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	<title>Archives des 2020-09-29 - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Sun, 22 Nov 2020 03:24:12 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
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	<item>
		<title>De l’impératif de prendre la rue</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/de-limperatif-de-prendre-la-rue/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Sep 2020 19:24:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cette fin de semaine marquait le premier anniversaire d’un des plus importants mouvements de masse sociale à Montréal : le 27 septembre 2019, des centaines de milliers de personnes arpentaient les rues de la métropole pour faire écho aux paroles de la militante Greta Thunberg et à celles de milliers de scientifiques, revendiquant une justice&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/de-limperatif-de-prendre-la-rue/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">De l’impératif de prendre la rue</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Cette fin de semaine marquait le premier anniversaire d’un des plus importants mouvements de masse sociale à Montréal : le 27 septembre 2019, des centaines de milliers de personnes arpentaient les rues de la métropole pour faire écho aux paroles de la militante Greta Thunberg et à celles de milliers de scientifiques, revendiquant une justice climatique.</p>



<p>Si, un an plus tard, l’on peut questionner les gains réels de ce <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/manifestation-pour-le-climat-nous-avons-ete-ignore%c2%b7e%c2%b7s/" data-wpel-link="internal">grand rassemblement</a>, les manifestations demeurent à ce jour l’une des actions les plus concrètes que peut effectuer le peuple pour se faire entendre.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Parmi les droits fondamentaux octroyés par notre très chère démocratie, l’article 2 de la Charte canadienne des droits et libertés garantit « la liberté de réunion pacifique, d’association, d’opinion et d’expression ». Mais au Québec, nombreux ont été les événements historiques où ces droits ont été bafoués, soit par des mesures « exceptionnelles » ou par des brutalités policières trop souvent injustifiées.</p>



<p>Que l’on pense aux manifestations de cet été en lien avec le<a href="https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/1732787/canada-greve-etudiants-brutalite-policiere-racisme-noirs-autochtones" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"> #blacklivesmatter</a>, à la<a href="https://www.ledevoir.com/opinion/idees/373337/retour-sur-le-printemps-de-la-matraque" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"> grève étudiante</a> de 2012 ou encore aux événements d’<a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/crise-doctobre" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Octobre 1970</a>, le peuple québécois a pris la rue à plusieurs reprises pour affirmer son mécontentement et revendiquer une société plus juste et égalitaire.&nbsp;</p>



<p>L’action doit parfois être radicale et, sans banaliser la violence, il est impératif de la remettre en perspective.</p>



<p>Le mouvement antiraciste dénonçait les brutalités policières et les violences systémiques commises envers les personnes racisées.</p>



<p>La grève étudiante cherchait à freiner la hausse des frais de scolarité liée aux mesures d’austérité qui précarisait encore plus le système éducatif.</p>



<p>La crise d’Octobre aura quant à elle été le fait de violences et de délits, entraînant une Loi suspendant les libertés civiles des individus.</p>



<p>Mais la violence réside rarement d’un seul côté du camp. Les oppressions entraînées par la précarité, les inégalités sociales et l’environnement qui nous a vus grandir ne sauraient se limiter à la simple responsabilité individuelle. Il est impératif de se tenir debout, de prendre part aux grands débats de notre ère, d’avoir une voix active pour les enjeux que nous souhaitons voir à l’agenda politique.</p>



<p>Le Québec constitue ce bel idéal démocratique, mais nous ne pouvons nous satisfaire d’un simple scrutin aux quatre ans. La démocratie, c’est faire entendre sa voix même quand celle-ci cherche à être tue, et parfois, c’est prendre la rue.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Élections américaines – Des réponses à vos questions</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/elections-americaines-des-reponses-a-vos-questions/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Granger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Sep 2020 13:17:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=37615</guid>

					<description><![CDATA[<p>Dans cette série d'articles sur les élections américaines, Philippe Granger et Emmanuel Prince-Thauvette apportent des réponses à vos questions. </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/elections-americaines-des-reponses-a-vos-questions/" data-wpel-link="internal">Élections américaines – Des réponses à vos questions</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le premier débat présidentiel opposant Joe Biden à Donald Trump aura lieu ce mardi 29 septembre. Dans le cadre de cette étape importante de la campagne électorale américaine, nous avons demandé aux lecteurs du <em>Délit </em>de nous soumettre leurs questions sur le fonctionnement des élections, par le biais de <a href="https://www.instagram.com/le.delit/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">notre compte Instagram</a>. Dans cette série de trois articles, nous tenterons de répondre à vos questions sur les éléments rudimentaires du processus électoral américain. Au menu aujourd’hui : collège électoral, <em>swing states (États pivots) </em>et bipartisme.&nbsp;</p>



