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	<title>Archives des 2020-11-03 - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Sat, 03 Apr 2021 23:26:38 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
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	<item>
		<title>«Mot en n»: la rectrice de McGill réagit à l’affaire de l’UOttawa</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/mot-en-n-la-rectrice-de-mcgill-reagit-a-laffaire-de-luottawa/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rafael Miró]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Nov 2020 18:14:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[black student network]]></category>
		<category><![CDATA[Mot en n]]></category>
		<category><![CDATA[Ottawa]]></category>
		<category><![CDATA[Suzanne Fortier]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans un courriel envoyé à toute la communauté mcgilloise, la principale et vice-chancelière Suzanne Fortier a exprimé son point de vue sur l’affaire.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/mot-en-n-la-rectrice-de-mcgill-reagit-a-laffaire-de-luottawa/" data-wpel-link="internal">«Mot en n»: la rectrice de McGill réagit à l’affaire de l’UOttawa</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 23 septembre dernier, la professeure Verushka Lieutenant-Duval, qui enseigne l’histoire de l’art et les théories féministes à l’Université d’Ottawa, avait utilisé un mot jugé offensant par la communauté noire dans le cadre d’un cours portant sur la réappropriation des mots offensants par les groupes discriminés. Dans les jours qui ont suivi, des étudiant·e·s et des professeur·e·s ont critiqué son utilisation du mot via les réseaux sociaux, partagé ses coordonnées personnelles et demandé sa démission.</p>



<p>Face à la controverse, le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, a pris la décision de suspendre la Pre Lieutenant-Duval et a mis les élèves de son cours sous la responsabilité d’un autre professeur. 34 collègues de la Pre Lieutenant-Duval, en majorité des francophones, ont signé une lettre témoignant de leur appui à la professeure, devenant par ce geste de nouvelles cibles de <a href="https://www.ledevoir.com/societe/588195/mot-qui-commence-par-n-guerilla-ideologique-a-l-universite-d-ottawa" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">critiques sur les réseaux sociaux</a>. Néanmoins, <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.ledevoir.com/societe/education/588193/au-petit-mot-les-grands-debats" target="_blank" data-wpel-link="external">la majorité du corps professoral de l’Université </a>a pris position en faveur de la suspension de la Pre Lieutenant-Duval.</p>



<p>La discussion est rapidement sortie des murs de l’Université d’Ottawa pour gagner les grands médias du pays. Au Québec, presque l’entièreté de la classe politique a condamné la réaction de l’Université d’Ottawa comme étant une atteinte à la liberté académique. La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, a publiquement défendu le choix de mot de la Pre Lieutenant-Duval et a lancé une pétition pour appeler l’Université d’Ottawa à revenir sur sa position. L’écrivain Dany Laferrière, qui avait semé la controverse il y 30 ans dans le monde anglo-saxon avec un titre de livre comprenant le mot polémique, <a rel="noreferrer noopener external" href="https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/dessine-moi-un-dimanche/segments/entrevue/206724/dany-laferriere-racisme-mot-en-n" target="_blank" data-wpel-link="external">a aussi défendu sur les ondes de Radio-Canada</a> l’usage du mot dans un contexte autre qu’insultant:<em> </em>«Ce mot tout sec, nu, sans le sang et les rires qui l’irriguent n’est qu’une insulte dans la bouche d’un raciste. Je ne m’explique pas pourquoi on donne tant de pouvoir à un individu sur nous-mêmes. Il n’y a qu’à dire un mot de cinq lettres pour qu’on se retrouve en transe avec les bras et les pieds liés, comme si le mot était plus fort que l’esclavage. Les esclaves n’ont pas fait la révolution pour qu’on se retrouve à la merci [de ce mot].»</p>



<p>Évidemment, tous les avis n’étaient pas unanimes. Dans <em>Le</em> <em>Devoir</em>, la chroniqueuse Emilie Nicolas a avancé que les personnes blanches ne devraient <a href="https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/588151/comment-te-faire-confiance-avec-cette-arme-sans-me-fatiguer" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">tout simplement pas utiliser ce mot</a>. Selon elle, la blessure subie par les Noir·e·s à cause de ce mot serait trop récente pour que l’on confie à des personnes blanches le droit de le dire. Même bien intentionnées, comme dans un contexte académique, elles seraient à risque de blesser en utilisant ce mot en l’ignorance de sa nature traumatisante. Vanessa Destinée, journaliste et chroniqueuse chez Québécor, a aussi estimé que les personnes blanches devraient éviter d’utiliser ce mot: «Il faut comprendre que [ce mot], quand on a la peau noire, nous accompagne durant toute notre vie, c’est un mot que l’on entend souvent très jeune, quand il nous est balancé à la figure la première fois, on s’en rappelle aussi la première fois quand ça arrive.»</p>



<p><strong>L’administration de McGill réagit</strong></p>



<p>L’administration de McGill a attendu plusieurs semaines avant de se prononcer sur la question. Finalement, le 26 octobre dernier, dans un message intitulé <a href="https://www.mcgill.ca/principal/fr/communications/enonces/liberte-academique-et-inclusion" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external"><em>Liberté académique et inclusion</em></a>, envoyé par courriel à toute la communauté, Suzanne Fortier a indirectement abordé le sujet, évoquant seulement des «situations [s’étant produites] dans des établissements universitaires canadiens». Elle a réaffirmé l’importance de deux valeurs qu’elle considère cardinales dans le milieu universitaire: «la liberté académique» ainsi que «l’équité et l’inclusion», concédant qu’il pouvait parfois sembler «difficile de parvenir à concilier ces engagements simultanément». Elle n’a pas explicitement pris le parti de l’une ou l’autre de ces valeurs, affirmant que «renoncer à un principe pour se prévaloir d’un autre ne [lui apparaissait] pas être la solution».</p>



<p>Dans son message, la Pre Fortier n’a pas rendu explicite sa position quant à l’interdiction d’utiliser des mots controversés dans un contexte académique. Elle a tout de même semblé faire un appel à l’empathie concernant le cas de la Pre Lieutenant-Duval: «Il peut arriver que nous commettions, malgré nous, une maladresse qui puisse heurter les autres. De telles situations sont l’occasion de faire montre d’empathie et de confiance mutuelle et de réitérer notre engagement à nous ouvrir à l’autre, à apprendre, et à grandir.»</p>



<p><strong>Le Réseau des étudiant·e·s noir·e·s réagit</strong> </p>



<p>La déclaration de la rectrice a rencontré l’opposition de certaines personnes à McGill. Le Réseau des étudiant·e·s noir·e·s (<em>Black Student Network, </em>BSN) a publié, le 30 octobre dernier, un <a href="https://www.facebook.com/BlackStudentsNetworkOfMcGill/posts/2145635708903427" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">communiqué</a> «<em>condamnant fortement</em>» l’attitude de Suzanne Fortier. Il lui a été reproché d’avoir «utilisé» la notion de liberté académique pour mettre de côté l’inclusivité: «<em>La compréhension de la «&nbsp;liberté académique&nbsp;» par la principale Fortier permet de refuser aux étudiant·e·s noir·e·s le droit d’apprendre dans un environnement sécuritaire</em>». Le BSN a aussi affirmé que l’Université McGill avait «une responsabilité particulière pour reconnaître le traumatisme et la violence liés au «mot en n», puisque son fondateur James McGill était une personne raciste qui possédait des esclaves.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/mot-en-n-la-rectrice-de-mcgill-reagit-a-laffaire-de-luottawa/" data-wpel-link="internal">«Mot en n»: la rectrice de McGill réagit à l’affaire de l’UOttawa</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<item>
		<title>L’avortement à l’agenda politique</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/lavortement-a-lagenda-politique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Nov 2020 14:06:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[avortement]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Simone de Beauvoir nous avait bien averties: «il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devez rester vigilantes votre vie durant». Pensons à l’exemple frappant de la Pologne, où un arrêt du Tribunal constitutionnel émis le 22 octobre&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/lavortement-a-lagenda-politique/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">L’avortement à l’agenda politique</span></a></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/lavortement-a-lagenda-politique/" data-wpel-link="internal">L’avortement à l’agenda politique</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Simone de Beauvoir nous avait bien averties: «il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devez rester vigilantes votre vie durant». Pensons à l’exemple frappant de la Pologne, où un arrêt du Tribunal constitutionnel émis le 22 octobre dernier rend illégal l’avortement en cas de malformation du fœtus, soit pour 98% des avortements légaux au pays. De notre côté de l’océan, la nomination de la magistrate conservatrice anti-avortement Amy Coney Barret à la Cour Suprême des États-Unis, ou encore les positions pro-vie d’anciens candidats aux élections fédérales canadiennes Andrew Scheer et Maxime Bernier, démontrent la précarité dans laquelle peut se retrouver la situation d’accessibilité à l’interruption volontaire de grossesse. Ce discours, qui tend à remettre ce droit primaire à l’agenda politique, menace d’effacer des décennies de progrès féministes.&nbsp;</p>



<p>Le droit à l’avortement entendu comme enjeu «social» est d’ailleurs foncièrement problématique, puisqu’il fait fi d’une notion fondamentale: la question de l’avortement ne relève pas du débat public, ni de l’ordre moral, à savoir s’il est juste ou non d’être «pro-vie». Ces questions n’en sont pas moins importantes, mais elles contribuent à détourner le discours de l’enjeu central. Celui-ci concerne le corps de la femme et sa liberté de conscience — sa capacité individuelle à disposer de son propre corps, à réfléchir et agir sur et pour celui-ci. Si l’impératif du droit à la vie dépasse pour certaines le droit à disposer de son propre corps, cette position tend à balayer<strong> </strong>de la main la notion de libre-arbitre au coeur de nombreux discours féministes. La question sociale qu’il convient alors de se poser est la suivante: jugeons-nous les femmes aptes, oui ou non, à décider d’elles-mêmes lorsque leur corps et leurs capacités reproductrices sont mis en jeu?</p>



<p>Cette image de la femme, perçue comme un être incapable de décider pour elle-même, est ancrée si profondément dans le système qu’est constamment remis à l’agenda politique le droit à l’avortement. Le Québec n’est d’ailleurs pas tout à fait distancé de son héritage judéo-chrétien<strong> </strong>qui a, des années durant, surbordonné la femme au rôle de simple ménagère (notons qu’il faut attendre en 1964 pour qu’une femme puisse posséder son propre compte bancaire au Québec). De ce système toujours patriarcal découle un discours qui l’est tout autant, où ces bons moralistes «pro-vie» avancent des positions qui réduisent à la «bonne conscience» un choix qui concerne finalement le droit primaire de disposer de son propre corps. Donner la vie est un privilège, et l’implication de la femme dans le processus reproductif ne saurait se limiter à celui de simple corps porteur. Sa subordination à même ce processus, en lui refusant le choix de recourir à l’avortement si elle le désire, contribue au discours infantilisant qui continue de dominer et de soumettre le corps et la conscience des femmes.&nbsp;</p>



