilisée par nombre de peuples autochtones afin de désigner le continent de l’Amérique du Nord.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1000" height="667" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-2-1000x667.jpg" alt class="wp-image-39722" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-2-1000x667.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-2-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-2-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-2-1536x1024.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-2-2048x1365.jpg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-2-1200x800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-2-930x620.jpg 930w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/vincent-copti/?media=1" data-wpel-link="internal">Vincent Copti</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p>Environ une cinquantaine de personnes, autochtones et allié·e·s, étaient présentes dans le cadre de cet événement. Le tout s’est déroulé dans le respect des mesures de distanciation sociale devant le Monument à Maisonneuve, à Montréal, territoire que les participant·e·s désignaient sous son nom mohawk de «Tio’tià:ke». </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1000" height="667" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-3-1000x667.jpg" alt class="wp-image-39723" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-3-1000x667.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-3-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-3-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-3-1536x1024.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-3-2048x1365.jpg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-3-1200x800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-3-930x620.jpg 930w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/vincent-copti/?media=1" data-wpel-link="internal">Vincent Copti</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p>L’avis de presse distribué aux médias par la coalition organisatrice de l’événement faisait état d’une volonté d’en faire une «occasion de guérison et de cérémonie par la résistance» pour les peuples autochtones luttant pour la décolonisation et pour la défense de leurs terres.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1000" height="667" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/teach-in-discours-1000x667.jpg" alt class="wp-image-39724" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/teach-in-discours-1000x667.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/teach-in-discours-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/teach-in-discours-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/teach-in-discours-1536x1024.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/teach-in-discours-2048x1365.jpg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/teach-in-discours-1200x800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/teach-in-discours-930x620.jpg 930w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/vincent-copti/?media=1" data-wpel-link="internal">Vincent Copti</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p>L’un des discours prononcés au cours de l’événement faisait mention de la pertinence d’aborder les enjeux autochtones aujourd’hui: «Nous faisons le choix d’être ici malgré l’oppression à laquelle nous avons été confronté·e·s, car les peuples autochtones cherchent la réconciliation, pas la vengeance. Nous enseignons, car le gouvernement canadien refuse de le faire. […] Depuis l’école primaire, j’ai été responsable d’enseigner à ma classe les enjeux autochtones. […] [Ces derniers] sont dépeints comme étant chose du passé. Permettez-moi de mettre une chose au clair: les peuples et les cultures autochtones sont bien vivants et florissants aujourd’hui.»</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="667" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-5-1000x667.jpg" alt class="wp-image-39725" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-5-1000x667.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-5-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-5-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-5-1536x1024.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-5-2048x1365.jpg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-5-1200x800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-5-930x620.jpg 930w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/vincent-copti/?media=1" data-wpel-link="internal">Vincent Copti</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p>Un repas, préparé par l’organisme communautaire <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">La <a rel="noreferrer noopener external" href="https://peoplespotatofr.weebly.com/" target="_blank" data-wpel-link="external">Patate</a> du Peuple</span>, était également offert aux personnes présentes avant que ne commencent les discours. Cette soupe populaire autogérée offre des repas végétaliens aux étudiant·e·s et aux membres de la communauté dans le besoin. Le respect des mesures de distanciation sociale, notamment le port du masque et le maintien d’une distance de deux mètres, était exigé<span class="has-inline-color has-grisfonce-color">.</span> </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="667" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-6-1000x667.jpg" alt class="wp-image-39726" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-6-1000x667.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-6-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-6-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-6-1536x1024.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-6-2048x1365.jpg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-6-1200x800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-6-930x620.jpg 930w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/vincent-copti/?media=1" data-wpel-link="internal">Vincent Copti</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p>L’événement se voulait une réponse à l’appel à l’action lancé par «les défenseur·se·s autochtones de la terre et de l’eau» protestant contre l’expansion du pipeline Trans Mountain (TMX). Le tracé proposé de ce pipeline, acheté en août 2018 par le gouvernement fédéral, est sur le territoire de la nation Secwepemc. Le mouvement «<em>Tiny House Warriors</em>» (Guerriers des petites maisons, <em>ndlr</em>), né afin de contester l’expansion du pipeline et affirmer la souveraineté de la nation Secwepemc sur son territoire, a vu plusieurs de ses membres criminalisé·e·s en raison de leurs actions de résistance.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="667" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-7-1000x667.jpg" alt class="wp-image-39727" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-7-1000x667.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-7-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-7-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-7-1536x1024.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-7-2048x1365.jpg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-7-1200x800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/photo-7-930x620.jpg 930w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/vincent-copti/?media=1" data-wpel-link="internal">Vincent Copti</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p>Des dépliants distribués aux personnes présentes appelaient les allié·e·s des peuples autochtones à écouter et amplifier les voix autochtones, à assister aux événements de solidarité autochtone et à intervenir lorsque confronté·e·s à des propos racistes. Les allié·e·s étaient aussi appelé·e·s à soutenir les communautés autochtones en reconnaissant leur souveraineté, en suivant leur leadership dans l’élaboration de solutions climatiques, en coupant le financement, en boycottant les systèmes violents les criminalisant et en offrant un soutien financier pour appuyer le pouvoir décisionnel des peuples autochtones.</p>
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		<title>Délit et la poésie</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/delit-et-la-poesie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Éliot Forget]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Nov 2020 13:52:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Créations]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littéraires]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[concours]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quelques poèmes de la première édition du concours de poésie du Délit.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Dans le cadre du concours de poésie<em style="user-select: auto;"><strong style="user-select: auto;"> </strong>Délit et la poésie</em>, en partenariat avec la librairie <em style="user-select: auto;">Zone Libre</em>, l’équipe du <em>Délit</em> est particulièrement fière de vous présenter les trois poèmes retenus cette semaine sur le thème de la résilience. Les autrices et l’auteur publié·e·s cette semaine sont, sans plus attendre, Rachel Lamoureux, Maya Gauvreau et Éliot Forget! </p>



<pre class="wp-block-verse has-text-align-center">***</pre>



<p><strong style="user-select: auto;">Rachel Lamoureux</strong><br><em style="user-select: auto;"><strong style="user-select: auto;">Douceur atavique dans l’œil</strong></em><br><br>les lunettes noires, pour faire jolie et énigmatique, la vision<br>qui ne porte pas au loin, qui s’embrouille, pas de lignes entre les objets<br>sans limites, un monde de masses concomitantes faisant pression les unes<br>sur les autres, entassées, pesantes, des choses à nommer, à perdre, à oublier<br>pas de sens, de centre, de thème, de problématique, juste<br>la fatigue d’être et de dire, l’envie de s’élever, échouer, ne pas<br>savoir par où commencer, choisir un point dans l’horizon, en faire le centre,<br>la focale, une photo pour plus tard, un souvenir pour hier, une note pour laisser<br>des traces d’un chemin qui repasse sur lui-même, qui s’entortille autour d’un fil <br>rouge qu’il faudra couper ou enrouler autour de son cou, les lunettes noires pour <br>cacher ses larmes, pour faire profond pour faire grave, et ces lignes qui demeurent <br>s’enfoncent toute une vie sur le nez, le poids de la légèreté sur les plis d’un visage <br>qui tombe en pièces, les paupières d’en bas qui s’affaissent et les lignes d’un sourire <br>qui se creusent, à trop s’exprimer, rire d’un rien de tout, la vie s’use,<br>en est-il de même de la parole, on<br>se fait donner une peau et un langage, on les manie comme on peut,<br>ça fatigue,<br>                           </p>



<p class="has-text-align-left"><span class="has-inline-color has-blanc-color">______________________</span>ça fatigue,                                                                                               <span class="has-inline-color has-blanc-color">     _</span></p>



<p><span class="has-inline-color has-blanc-color">______________________________________________</span>ça parle</p>