<hr class="wp-block-separator">



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Question 1 : Comment fonctionnent les élections américaines?</strong></h3>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La réponse très (très) courte</strong></h4>



<p>Les Américains votent pour dire à 538 personnes qui choisir comme président.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La réponse courte</strong></h4>



<p>On attribue un nombre de « grands électeurs » à chaque État, en fonction de sa population (par exemple, la Californie en compte 55 pour 39,5 millions d’habitants, alors que le Wyoming en compte 3 pour environ 600 000 habitants). En tout, il y a 538 grands électeurs. Lorsqu’un candidat obtient le plus grand nombre de votes dans un État, il récolte TOUS les grands électeurs associés à cet État. Le premier qui en obtient 270 (soit la moitié de 538 + 1) devient président des États-Unis.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La réponse longue</strong></h4>



<p>Attachez vos tuques parce que c’est un peu compliqué tout ça!</p>



<p>Le 3 novembre prochain, lorsque les électeurs se rendront aux urnes (ou, plus vraisemblablement, enverront leurs bulletins de vote par la poste), ils choisiront certes leur président, mais aussi leurs représentants et certains sénateurs au Congrès de Washington, D.C. La même journée, ils éliront aussi plusieurs autres élus locaux, tels que des gouverneurs, des représentants au Capitole de leur État, des maires et même des juges.</p>



<p>Les élections les plus couvertes par les grands médias nationaux sont celles concernant les élus au Congrès (Chambre des représentants et Sénat) et à la Maison-Blanche, et c’est donc sur celles-ci que nous nous concentrerons ici.</p>



<hr class="wp-block-separator">


<div class="wp-block-ultimate-post-image ultp-block-46ef4d animated fadeIn slow"><div class="ultp-block-wrapper"><figure class="ultp-image-block-wrapper"><div class="ultp-image-block ultp-image-block-none"><img decoding="async" class="ultp-image" alt="Image" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/09/Capitole-des-États-Unis.jpeg"></div></figure></div></div>


<p class="has-small-font-size"><em><a href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:US_Capitol_east_side.JPG" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Image tirée de Wikimedia</a></em></p>



<hr class="wp-block-separator">



<h5 class="wp-block-heading">Le Congrès</h5>



<p>Les 435 représentants à la Chambre (l’équivalent des députés au Québec et au Canada) ont des mandats d’une durée de deux ans et tous les sièges feront l’objet d’une élection en 2020. Les États se voient attribuer un nombre de représentants relatif à leur population. Par exemple, la Californie et le Texas, les deux États les plus populeux, ont respectivement 53 et 36 représentants, alors que les six États les moins populeux, soit l’Alaska, le Dakota du Nord, le Dakota du Sud, le Delaware, le Montana, le Vermont et le Wyoming, n’ont chacun qu’un seul représentant à la Chambre.</p>



<p>Les représentants sont élus dans leurs districts lors de courses locales, de la même manière que les députés sont élus dans des circonscriptions lors des élections canadiennes et québécoises. À ce jour, les démocrates contrôlent cette Chambre, avec 232 sièges, contre 198 pour leurs adversaires républicains. Vous remarquerez qu’il manque cinq sièges pour arriver au total de 435. De ces cinq sièges manquants,&nbsp;quatre sont vacants et l’autre est tenu par un ex-républicain du Michigan devenu libertarien qui ne se représentera pas aux prochaines élections. Pour obtenir une majorité à la Chambre des représentants, un parti doit donc être élu dans 218 districts électoraux.</p>



<p>Les sénateurs, eux, ont des mandats de six ans, avec des élections intercalées tous les deux ans&nbsp;; le tiers des sièges seront donc en jeu en 2020. Chacun des 50 États compte deux sénateurs, peu importe la taille de sa population. 35 sièges seront en jeu en novembre, dont 23 qui étaient précédemment tenus par des républicains et 12 par des démocrates. Les républicains contrôlent présentement le Sénat, avec 53 sièges, alors que les démocrates en détiennent 45. La différence est comblée par deux sénateurs indépendants, qui appuient généralement les démocrates, dont un certain Bernie Sanders du Vermont. Pour obtenir une majorité des sièges en 2020, et donc le contrôle du Sénat, les démocrates se doivent donc de remporter trois ou quatre sièges supplémentaires, en plus de conserver ceux qu’ils ont déjà.</p>