<p>Si l’avortement est dorénavant un choix libre au Canada (mentionnons tout de même qu’en 1991, le Sénat n’était qu’à une seule voix de le criminaliser à nouveau), il est impératif de continuer d’offrir aux femmes l’aide et le soutien nécessaire pour que ce droit en reste un. L’acceptation publique de l’avortement doit dépasser le processus en lui-même, et plutôt que de remettre en question la capacité des femmes à disposer de leur propre corps, permettons plutôt un discours constructif sur l’avortement, qui questionnerait notamment l’aide et le soutien psychologique aux femmes qui y ont recours. Voilà un bien large dossier à ajouter à l’agenda politique.&nbsp;</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/lavortement-a-lagenda-politique/" data-wpel-link="internal">L’avortement à l’agenda politique</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<item>
		<title>25 ans d’immobilisme indépendantiste</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/25-ans-dimmobilisme-independantiste/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Simon Gagné-Nepton]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Nov 2020 14:05:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=38901</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le mouvement indépandantiste québécois, 25 ans après le dernier référendum, n'a pas bougé d'un poil.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/25-ans-dimmobilisme-independantiste/" data-wpel-link="internal">25 ans d’immobilisme indépendantiste</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-group is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow"><div class="wp-block-group__inner-container"></div></div>



<p class="has-drop-cap">Nous célébrons ces jours-ci le 25<em>e</em>&nbsp;anniversaire du second référendum sur la souveraineté du Québec, qui a eu lieu le 30&nbsp;octobre 1995. Peu d’événements importants ont suscité de l’engouement au sein de la population québécoise depuis 25&nbsp;ans. Les grandes grèves sociales et étudiantes de 2005 et de 2012 font partie de ces rares exemples. Autrement, on peut affirmer que c’est le calme plat depuis cette date charnière d’octobre 1995. Partout ailleurs, le monde tourne et le cours des événements se poursuit. Ici, nous semblons nous figer volontairement dans le temps comme cela a trop souvent été le cas. Même le regain de mouvements indépendantistes, comme en Écosse ou en Catalogne, ne semble pas émouvoir bon nombre de Québécois·es.</p>



<p>Depuis le 30&nbsp;octobre 1995, c’est comme si le monde avait arrêté de tourner. La population est politiquement et socialement démobilisée. En écrivant cette chronique aujourd’hui, je suis bien conscient de faire partie d’une minorité de jeunes Québécois·es montrant un intérêt pour ces questions.</p>



<p>Les sondages d’opinion montrent bien l’ampleur du propos. Les jeunes du Québec se réclamant de l’une ou l’autre des options constitutionnelles — indépendantisme ou fédéralisme<strong> </strong>— constituent une infime minorité. L’autre masse se noie dans un corps difforme d’indécis·es ou bien de personnes n’ayant que très peu entendu parler de ces questions mis à part quelques fois à l’école ou par leurs parents et grands-parents. D’ailleurs, on leur a fort probablement entretenu la question selon des termes dépassés ainsi que dans une mentalité revancharde. Il suffit de lire quelques commentaires relatifs au référendum ou bien d’écouter les gens un peu plus âgés pour se rendre compte de cette attitude.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Certaines têtes pensantes qui grandiloquent à tout va, crachant partout leur science — en vase clos bien entendu — ne se rendent pas compte combien leurs discours ne parlent à personne.</p>



<p><strong>Des erreurs stratégiques chez le mouvement indépendantiste</strong></p>



<p>On connaît la suite&nbsp;: le Parti Québécois (PQ) s’est mis en mode «attentiste». Il a tellement attendu qu’il n’a fait que sécher sur place telle une vieille goélette échouée. Il est devenu si amorphe qu’il n’a pas sauté sur les occasions lorsqu’elles se sont présentées. Cette prise de position attentiste du Parti Québécois n’a pas simplement atrophié le mouvement, il a également empêché tout renouvellement idéologique qui aurait pu contribuer plus largement à l’inclusion des nouvelles générations dans le projet indépendantiste.&nbsp;</p>



<p>Lors des élections générales du 1<em>er</em>&nbsp;octobre 2018, alors que j’étais président des jeunes du Parti Québécois dans ma région ,<strong> </strong>une personne responsable de l’équipe de campagne m’a dit que ça ne valait pas la peine de s’intéresser à la jeunesse comme électorat potentiel alors que, de mon côté, je faisais tout en mon possible pour faire connaître le candidat, le parti et pour faire voter la jeunesse en sa faveur. Le résultat&nbsp;de leur erreur de jugement ? À force de gratter les vieux fonds de tiroir, le tiroir a tout simplement percé et c’est une défaite qui attendait le parti de l’autre côté.</p>



<p>Les réactions au dernier sondage sur la question de la souveraineté se révèlent être un indicateur significatif pour comprendre combien ce mouvement aurait besoin d’un électrochoc. On se complait dans la médiocrité en ramassant de vieilles miettes. Le niveau d’appui à l’indépendance est à 36&nbsp;% chez la population québécoise ? Bien, ça veut dire que notre mouvement n’est pas en si mauvaise posture, qu’on est toujours « d’attaque », puisque plusieurs se disent encore souverainistes. Aussitôt les politicien·ne·s ont-ils balancé leurs statistiques, ils écartent brusquement celles montrant le décalage entre les générations plus jeunes et leurs parents concernant l’appui au projet. Ils ne parlent forcément pas plus du fait que le mouvement n’a clairement pas progressé en 25&nbsp;ans. </p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Personne n’a d’oreilles qui demeurent fermées au doux son de la liberté»</p></blockquote>



<p>Est-ce que cela signifie que l’indépendance n’est plus qu’un projet moribond, celui d’une seule génération ? Jamais. Entre jeunes politisé·e·s, nous sommes conscient·e·s d’à quel point l’indépendance peut répondre aux préoccupations d’une grande majorité de personnes de 18 à 30 ans, je pense ici principalement à l’environnement. Or, qu’arrive-t-il lorsque l’on demeure dans une pièce étanche et recluse ? Le message ne peut être porter de la manière qu’on le souhaite. De nombreux sondages auprès de la jeunesse québécoise montrent que celle-ci croit que l’un des principaux défis que le Québec rencontre est la lutte contre les changements climatiques. En ce sens, l’indépendance ne serait pas pertinente en ce moment puisqu’elle ne répondrait pas à ce défi actuel.&nbsp;</p>



<p>Entre militant·e·s, nous savons bien que l’indépendance du Québec peut s’avérer être une réponse cohérente à la crise climatique puisqu’en sortant de l’État pétrolier canadien, nous n’aurions plus à financer le pétrole de l’Alberta et nous pourrions miser nos efforts sur le développement d’une économie plus verte. La question nationale n’est pas moins légitime à cause de la crise climatique et l’on peut au contraire lier ces deux luttes en une seule et ainsi réunir nos forces. Or, puisque nous sommes reclus·es dans des cercles militants, nos discours politiques n’ont que peu d’impact, d’où la nécessité de sortir de notre isolement.</p>



<p><strong>Un avenir prometteur</strong></p>



<p>Puisque les anniversaires comme les 25&nbsp;ans n’arrivent qu’une fois, il serait bien de regarder pour une fois le référendum de 1995 comme étant plus qu’une histoire d’argent et de «votes ethniques» et, en ce sens, produire une critique constructive de cet événement pour en tirer de véritables leçons. Évidemment, l’intérêt pour les affaires publiques chez les jeunes n’est pas un problème à une seule variable. Toutefois, en ce qui a trait à la souveraineté, on ne peut qu’être gagnant·e en dépoussiérant ce qui doit l’être depuis 25&nbsp;ans. De nouveaux mouvements apparaissent, de nouvelles personnes commencent à se mobiliser en faveur du projet. Rendre intelligible le lien entre l’indépendance du Québec et la cause environnementale constituerait le plus gros coup de peinture fraîche qui soit pour le discours souverainiste.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Lorsque notre mouvement sera de nouveau mûr, nous pourrons parler d’unité»</p></blockquote>



<p>Les cartes changent depuis de nombreuses années. Le PQ n’est plus le seul mouvement ou parti indépendantiste œuvrant au Québec. En ce sens, il doit cesser d’imaginer à tort et à travers que son discours est universel et que les indépendantistes n’y croyant plus sont au mieux des traîtres ou au pire des « faux souverainistes ». Nous n’avons pas à nous immobiliser pour un parti politique qui est demeuré dans une telle posture pendant 25&nbsp;ans et qui soudainement tente de faire son « grand retour » en s’imaginant que les choses sont demeurées les mêmes depuis un quart de siècle.</p>



<p>L’indépendance du Québec ne se réalisera pas demain, soyons franc·he·s. C’est un combat de tous les jours qu’il faut mener sur plusieurs fronts. Il y a un brassage d’idées qui doit impérativement s’effectuer et qui ne peut plus se produire au sein du Parti québécois. Alors, amenez-en des groupes de réflexion, participons à des discussions constructives. Rien que ce mois-ci,&nbsp;le 19&nbsp;novembre prochain, sera lancé le Projet Ambition Québec de Catherine Fournier, qui a déjà publié un livre du même nom en 2019 pour présenter sa vision du mouvement. Je suis certain que l’avenir nous réserve encore de belles surprises.</p>



<p>Lorsque notre mouvement sera de nouveau mûr, nous pourrons parler d’unité. Il n’est pas question de jouer aux victimes pour un parti revendiquant farouchement un monopole qu’il a perdu depuis au moins 20&nbsp;ans.</p>



<p>L’avenir porte tout de même les signes de l’espoir. En prenant le simple exemple de mon entourage, connaissances et amis, je compte les indépendantistes en bien plus grand nombre qu’il y a 2 ou 3&nbsp;ans seulement. On y retrouve des gens de différents milieux et pas nécessairement tous très politisés.</p>



<p>Il est crucial qu’au moment venu, tous les indépendantistes se réunissent sur un seul front commun, peu importe les tendances particulières de chacun·e. Or, ce moment n’est pas encore venu. Nous ne sommes pas en 1980 ou en 1995, et l’on ne peut pas prétendre être dans la même situation en 2020. Ce n’est pas en plongeant dans l’obscurité d’une vieille cale de bateau qu’on a une vision globale de la situation. Il faut rejeter l’immobilisme tout comme les solutions magiques. On ne peut arriver qu’à l’indépendance en prêchant par l’audace.&nbsp;</p>



