25 ans d’immobilisme indépendantiste

Le mouvement indépandantiste québécois, 25 ans après le dernier référendum, n’a pas bougé d’un poil.

Parker Le Bras-Brown | Le Délit

Nous célébrons ces jours-ci le 25e anniversaire du second référendum sur la souveraineté du Québec, qui a eu lieu le 30 octobre 1995. Peu d’événements importants ont suscité de l’engouement au sein de la population québécoise depuis 25 ans. Les grandes grèves sociales et étudiantes de 2005 et de 2012 font partie de ces rares exemples. Autrement, on peut affirmer que c’est le calme plat depuis cette date charnière d’octobre 1995. Partout ailleurs, le monde tourne et le cours des événements se poursuit. Ici, nous semblons nous figer volontairement dans le temps comme cela a trop souvent été le cas. Même le regain de mouvements indépendantistes, comme en Écosse ou en Catalogne, ne semble pas émouvoir bon nombre de Québécois·es.

Depuis le 30 octobre 1995, c’est comme si le monde avait arrêté de tourner. La population est politiquement et socialement démobilisée. En écrivant cette chronique aujourd’hui, je suis bien conscient de faire partie d’une minorité de jeunes Québécois·es montrant un intérêt pour ces questions.

Les sondages d’opinion montrent bien l’ampleur du propos. Les jeunes du Québec se réclamant de l’une ou l’autre des options constitutionnelles — indépendantisme ou fédéralisme — constituent une infime minorité. L’autre masse se noie dans un corps difforme d’indécis·es ou bien de personnes n’ayant que très peu entendu parler de ces questions mis à part quelques fois à l’école ou par leurs parents et grands-parents. D’ailleurs, on leur a fort probablement entretenu la question selon des termes dépassés ainsi que dans une mentalité revancharde. Il suffit de lire quelques commentaires relatifs au référendum ou bien d’écouter les gens un peu plus âgés pour se rendre compte de cette attitude. 

Certaines têtes pensantes qui grandiloquent à tout va, crachant partout leur science — en vase clos bien entendu — ne se rendent pas compte combien leurs discours ne parlent à personne.

Des erreurs stratégiques chez le mouvement indépendantiste

On connaît la suite : le Parti Québécois (PQ) s’est mis en mode « attentiste ». Il a tellement attendu qu’il n’a fait que sécher sur place telle une vieille goélette échouée. Il est devenu si amorphe qu’il n’a pas sauté sur les occasions lorsqu’elles se sont présentées. Cette prise de position attentiste du Parti Québécois n’a pas simplement atrophié le mouvement, il a également empêché tout renouvellement idéologique qui aurait pu contribuer plus largement à l’inclusion des nouvelles générations dans le projet indépendantiste. 

Lors des élections générales du 1er octobre 2018, alors que j’étais président des jeunes du Parti Québécois dans ma région , une personne responsable de l’équipe de campagne m’a dit que ça ne valait pas la peine de s’intéresser à la jeunesse comme électorat potentiel alors que, de mon côté, je faisais tout en mon possible pour faire connaître le candidat, le parti et pour faire voter la jeunesse en sa faveur. Le résultat de leur erreur de jugement ? À force de gratter les vieux fonds de tiroir, le tiroir a tout simplement percé et c’est une défaite qui attendait le parti de l’autre côté.

Les réactions au dernier sondage sur la question de la souveraineté se révèlent être un indicateur significatif pour comprendre combien ce mouvement aurait besoin d’un électrochoc. On se complait dans la médiocrité en ramassant de vieilles miettes. Le niveau d’appui à l’indépendance est à 36 % chez la population québécoise ? Bien, ça veut dire que notre mouvement n’est pas en si mauvaise posture, qu’on est toujours « d’attaque », puisque plusieurs se disent encore souverainistes. Aussitôt les politicien·ne·s ont-ils balancé leurs statistiques, ils écartent brusquement celles montrant le décalage entre les générations plus jeunes et leurs parents concernant l’appui au projet. Ils ne parlent forcément pas plus du fait que le mouvement n’a clairement pas progressé en 25 ans. 

« Personne n’a d’oreilles qui demeurent fermées au doux son de la liberté »

Est-ce que cela signifie que l’indépendance n’est plus qu’un projet moribond, celui d’une seule génération ? Jamais. Entre jeunes politisé·e·s, nous sommes conscient·e·s d’à quel point l’indépendance peut répondre aux préoccupations d’une grande majorité de personnes de 18 à 30 ans, je pense ici principalement à l’environnement. Or, qu’arrive-t-il lorsque l’on demeure dans une pièce étanche et recluse ? Le message ne peut être porter de la manière qu’on le souhaite. De nombreux sondages auprès de la jeunesse québécoise montrent que celle-ci croit que l’un des principaux défis que le Québec rencontre est la lutte contre les changements climatiques. En ce sens, l’indépendance ne serait pas pertinente en ce moment puisqu’elle ne répondrait pas à ce défi actuel. 