<h5 class="wp-block-heading">La présidence et le collège électoral</h5>



<p>Les présidents sont choisis tous les quatre ans. 2020 est une année d’élection présidentielle. Joe Biden, candidat démocrate, a été sénateur du Delaware pendant 36 ans, puis vice-président sous Barack Obama pendant l’entièreté de ses 8 ans au pouvoir. Il sera opposé à Donald Trump, magnat de l’immobilier new-yorkais, vedette télévisuelle et plus récemment 45<em>e</em> président des États-Unis d’Amérique (en avez-vous entendu parler ?). Il est candidat républicain pour une deuxième élection consécutive.</p>



<p>Aux États-Unis, le système pour élire le président est construit autour du « collège électoral ». Essentiellement, les électeurs (monsieur et madame Tout-le-Monde) ne votent pas directement pour le président, mais indiquent plutôt à des « grands électeurs » comment ils devront voter lors du scrutin « officiel », qui se tient quelques jours plus tard à Washington, D.C. Le « collège électoral » désigne de ce fait l’ensemble des grands électeurs. Généralement, ce protocole n’est qu’une formalité administrative et relève plus de la relique historique que de la vraie prise de décision.</p>



<p>Ce système remonte à la fondation du pays, au 18<em>e</em> siècle, alors que les moyens de transport et de communication étaient pour le moins rudimentaires. Ainsi, il était plus facile de tenir des élections locales, puis d’envoyer un représentant à cheval vers la capitale pour transmettre le résultat. Malgré les progrès technologiques accomplis depuis cette époque lointaine, cette façon rocambolesque et ardue de procéder persiste à ce jour.</p>



<p>Les grands électeurs sont au nombre de 538, et sont répartis selon les sièges qu’un État compte au Congrès. Par exemple, la Californie, qui cumule 53 représentants et deux sénateurs, a donc 55 votes pour choisir le prochain président. À l’opposé, un État comme le Wyoming obtient trois grands électeurs, car il a deux sénateurs, comme tous les autres États, mais un seul représentant à la Chambre. Autrement dit, pour obtenir les 55 votes associés à la Californie, il faut être la personne ayant récolté le plus de votes dans l’État.</p>



<p>À noter qu’il arrive souvent que le gagnant de l’État n’ait même pas obtenu la majorité des votes. Par exemple, lors de la dernière élection présidentielle, en 2016, Trump a obtenu 47,50% des votes au Michigan, alors que Hillary Clinton en a récolté 47,27%, une différence de moins de 11 000 électeurs. Le Parti libertarien (environ 3,6%), le Parti vert (environ 1%) et certains indépendants se sont séparés le reste des votes. Malgré tout, Donald Trump a remporté l’entièreté des 16 grands électeurs de cet État, ce qui a contribué à sa victoire.</p>



<p>Si vous additionnez le nombre de sièges à la Chambre des représentants (435) et au Sénat (100), vous remarquez qu’il nous manque trois pour arriver au nombre de 538 cité plus haut. C’est que, depuis 1964, le District de Columbia, où est située la capitale Washington, compte trois grands électeurs. En conclusion, vous comprendrez que pour gagner la présidence, un candidat doit obtenir le vote de la moitié de ces 538, soit&nbsp; 270, chiffre magique à retenir tout au long de la course.</p>



<hr class="wp-block-separator">


<div class="wp-block-ultimate-post-image ultp-block-832741"><div class="ultp-block-wrapper"><figure class="ultp-image-block-wrapper"><div class="ultp-image-block ultp-image-block-none"><img decoding="async" class="ultp-image" alt="Image" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/09/US_President_Donald_Trump._75th_anniversary_of_the_landing_of_Allied_forces_in_Normandy.jpg"></div></figure></div></div>


<p class="has-small-font-size"><em><a href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:US_President_Donald_Trump._75th_anniversary_of_the_landing_of_Allied_forces_in_Normandy.jpg" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Image tirée de Wikimedia</a></em></p>