<p>C’est le temps de brasser la cage. Même si ce qu’il en reste s’effondre, les Québécois·e·s<strong> </strong>continueront à être solides. Ils auront le courage nécessaire afin de reconstruire un tout nouvel édifice moderne à l’image de tous ceux et toutes celles qui vivent sur notre belle terre de Québec.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/25-ans-dimmobilisme-independantiste/" data-wpel-link="internal">25 ans d’immobilisme indépendantiste</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<item>
		<title>Ce que signifie Femme(s)</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/ce-que-signifie-femmes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sophie Ji]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Nov 2020 14:04:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Anastasia Mikova]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma du parc]]></category>
		<category><![CDATA[femmes]]></category>
		<category><![CDATA[Yann Arthus-Bertrand]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=38859</guid>

					<description><![CDATA[<p>Retour sur la condition féminine explorée par Anastasia Mikova et Yann Arthus-Bertrand.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/ce-que-signifie-femmes/" data-wpel-link="internal">Ce que signifie Femme(s)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap"><em style="user-select: auto;">Femme(s)</em>, documentaire d’Anastasia Mikova et Yann Arthus-Bertrand, est le fruit de 2000 entrevues effectuées dans plus de 50 pays. À l’aide d’intimes témoignages sur fond sombre contrastés par de multiples extraits vidéo aux couleurs vives, Mikova et Arthus-Bertrand offrent la parole à différentes personnalités unies par l’expérience d’être femme. La trame sonore, composée par Armand Amar, intensifie les multiples émotions véhiculées par des témoignages parfois cocasses et d’autres fois déchirants. Le mariage, la maternité, les violences sexuelles, l’amour, la vulnérabilité et l’accès à l’éducation ne sont qu’une mince liste des thèmes abordés durant les 105 puissantes minutes de&nbsp;<em style="user-select: auto;">Femme(s</em>).</p>



<p><em>Note: Les témoignages plus sombres sont dispersés entre du contenu plus léger tout au long du documentaire. Le format allège ainsi le visionnement, mais l’intensité très crue de plusieurs témoignages et images pourrait affecter le bien-être de certain·e·s spectacteur·rice·s.</em></p>



<p><strong>Un hommage</strong></p>



<p>Le documentaire débute avec l’hommage «À nos mères». En effet,&nbsp;<em style="user-select: auto;">Femme(s)</em>&nbsp;se veut une célébration des sacrifices et de l’amour des mères, mais aussi de toutes les femmes qui sont trop souvent réduites au silence par l’étiquette arbitraire du&nbsp;tabou. Comme le soulignent plusieurs femmes qui ont témoigné dans le documentaire, le silence exacerbe les injustices. Partager les expériences trop souvent dissimulées derrière la honte est donc un énorme pas vers la guérison et c’est avec l’objectif d’offrir une voix que&nbsp;<em style="user-select: auto;">Femme(s)</em>&nbsp;approche la condition féminine. Le format visuel des témoignages (plan caméra qui coupe sous les épaules et l’utilisation du même fond sombre pour toutes les entrevues) concentre l’attention absolue des spectateur·rice·s sur les expressions faciales et les paroles des femmes qui ont témoigné.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Comme le soulignent plusieurs femmes interviewées, le silence exacerbe les injustices. Partager les expériences trop souvent dissimulées derrière la honte est donc un énorme pas vers la guérison et c’est avec l’objectif d’offrir une voix que&nbsp;<em>Femme(s)</em>&nbsp;approche la condition féminine»</p></blockquote>



<p>L’absence de narration peut sembler légèrement malcommode à première vue puisque, devant ce manque de contexte, l’aspect éducatif de&nbsp;<em style="user-select: auto;">Femme(s)</em>&nbsp;peut être remis en question. En effet, le documentaire ne comporte aucune statistique, explication, ni leçon de géopolitique qui pourrait aider à mieux saisir l’expérience vécue par les femmes qui témoignent. Cependant, c’est aussi là que réside la force du documentaire, car l’absence de contexte brise la distance qui sépare chaque témoignage de l’auditoire; le·la spectateur·rice devient le·la confident·e de chaque femme montrée à l’écran. En créant ce lien intime, Mikova et Arthus-Bertrand franchissent brillamment les barrières linguistiques (les témoignages sont tout de même sous-titrés) et géographiques qui nous désensibilisent parfois trop facilement à ce qui semble loin de notre quotidien.&nbsp;</p>



<p><strong>La diversité en contenu et en format</strong></p>



<p>Célébrer la diversité derrière le mot «femme» est aussi essentiel à la lutte féministe. L’incorporation fréquente, entre les entrevues, d’extraits vidéo sans paroles mettant en vedette des femmes de tous les continents célèbre magnifiquement cette diversité. Le lien d’intimité créé par les entrevues est ainsi contrasté par de superbes images qui nous rappellent que célébrer la singularité de chaque femme et les différences culturelles est crucial à la lutte féministe. Selon le contexte dans lequel une expérience est vécue, un même événement peut facilement devenir fantastique pour une et cauchemardesque pour une autre. En présentant des témoignages qui explorent les différents thèmes discutés sous multiples angles, Mikova et Bertrand nous démontrent donc l’importance d’une approche féministe multiculturelle qui saura célébrer ce que signifie être Femme partout dans le monde.</p>



<p>Finalement, «<em>No More Fight Left in Me</em>», chanson-vedette de la trame sonore (chantée et écrite par Imany et composée par Anne-Sophie Versnaeyen), mérite une mention coup de cœur. La chanson, jouée lors du générique de clôture, accompagne divers extraits des coulisses du tournage. L’entraînante mélodie de «<em>No More Fight Left in Me</em>» et ses paroles extrêmement percutantes apportent ainsi la parfaite touche finale qui garantit de faire résonner le combat féministe à l’extérieur de la salle de cinéma.&nbsp;</p>



<p><em>Femme(s)</em>&nbsp;est présentement disponible sur le site Internet du cinéma du Parc.</p>
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		<title>Un nouveau site internet pour les Initiatives autochtones</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/un-nouveau-site-internet-pour-les-initiatives-autochtones/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Bédard-Gagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Nov 2020 14:03:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[administration mcgill]]></category>
		<category><![CDATA[autochtones]]></category>
		<category><![CDATA[Initiatives autochtones]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La plateforme rassemblera les projets concernant les communautés autochtones de McGill.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap ticss-e2e5325e">Le 27 octobre dernier, McGill a annoncé l’ouverture d’un <a href="https://www.mcgill.ca/indigenous/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">site internet</a> dédié aux Initiatives autochtones, une unité administrative de l’Université dont la création a été proposée par <a href="https://www.mcgill.ca/provost/files/provost/final_report_-_clean_-_270617.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">le rapport</a> du Groupe de travail sur les études et l’éducation autochtones de McGill. Ce rapport, publié en 2016, <a href="https://www.delitfrancais.com/2017/06/26/de-nouvelles-perspectives-autochtones-a-mcgill/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">prévoit cinquante-deux éléments d’action</a> afin de promouvoir la place des personnes autochtones de la communauté mcgilloise au sein de l’Université. L’un de ces éléments d’action était de changer le nom des équipes sportives universitaires masculines, jugé offensant. </p>



<p>Les Initiatives autochtones avaient initialement pour mission de s’assurer de l’application des éléments du rapport, tel qu’inscrit sur le site de l’unité administrative. Toutefois, ses membres considèrent depuis longtemps qu’elle «joue un rôle à plusieurs niveaux, notamment en renforçant la sensibilisation et l’alignement des diverses initiatives autochtones touchant toutes les dimensions de la mission de McGill en tant qu’établissement d’enseignement supérieur», a affirmé Mme Chhoyang, directrice intérimaire des Initiatives autochtones, lorsque contactée par <em>Le Délit</em>.</p>



<p>Elle a également mentionné que le nouveau site a été conçu comme «un centre d’information […] sur les différents projets et programmes autochtones de l’Université, y compris le travail de l’équipe des Initiatives autochtones.» Il offre aussi <a href="https://www.mcgill.ca/indigenous/calls-action-0" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">un suivi de l’application de chacun des éléments d’action</a> du rapport de 2016 et des ressources universitaires pour les personnes autochtones.</p>



<p>Concernant le progrès de l’application des éléments d’action, Mme Chhoyang a affirmé que les mesures de distanciation sociale en réponse à la COVID-19 avaient ralenti la mise en place des éléments d’action nécessitant des interactions en présentiel. «Aucun appel à l’action ne peut être mis en œuvre à un rythme satisfaisant compte tenu de l’injustice historique que nous cherchons à réparer», a‑t-elle affirmé. Cependant, les récents progrès de l’Université en la matière, comme l’engagement de recruter un·e vice-principal·e adjoint·e autochtone qui serait en charge de l’unité, justifient «un sentiment général d’espoir» que l’Université soit dans la «bonne direction».</p>



<p>Selon une inscription sur la page principale du site internet, sa version française serait en cours de conception.</p>
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		<title>Photoreportage : Extrait d’une jeunesse floridienne à l’aube de l’élection présidentielle</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/photoreportage-extrait-dune-jeunesse-floridienne-a-laube-de-lelection-presidentielle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Iyad Kaghad]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Nov 2020 14:02:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pandémie, tensions raciales, élection présidentielle: à la veille de la présidentielle américaine, une atmosphère particulière règne en Floride.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/photoreportage-extrait-dune-jeunesse-floridienne-a-laube-de-lelection-presidentielle/" data-wpel-link="internal">Photoreportage : Extrait d’une jeunesse floridienne à l’aube de l’élection présidentielle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Gainesville, Floride. L’air est d’une humidité accablante. Il règne un calme plat sur le campus de l’Université de Floride. En temps normal, la frénésie de la rentrée universitaire donnerait lieu à des rassemblements importants, tantôt pour célébrer l’excellence des <em>Gators</em>, équipe de football phare de l’Université, tantôt pour marquer la rentrée scolaire qui débute.&nbsp;D’ailleurs, ce n’est pas seulement l’Université, mais bien toute la municipalité qui exprime sa fierté pour cette équipe sportive, nationalement reconnue, autant au football qu’au basketball. Petite ville universitaire au centre de la Floride, Gainesville peut s’apparenter à une petite bulle citoyenne, relativement démocrate au sein de ce grand État clé du sud américain. En temps normal, chaque année, ce sont plus de 50&nbsp;000 étudiants et étudiantes qui y convergent, faisant de <em>UF</em> la cinquième plus grande université publique des États-Unis.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1000" height="666" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Université-Floride-1000x666.jpg" alt class="wp-image-38897" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Université-Floride-1000x666.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Université-Floride-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Université-Floride-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Université-Floride-1200x800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Université-Floride-930x620.jpg 930w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Université-Floride.jpg 1531w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/iyad-kaghad/?media=1" data-wpel-link="internal">Iyad Kaghad</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<hr class="wp-block-separator">