<p class="has-text-align-center">                     <span class="has-inline-color has-blanc-color"> _</span>                    <span class="has-inline-color has-blanc-color">    ___________</span>de quoi ?</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p class="has-text-align-right"><strong>Maya Gauvreau</strong><br><strong><em>Être-pièce</em></strong><br><br>J’ai l’impression<br>Que l’attente fait du bien<br>Mes membres se détachent<br>Vont se cacher<br>Dans les recoins de la lenteur<br>La solitude<br>Porte mon corps<br>Jusqu’au lac qui dégèle<br>Entre deux vides<br>Je suis couchée sur le brouillard</p>



<p class="has-text-align-right">Par moments<br>Cette brume se dissipe<br>Et délicatement me dépose<br>Sur le plancher de ma chambre<br>Alors<br>Tous mes membres<br>Humectés par le souvenir<br>De cette bruine élévatrice<br>Se retrouvent assoiffés</p>



<p class="has-text-align-right">Ma peau sèche<br>Longe les murs<br>Arrache le plafond<br>Mes doigts saignent<br>À force de grafigner le sol<br>Mes fenêtres<br>Imperturbables<br>Témoins de la crise<br>Créent une embrasure,<br>Face à mon saccage<br>Elles m’offrent le Dehors</p>



<p class="has-text-align-right">Du haut de mon 2e étage<br>De ma rue passante<br>De mes trottoirs vides<br>De ma façade de brique</p>



<p class="has-text-align-right">Si je ne peux sortir<br>Je deviens édifice</p>



<p class="has-text-align-right">Et je ressens<br>Dans mes pores-mortier<br>Le silence<br>Du Dehors</p>



<p class="has-text-align-right">Je souhaiterais<br>Être daltonienne<br>Ne voir<br>Que des nuances de blanc<br>De noir<br>De gris</p>



<p class="has-text-align-right">De rouge<br>Je me sentirais mieux<br>Si la vue que la vitre m’offrait<br>Était à l’image de ma chambre<br>Ravagée.</p>



<p class="has-text-align-right">C’est dans ces instants,<br>Bouillonnements incontrôlés,<br>Que je m’allonge<br>Sur mon plancher détruit<br>Que je ferme les yeux<br>Jusqu’au lendemain.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p><strong style="user-select: auto;">Éliot Forget</strong><br><strong style="user-select: auto;"><em style="user-select: auto;">À partir de demain</em></strong><br><br>11 aout*<br>à partir de demain<br>plus de repas silencieux<br>où les visages décollés<br>tombent avec un grand splash<br>dans la sauce à spag<br>les taches sur la nappe<br>deviendront des continents<br>à la dérive<br>qui feront naufrage<br>au lave-vaisselle</p>



<p>14 aout*<br>à partir de demain<br>d’un instant à l’autre<br>il y a moi<br>qui s’entend commencer<br>à exister<br>qui déboule<br>dans la trame narrative<br>d’un été raconté<br>par la pluie sur les feuilles de peuplier<br>placé tout juste avant<br>l’élément déclencheur</p>



<p>18 aout*<br>à partir de demain<br>la forêt qui se construit à l’aube<br>en amoncellements de bruits<br>de feuilles sèches qui froissent<br>de brindilles qui craquent<br>de tracés agiles d’écureuils<br>qui se répondent en échos<br>viendra baignée de naissance<br>la lisière du monde connu<br>viendra nouée en baluchon<br>les quatre coins d’horizon fripé<br>pour le grand voyage<br>d’une vallée de résilience et d’eau<br>veinée de ruisseau<br>pour la marche organique<br>d’un instant à l’orée du temps<br>où brame la puissance d’un matin</p>



<p>19 aout*<br>à partir de demain<br>tu seras resté quelque part<br>au pied des amélanchiers<br>à bout de regard de prairie et de baies<br>je te regarderai au coin de moi<br>naitre au fond du froid<br>sous un hiver exténué<br>je te regarderai naitre par les yeux<br>comme une partie complète<br>de tout ce qui te reste</p>



<p>20 aout*<br>à partir de demain<br>au réveil boréal<br>nos ferrailles d’oubli et de sous-bois<br>cent ans d’hiver à froid<br>sur nos sommeils raqués<br>on se lève<br>en étincelle<br>debout<br>dos à dos<br>neuf pas<br>on tire</p>



<p>25 aout*<br>à partir de demain<br>le bord de route<br>sera mon lieu de naissance<br>et je recoudrai<br>mon existence empaillée<br>avec de longs points de suture<br>point tillée<br>d’asphalte<br>point final</p>



<p>27 aout*<br>à partir de demain<br>je me perdrai sur la terre<br>je ne saurai plus quoi faire<br>ici<br>à la fine pointe de la technologie<br>je feuillète des lieux<br>plis l’horizon<br>pour ne pas perdre la page</p>



<p>14 septembre<br>à partir de demain<br>à l’ambre tombé<br>il y aura l’heure des fenêtres ouvertes<br>des ombres qui s’enroulent<br>à l’air assoupi<br>du miel doré de l’après-midi</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>Vous avez jusqu’au 27 novembre pour participer au concours. Pour tous les détails, rendez-vous sur l’évènement <a style="user-select: auto;" href="https://www.facebook.com/events/424295951916127" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Facebook</a>. De nombreux recueils de poésie sont à gagner!</p>
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		<title>Le mot écrit</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/le-mot-ecrit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elissa Kayal]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Nov 2020 13:50:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[bibliothèque]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Langage]]></category>
		<category><![CDATA[Livre]]></category>
		<category><![CDATA[numérique]]></category>
		<category><![CDATA[réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[technologie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=39768</guid>

					<description><![CDATA[<p>Une apologie du livre.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">La bibliophilie – l’amour et la collection des livres – est une pratique fort coûteuse qui remonte à l’Antiquité et qui a longtemps été réservée aux rois et aux plus hauts placés. En plus d’être synonyme d’érudition, la préservation des livres à travers l’histoire nécessitait un effort énorme et continuel: tandis que les hommes travaillaient la terre ou voyageaient, les moines passaient leurs jours courbés devant une page dans un scriptorium froid, provoquant des maux de dos, une fatigue oculaire et des crampes. Pour un livre. La question se pose alors: pourquoi? Pourquoi le livre? Quelle est son importance? Qu’est-ce que ce livre, celui qui a traversé les siècles ou celui qu’on vient de publier? </p>



<p>Si le livre a connu plusieurs formes – qui ont tour à tour permis d’améliorer la qualité d’accès à l’information, la portabilité et le coût de production –, le livre «nouveau» a toujours suscité des réactions ambivalentes. Que fait-on quand la transformation du livre quitte la matérialité de la pierre, de la peau ou du papier? Quand le livre n’est plus obligé d’être lu, transporté, ou même ouvert? À l’âge numérique, sa définition devra dépasser une description purement formelle du média. Il faudra s’attarder à l’expérience du livre: son langage, son contenu, son mandat, ses effets. Car considérée du point de vue<strong><span class="has-inline-color has-actu-color"></span></strong> ontologique, la définition du livre relève davantage de l’ordre du symbole et de la survie.</p>



<p><strong>Le livre, pulsion de transmission</strong></p>



<p>Dans <em>Oralité et écriture</em>, Walter Ong écrit que l’oralité «illumine» la conscience avec le langage articulé. Elle tisse des liens entre les mots, les phrases et les individus d’une <span class="has-inline-color has-philo-color"></span>société. Quant à l’écriture, elle concrétise et enregistre la parole dans la matière. Elle complexifie la pensée, car nous n’avons plus le souci de la mémorisation et de la simplicité. Elle intensifie le sens d’individualité et les interactions sociales. Autrement dit, l’écriture cultive la conscience (Walter Ong lui donne l’attribut «<em>consciousness-raising</em>»). On retiendra ce mot – cultiver –, pour s’intéresser au rapport double que le livre maintient avec la vie. D’un côté, l’écriture joue un rôle semblable à celui de l’ADN qui se charge de la transmission du matériel génétique d’une génération à l’autre. En effet, le livre permet la transcendance de la pensée, la duplication de soi dans l’autre, la transposition des regards et des couches de compréhension du monde. Il permet un enchaînement de points de vue différents, hors temps et hors espace. Vis-à-vis la mortalité, il rassure l’humain<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"> </span></strong>de la continuité de son individualité et de son espèce. En ce sens, le plaisir de la littérature découle directement ou indirectement d’une tentative de survie. D’un autre côté, le livre donne parfois l’impression de prendre vie par lui-même et de continuer son existence indépendamment de celle de l’auteur. Ce dernier est voué à la mort, dira Roland Barthes.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Quand on ouvre un imprimé, on est sûr de trouver le livre à l’intérieur. Cette certitude se dissipe avec l’écran, qui ne contient rien, qui est une série de lumières, de fils et de codes</p></blockquote>