<hr class="wp-block-separator">



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Question 2 : Pourquoi est-ce que les élections américaines sont aussi compliquées?</strong>&nbsp;</h3>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La réponse courte</strong></h4>



<p>Chez notre voisin du Sud, chaque État est libre de choisir comment se déroulent les élections sur son territoire. Les élections de novembre sont donc en fait de multiples petites élections simultanées.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La réponse un peu plus longue</strong></h4>



<p>Organiser une élection à la grandeur des États-Unis est une tâche colossale, qui nécessite des milliers d’espaces de vote, d’employés et de bénévoles, ainsi qu’une orchestration logistique incroyable. Contrairement à la situation au Québec ou au Canada, où une seule organisation centrale gère le processus électoral, ce sont près de 8000 organisations qui gèrent les élections en suivant des lois différentes dans les 50 États américains.&nbsp;</p>



<p>C’est que chaque État a le pouvoir de légiférer sur la façon dont se déroule le vote sur son territoire, par exemple sur l’admissibilité des électeurs, la façon d’attribuer les grands électeurs pour l’élection présidentielle, la façon de désigner le candidat d’un parti (lors de ce que l’on appelle les « primaires »), le financement des partis politiques, etc. Forcément, toutes ces règles différentes, adoptées par des États qui ne se concertent pas, <a href="https://ideas.ted.com/why-is-voting-in-the-us-so-difficult/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">complexifient grandement le processus électoral</a>.</p>



<hr class="wp-block-separator">



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Question 3 : On entend souvent parler des </strong><strong><em>swing states</em></strong><strong>, c’est quoi?</strong></h3>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La réponse très (très) courte</strong></h4>



<p>C’est des États pour lesquels l’issue du vote est plus imprévisible.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La réponse un peu plus longue</strong></h4>



<p>Maintenant que vous savez comment fonctionne le système électoral américain, il est plus simple de vous expliquer ce qu’est un <em>swing state</em> (plusieurs préfèrent les termes « État clé » ou « État pivot » en français).</p>



<p>Élection après élection, la plupart des États votent toujours pour le même parti. Or, certains États votent parfois bleu (démocrate) et parfois rouge (républicain), d’où une autre appellation : <em>purple state.</em> La course présidentielle se joue dans cette poignée d’États clés, car les résultats électoraux de ceux-ci déterminent de quel côté penchera la balance. Or, puisque la course présidentielle est généralement très serrée, <a href="https://www.nytimes.com/interactive/2020/us/elections/election-states-biden-trump.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">c’est dans ces États que se joue toute l’élection</a>. Pour 2020, on mentionne généralement l’Arizona, la Caroline du Nord, la Floride, le Michigan, l’Ohio, la Pennsylvanie, et le Wisconsin. Il faudra aussi surveiller la Géorgie et le Texas, deux États avec une forte tradition républicaine, mais que le démocrate Joe Biden, présentement en avance dans les sondages nationaux, a dans sa mire.</p>



<p>Il va sans dire que la campagne sera concentrée dans cette poignée d’États clés, d’autant plus que la pandémie limite le nombre de rassemblements et les déplacements. Plus que jamais, les <em>swing states</em> seront l’objet de convoitise.</p>



<hr class="wp-block-separator">


<div class="wp-block-ultimate-post-image ultp-block-806617"><div class="ultp-block-wrapper"><figure class="ultp-image-block-wrapper"><div class="ultp-image-block ultp-image-block-none"><img decoding="async" class="ultp-image" alt="Image" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/09/Red_and_Blue_States_Map_Average_Margins_of_Presidential_Victory.svg-1.png"></div></figure></div></div>


<p class="has-small-font-size"><em><a href="http://Wikimedia - https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Red_and_Blue_States_Map_(Average_Margins_of_Presidential_Victory).svg" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Image tirée de Wikimedia</a></em></p>



<hr class="wp-block-separator">



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Question 4 : Pourquoi y a‑t-il seulement deux partis? Pourquoi n’y en a‑t-il pas plus?</strong></h3>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La réponse très (très) courte</strong></h4>



<p>Parce que le système politique américain pousse naturellement vers la formule du bipartisme.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La réponse courte</strong></h4>