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" width="1000" height="800" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Croco-Murale-Floride-1000x800.jpg" alt class="wp-image-38887" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Croco-Murale-Floride-1000x800.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Croco-Murale-Floride-330x264.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Croco-Murale-Floride-170x136.jpg 170w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Croco-Murale-Floride-768x615.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Croco-Murale-Floride.jpg 1531w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption>La ville est parsemée de références à l’alligator, reptile mascotte de l’équipe des <em>Gator</em>s</figcaption></figure>



<hr class="wp-block-separator">



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" width="1000" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Drapau-Américain-Floride-1000x1000.jpg" alt class="wp-image-38889" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Drapau-Américain-Floride-1000x1000.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Drapau-Américain-Floride-330x330.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Drapau-Américain-Floride-768x768.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Drapau-Américain-Floride-1536x1536.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Drapau-Américain-Floride-600x600.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Drapau-Américain-Floride.jpg 1701w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"></figure>



<hr class="wp-block-separator">



<figure class="wp-block-image"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Dépanneur-Croco-Floride-1000x1000.jpg" alt class="wp-image-38888" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Dépanneur-Croco-Floride-1000x1000.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Dépanneur-Croco-Floride-330x330.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Dépanneur-Croco-Floride-768x768.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Dépanneur-Croco-Floride-600x600.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Dépanneur-Croco-Floride.jpg 1531w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"></figure>



<hr class="wp-block-separator">



<p><br>Malgré un enseignement majoritairement fait à distance, le campus n’est pas totalement désert; je remarque la présence de quelques étudiants ici et là. De petits rassemblements de deux à trois personnes tout au plus. On ressent cette volonté de faire respecter les règles sanitaires. On joue le jeu tout en essayant de vivre ne serait-ce qu’un aperçu de la vie universitaire que l’on s’imaginait. Faire fi de son instinct grégaire, c’est plus difficile que l’on pense.&nbsp;<br></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="523" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Chênes-étudiants-Floride-1000x523.jpg" alt class="wp-image-38886" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Chênes-étudiants-Floride-1000x523.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Chênes-étudiants-Floride-330x173.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Chênes-étudiants-Floride-768x402.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Chênes-étudiants-Floride-1536x804.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Chênes-étudiants-Floride.jpg 1701w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/iyad-kaghad/?media=1" data-wpel-link="internal">Iyad Kaghad</a> | Le Délit</span> Le campus de l’Université de Floride est presque désert.</figcaption></figure>



<hr class="wp-block-separator">



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="801" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Tour-de-pompier-Floride-801x1000.jpg" alt class="wp-image-38896" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Tour-de-pompier-Floride-801x1000.jpg 801w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Tour-de-pompier-Floride-330x412.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Tour-de-pompier-Floride-768x959.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Tour-de-pompier-Floride.jpg 1191w" sizes="auto, (max-width: 801px) 100vw, 801px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/iyad-kaghad/?media=1" data-wpel-link="internal">Iyad Kaghad</a> | Le Délit</span> La tour centenaire, construite en 1953, marquant alors le 100<em>e</em> anniversaire de l’Université. Elle commémore également les diplômés et étudiants de l’Université morts durant la première et la deuxième guerre mondiale.</figcaption></figure>



<p></p>



<p><strong>Grandir</strong></p>



<p>Il est de cette période transitoire vers l’âge adulte où les questionnements fustigent. En voie de diplomation ou à peine diplômée, c’est toute une jeunesse, génération après génération, qui se retrouve sur cette sinueuse route de l’apprentissage citoyen et qui doit apprendre à naviguer selon ses repères tout en jonglant avec ceux imposés pour elle. Toutes aussi hétéroclites les unes des autres, les trajectoires cheminent tant bien que mal.</p>



<p>Pour bon nombre de jeunes Américains en cette année 2020, cette route charnière de transformation perpétuelle se fait au travers d’un prisme social des plus critiques. Entre une gestion publique catastrophique de la pandémie, un climat politique délétère, une année électorale décevante, des traumatismes causés par la haine raciale et un ascenseur social perçu, avec raison, comme de plus en plus dysfonctionnel, il relève de l’exploit de se construire sereinement.&nbsp;&nbsp;</p>



<hr class="wp-block-separator">



<figure class="wp-block-image"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Biden-2020-Floride-1000x1000.jpg" alt class="wp-image-38884" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Biden-2020-Floride-1000x1000.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Biden-2020-Floride-330x330.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Biden-2020-Floride-768x768.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Biden-2020-Floride-600x600.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Biden-2020-Floride.jpg 1191w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"></figure>



<hr class="wp-block-separator">



<figure class="wp-block-image"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="666" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Black-Lives-Matter-Floride-1-1000x666.jpg" alt class="wp-image-38885" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Black-Lives-Matter-Floride-1-1000x666.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Black-Lives-Matter-Floride-1-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Black-Lives-Matter-Floride-1-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Black-Lives-Matter-Floride-1-1200x800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Black-Lives-Matter-Floride-1-930x620.jpg 930w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Black-Lives-Matter-Floride-1.jpg 1531w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption>L’élection américaine polarise le voisinage et s’invite sur les terrains privés.</figcaption></figure>



<hr class="wp-block-separator">



<figure class="wp-block-image"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="800" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/DSC09029-2-1000x800.jpg" alt class="wp-image-38891" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/DSC09029-2-1000x800.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/DSC09029-2-330x264.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/DSC09029-2-170x136.jpg 170w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/DSC09029-2-768x615.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/DSC09029-2.jpg 1446w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"></figure>



<hr class="wp-block-separator">



<p>Je me suis alors porté à la rencontre de quelques étudiants de l’Université afin de comprendre un tant soit peu le ressenti de jeunes adultes naviguant en cette période trouble leur perception de leur avenir et bien sûr, celui de leur pays.</p>



<p><strong>Kyle et Mohammed</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="524" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Football-Floride-1000x524.jpg" alt class="wp-image-38894" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Football-Floride-1000x524.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Football-Floride-330x173.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Football-Floride-768x402.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Football-Floride.jpg 1531w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/iyad-kaghad/?media=1" data-wpel-link="internal">Iyad Kaghad</a> | Le Délit</span> Le bel après-midi donne à Kyle et à Mohammed l’occasion de décontracter.</figcaption></figure>



<p>Tout près de la place des Amériques (<em>plaza of the Americas</em>), j’aperçois deux jeunes hommes se lançant une balle de football. Je m’approche d’eux et on commence à discuter. Nous abordons le climat politique polarisé, les divisions raciales, la pandémie et les changements climatiques.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Je suis jeune et en bonne santé. J’ai confiance en mon avenir»</p><cite>Mohammed, étudiant en administration</cite></blockquote>



<p>Mohammed est originaire des États-Unis et du Liban. Il est en dernière année de maîtrise en administration. Pour les mois qui arrivent, sa priorité est d’entrer<strong> </strong>sur le marché du travail et d’avoir un emploi à temps plein. «J’ai l’impression que cette élection sera décisive pour mon avenir à court, moyen terme. J’ai un nom qui m’enlève ce privilège d’être indifférent aux répercussions politiques d’une nouvelle administration Trump.»&nbsp; Mohammed a un ton calme; il est très lucide par rapport à la situation. Ça ne l’empêche pas de rester positif: «Il faut savoir paver sa voie, malgré ce qui se présente devant nous. Je demeure optimiste; je suis jeune et en bonne santé. J’ai confiance en mon avenir.»&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Football-Floride-3-800x1000.jpg" alt class="wp-image-38893" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Football-Floride-3-800x1000.jpg 800w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Football-Floride-3-330x412.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Football-Floride-3-768x960.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Football-Floride-3-1229x1536.jpg 1229w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Football-Floride-3.jpg 1509w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/iyad-kaghad/?media=1" data-wpel-link="internal">Iyad Kaghad</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p>Pour Kyle, qui est Afro-Américain, l’ambiance sociale et politique est aussi angoissante: «La situation actuelle est extrêmement préoccupante. Tu sais, j’ai grandi tout près de l’école Stoneman Douglas à Parkland, dans laquelle il y a eu une fusillade en février 2018. Je n’y allais pas à ce moment-là, mais c’est juste pour dire que même si aujourd’hui, on a l’impression que tout peut s’effondrer, eh bien c’est loin d’être nouveau.»</p>



<p>S’ensuit alors une conversation sur la tension des derniers mois en lien avec la division raciale, notamment depuis la mort de George Floyd, ainsi que les répercussions sur la santé mentale des Afro-Américains. «À chaque fois que je m’interroge sur la situation des personnes noires aux États-Unis, m’explique Kyle, j’essaye toujours d’inclure une dimension historique. Notre génération est constamment exposée aux flux médiatiques, aux mauvaises nouvelles aux quatre coins du pays, aux vidéos qui immortalisent des moments de violences inouïes. Cette nouvelle dynamique a‑t-elle un impact plus dommageable sur ma santé mentale? Peut-être. Peut-être pouvons-nous plus facilement sentir que le monde s’effondre autour de nous. Cela dit, si je me mets dans la peau d’un manifestant noir en 1967 à Détroit, ou encore dans la peau d’un jeune qui apprend la mort de Martin Luther King en 1968, la pression mentale devait être tout aussi insoutenable. Je pense que chaque génération vit les chocs de son temps, aussi marquants peuvent-ils être, et que ces chocs s’inscrivent dans un continuum malheureusement ancré dans la violence.»<em>&nbsp;</em></p>



<p>En continuant d’échanger le ballon avec Mohammed, il ajoute: «Il demeure important de reconnaître que c’est correct d’être anxieux, c’est une première étape. Pour ma part, et pour renchérir sur ce qu’a dit Mohammed, je demeure optimiste. Je suis jeune et en bonne santé, j’ai confiance en mon avenir.»</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Football-Floride-2-800x1000.jpg" alt class="wp-image-38892" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Football-Floride-2-800x1000.jpg 800w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Football-Floride-2-330x412.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Football-Floride-2-768x960.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Football-Floride-2.jpg 1225w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/iyad-kaghad/?media=1" data-wpel-link="internal">Iyad Kaghad</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p><strong>Avery, Lindsey, Della et Jacob</strong></p>



<p>Le lundi suivant, sur l’heure du midi, je retourne sur le campus et m’approche d’un petit groupe d’amis en train de manger. Je leur présente ma démarche, et ils acceptent de me donner un peu de leur temps. Les étudiants et étudiantes ont préféré donner des noms fictifs. </p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Un jour, c’est nous qui prendrons les décisions»</p><cite>Lyndsey</cite></blockquote>