<p><strong>Le livre, un média social</strong></p>



<p>C’est le livre désacralisé, le livre à valeur capitale, le livre commercial, le livre de poche, le livre <em>best-seller</em>,<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"> </span></strong>mais c’est le livre quand même. Le livre est à la fois un puissant moyen de transfert de connaissances, d’idées et de sentiments, mais aussi un puissant artefact à part entière. Notre besoin de transmettre nos pensées, conjugué à un coût de production à la baisse, a naturellement fait du livre le premier média social. Sur une échelle communautaire, avant l’âge numérique, il joue le rôle du premier réseau social: il relie les gens, ou au contraire, les isole, leur donne des sujets de conversation, leur fait passer le temps, les cultive. Et, comme toute technologie, son utilisation peut être à bon ou à mauvais escient. </p>



<p>Ce qui est intéressant dans la médiatisation du livre, c’est justement la relation entre le média (la forme, la plateforme) et le message. Lire la Bible sur de la peau d’agneau et lire la Bible sur son téléphone sont deux expériences très différentes. La matérialité du livre – comme la non-matérialité du livre – influence le sérieux du message, la distance entre l’écrit et le lecteur, l’esthétisme de l’objet, le niveau de participation de celui qui lit, la valeur sociale qui lui est attribuée. Par exemple, le livre audio offre une expérience de lecture «extérieure» à soi, pendant laquelle le «lecteur» ne cherche pas les mots, mais les reçoit. L’histoire a déjà subi une première couche d’interprétation: la voix, sa tonalité, sa vitesse. Quant au livre numérique, on l’imagine plus fidèle au livre «traditionnel», c’est-à-dire au livre papier. Toutefois, la perte de la matérialité crée sans doute des effets de distanciation. À la conception platonicienne de l’Idée s’ajoute donc un quatrième degré: le livre est seulement sur l’écran, il n’est pas en dedans. Il est introuvable. Quand on ouvre un imprimé, on est sûr de trouver le livre à l’intérieur. Cette certitude se dissipe avec l’écran, qui ne contient rien, qui est une série de lumières, de fils et de codes.</p>


<div class="wp-block-ultimate-post-image ultp-block-316cfc"><div class="ultp-block-wrapper"><figure class="ultp-image-block-wrapper"><div class="ultp-image-block ultp-image-block-none"></div></figure></div></div>


<p></p>



<p><strong>Le livre, un symbole</strong></p>



<p>On distingue le bibliophile du bibliomane. Le bibliomane est semblable au collectionneur de canettes de Coca-Cola, qui les accumule peut-être par compulsion. Le bibliophile, avant de collectionner ses livres, les aime. Bien sûr, cette distinction est condescendante et inutile. Elle est seulement permise en raison de la valeur que nous acceptons d’attribuer à l’imprimé; dans ce cas, elle ne fait qu’insister sur le «fétichisme» pardonné au livre. Le livre est objet de collection, car le livre est une déclaration – au même titre que le diplôme accroché de votre dentiste, qui ne vaut rien, si on ne le voit pas. Après tout, ce n’est qu’un morceau de papier. Le livre déclare: <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">«</span><em><span class="has-inline-color has-grisfonce-color">C</span>ette personne est intelligente, profonde et cultivée<span class="has-inline-color has-grisfonce-color">.</span></em><span class="has-inline-color has-grisfonce-color">»</span> Il déclare aussi: <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">«</span><em><span class="has-inline-color has-grisfonce-color">Ce</span>tte personne contient d’autres personnes intelligentes, profondes et cultivées</em><span class="has-inline-color has-grisfonce-color">.»</span> Nos bibliothèques nous rassurent, nous rappellent toutes ces lectures oubliées. Alors, la réticence qu’éprouve le lecteur envers le livre numérique découlerait inconsciemment de l’invisibilité du livre-écran. La bibliothèque numérique est intérieure, ne sert à rien. Preuve que même les plus cultivés d’entre nous succombent à une forme ou une autre de superficialité.</p>



<p>Le sentiment du sacré repose-t-il donc seulement sur le regard social ? Non. Le livre n’est peut-être pas sacré en soi, mais son expérience l’est – du moins, devrait l’être. L’expérience du livre est presque mythologique, c’est-à-dire fondatrice, surnaturelle, personnelle. Mircea Éliade écrit dans <em>Aspects du mythe</em>: «La sortie du temps opérée par la lecture est ce qui rapproche le plus la fonction de la littérature de celle des mythologies, on sort du temps historique.» La lecture est un voyage – non pas spatial (dans l’univers littéraire) – mais temporel: vers une temporalité qui existe hors temps.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/02/C-Chronic-lit-1000x833.jpg" alt class="wp-image-35753" width="1000" height="833" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/02/C-Chronic-lit-1000x833.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/02/C-Chronic-lit-330x275.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/02/C-Chronic-lit-768x640.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/02/C-Chronic-lit-850x708.jpg 850w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/02/C-Chronic-lit.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/parker-lebrasbrown/?media=1" data-wpel-link="internal">Parker Le Bras-Brown</a> | Le Délit</span></figcaption></figure></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Le livre devrait, au contraire, être un espace ouvert que la pensée est invitée à arpenter, infiniment – un espace construit en dialogue avec un espace conquis</p></blockquote>



<p><strong>Le livre, un mouvement de la pensée</strong></p>



<p>Depuis le début, nous avons pensé le livre, mais seulement d’une seule extrémité: celle de la lecture. Pourtant, le livre, avant d’être lu, est écrit. Le mystère du livre se trouverait ainsi, depuis le début, non pas dans son résultat, mais dans son mandat. Si l’impression que l’écriture et la pensée sont intrinsèques est juste, elle n’explique pas la nature de ce rapport. Il est tentant de penser que l’écriture permet de capturer la pensée dans sa visite pressée, de saisir le monde, le comprendre. Toutefois, capturer, saisir, comprendre ne sont pas les mots appropriés, car ils impliquent un arrêt, une réclusion, tandis que la vie est mouvement. Le livre devrait, au contraire, être un espace ouvert que la pensée est invitée à arpenter, infiniment – un espace construit en dialogue avec un espace conquis. Le mandat des plus grands livres a toujours été de créer un mouvement de la pensée qui est à la fois rationnel, séquentiel, assidu, et à la fois libre, créateur et personnel. Dans ces livres, le sujet exhibé n’est plus le livre-objet, mais la pensée de l’humain mise à nu, avec toutes ses tournures imprévues et son fonctionnement interne. Le regard ne se heurte plus à la couverture, il pénètre, interroge, réorganise, à sa façon, son regard de l’autre.</p>
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		<title>Racisme systémique ou complexe d’infériorité systématique?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/racisme-systemique-ou-complexe-dinferiorite-systematique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Simon Gagné-Nepton]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Nov 2020 13:48:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[anti-racisme]]></category>
		<category><![CDATA[antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[autochtones]]></category>
		<category><![CDATA[racisme]]></category>
		<category><![CDATA[racisme systémique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’émotivité qui empreint le débat sur le racisme systémique trompe le vrai cœur de la question, qui est d’améliorer la vie en société des personnes vulnérables.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap has-noir-color has-text-color">En cette période de pandémie, nous sommes bien heureux de profiter des bienfaits des réseaux sociaux qui nous permettent d’entretenir des liens avec nos ami·e·s malgré la distance. Toutefois, ces avantages se retrouvent vite exclus du portrait par la déferlante de mauvaise foi inhérente aux discussions sur ces sites. Les opinions prémâchées des chroniqueurs de type «Bock-Martineau» profitent à coup sûr de cette dictature de l’instantanéité. Leur dernière victime: le racisme systémique qui, au final, n’est une fois de plus qu’un prétexte pour perpétuer un dialogue de sourds.&nbsp;</p>