Entre militant·e·s, nous savons bien que l’indépendance du Québec peut s’avérer être une réponse cohérente à la crise climatique puisqu’en sortant de l’État pétrolier canadien, nous n’aurions plus à financer le pétrole de l’Alberta et nous pourrions miser nos efforts sur le développement d’une économie plus verte. La question nationale n’est pas moins légitime à cause de la crise climatique et l’on peut au contraire lier ces deux luttes en une seule et ainsi réunir nos forces. Or, puisque nous sommes reclus·es dans des cercles militants, nos discours politiques n’ont que peu d’impact, d’où la nécessité de sortir de notre isolement.

Un avenir prometteur

Puisque les anniversaires comme les 25 ans n’arrivent qu’une fois, il serait bien de regarder pour une fois le référendum de 1995 comme étant plus qu’une histoire d’argent et de « votes ethniques » et, en ce sens, produire une critique constructive de cet événement pour en tirer de véritables leçons. Évidemment, l’intérêt pour les affaires publiques chez les jeunes n’est pas un problème à une seule variable. Toutefois, en ce qui a trait à la souveraineté, on ne peut qu’être gagnant·e en dépoussiérant ce qui doit l’être depuis 25 ans. De nouveaux mouvements apparaissent, de nouvelles personnes commencent à se mobiliser en faveur du projet. Rendre intelligible le lien entre l’indépendance du Québec et la cause environnementale constituerait le plus gros coup de peinture fraîche qui soit pour le discours souverainiste. 

« Lorsque notre mouvement sera de nouveau mûr, nous pourrons parler d’unité »

Les cartes changent depuis de nombreuses années. Le PQ n’est plus le seul mouvement ou parti indépendantiste œuvrant au Québec. En ce sens, il doit cesser d’imaginer à tort et à travers que son discours est universel et que les indépendantistes n’y croyant plus sont au mieux des traîtres ou au pire des « faux souverainistes ». Nous n’avons pas à nous immobiliser pour un parti politique qui est demeuré dans une telle posture pendant 25 ans et qui soudainement tente de faire son « grand retour » en s’imaginant que les choses sont demeurées les mêmes depuis un quart de siècle.

L’indépendance du Québec ne se réalisera pas demain, soyons franc·he·s. C’est un combat de tous les jours qu’il faut mener sur plusieurs fronts. Il y a un brassage d’idées qui doit impérativement s’effectuer et qui ne peut plus se produire au sein du Parti québécois. Alors, amenez-en des groupes de réflexion, participons à des discussions constructives. Rien que ce mois-ci, le 19 novembre prochain, sera lancé le Projet Ambition Québec de Catherine Fournier, qui a déjà publié un livre du même nom en 2019 pour présenter sa vision du mouvement. Je suis certain que l’avenir nous réserve encore de belles surprises.

Lorsque notre mouvement sera de nouveau mûr, nous pourrons parler d’unité. Il n’est pas question de jouer aux victimes pour un parti revendiquant farouchement un monopole qu’il a perdu depuis au moins 20 ans.

L’avenir porte tout de même les signes de l’espoir. En prenant le simple exemple de mon entourage, connaissances et amis, je compte les indépendantistes en bien plus grand nombre qu’il y a 2 ou 3 ans seulement. On y retrouve des gens de différents milieux et pas nécessairement tous très politisés.

Il est crucial qu’au moment venu, tous les indépendantistes se réunissent sur un seul front commun, peu importe les tendances particulières de chacun·e. Or, ce moment n’est pas encore venu. Nous ne sommes pas en 1980 ou en 1995, et l’on ne peut pas prétendre être dans la même situation en 2020. Ce n’est pas en plongeant dans l’obscurité d’une vieille cale de bateau qu’on a une vision globale de la situation. Il faut rejeter l’immobilisme tout comme les solutions magiques. On ne peut arriver qu’à l’indépendance en prêchant par l’audace. 

C’est le temps de brasser la cage. Même si ce qu’il en reste s’effondre, les Québécois·e·s continueront à être solides. Ils auront le courage nécessaire afin de reconstruire un tout nouvel édifice moderne à l’image de tous ceux et toutes celles qui vivent sur notre belle terre de Québec.


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