<p>La discussion tourne autour de l’élection présidentielle à venir et des conséquences de la pandémie. Jacob en est à sa première année d’université et il n’a pas encore décidé quelle sera sa majeure. Pour lui, bien que la division politique et la polarisation des débats sociaux ne soient pas des enjeux nouveaux, la pandémie permet de prendre un certain recul. «La COVID-19 a permis à certains d’entre nous d’avoir un œil plus observateur, affirme-t-il. Si toutes les activités sont maintenant au ralenti, les inégalités socio-économiques, elles, sont toujours aussi présentes. Même que la pandémie les exacerbe. J’ai confiance dans le fait que, parmi le lot de conséquences négatives amenées par ce virus, peut-être aura-t-il pu conscientiser quelques personnes de plus sur l’urgence d’agir dans notre pays. Nous avons toutes et tous eu plus de temps pour interroger notre réalité, nous avons ici une opportunité pour revoir de quelle façon on veut bâtir l’après-pandémie. J’ai l’impression que tout cela peut servir comme catalyseur d’engagement social. Par exemple, pour ma part, ce qui est très problématique lorsque l’on parle de nos élus et de la politique, c’est la non-représentation des jeunes. Je veux dire, l’âge moyen au Sénat et au Congrès est d’environ 60 ans, alors que l’âge moyen aux États-Unis est de 38 ans. Quant au patrimoine détenu par les élus et celui détenu par la majorité de la population, c’est tout aussi déconnecté. On se retrouve alors avec des législateurs qui prennent des décisions pour des communautés dont ils ignorent les problèmes et les préoccupations.»</p>



<p>Lyndsey, étudiante en soin animal, renchérit en affirmant que le changement passera par un renouveau générationnel: «Nous sommes une génération très conscientisée, qui remet en perspective beaucoup de codes sociaux aujourd’hui dépassés. D’ailleurs, c’est le cas pour tout grand changement social. Il y a les manifestations et le militantisme, mais il y a aussi une certaine mécanique immuable, vieille comme le monde, qui est celle que le temps passe et qu’un jour, c’est nous qui prendrons les décisions. Je pense que mon futur sera pour le mieux.&nbsp;La santé mentale, l’empathie, l’acceptation de l’autre sont des sujets qui nous importent beaucoup et je pense que ça va tôt ou tard se retranscrire dans nos programmes publics.»&nbsp;</p>



<p>Avery, pour qui la politique n’est pas forcément un sujet de premier intérêt, garde tout de même en tête l’essentiel: «La politique, tout ça, moi ce n’est pas forcément quelque chose qui anime mes discussions. Ça ne m’empêche pas d’avoir l’impression de vivre parfois dans un pays dystopique. Ici tout est politisé; même le masque. Or, moi je le porte pour protéger ma famille, c’est tout! Tout ce qui se passe est complètement fou.&nbsp;Cependant, je n’oublie pas mon rôle premier. Celui de voter. Je compte faire entendre ma voix pour que ça change, à tout le moins, pour une situation politique moins déprimante.»</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="666" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Les-amis-à-Iyad-Floride-1000x666.jpg" alt class="wp-image-38895" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Les-amis-à-Iyad-Floride-1000x666.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Les-amis-à-Iyad-Floride-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Les-amis-à-Iyad-Floride-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Les-amis-à-Iyad-Floride-1200x800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Les-amis-à-Iyad-Floride-930x620.jpg 930w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Les-amis-à-Iyad-Floride.jpg 1531w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/iyad-kaghad/?media=1" data-wpel-link="internal">Iyad Kaghad</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/photoreportage-extrait-dune-jeunesse-floridienne-a-laube-de-lelection-presidentielle/" data-wpel-link="internal">Photoreportage : Extrait d’une jeunesse floridienne à l’aube de l’élection présidentielle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<item>
		<title>Retour sur le référendum</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/retour-sur-le-referendum/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gabrielle Genest]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Nov 2020 13:59:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse politique]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=38873</guid>

					<description><![CDATA[<p>Panel sur la campagne référendaire de 1995. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 29 octobre dernier avait lieu un panel bilingue portant sur le référendum du 30 octobre 1995 sur l’accession du Québec à la souveraineté organisé par l’Institut d’études canadiennes de McGill (<a href="https://www.mcgill.ca/misc/fr" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">IÉCM</a>). Cet événement rassemblait deux acteur·rice·s du camp du <em>OUI</em>, Louise Beaudouin et Me Éric Bédard, qui étaient au moment du référendum respectivement ministre déléguée aux Affaires intergouvernementales et ministre de la Culture et des Communications du gouvernement péquiste québécois, et adjoint du directeur du cabinet et secrétaire du premier ministre québécois Jacques Parizeau. Étaient également présents, pour représenter le camp du <em>NON</em>, Me Eddie Goldenberg et John Parisella, respectivement conseiller politique principal du premier ministre canadien Jean Chrétien, et membre du comité de coordination et d’organisation du camp du <em>NON</em>&nbsp;et ancien chef du cabinet du premier ministre québécois Robert Bourassa. La discussion entre ces quatre acteur·rice·s de la campagne référendaire était modérée par Graham Fraser, journaliste et écrivain canadien ayant servi comme commissaire aux langues officielles du Canada de 2006 à 2016.&nbsp;</p>



<p>Le référendum québécois de 1995 portait sur la souveraineté assortie d’un partenariat économique et politique avec le Canada. Cet événement était l’aboutissement d’une série d’événements politiques que Graham Fraser a qualifiés de «guerres constitutionnelles»: le référendum de 1980 sur la souveraineté du Québec, le rapatriement de la Constitution canadienne en 1982, l’échec de l’accord du Lac Meech en 1990 et de l’accord de Charlottetown en 1992. Au final, le référendum de 1995 se conclut avec des résultats serrés: 50,58% pour le <em>NON </em>contre 49,42% pour le <em>OUI</em>.</p>



<p><strong>Un moment tournant</strong></p>



<p>Dès l’élection de Jacques Parizeau à l’automne 1994, avec sa promesse d’organiser un référendum sur la souveraineté dans la prochaine année, Me Goldenberg raconte que les forces fédérales ont commencé à travailler étroitement avec le Comité pour le <em>NON</em>, bénéficiant d’une avance considérable à l’hiver, au printemps et à l’été de 1995.&nbsp;</p>



<p>Or, une déclaration de l’homme d’affaires québécois Claude Garcia le 24 septembre 1994 serait venue changer la donne. Devant des partisans fédéralistes, M. Garcia avait affirmé des souverainistes qu’il fallait «les écraser» au moment du vote. Cette déclaration, qui comportait «trop d’arrogance» selon Me Bédard, avait effectivement été considérée comme «un non-départ» par le camp du <em>NON</em>, qui a vu le vent se mettre à souffler dans les voiles du camp du <em>OUI</em>.&nbsp;</p>



<p><strong>L’effet Bouchard et la campagne du rêve</strong></p>



<p>De l’aveu des quatre panélistes, l’enthousiasme populaire pour le camp du <em>OUI</em> aurait été décuplé par la nomination de Lucien Bouchard, chef du Bloc Québécois (BQ), à titre de négociateur en chef des Québécois·es le 7 octobre 1995.&nbsp;</p>



<p>Après avoir été amputé de la jambe gauche moins d’un an plus tôt afin de contrer le progrès d’une bactérie mangeuse de chair, Lucien Bouchard était entouré d’une aura «quasi religieuse», selon Me Bédard. Ayant échappé de si près à la mort, Lucien Bouchard aurait été protégé par cette ferveur qui lui permettait de tenir des propos qui auraient mis fin à la carrière de tout autre politicien, selon Me Goldernberg. Ce dernier a notamment donné l’exemple de la portée négative minime de sa déclaration décrivant les Québécois·es comme «une des races blanches qui ont le moins d’enfants».</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Les gens lui auraient dit: «Parizeau nous inquiète, Bouchard nous rassure»&nbsp;</p></blockquote>



<p>Figure charismatique selon M. Parisella, Lucien Bouchard aurait donné une touche d’humanité et de proximité avec les gens au camp du <em>OUI,</em> contrastant le formalisme de Jacques Parizeau, qui vouvoyait même ses plus proches conseillers aux dires de Me Bédard. Selon ce dernier, les Québécois·es sentaient qu’ils et elles auraient pu «prendre une bière» avec le chef du Bloc: il était une figure en laquelle les Québécois·es qui voulaient croire au projet de souveraineté pouvaient s’identifier. Les propos de Mme Beaudouin ont également fait état de l’impact non négligeable de Lucien Bouchard auprès de la population québécoise; lors de son porte-à-porte dans Chambly, les gens lui auraient dit: «Parizeau nous inquiète, Bouchard nous rassure.»&nbsp;</p>



<p>Lucien Bouchard, seule personnalité dont on discutait dans les «quartiers généraux» du camp du <em>NON</em> au mois d’octobre 1995, aux dires de M. Parisella, aurait été la figure de proue du camp souverainiste. Cette campagne positive, dont le slogan était «<em>Oui et ça devient possible!</em>», était toute en opposition à la campagne négative et défensive menée par le camp fédéraliste, selon M. Parisella. En effet, a‑t-il affirmé, le camp du <em>NON</em> n’aurait pas eu de grand rêve de changements constitutionnels dans son arsenal, comme ça avait été le cas lors de la campagne référendaire de 1980, survenue avant le rapatriement de 1982 et les échecs de Meech et de Charlottetown. C’est cette absence de rêve à promettre qui aurait donné lieu au jeu défensif du côté fédéraliste, dont l’objectif était de «sauver les meubles». Me Goldenberg a renchéri, affirmant qu’il s’agissait effectivement d’une campagne axée sur le «portefeuille» de la population québécoise plutôt que sur son attachement au Canada. Aux yeux de M. Parisella, les résultats «nez à nez» du référendum témoignent du fait que, bien que le camp fédéraliste avait obtenu une victoire électorale, il avait «perdu la campagne».</p>



<p><strong>Un processus démocratique</strong></p>



<p>Malgré plusieurs éléments qui ont fait de cette campagne une «époque polarisante» aux dires de Me Goldenberg, notamment les rabais offerts par des compagnies de transport afin de permettre aux Canadien·ne·s de participer au «<em>love-in</em>» du 27 octobre 1995, ou encore les propos du premier ministre Parizeau sur les «votes ethniques», les panélistes ont souligné la singularité du Québec, source de fierté, dans le cadre de ce processus démocratique.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Les grands changements et projets sociétaux sont décidés au Québec «non pas avec un fusil, mais avec un bulletin de vote»&nbsp;</p></blockquote>