<p>Il faut se réjouir que nos débats publics ne soient pas une transposition de ceux du monde virtuel de Twitter ou Facebook, car ils auraient autrement la même saveur démagogique que ceux de nos voisins du sud. À en croire Twitter, les Québécois seraient obsédés par la «race», et le racisme systémique serait une théorie aussi infondée que le créationnisme. Les nuances sont véritablement les vraies perdantes dans ces guerres de 280 caractères. L’émotivité de ces débats font gagner des individus comme Jean-François Lisée, qui en profitent pour perpétuer l’incompréhension envers le racisme systémique au Québec en énonçant toutes les idées préconçues et fausses qui existent sur le sujet. Lorsque Maitée Labrecque-Saganash déconstruit les idées reçues sur cette théorie dans le documentaire <a style="user-select: auto;" href="https://briserlecode.telequebec.tv/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em style="user-select: auto;">Briser Le Code</em></a>, ce nouveau «Bock-Martineau» qu’est Lisée ne tarde pas à réagir de mauvaise foi en prétendant qu’il ne s’agit que de propagande pour endoctriner les jeunes.</p>



<p class="has-noir-color has-text-color"><strong>Mythes et réalités sur la société québécoise</strong></p>



<p>Il est tout à fait compréhensible, à mon sens, que le racisme systémique soit un concept qui puisse provoquer une certaine peur, un certain recul de la part de plusieurs personnes au Québec. Le racisme systémique peut sembler comme une idée culpabilisante au premier abord, alors qu’en fait, c’est simplement une analyse approfondie des relations entre différents corps d’individus dans notre société. Certains comportements assimilables au <em>Québec Bashing </em>qui se produisent lorsqu’il y a une discussion sur ces enjeux sensibles peuvent expliquer pourquoi l’on tend à afficher certaines réticences.</p>



<p class="has-noir-color has-text-color">Systémique ne veut pas dire systématique. Reconnaître qu’il y a du racisme systémique, c’est tout simplement reconnaître qu’il existe dans nos sociétés des préjugés et attitudes inhérents et persistants qui défavorisent certaines personnes: ni plus, ni moins. Plusieurs Québécois·es craignent que la reconnaissance de ce concept ne soit qu’un prétexte pour les traiter sans aucun fondement de racistes, ce qui peut expliquer la méfiance envers ce terme.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="has-noir-color has-text-color">En revanche, ce qui est pour le moins incompréhensible, c’est l’obstination de certain·e·s chroniqueur·se·s populaires qui persistent à nier le concept malgré des chiffres, des statistiques et des rapports qui en font état, comme le <a style="user-select: auto;" href="https://www.delitfrancais.com/2019/10/08/depot-du-rapport-viens/" data-wpel-link="internal">rapport Viens</a> qui semble d’ailleurs en passe d’être tabletté. Ces chroniqueur·se·s surreprésenté·e·s dans nos médias semblent prendre un malin plaisir à instrumentaliser la méfiance envers le concept pour aller à contre-courant. Bien expliqué et sans ambiguïté, le racisme systémique peut être compris par chacun·e. Ces «journalistes» instrumentalisent la méfiance envers cette nouvelle réalité et rivalisent de mauvaise foi en mélangeant la discussion sur le sujet avec d’autres enjeux d’actualité comme la censure dans les universités<strong style="user-select: auto;"><span class="has-inline-color has-actu-color" style="user-select: auto;">.</span></strong></p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Je ne prétends pas être victime de discrimination au Québec. Or, j’ai conscience que les préjugés n’ont peut-être pas encore assez la vie dure</p></blockquote>



<p>Dans l’esprit des «Bock-Martineau» de ce monde, il ne peut y avoir de racisme systémique au Québec puisque c’est un concept américain. Dans ce cas, peut-être devraient-ils reconsidérer de nombreux concepts de sociopolitique moderne puisqu’ils ont été, eux aussi, théorisés par des spécialistes américains. Plus sérieusement, s’il y a une erreur que font plusieurs, c’est celle d’exclure le Québec du cadre nord-américain. Évidemment, le Québec n’est pas les États-Unis, nous ne partageons pas la même histoire ni les mêmes réalités sociopolitiques. Toutefois, nous vivons tous sur le continent nord-américain et nous ne pouvons pas nous extraire d’un cadre dans lequel existent des enjeux partagés entre nos différents pays, notamment la discrimination envers&nbsp;les peuples autochtones et les préjugés hérités du colonialisme.</p>



<p><strong>Reconnaître la discrimination&nbsp;</strong></p>



<p>Je ne prétends pas être victime de discrimination au Québec. Or, j’ai conscience que les préjugés n’ont peut-être pas encore assez la vie dure. Sur une base personnelle, je suis conscient de l’importance de ne pas perpétuer ces préjugés, parce que j’en ai moi même reçu une grosse tasse à travers les années.</p>



<p>À cause de notre système colonial canadien, une simple carte marquée du mot «indien» émise par le gouvernement d’Ottawa est la seule chose tangible qui me rattache à une identité innue du Piekuakami. Lorsque j’en parle à des gens, peu importe leur tranche d’âge et leur sexe, les commentaires qui surgissent sont invariablement à propos de «ne pas payer de taxes» et, dans mon cas précis, du fait que «je n’ai pas l’air d’en être un». Ainsi, je n’ai jamais eu à vivre avec le regard méfiant des autres. Jamais on ne m’a crié l’insulte raciste qu’est «Kawish» ou bien de «maudit Indien» lors d’une partie de hockey. On ne m’a jamais refusé un logement en ville sous des faux prétextes. On n’a jamais insinué quoi que ce soit sur ma consommation d’alcool lors de ma dernière rencontre avec un médecin ou un psychologue. On ne m’a jamais infligé de mauvais traitements lorsque je me suis rendu à l’hôpital. Je ne suis pas mort en allant à l’hôpital. Etcetera, Etcetera.<span class="has-inline-color has-noir-color"> </span></p>



<p>Bien que le niveau de violence et de répression subies ne soit en rien comparable avec celui des Premières Nations,<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"> </span></strong>les francophones de plusieurs provinces candiennes comme l’Ontario et le Manitoba savent ce qu’est la discrimination, la négation de sa culture et la minorisation. En tant que Québécois·es, nous pouvons bien&nbsp;comprendre la souffrance de gens qui sont victimes algré eux de discrimination, surtout les gens issus de la diversité et les Premières Nations qui vivent cette discrimination de façon tangible dans leur quotidien. Si nous souhaitons bâtir une société nouvelle et purgée des inégalités, reconnaître les préjugés et les comportements au cœur de la notion de racisme systémique devrait apparaître comme une nécessité.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Pendant ce temps, aucun plan d’action concret n’existe et l’incompréhension envers le racisme systémique continue à se manifester au Québec, sans qu’aucune forme de leadership gouvernemental tente de renverser cet état des choses</p></blockquote>



<p>Malgré tout, nous semblons avoir un rapport difficile à ce que certains auteurs et autrices qualifient de double identité de colon et colonisé. Certain·e·s souhaiteraient n’être que l’un ou l’autre. Cette double attache, héritée de notre histoire, caractérise la société québécoise. Elle ne doit pas être un tremplin pour se cacher de tout examen critique de notre société. Comme partout ailleurs, nous devons procéder à une introspection, écouter les néo-Québécois·es victimes de discrimination et aller dans le bon sens afin que notre société continue d’évoluer. Tous·tes les Québécois·es devraient pouvoir se sentir chez eux et chez elles ici.</p>