<p>En effet, selon M. Parisella, le Québec serait une source d’envie à l’international pour sa capacité à traiter ses enjeux constitutionnels ou linguistiques de façon pacifique; les grands changements et projets sociétaux sont décidés au Québec «non pas avec un fusil, mais avec un bulletin de vote». Me Bédard a renchéri, affirmant que la société québécoise – dont 93,25% s’étaient prononcée sur la question – a choisi de vivre avec un résultat aussi serré sans prendre les armes: tous et toutes sont «rentré·e·s au bureau le lendemain matin».&nbsp;</p>



<p>Le panel s’est conclu sur une note positive, alors que M. Parisella a affirmé que les Québécois·es pouvaient ressentir une «fierté de ce qu’on a accompli comme société», par rapport à l’exercice référendaire. Les panélistes se sont entendu·e·s sur la nécessité de travailler contre la polarisation afin d’assurer un climat de respect en société.</p>
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		<title>Définancement des institutions anglophones : un remède pire que le mal</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/definancement-des-institutions-anglophones-un-remede-pire-que-le-mal/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dimitrios Valkanas]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Nov 2020 13:58:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=38905</guid>

					<description><![CDATA[<p>Une réponse à la proposition de PSPP à propos du réseau d’éducation postsecondaire anglophone.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">À peine une semaine après son élection comme chef du Parti Québécois, Paul St-Pierre Plamondon se lance déjà dans une charge contre le réseau anglophone d’éducation supérieure, en proposant la diminution de son financement afin qu’il réfléchisse le <a href="https://www.journaldequebec.com/2020/10/15/agrandissements-a-dawson-et-mcgill-la-caq-finance-langlicisation-de-montreal-croit-paul-st-pierre-plamondon" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">«poids démographique de la minorité historique anglophone»</a>. En tout respect, une telle proposition me semble contre-intuitive pour un mouvement dont le but est censé être l’émancipation et le progrès de la nation québécoise.</p>



<p><strong>Une polémique qui n’est pas justifiée par les données</strong></p>



<p>M. Saint-Pierre Plamondon fonde sa proposition sur la prétention que les cégeps et les universités anglophones anglicisent les jeunes Québécois et Québécoises. Or, <a href="https://www.oqlf.gouv.qc.ca/ressources/sociolinguistique/2019/rapport-evolution-situation-linguistique.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">selon l’OQLF</a>, 90% des étudiants québécois fréquentent une école secondaire francophone. On retrouve dans ces écoles 28% des étudiants anglophones et 89% des étudiants allophones au Québec. Bien que 58% des allophones se tournent ensuite vers un cégep anglophone, il n’y a qu’un petit 7% des francophones qui en font de même. Cependant, 82% des étudiants québécois font leurs études dans une université francophone, dont 95% des francophones et 70% des allophones, alors que les allophones fréquentant les cégeps et universités francophones se multiplient. Alors, il n’y a que 5% des francophones et 19% des allophones qui abandonnent définitivement l’éducation francophone après le secondaire.</p>



<p>En fait, la situation linguistique n’est pas aussi alarmante que voudrait le faire croire le chef péquiste:&nbsp;les francophones et&nbsp;les allophones qui poursuivent leurs études postsecondaires en anglais&nbsp;ne sont qu’une minorité.&nbsp;Étant donné que le Québec est entouré de sociétés anglophones, qui sont ses partenaires économiques prédominants, leur choix n’est pas si surprenant.</p>



<p><strong>Un réseau qui attire par les bénéfices du bilinguisme</strong></p>



<p>Tandis que les pays européens imposent toujours plus d’instruction anglophone à l’école, les contribuables québécois ont le luxe d’une éducation supérieure anglophone prestigieuse, qui leur est ouverte sans aucun coût additionnel. Sans subir l’immersion anglaise forcée, comme c’est le cas aux Pays-Bas, les étudiants québécois peuvent perfectionner leur anglais avec quelques années d’éducation supérieure, après avoir déjà complété toute leur éducation formative en français. Il ne faut pas oublier que le réseau anglophone se transforme aussi pour s’adapter à cette réalité. Au Collège Dawson, certains professeurs acceptent beaucoup de travaux dans la langue de Molière, ce qui est déjà un acquis<strong> </strong>à l’Université McGill, où M. St-Pierre Plamondon <a href="https://www.journaldequebec.com/2020/10/15/agrandissements-a-dawson-et-mcgill-la-caq-finance-langlicisation-de-montreal-croit-paul-st-pierre-plamondon" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">affirme avoir étudié majoritairement en français</a> avant sa maîtrise à l’Université d’Oxford.</p>



<p>Évidemment, un parcours collégial ou universitaire en anglais ne se traduit pas nécessairement en une conversion en anglophone. Au contraire, il peut offrir le bilinguisme et tous les avantages qui en découlent. Le choix de M. St-Pierre Plamondon ou de Jacques Parizeau (un diplômé de la <em>London School of Economics</em>) est tout à fait rationnel pour une personne désirant avancer son statut dans un monde dont la <em>lingua franca</em> est l’anglais. Quand les élites québécoises choisissent l’éducation supérieure anglaise, est-il scandaleux qu’une minorité de leurs compatriotes veuille les imiter, sans aucun coût additionnel à l’État québécois?</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Il s’agit d’une mesure paternaliste en contradiction avec l’esprit émancipateur de la Révolution tranquille</p></blockquote>



<p><strong>Une proposition inégalitaire et régressive</strong></p>



<p>M. St-Pierre Plamondon semble vouloir fermer cette voie à tous, sauf à ceux qui sont suffisamment nantis pour se financer une éducation anglophone privée. La distinction prétendue entre bilinguisme institutionnel et individuel semble plutôt illusoire. La conséquence involontaire de cette proposition serait de restreindre la mobilité sociale de la classe moyenne francophone au profit de l’élite établie. Il s’agit d’une mesure paternaliste en contradiction avec l’esprit émancipateur de la Révolution tranquille, qui voulait rendre les Québécois et les Québécoises «maîtres chez eux»; une telle restriction de leurs opportunités éducationnelles solidifierait leur soumission à une élite bilingue, qui détiendrait le privilège exclusif d’une éducation de calibre international. L’émancipation d’un peuple doit logiquement passer par l’émancipation des individus qui le constituent, particulièrement des moins aisés, et non par leur mise sous tutelle.</p>



<p>Force est d’admettre que le gouvernement actuel ait compris que l’avenir du Québec se fonde sur une population dynamique avec l’aise économique et la confiance nécessaires à la protection et le rayonnement de sa culture dans un contexte de mondialisation. Ainsi, l’on peut reprocher au chef péquiste de proposer une mesure qui restreindrait ce progrès émancipateur. On ne sauve pas une nation en la gardant pauvre, ignorante et isolée; s’il y a une chose que l’on devrait avoir retenu de la Révolution tranquille, ce serait cette leçon.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/definancement-des-institutions-anglophones-un-remede-pire-que-le-mal/" data-wpel-link="internal">Définancement des institutions anglophones : un remède pire que le mal</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<item>
		<title>Les oiseaux de la rivière Aras (deuxième partie)</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/les-oiseaux-de-la-riviere-aras-deuxieme-partie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[François Céré]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Nov 2020 13:57:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Créations]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littéraires]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=38864</guid>

					<description><![CDATA[<p>Œuvre fictive sur l’historique de violences envers le peuple arménien : deuxième partie de trois.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/les-oiseaux-de-la-riviere-aras-deuxieme-partie/" data-wpel-link="internal">Les oiseaux de la rivière Aras (deuxième partie)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-center"><strong>Les oiseaux de la rivière Aras<br>(deuxième partie)</strong></p>



<p class="has-text-align-center"><strong style="user-select: auto;"><em style="user-select: auto;">Aliksan</em></strong></p>



<p>Souvent je suis le troupeau. Glisse mes doigts dans la laine. Ils m’avalent dans leurs petits manteaux doux. Je me sens au chaud. Zareh me dit que ce n’est pas une bonne idée que c’est dangereux qu’ils peuvent m’écraser que je suis trop petit. Je ne suis pas trop petit.&nbsp;</p>



<p>Aujourd’hui c’est un jour spécial. C’est l’anniversaire de mon petit frère. Il aurait eu huit ans. Il me manque beaucoup. Depuis trois ans.</p>



<p>Parfois la nuit je sors caresser les moutons.</p>



<p>Parfois je bêle dans la rivière sacrée. Un oiseau bleu m’observe.</p>



<p>Tictac est mon mouton favori. Il fait des bruits avec sa langue. Zareh me dit qu’il essaye de me parler. Il dit que c’est du code Morse. Je ne sais pas ce que c’est.</p>



<p>Alors je lui tape la croupe.</p>



<p>Pafpafpanpanpan</p>



<p>Je crois qu’il m’aime beaucoup.</p>



<p>L’année dernière Zareh et moi avons trouvé un garçon aux abords de la rivière. Il s’appelle Anastas. Son chandail était plein de sang. Il avait une blessure au bras. Il avait couru pieds nus et devait avoir très mal. Zareh l’a hissé sur ses épaules et nous sommes rentrés. Karoun a soigné son bras et ses pieds.</p>



<p>Je crois qu’il m’aime beaucoup lui aussi.&nbsp;</p>



<p>Quelques semaines plus tard, j’ai entendu à la radio qu’il y avait une trêve. Je ne sais pas ce que c’est. J’ai demandé.</p>



<p>Zareh m’a expliqué que ça n’a aucune importance. Qu’on n’a jamais le contrôle sur les choses. Sur rien. Même sur les bêtes.&nbsp;</p>



<p>Il le dit tout le temps.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>De l’autre côté de la porte Karoun tousse. Parfois elle tousse tellement fort que je n’arrive pas à dormir.&nbsp;</p>



<p>Je suis à la table de cuisine avec Anastas. Zareh dépose des œufs devant moi avant de retourner dans la chambre s’occuper de sa femme je ne l’ai jamais vu pleurer comme ça auparavant. Anastas s’inquiète.</p>



<p>–&nbsp;Tu crois qu’elle va bien ?&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;Je ne sais pas, elle a toujours été très malade. Même à mon arrivée, il y a trois ans.</p>



<p>Anastas est presque toujours torse nu. Je ne peux jamais m’empêcher de regarder l’énorme cicatrice qu’il a au bras. Derrière lui il y a un Oud. Anastas joue de temps en temps j’adore quand il joue.</p>



<p>–&nbsp;Prends le Oud, Anastas ; joue quelque chose de joyeux. Suis-moi.</p>



<p>–&nbsp;D’ac… D’accord.</p>



<p>J’entre dans la chambre. Un courant d’air rapide me caresse les cheveux. Je me rappelle les doigts de Karoun dans mes cheveux. Les mauvais rêves. La chaleur de son lit. Les bras d’une mère. Rassurante autour de ma tête. Elle avait seulement pu l’être pour moi. Je me rappelle ma mère. J’ai les yeux qui mouillent.&nbsp;<em style="user-select: auto;">Les voitures la fumé</em><em>e</em><em style="user-select: auto;"> le chandail.</em></p>



<p><em>L’oiseau bleu.</em></p>



<p>–&nbsp;Allez ! Danse&nbsp;<em>Hayrik<a><sup><strong>[1]</strong></sup></a> </em>! Joue plus fort Anastas ! Allez, on danse !</p>



<p>Je vois Zareh danser. On se dandine les fesses. Je lui souris. Il me sourit. Nous rions. Karoun aussi.&nbsp;</p>



<p>Entre deux énormes crachats de sang.</p>



<p class="has-text-align-center"><strong><em>Karoun</em></strong></p>



<p>C’était l’époque où la pluie n’était pas encore tombée sur les coups de feu. Dans le ciel, un soleil ténu, comme mort-né. Karoun se tenait debout, près de la rivière. Il y avait un corps, tout petit dans une étoffe, au creux de ses mains. À enterrer.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-center"><strong><em>Zareh</em></strong></p>



<p>Zareh creuse. Les deux jeunes garçons l’observent, hors du trou qu’il évide. Le vieil homme doit prendre une pause à tous les dix coups de pelle, à peu près. Zareh s’assoit sur le bord de la tombe et regarde les jeunes enfants. Aliksan pleure.</p>



<p>–&nbsp;C’est fait. Maintenant je vais avoir besoin de votre aide. Vous allez devoir prendre, chacun, un de ses pieds ; nous la déposerons ensemble dans le trou. C’est là qu’elle se reposera.</p>



<p>Aliksan redouble ses pleurs.</p>



<p>–&nbsp;Arrête de pleu… pleurer Aliksan… c’est pour les enfants.</p>



<p>–&nbsp;Non, Anastas. Laisse-le. Il gagne à être enfant. Écoute-moi. Quand l’homme nait, il est vulnérable, pliable. Lorsqu’il meurt, rigide et dur. Quand un arbre pousse, il est vulnérable, pliable. Lorsque son écorce se durcit et s’assèche, il meurt. La dureté est le compagnon de la mort. Celui qui se sera endurci ne triomphera jamais. Les outils et les armes sont des béquilles qui rognent les membres des hommes. Nous ne nous servons plus de nos bras pour embrasser. Nous ne savons plus ce qu’est une caresse, car nous réprimons celle de la larme.&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;Je ne comprends pas…</p>



<p><a>–</a>&nbsp;Tu comprendras. Prends sa jambe.</p>



<p>–&nbsp;Je ne veux pas…</p>



<p>–&nbsp;Il n’y a plus rien qui reste à l’homme sur cette terre. C’est le seul refuge où venir lorsqu’il n’y a plus d’espoir. Le seul exil se trouve dans la larme. Dans les souvenirs. Quand un homme se remémore son passé, il devient plus doux. Le seul exil se trouve dans la lenteur des souvenirs. Le seul désespoir est de les perdre. Jusqu’au néant. Écoutez-moi… l’homme est une machine à souvenirs. Souvenez-vous d’elle. Pleurez.</p>



<p>–&nbsp;…</p>



<p>–&nbsp;Anastas… Prends sa jambe.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>Le soleil fait pâlir le poil sur la jambe de Karoun. Un soleil d’une époque calme. Un soleil jeune d’avant les bombes.</p>



<p>Zareh la touche à peine, de ses doigts ruisselants. Karoun. L’eau de la rivière. Le soleil plombe. Le jeune couple vient tout juste de se baigner. Le jeune homme regarde les jambes ensoleillées de sa femme. Pour lui, tout se trouve dans cet instant.</p>



<p>Un instant qui brille trop pour être embrouillé par le temps.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p>Le vieux Zareh est au chevet de sa femme. Il observe ses chevilles ridées. Il les replace sous les couvertures en souriant. Une larme tombe sur le drap. C’est bientôt la fin. Il ne l’a jamais vu dans cet état. Aucun des remèdes qu’elle prend ne semble l’aider. Zareh brise le silence.</p>



<p>–&nbsp;Je n’ai aucun regret.</p>



<p>–&nbsp;Ah non? Même pas cette coupe de cheveux?</p>



<p>–&nbsp;Je les couperai demain…</p>



<p>–&nbsp;J’en ai un, moi. Je n’ai jamais pu nous offrir d’enfants. J’en aurais voulu avec toi… tu aurais été un bon père.</p>



<p>–&nbsp;Je ne vois pas ce que tu veux dire, nous avons deux garçons. Ne t’en fais plus avec ça.</p>



<p>–&nbsp;C’est vrai. Il t’a appelé&nbsp;<em>Hayrik</em>&nbsp;tout à l’heure.</p>



<p>–&nbsp;Te rappelles-tu… les étés sur le bord de la rivière ?</p>



<p>–&nbsp;Rien d’autre.&nbsp;</p>



<hr class="wp-block-separator">



<p><a><sup>[1]</sup></a>&nbsp;Mot désignant « papa » en arménien.</p>
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		<item>
		<title>L’intraduisible de la durée</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/lintraduisible-de-la-duree/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Bourdon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Nov 2020 13:54:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits de philosophe]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Bergson]]></category>
		<category><![CDATA[conscience]]></category>
		<category><![CDATA[durée]]></category>
		<category><![CDATA[Langage]]></category>
		<category><![CDATA[temps]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’expérience du temps chez Bergson.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/lintraduisible-de-la-duree/" data-wpel-link="internal">L’intraduisible de la durée</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le concept de la durée fut central dans l’œuvre du philosophe français Henri Bergson. D’abord introduit dans l’<em>Essai sur les données immédiates de la conscience</em>, sa thèse de doctorat soutenue en 1888, cette notion-clé l’aura accompagné jusqu’à son dernier recueil publié, <em>La pensée et le mouvant</em>. Indissociable de la pensée bergsonienne, que signifie en fait cette «durée» pour l’expérience du temps? Bergson nous résume: «On ne peut que vivre cette durée, au fur et à mesure qu’elle se déroule.»</p>



<p><strong>Deux consciences</strong></p>



<p>Afin de saisir l’idée de durée comme l’entend Bergson, il convient de retracer la division que celui-ci effectue entre deux consciences – réfléchie et immédiate – et entre deux réalités – homogène et hétérogène. La conscience dite «réfléchie» doit s’en remettre à un acte de conception des choses dans l’espace. C’est celle qui fait bon usage du langage puisque les mots sont utiles pour les distinctions, les représentations dont elle traite. La conscience «immédiate», quant à elle, est temporelle et est plutôt obtenue lorsque l’on arrête de spatialiser le temps. C’est la conscience qui ne peut faire usage du langage, ni de la division spatiale du temps.</p>



<p>Il existe aussi, selon Bergson, deux réalités: l’une homogène, qui correspond à l’espace, et l’autre hétérogène, qui fait référence aux qualités sensibles. C’est la réalité homogène qui permet l’abstraction, c’est-à-dire celle qui permet de compter, par exemple, et peut-être même de parler. Le temps perçu selon la réalité homogène n’est en fait que le «fantôme de l’espace obsédant la conscience réfléchie». De cette manière, il existe deux conceptions possibles de la durée: l’une contaminée par l’idée d’espace, où les états de conscience ne sont plus les uns dans les autres mais plutôt se succèdent, et l’autre qui est pure. Dans les mots de Bergson, «la durée toute pure est la forme que prend la succession de nos états de conscience quand notre moi se laisse vivre».</p>



<p><strong>Le temps spatialisé de la science</strong></p>



<p>Le temps homogène est le temps produit par l’alignement de divers états successifs qui ont été déliés de leur interpénétration mutuelle. C’est celui que la science mesure, qui correspond à la quatrième dimension de l’espace; pensons à la physique qui écrit les coordonnées spatio-temporelles (x, y, z, t). C’est au sein de celui-ci qu’un mouvement de pendule peut à la fois être sur place et juxtaposé à lui-même; la simultanéité est d’ailleurs l’union entre espace et durée.&nbsp;</p>



<p>La science ne fonctionnant qu’aux moyens d’un temps spatialisé, elle porte à contaminer toute sorte de temps qui se veut d’abord hétérogène. Bergson nous donne l’exemple de la loi de la conservation. Selon lui, cette croyance en une telle loi pour la matière, la force, «tient précisément peut-être à ce que la matière inerte ne paraît pas durer, ou du moins ne conserve aucune trace du temps écoulé». Toutefois, lorsqu’il est question de la vie, les choses en vont autrement. Le temps qui passe agit lui-même en tant que cause; l’idée de <em>conserver</em> quoi que ce soit «implique une espèce d’absurdité». Par exemple, une sensation peut se prolonger, et se modifier, et c’est là le propre de l’interpénétration des états de conscience: «Le même ne demeure pas ici le même, mais se renforce et se grossit de tout son passé.»&nbsp; Cette croyance en la durée pure comme étant la même que celle agissant sur le monde extérieur, nous explique Bergson,&nbsp; provient du fait que nous ne sommes pas habitués de nous regarder nous-mêmes directement, mais le faisons à travers des intermédiaires extérieures.</p>



<p>Cette idée de conservation soulève une question indissociable au temps: la notion de causalité. Qu’en est-il donc de la loi de causalité lorsqu’il est question d’états de conscience, c’est-à-dire selon ce concept de la durée? Dans le monde extérieur, une relation de causalité peut être établie si les mêmes causes produisent les mêmes effets. Au sein de la conscience, la situation diffère. En effet, la loi de causalité parle de <em>mêmes</em> causes et pour cela, l’on assume qu’une même cause peut se présenter à nous à plus d’une reprise. Si cela s’avère être bien le cas pour le monde extérieur, il serait faux de croire en une identité entre des états psychologiques survenant à des moments différents. En suivant la pensée de Bergson, il en va de la définition même de la durée que d’être l’hétérogénéité des faits psychologiques, c’est-à-dire du fait que la conscience porte la marque du temps écoulé. Selon le philosophe, la notion de causalité est finalement vide de sens pour le «monde des faits internes».</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Le même ne demeure pas ici le même, mais se renforce et se grossit de tout son passé» </p><cite>Bergson</cite></blockquote>



<p>De plus, il est possible de voir un autre problème relatif à la psychologie, en rapport à cette tentative généralisée de quantifier à tout prix; l’on veut mesurer des états, des sensations, des choses qualitatives et non extensives. Pensons par exemple à la physique qui peut mesurer quantitativement la température, alors que la psychologie voudrait pouvoir mesurer la <em>sensation de chaleur</em>. C’est dénaturer ce qu’est une sensation que de vouloir la réduire à un caractère non qualitatif, c’est-à-dire qui se quantifie et se mesure.</p>