<p>Ce n’est pas lorsque les «Bock-Martineau-Lisée» instrumentalisent cet enjeu pour faire du capital politique que nous avançons. Ce n’est pas en détournant le regard de la fameuse loi fédérale sur les Indiens que la mort de Joyce Echaquan sera excusée. Lorsque François Legault refuse de reconnaître qu’il y a un enjeu sur lequel travailler au-delà de comportements individuels problématiques, il nous montre toute l’arrogance de son gouvernement, fort de ses 74 députés et de sa popularité auprès de l’électorat. Pendant ce temps, aucun plan d’action concret n’existe et l’incompréhension envers le racisme systémique continue à se manifester au Québec, sans qu’aucune forme de leadership gouvernemental tente de renverser cet état des choses.</p>



<p>Nous pouvons tous et toutes comprendre ce qu’est&nbsp;le racisme systémique et ce qu’il n’est pas. Peu importe notre société et l’enjeu dont il est question, il faut adopter un regard critique<strong>,</strong> sans quoi nous ne ferons que stagner.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/racisme-systemique-ou-complexe-dinferiorite-systematique/" data-wpel-link="internal">Racisme systémique ou complexe d’infériorité systématique?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Les Ouïghours: un génocide au 21e siècle</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/les-ouighours-un-genocide-au-21e-siecle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vincent Copti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Nov 2020 13:47:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[chine]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[génocide]]></category>
		<category><![CDATA[Manifestation]]></category>
		<category><![CDATA[Monde]]></category>
		<category><![CDATA[ouïghours]]></category>
		<category><![CDATA[photoreportage]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=39708</guid>

					<description><![CDATA[<p>Des manifestants demandent au gouvernement canadien de reconnaître le génocide des Ouïghours.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/les-ouighours-un-genocide-au-21e-siecle/" data-wpel-link="internal">Les Ouïghours: un génocide au 21e siècle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 15 novembre dernier, plus d’une centaine de militants se sont rassemblés à Montréal devant le Monument à Maisonneuve et ont défilé sur le boulevard René-Lévesque pour dénoncer les exactions du gouvernement chinois face au peuple ouïghour. Les manifestants demandaient également au gouvernement canadien de reconnaître ce traitement comme étant un génocide.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Nous savons par les témoignages, la fuite de documents et l’imagerie satellite que le gouvernement chinois fait subir à des millions de Ouïghours des camps de concentration, du travail forcé, de la stérilisation forcée et de la surveillance de masse»</p><cite>David Kilgour</cite></blockquote>



<p>David Kilgour, ancien député fédéral et maintenant activiste pour les droits humains, a rappelé que la situation des Ouïghours a déjà été comparée à l’Holocauste: «Nous savons par les témoignages, la fuite de documents et l’imagerie satellite que le gouvernement chinois fait subir à des millions de Ouïghours des camps de concentration, du travail forcé, de la stérilisation forcée et de la surveillance de masse.»</p>



<p>→ Voir aussi : <em><a href="https://www.delitfrancais.com/2021/02/23/une-mcgilloise-au-coeur-du-coup-detat-birman/" data-wpel-link="internal">Une étudiante de McGill au coeur du coup d’état birman</a></em></p>



<p>Plus de douze millions de Ouïghours vivent au Xinjiang en Chine, que ce peuple turcophone et à majorité musulmane appelle Turkistan oriental. Depuis leur <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.herodote.net/Des_Chinois_pas_comme_les_autres-synthese-2470-370.php" target="_blank" data-wpel-link="external">origine ancienne</a> dans les steppes russo-mongoles, les Ouïghours ont connu de nombreuses périodes de domination étrangère, mais ce peuple a aussi établi des royaumes indépendants entre le 9<em>e</em> et le 11<em>e</em> siècle&nbsp; et, au milieu du 20<em>e</em> siècle, deux républiques éphémères du Turkistan oriental. Cependant, depuis la montée au pouvoir de Mao Zedong en 1949, la région est restée sous la ferme domination de la République populaire de Chine. Depuis, ce peuple, ethniquement et culturellement différent des Han (le groupe ethnique majoritaire en Chine), a été victime de discriminations à diverses échelles. Après de fortes <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.liberation.fr/planete/2019/07/05/chine-les-emeutes-du-xinjiang-en-2009-un-tournant-pour-les-ouighours_1738153" target="_blank" data-wpel-link="external">émeutes en 2009</a>, les mesures de répression du gouvernement chinois se sont progressivement intensifiées. Les médias font mention de plus d’un million de Ouïghours enfermés arbitrairement dans des camps de détention. Le <em>New York Times</em> décrit l’utilisation du plus puissant <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.nytimes.com/2019/05/22/world/asia/china-surveillance-xinjiang.html" target="_blank" data-wpel-link="external">système</a> de surveillance au monde incluant des milliers de caméras, des contrôles policiers réguliers dans la rue, l’utilisation d’un code QR <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">(</span>type de code-barres, <em>ndlr</em>) pour rentrer chez soi et des <em>sniffer</em> («renifleurs», des logiciels monitorant le réseau, <em>ndlr</em>) pour capter l’information présente sur les téléphones intelligents. <em>Le Monde</em> présente également <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.lemonde.fr/international/article/2020/09/17/ces-faux-cousins-chinois-qui-s-imposent-dans-les-familles-ouigoures_6052513_3210.html" target="_blank" data-wpel-link="external">l’initiative des «cousins Han»</a>: des fonctionnaires du gouvernement qui viennent habiter une semaine par mois dans les foyers ouïghours et observent leur comportement. De nombreux Ouïghours réfugiés à l’étranger tentent par diverses initiatives, comme la manifestation du 15 novembre, d’attirer l’attention de la communauté internationale sur leur situation critique. Ils espèrent que cette attention fera pression sur la Chine et mettra fin aux violations des droits de la personne contre leur peuple.</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-2 is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="667" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-3-667x1000.jpg" alt data-id="39711" data-full-url="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-3-scaled.jpg" data-link="https://www.delitfrancais.com/ouighours-3/" class="wp-image-39711" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-3-667x1000.jpg 667w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-3-330x495.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-3-768x1152.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-3-1024x1536.jpg 1024w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-3-1365x2048.jpg 1365w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-3-600x900.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-3-scaled.jpg 1707w" sizes="auto, (max-width: 667px) 100vw, 667px"><figcaption class="blocks-gallery-item__caption">Raziye</figcaption></figure></li><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="667" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-4-667x1000.jpg" alt data-id="39712" data-full-url="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-4-scaled.jpg" data-link="https://www.delitfrancais.com/ouighours-4/" class="wp-image-39712" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-4-667x1000.jpg 667w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-4-330x495.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-4-768x1152.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-4-1024x1536.jpg 1024w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-4-1365x2048.jpg 1365w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-4-600x900.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-4-scaled.jpg 1707w" sizes="auto, (max-width: 667px) 100vw, 667px"><figcaption class="blocks-gallery-item__caption">Bakhtiar</figcaption></figure></li></ul><figcaption class="blocks-gallery-caption"> Crédit: Vincent Morreale</figcaption></figure>



<p>Bakhtiar, Raziye et Arzu, tous trois Ouïghours, se sont confiés au <em>Délit</em>. Les trois ont mentionné ne plus avoir de contact avec les membres de leurs familles restés au Xinjiang et ont évoqué les menaces que leur adresse le gouvernement chinois pour tenter de les réduire au silence, même hors de la Chine. Bakhtiar, arrivé au Canada en 2008, est le fondateur de <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.isupportuyghurs.org/" target="_blank" data-wpel-link="external"><em>Soutien international aux Ouïghours</em></a> (<em>International Support for Uyghurs</em>), l’organisation responsable de la manifestation. Il a affirmé que le gouvernement chinois a commencé l’usage des camps de détention en 2007. Raziye, de son côté, a décrit son parcours et le contexte de son départ: «Notre peuple subissait déjà de nombreuses discriminations, et beaucoup de jeunes étaient au chômage. Il y a eu plusieurs massacres en 1997. Après ça, j’ai appris l’anglais et attendu plusieurs années pour recevoir un passeport. En 2002, je suis arrivée en Belgique et me suis installée en 2007 au Canada. À chaque fois que je suis retournée au Turkistan oriental, je me suis fait contrôler de près par la police. Ils m’ont suivie jusqu’à l’aéroport. Je ne suis pas retournée là-bas depuis 2013.» Arzu, quant à elle, est née au Xinjiang, mais elle a grandi au Québec. Ses parents ont reçu plusieurs appels des autorités chinoises depuis leur départ et la famille n’a jamais pu retourner dans sa région natale.</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-2 is-cropped wp-block-gallery-2 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="667" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-5-667x1000.jpg" alt data-id="39713" data-full-url="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-5-scaled.jpg" data-link="https://www.delitfrancais.com/ouighours-5/" class="wp-image-39713" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-5-667x1000.jpg 667w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-5-330x495.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-5-768x1152.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-5-1024x1536.jpg 1024w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-5-1365x2048.jpg 1365w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-5-600x900.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-5-scaled.jpg 1707w" sizes="auto, (max-width: 667px) 100vw, 667px"></figure></li><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="667" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-6-667x1000.jpg" alt data-id="39714" data-full-url="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-6-scaled.jpg" data-link="https://www.delitfrancais.com/ouighours-6/" class="wp-image-39714" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-6-667x1000.jpg 667w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-6-330x495.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-6-768x1152.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-6-1024x1536.jpg 1024w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-6-1365x2048.jpg 1365w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-6-600x900.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-6-scaled.jpg 1707w" sizes="auto, (max-width: 667px) 100vw, 667px"></figure></li></ul><figcaption class="blocks-gallery-caption">Crédit: Vincent Morreale</figcaption></figure>



<p><em>Soutien international aux Ouïghours</em> et <em>Espoir Jeunesse</em>, une autre organisation présente lors de l’événement, ont mis de l’avant trois demandes principales: la reconnaissance du génocide des Ouïghours par le gouvernement canadien, la facilitation de l’accès au statut de réfugié pour les Ouïghours et le boycott des produits chinois en provenance des camps de détention.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="563" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Photo-de-Vincent-Copti-1000x563.jpg" alt class="wp-image-39718" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Photo-de-Vincent-Copti-1000x563.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Photo-de-Vincent-Copti-330x186.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Photo-de-Vincent-Copti-768x432.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Photo-de-Vincent-Copti-1536x864.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Photo-de-Vincent-Copti-2048x1152.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/vincent-copti/?media=1" data-wpel-link="internal">Vincent Copti</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p>Escortée par des voitures de police, la manifestation a traversé le boulevard René-Lévesque. Plusieurs manifestants brandissaient le drapeau bleu et blanc du Turkistan oriental, mais deux jeunes Azéries portaient aussi le drapeau de l’Azerbaïdjan pour exprimer «la solidarité entre les&nbsp;peuples turcs».&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="667" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-8-1000x667.png" alt class="wp-image-39715" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-8-1000x667.png 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-8-330x220.png 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-8-768x512.png 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-8-1536x1024.png 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-8-2048x1365.png 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-8-1200x800.png 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-8-930x620.png 930w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/vincent-morreale/?media=1" data-wpel-link="internal">Vincent Morreale</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p>Plusieurs Hongkongais étaient aussi présents. Benjamin Fung, professeur à l’Université McGill né à Hong Kong, a pris la parole pour souligner le lien entre les mesures d’oppression subies par les peuples ouïghours et hongkongais.</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-2 is-cropped wp-block-gallery-3 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="667" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-9-667x1000.jpg" alt data-id="39716" data-full-url="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-9-scaled.jpg" data-link="https://www.delitfrancais.com/ouighours-9/" class="wp-image-39716" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-9-667x1000.jpg 667w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-9-330x495.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-9-768x1152.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-9-1024x1536.jpg 1024w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-9-1365x2048.jpg 1365w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-9-600x900.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-9-scaled.jpg 1707w" sizes="auto, (max-width: 667px) 100vw, 667px"><figcaption class="blocks-gallery-item__caption">Alexandre Boulerice</figcaption></figure></li><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="667" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-10-667x1000.jpg" alt data-id="39717" data-full-url="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-10-scaled.jpg" data-link="https://www.delitfrancais.com/ouighours-10/" class="wp-image-39717" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-10-667x1000.jpg 667w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-10-330x495.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-10-768x1152.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-10-1024x1536.jpg 1024w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-10-1365x2048.jpg 1365w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-10-600x900.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-10-scaled.jpg 1707w" sizes="auto, (max-width: 667px) 100vw, 667px"></figure></li></ul><figcaption class="blocks-gallery-caption">Crédit: Vincent Morreale</figcaption></figure>



<p>Alexandre Boulerice, député néo-démocrate de Rosemont-La-Petite-Patrie, a lui aussi participé à la manifestation. Il a pris la parole au nom de plusieurs députés fédéraux tous partis confondus, pour appuyer les demandes des activistes. «Des camps! On est en 2020! Et si on veut pouvoir se dire une démocratie, il nous faut une [attitude à l’international] à la hauteur de nos valeurs!» Il a exprimé son espoir de voir le gouvernement de Justin Trudeau aborder l’enjeu lors de ses prochaines rencontres avec les représentants du gouvernement chinois.&nbsp;</p>



<p><br>À la Chambre des communes du Canada, le Sous-comité des droits internationaux de la personne a déposé, le 22 octobre dernier, <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.noscommunes.ca/DocumentViewer/fr/43-2/SDIR/communique-de-presse/10903199" target="_blank" data-wpel-link="external">un rapport</a> faisant le point sur la situation des Ouïghours. Ce rapport recommandait au gouvernement canadien de travailler avec ses alliés pour permettre à la presse internationale d’accéder librement au Xinjiang afin d’accumuler plus des preuves de la répression du gouvernement chinois à l’encontre du peuple ouïghour. Le sous-comité est, par son rapport, devenu la <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.liberation.fr/planete/2020/10/22/ouighours-le-parlement-canadien-reconnait-un-genocide_1803195" target="_blank" data-wpel-link="external">première</a> commission parlementaire au monde à employer le terme «génocide» pour parler de la situation des Ouïghours. Même si le premier ministre Justin Trudeau avait récemment <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.rcinet.ca/fr/2020/10/16/justin-trudeau-continuera-a-sopposer-a-la-diplomatie-coercitive-chinoise/" target="_blank" data-wpel-link="external">déclaré</a> qu’il défendrait les droits de la personne partout dans le monde, y compris au Xinjiang et à Hong Kong, son gouvernement n’a pas encore mis en place des mesures pour donner suite au rapport du sous-comité. De son côté, la Chine nie toutes les accusations qui pèsent contre elle. Elle présente ses actions comme des mesures raisonnables pour endiguer le terrorisme, l’extrémisme et la pauvreté dans la région. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a quant à lui parlé d’ingérence de la part des parlementaires et les a <a href="https://www.rcinet.ca/fr/2020/10/23/declaration-canadienne-sur-le-genocide-des-ouighours-la-chine-voit-rouge/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">enjoints</a> à «éviter de&nbsp;nuire davantage aux relations entre la Chine et le Canada». </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/les-ouighours-un-genocide-au-21e-siecle/" data-wpel-link="internal">Les Ouïghours: un génocide au 21e siècle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Les Redmen de McGill deviendront les Redbirds : retour sur l’histoire</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/les-redmen-de-mcgill-deviendront-les-redbirds/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rafael Miró]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Nov 2020 13:45:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[changethename]]></category>
		<category><![CDATA[changezlenom]]></category>
		<category><![CDATA[Fabrice Labeau]]></category>
		<category><![CDATA[redbirds]]></category>
		<category><![CDATA[redmen]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=39834</guid>