<p>La notion de durée chez Bergson peut être comprise grâce à l’analogie avec le mouvement. Lorsque l’on tente d’analyser un mouvement, on se dit d’abord que celui-ci a lieu dans l’espace, et on le conçoit comme homogène et divisible. Toutefois, en disant cela, c’est en fait à l’espace parcouru que l’on pense; l’espace est confondu avec le mouvement même. Nous pouvons donc saisir que l’objet en mouvement occupera effectivement différents points dans l’espace, mais c’est alors tout différent du mouvement: le mouvement échappe à l’espace, car c’est «l’opération par laquelle un objet passe d’une position à l’autre», c’est une opération de la durée – voyons-le comme un <em>progrès</em>. Ainsi, il y a pour le temps ce qu’il y a au mouvement: une quantité homogène – le temps mesuré, les positions de l’objet – et une «qualité», ce qui n’a de «réalité que dans notre conscience» – la durée, l’espace parcouru. En bref, la science ne peut se permettre d’opérer sur le temps «qu’à la condition d’en éliminer d’abord l’élément essentiel et qualitatif — du temps la durée, et du mouvement la mobilité».</p>



<p>Si la durée est une notion si importante, pourquoi nous échappe-t-elle? Bergson explique que c’est en raison de ce qu’il appelle la «logique de l’action». La notion de causalité est nécessaire à nos mouvements dans l’espace, et comme la connaissance de la durée réelle reste fragile – cela car ce regard tourné vers l’intérieur peut être à tout moment détourné vers l’extérieur –, nous restons dépendants de cette logique de l’action.</p>



<p><strong>L’incommensurabilité de la pensée</strong></p>



<p>Avec une telle spatialisation du temps de la part des sciences, nous pouvons comprendre les limites de celle-ci pour ce qui est de rendre «l’état d’une âme». De parler de <em>plusieurs</em> états seraient déjà de prétendre pouvoir les compter, et donc d’entraîner la spatialisation de ceux-ci. Cette multiplicité des états de conscience se retrouve devant une impossibilité d’être distincts par la langue: «La représentation d’une multiplicité sans rapport avec le nombre ou l’espace […] ne saurait se traduire dans la langue du sens commun.» En effet, le langage, afin de saisir la multiplicité, ne peut faire autrement que de fixer le mouvement intérieur en bêtes positions extérieures langagières. Parce que les sciences sont dépendantes du langage, ses limites y sont également liées.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Nous échouons à traduire entièrement ce que notre âme ressent: la pensée demeure incommensurable avec le langage»</p><cite>Bergson</cite></blockquote>



<p>Nous disions plus haut qu’aucun état de conscience ne peut être le <em>même</em>, cela car chacun se modifie en se répétant. Bergson explique que, si un état nous semble être le même qu’un autre, c’est en raison de notre utilisation du <em>même mot</em> qui le traduit; il y a là une influence du langage sur l’état de conscience. De plus, cet état se trouve être traduit par le même mot chez tous les hommes. Ainsi, «nous échouons à traduire entièrement ce que notre âme ressent: la pensée demeure incommensurable avec le langage». Ce n’est que par <em>commodité</em> du langage que l’on désigne tel état par tel mot; en traduisant les états de conscience par le langage, nous oublions qu’ils ne sont pas des choses, mais plutôt des progrès. Traduire un état de conscience en mots mène inévitablement à une perte qualitative.</p>



<p>Comment alors saisir cette durée qui nous habite, et pourquoi? Bergson suggère d’abord que ce soit là le rôle de ce qu’il nomme la métaphysique, ou encore celui des arts. Comme la peinture et la sculpture immobiles peuvent saisir un mouvement, alors les arts et la métaphysique peuvent rendre visible ce qui inextricablement fait partie de nous. Pour ce qui est des raisons derrière l’importance de saisir néanmoins cette durée, Bergson se tourne vers la liberté et l’identité. Ces deux concepts centraux de la vie humaine sont indissociables de la durée, et sont donc tout aussi indicibles que celle-ci; il en revient à notre saisie de la durée d’en comprendre les fondements même.</p>
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		<title>Le point sur les violences sexuelles au cégep</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/le-point-sur-les-violences-sexuelles-au-cegep/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gabrielle Genest]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Nov 2020 13:53:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[cégeps]]></category>
		<category><![CDATA[Éducation]]></category>
		<category><![CDATA[éducation supérieure]]></category>
		<category><![CDATA[Enseignement supérieur]]></category>
		<category><![CDATA[harcèlement sexuel]]></category>
		<category><![CDATA[violences sexuelles]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=38849</guid>

					<description><![CDATA[<p> Dévoilement du rapport du Projet intercollégial d’étude sur le consentement, l’égalité et la sexualité.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/le-point-sur-les-violences-sexuelles-au-cegep/" data-wpel-link="internal">Le point sur les violences sexuelles au cégep</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 22 octobre dernier, le <em>Projet intercollégial d’étude sur le consentement, l’égalité et la sexualité</em> (PIECES) a dévoilé les <a href="https://chairevssmes.uqam.ca/wp-content/uploads/sites/124/PIECES_Rapport-complet_Bergeronal-octobre-2020.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">résultats</a> de son enquête sur les violences sexuelles en milieu collégial. Ce projet est le fruit d’un partenariat entre la Chaire de recherche sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur (VSSMES) de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), l’organisme Boscoville, la Fédération des cégeps et cinq établissements collégiaux. Le rapport fait état d’une consultation de 6 006 personnes étudiant ou travaillant dans les cinq cégeps partenaires du projet.  </p>



<p>PIECES emboîte le pas de l’<em>Enquête Sexualité, Sécurité et Interactions en Milieu Universitaire </em>(<a rel="noreferrer noopener external" href="https://chairevssmes.uqam.ca/wp-content/uploads/sites/124/Rapport-ESSIMU_COMPLET.pdf" target="_blank" data-wpel-link="external">ESSIMU</a>)<em> </em>:<em> Ce qu’en disent étudiant·e·s, enseignant·e·s et employé·e·s</em>. Menée en 2016 dans six universités québécoises, ESSIMU avait pour objectif de remédier à l’absence d’un portrait chiffré des situations de violences sexuelles en milieu universitaire au Québec. Quatre ans plus tard, après le <a rel="noreferrer noopener external" href="https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/mouvement-moiaussi" target="_blank" data-wpel-link="external">mouvement</a> #MoiAussi en 2017 et la <a rel="noreferrer noopener external" href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1718318/safia-nolin-maripier-morin-denonciation-harcelement-sexuel-instagram?depuisRecherche=true" target="_blank" data-wpel-link="external">vague</a> de dénonciations des violences sexuelles dans les milieux artistiques et culturels québécois de l’été 2020, PIECES fait un premier état de la situation des violences à caractère sexuel dans les cégeps.&nbsp;</p>



<p><strong>Des statistiques saillantes</strong></p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>35,9% des répondant·e·s – étudiant·e·s, professeur·e·s et autres employé·e·s – ont rapporté au moins une forme de victimisation sexuelle commise par une autre personne affiliée au cégep depuis leur arrivée dans cette institution </p></blockquote>



<p>Le premier fait marquant souligné par le rapport est que 35,9% des répondant·e·s – étudiant·e·s, professeur·e·s et autres employé·e·s – ont rapporté au moins une forme de victimisation sexuelle commise par une autre personne affiliée au cégep depuis leur arrivée dans cette institution. Ces situations de violence sexuelle sont en outre rarement signalées aux instances ou aux ressources du cégep, l’enquête faisant état d’un taux de non-dénonciation de 93,5%. Le rapport note également que certains groupes sociaux sont plus à risque de vivre des situations de violence à caractère sexuel en milieu collégial. C’est le cas, entre autres, des femmes, des minorités sexuelles et de genre, des personnes vivant avec un trouble, une difficulté ou un handicap ayant un impact sur la vie quotidienne, des autochtones et des minorités visibles.&nbsp;</p>



<p>Manon Bergeron, professeure au département de sexologie de l’UQAM et titulaire de la Chaire de recherche sur les VSSMES, a affirmé au <em>Délit</em> que deux éléments du rapport méritent d’être mis en évidence. Elle a d’abord souligné que 48,3% des enseigant·e·s ont rapporté avoir vécu au moins une forme de violence sexuelle en milieu collégial depuis leur arrivée au cégep. «C’est beaucoup, un·e [enseignant·e] sur deux», a affirmé la professeure Bergeron, notant que cette proportion est plus élevée que ce qu’ont rapporté les professeur·e·s dans le cadre d’ESSIMU.&nbsp;</p>



<p>L’autre donnée mise en lumière par la titulaire de la Chaire de recherche est que les étudiant·e·s membres d’un groupe d’activités socioculturelles (improvisation, théâtre, radio étudiante, etc.) au cégep rapportent davantage avoir vécu des situations de violence sexuelle en milieu collégial que les étudiant·e·s non-membres,<strong> </strong>pour un pourcentage de 43,7% contre 33,8%. La professeure Bergeron s’est interrogée sur la possibilité d’une culture différente au sein de ces groupes qui mériterait d’être examinée de plus près, notant au passage que cette différence statistique importante faisait écho aux dénonciations dans les milieux culturels et artistiques québécois de l’été 2020. Ce résultat, que la professeure a estimé inquiétant, illustrerait l’importance de la sensibilisation et de la prévention non seulement chez l’ensemble de la population étudiante mais aussi envers des groupes où la violence sexuelle est davantage présente, tel les groupes socioculturels des cégeps, afin de s’assurer que l’ensemble des étudiant·e·s souhaitant s’impliquer dans ces milieux puissent le faire en toute égalité et en toute sécurité.&nbsp;</p>



<p><strong>Effet des vagues de dénonciation</strong></p>



<p>Il serait encore trop tôt, selon la professeure Bergeron, pour mesurer l’impact des mouvements des dernières années comme #AgressionNonDénoncée ou #MoiAussi sur les proportions de victimisation ou de dénonciation quant aux violences sexuelles en milieu collégial: «on n’a peut-être pas tout à fait le recul» nécessaire pour comptabiliser les demandes d’aide reçues par les cégeps et universités lors de ces mouvements.&nbsp;</p>



<p>Cependant, à ses yeux, il est certain que les sorties publiques de victimes et les dénonciations médiatisées de situations de violence sexuelle ont un impact positif, car elles pourraient motiver les victimes à aller chercher de l’aide. Ces vagues de dénonciations auraient aussi un impact positif de sensibilisation: elles obligeraient plusieurs personnes à se remettre en question sur les gestes inappropriés, les gestes de harcèlement ou les gestes de comportements sexuels non désirés qu’elles ont pu commettre.&nbsp;</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/le-point-sur-les-violences-sexuelles-au-cegep/" data-wpel-link="internal">Le point sur les violences sexuelles au cégep</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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