					<description><![CDATA[<p>Cette décision vient conclure plus de deux ans de débat à McGill.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/les-redmen-de-mcgill-deviendront-les-redbirds/" data-wpel-link="internal">Les Redmen de McGill deviendront les Redbirds : retour sur l’histoire</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 17 novembre dernier, l’Université a dévoilé le nouveau nom de ses équipes de sport masculines. Après plus d’un an d’attente depuis l’annonce du processus de sélection d’un nouveau nom, c’est finalement celui de <em style="user-select: auto;">Redbirds</em> – un nom qui évoque en anglais le cardinal rouge<em style="user-select: auto;"> –</em> qui a été retenu. Les équipes féminines, quant à elles, conserveront le nom de <em style="user-select: auto;">Martlets</em>. Comme auparavant, aucune des deux équipes ne portera un nom francophone officiel.</p>



<p>Dans un courriel envoyé à toute la communauté mcgilloise, le <a href="https://www.mcgill.ca/studentlifeandlearning/about/deputyprovost" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">premier vice-principal exécutif adjoint</a> Fabrice Labeau, chargé du dossier, a affirmé que le comité avait choisi «un nom que toute la communauté pourra arborer – et célébrer – avec fierté». Plus de 200 noms différents auraient été envoyés à l’administration de l’Université. La dénomination de «<em>redbirds</em>» aurait reçu les faveurs du comité entre autres parce qu’elle ne s’éloignait pas trop de l’identité des anciennes équipes. Il aurait aussi été utilisé par le passé par des équipes de baseball et de ski.</p>



<p>L’Université a fait le choix de ne pas effacer les traces de l’ancien nom <em>Redmen</em>, par exemple sur des trophées ou dans des monuments à l’histoire de l’équipe. «On ne veut pas enlever ça, parce que ça fait partie de l’histoire de l’Université», a déclaré Labeau <a href="https://ici.radio-canada.ca/tele/le-telejournal-18h/site/segments/reportage/210012/redmen-redbirds-mcgill-sport-equipe-masculin?isAutoPlay=1" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">sur les ondes de Radio-Canada</a>.</p>



<p><strong>Un processus laborieux</strong></p>



<p>Cette décision vient parachever une réflexion qui dure depuis de très nombreuses années dans la communauté universitaire.</p>



<p>Le nom <em style="user-select: auto;">Redmen </em>a été utilisé pour la première fois en 1927, d’abord sous la forme de «<em style="user-select: auto;">Red</em> <em style="user-select: auto;">Men</em>». Selon <a href="https://web.archive.org/web/20170706004822/https://mcgillathletics.ca/sports/2015/2/27/0227154844.aspx?path=general" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">une page du site officiel de McGill</a>, qui a depuis été retirée, ce nom aurait à l’origine fait référence aux couleurs rouges de l’Université et à l’héritage écossais de James McGill, son fondateur. Plusieurs ont cependant considéré le nom de l’équipe comme une insulte raciste faisant référence à la couleur de peau des peuples autochtones d’Amérique.&nbsp;</p>



<p>Dans les années suivantes, ce nom a été de nombreuses fois utilisé en faisant explicitement référence aux peuples autochtones. Des années 1950 jusqu’aux années 1990, les équipes de McGill étaient parfois surnommées les «<em>Indians</em>», tandis que, dans les années 1970, certaines équipes féminines portaient le nom de «<em><a href="https://numerique.banq.qc.ca/resultats#" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Super Squaws</a></em>». <strong><span class="has-inline-color has-noir-color"><span class="has-inline-color has-edito-color"></span><span class="has-inline-color has-edito-color"></span></span></strong>Plusieurs éléments de l’identité visuelle des équipes faisaient référence à des stéréotypes raciaux.</p>



<p>Au début des années 1990, un groupe d’étudiant·e·s, la <em>McGill Native Awareness Coalition</em> (Coalition pour la sensibilisation aux enjeux autochtones de McGill<em>, </em>ndlr) a commencé à faire pression sur l’Université, qui accepta d’envisager un changement. En 1992, cependant, McGill a choisi de conserver le nom des équipes, arguant que le nom n’avait pas à l’origine d’intentions racistes. L’administration a néanmoins accepté de changer le logo de l’équipe, qui depuis 1982 représentait une figure stéréotypée d’un guerrier autochtone à la coiffe de plume.</p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<figure class="wp-block-gallery columns-2 is-cropped wp-block-gallery-4 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="820" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/McGill-Daily-Students-challenge-Redmen-moniker-1000x820.png" alt data-id="39790" data-full-url="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/McGill-Daily-Students-challenge-Redmen-moniker.png" data-link="https://www.delitfrancais.com/mcgill-daily-students-challenge-redmen-moniker/" class="wp-image-39790" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/McGill-Daily-Students-challenge-Redmen-moniker-1000x820.png 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/McGill-Daily-Students-challenge-Redmen-moniker-330x271.png 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/McGill-Daily-Students-challenge-Redmen-moniker-768x630.png 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/McGill-Daily-Students-challenge-Redmen-moniker.png 1332w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"></figure></li><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="972" height="808" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Logo-Redmen-Daily.png" alt data-id="39793" data-full-url="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Logo-Redmen-Daily.png" data-link="https://www.delitfrancais.com/logo-redmen-daily/" class="wp-image-39793" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Logo-Redmen-Daily.png 972w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Logo-Redmen-Daily-330x274.png 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Logo-Redmen-Daily-768x638.png 768w" sizes="auto, (max-width: 972px) 100vw, 972px"></figure></li></ul><figcaption class="blocks-gallery-caption">Édition du 11 novembre 1991 du McGill Daily | archives.org — Daily Publications Society</figcaption></figure>



<p></p>
</div></div>



<p><strong>Développement récents</strong></p>



<p>À l’été 2017, un <a rel="noreferrer noopener external" href="http://www.mcgilltribune.com/opinion/ssmu-votes-to-change-the-name-what-now-2011/" target="_blank" data-wpel-link="external">rapport</a> commandé par l’administration de l’Université a recommandé de changer le nom de l’équipe, affirmant que les efforts de McGill pour mieux inclure les autochtones étaient «sérieusement remis en question» par l’usage de ce nom.&nbsp;</p>



<p>Cependant, ce n’est vraiment qu’à partir de l’automne 2018 que des étudiant·e·s ont commencé à faire pression sur McGill pour obtenir un nouveau nom d’équipe. En octobre, le commissaire aux affaires autochtones de l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM) Tomas Jirousek, lui-même autochtone et membre de l’équipe d’aviron, a lancé <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.change.org/p/mcgill-university-change-the-redmen-name?recruiter=873788622&amp;utm_source=share_petition&amp;utm_medium=copylink&amp;utm_campaign=psf_combo_share_initial.pacific_abi_gmail_send.variation.pacific_abi_select_all_contacts.select_all.pacific_email_copy_en_us_3.control.pacific_email_copy_en_gb_4.v1.pacific_email_copy_en_us_5.v1.lightning_share_by_medium_message.control.lightning_2primary_share_options_more.control&amp;utm_term=triggered&amp;fbclid=IwAR2WGi9hhS3D3UDhXt7PvU4W9ka5gpBlZUuDu5f4h4qkIaVOE1Od9d_vhv8" target="_blank" data-wpel-link="external">une pétition</a> qui fut signée par plus de 10 000 personnes. Quelques semaines plus tard, l’association étudiante a organisé <a rel="noreferrer noopener external" href="https://ssmu.simplyvoting.com/index.php?mode=results&amp;election=68272" target="_blank" data-wpel-link="external">un référendum</a> dans lequel elle demandait aux étudiant·e·s la permission de faire pression sur l’Université: le oui l’a emporté avec 79% des suffrages exprimés.</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-3 is-cropped animated fadeIn wp-block-gallery-5 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="667" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-C-1000x667.jpg" alt data-id="32337" data-full-url="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-C.jpg" data-link="https://www.delitfrancais.com/2018/11/06/changez-le-nom/a-redmen-c/" class="wp-image-32337" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-C-1000x667.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-C-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-C-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-C-850x567.jpg 850w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"></figure></li><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="666" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-D-1000x666.jpg" alt data-id="32340" data-full-url="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-D.jpg" data-link="https://www.delitfrancais.com/2018/11/06/changez-le-nom/a-redmen-d/" class="wp-image-32340" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-D-1000x666.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-D-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-D-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-D-850x566.jpg 850w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"></figure></li><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="666" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-E-1000x666.jpg" alt data-id="32342" data-full-url="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-E.jpg" data-link="https://www.delitfrancais.com/2018/11/06/changez-le-nom/a-redmen-e/" class="wp-image-32342" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-E-1000x666.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-E-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-E-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2018/11/A-Redmen-E-850x566.jpg 850w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"></figure></li></ul><figcaption class="blocks-gallery-caption">Manifestation en faveur du changement de nom, le 31 octobre 2018 | Iyad Khagad</figcaption></figure>



<p>L’Université, bien qu’ouverte à un changement, n’a pas tout de suite pris de décision formelle, ce qui a sucité le mécontentement des membres de l’AÉUM. Le 29 mars 2019, par solidarité avec la campagne #<em>changethename (#changezlenom, ndlr)</em>, les électeur·rice·s étudiant·e·s ont rejeté à 58% le renouvellement d’un frais de dix dollars destiné à l’entretien des infrastructures de McGill. Peu après cette décision lourde de sen<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"></span></strong>s pour l’administration, l<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"></span></strong>a rectrice Suzanne Fortier a finalement annoncé le 12 avril que le nom serait changé.</p>



<p><a href="https://ici.radio-canada.ca/tele/le-telejournal-18h/site/segments/reportage/210012/redmen-redbirds-mcgill-sport-equipe-masculin?isAutoPlay=1" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">En entrevue à Radio-Canada</a><strong><span class="has-inline-color has-edito-color"> </span></strong>la semaine dernière, Tomas Jirousek a salué la décision de l’Université. Il a toutefois précisé que cela ne réglait pas tout le problème de la discrimination envers les autochtones à l’Université McGill. Selon lui, au-delà de seulement changer des noms d’équipe, l’Université devrait améliorer ses services de soutien aux étudiant·e·s autochtones et embaucher plus de professeur·e·s issu·e·s <strong><span class="has-inline-color has-edito-color"></span></strong>des Premières Nations.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/les-redmen-de-mcgill-deviendront-les-redbirds/" data-wpel-link="internal">Les Redmen de McGill deviendront les Redbirds : retour sur l’histoire</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Creusons-nous la tombe de l’enseignement?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/creusons-nous-la-tombe-de-lenseignement/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Nov 2020 13:44:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[épuisement]]></category>
		<category><![CDATA[professeur]]></category>
		<category><![CDATA[santé mentale]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le mois de décembre marque dans les cercles universitaires une période bien souvent exigeante, voire carrément drainante. À l’approche de la fin de session, nombreux·ses sont ceux et celles dont le sommeil se fait rarissime, les bonnes habitudes laissant place aux longues nuits d’études. Dans ce tourbillon estudiantin, difficile de préserver une bonne santé mentale&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/creusons-nous-la-tombe-de-lenseignement/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Creusons-nous la tombe de l’enseignement?</span></a></p>
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<p class="has-drop-cap">Le mois de décembre marque dans les cercles universitaires une période bien souvent exigeante, voire carrément drainante. À l’approche de la fin de session, nombreux·ses sont ceux et celles dont le sommeil se fait rarissime, les bonnes habitudes laissant place aux longues nuits d’études. Dans ce tourbillon estudiantin, difficile de préserver une bonne <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/17/la-communaute-mcgilloise-a-bout-de-souffle/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">santé mentale</a> et de jongler — sans rien échapper — avec les examens, les travaux finaux et les nombreux projets. Mais à l’ombre de notre quotidien étudiant travaillent d’arrache-pied ceux et celles dont l’importance est trop souvent minimisée: les professeur·e·s et chargé·e·s de cours qui ont, depuis le début de la pandémie, effectué un virage à 180 degrés pour réussir à se «renouveler».</p>



<p>La suspension des cours universitaires en mars dernier ne pouvant pas durer, le passage au numérique s’est effectué en l’espace de quelques semaines. On a alors demandé à la communauté universitaire d’apprendre à maîtriser Zoom, les<em> breakout rooms </em>et toutes sortes de fonctionnalités connexes. Nos professeur·e·s ont dû porter le fardeau d’un enseignement à réinventer, en plus d’apprivoiser dans un nouveau format une profession apprise pour la plupart il y a des années. Impuissant·e·s face aux restrictions qui nuisent à l’apprentissage de leurs étudiant·e·s et à leur propre enseignement, de nombreux·es professeur·e·s ont ajusté leurs plans de cours et répondu à des courriels d’étudiant·e·s inquiet·ète·s, en plus d’offrir du soutien émotionnel à celles et ceux dans le besoin. Mais qu’en est-il de leur propre santé? La charge mentale des professeur·e·s générée par la gestion du corps étudiant ajoute à leur stress et s’accumule dangereusement, les mettant à risque d’un épuisement professionnel qu’il faut à tout prix éviter. Où sont les mesures gouvernementales pour appuyer celles et ceux qui portent sur leurs épaules le poids de la qualité de l’enseignement et de la recherche universitaire?</p>



<p>Le taux d’épuisement professionnel serait d’ailleurs plus élevé chez les universitaires que dans la population en général. Les conditions de travail des professeur·e·s se sont détériorées de par le travail à domicile, et la pandémie n’a fait que renforcer les inégalités déjà présentes. Plusieurs <a href="https://policyoptions.irpp.org/magazines/october-2020/la-pandemie-a-aggrave-le-stress-chez-les-professeures-duniversite/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">études</a> démontrent notamment que la responsabilité des enfants et des aîné·e·s qui incombe généralement aux femmes a un impact particulièrement néfaste sur leur productivité et leur santé mentale.&nbsp;</p>



<p>Les cours de premier cycle étant majoritairement enseignés par des chargé·e·s de cours – principalement des femmes et des personnes racisées – leurs conditions d’emploi sont bien souvent précaires et leur salaire, relativement minime. Dans une lettre ouverte adressée à l’administration de la Dalla Lana School of Public Health, une partie du corps professoral dénonçait entre autres les inégalités et le manque de sécurité d’emploi pour les employé·e·s au statut précaire. Cette lettre ne relève pas d’un cas isolé, en démontre l’émergence de plusieurs cercles universitaires qui dénoncent l’inefficacité et l’insuffisance des services offerts au corps professoral.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Les universités doivent ouvrir la porte à des mesures plus ciblées, comme des services de garde gratuits et un ajustement plus flexible des exigences en matière d’enseignement et de recherche»</p></blockquote>



<p>Les professeur·e·s permettent l’apprentissage en occasionnant des élans de créativité et ce sont celles et ceux qui sont garants d’un savoir qui se doit d’évoluer. Puisque leur travail est si précieux, tâchons d’en prendre soin: les universités doivent ouvrir la porte à des mesures plus ciblées, comme des services de garde gratuits et un ajustement plus flexible des exigences en matière d’enseignement et de recherche. Ces mesures permettraient entre autres de pallier certaines des nombreuses inégalités. Briser les plafonds de verre qui existent au sein des universités nous demande d’oser investiguer le problème de l’épuisement professionnel, et, pour cela, il requiert d’agir sur la manière dont celui-ci est réparti inégalement en société.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/creusons-nous-la-tombe-de-lenseignement/" data-wpel-link="internal">Creusons-nous la tombe de l’enseignement?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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