<p>Puisqu’il serait très difficile, voire impossible, pour un candidat issu d’un troisième parti de remporter la présidence, les électeurs se rabattent nécessairement sur un des deux partis principaux pour que leur vote ne soit pas « gaspillé ». Les tentatives de mise en place d’un tiers parti solide et crédible ont été nombreuses au fil des ans, mais ont toujours fini par être infructueuses.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La réponse longue</strong></h4>



<p>En vérité, aucune loi n’oblige quiconque à voter pour un des deux grands partis, soit le Parti républicain et le Parti démocrate. Il existe d’ailleurs plusieurs tiers partis, nommément le Parti libertarien et le Parti vert, mais tous les deux ne peuvent pas se comparer, autant en nombre de membres qu’en votes exprimés, aux deux géants.</p>



<p>C’est en fait la nature du système électoral américain qui favorise la mise en place de deux grands partis. Aux États-Unis, ce sont les États qui choisissent individuellement les modalités du vote sur leur territoire. Ainsi, 48 des 50 États ont adopté un système dit <a href="https://open.spotify.com/track/2HeTmGTjl870ucJ8mF7zl5?si=Tf8rwRCyRr2kPaR9ElM38g" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>winner-take-all</em></a>, c’est-à-dire qu’un candidat qui obtient la majorité (plus de 50%) des votes exprimés gagne en pratique la totalité des grands électeurs associés.&nbsp;</p>



<p>Ainsi, pour qu’un tiers parti remporte un État, il faudrait qu’il dépasse à la fois les démocrates et les républicains, ce qui ne semblera pas arriver de sitôt. Puis, il faudrait répéter ce scénario dans plus d’une dizaine d’autres États pour avoir ne serait-ce qu’une mince chance de remporter la présidence. Autant dire que les embûches seraient nombreuses sur la route de la victoire.</p>



<p>De plus, les élections américaines sont un grand cirque et le billet de participation est très dispendieux. Aussi bien dire que seuls les deux grands partis, avec des centaines de milliers de petits et grands donateurs, une machine électorale bien huilée dans toutes les régions du pays et des milliers de bénévoles, peuvent envisager de mener à bien cette course.</p>



<p>Le jour du vote, un électeur se dit probablement qu’il vaut mieux se rallier à un des deux grands partis, même si aucun ne partage ses positions sur tous les enjeux, plutôt que d’appuyer un candidat émergent qui le représente sous tous les aspects, car ce dernier n’a aucune chance d’être élu. Les détracteurs diront que l’on vote donc souvent par dépit, en choisissant le moins pire parmi les candidats, alors que les apologistes diront que cela démontre la force du compromis qui caractérise l’Amérique.</p>



<hr class="wp-block-separator">


<div class="wp-block-ultimate-post-image ultp-block-47a860"><div class="ultp-block-wrapper"><figure class="ultp-image-block-wrapper"><div class="ultp-image-block ultp-image-block-none"><a href="https://unsplash.com/photos/be2fzaB_EJk" target="_blank" data-wpel-link="external" rel="external noopener noreferrer"><img decoding="async" class="ultp-image" alt="Image" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/09/stephen-leonardi-be2fzaB_EJk-unsplash-1.jpg"></a></div></figure></div></div>


<p class="has-small-font-size">C’est à Cleveland, en Ohio, sur le campus de la Case Western Reserve University que se déroulera le premier débat présidentiel. L’Ohio est un swing state: en 2016, Trump avait remporté l’État par une marge plus de 8%, et a donc récolté les 18 votes de grands électeurs associés à cet État, alors que cette année, les deux candidats sont à égalité statistique. -<em><a href="https://unsplash.com/photos/be2fzaB_EJk" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"> Image par Stephen Leonardi sur Unsplash</a></em></p>



<hr class="wp-block-separator">
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/elections-americaines-des-reponses-a-vos-questions/" data-wpel-link="internal">Élections américaines – Des réponses à vos questions</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>10 ans du film Incendies : Un grand millésime</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/10-ans-du-film-incendies-un-grand-millesime/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Granger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Sep 2020 13:14:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<category><![CDATA[2010]]></category>
		<category><![CDATA[André Turpin]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma québécois]]></category>
		<category><![CDATA[Denis Villeneuve]]></category>
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		<category><![CDATA[oscars]]></category>
		<category><![CDATA[Roger Deakins]]></category>
		<category><![CDATA[Valérie Beaugrand-Champagne]]></category>
		<category><![CDATA[Wajdi Mouawad]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=37563</guid>

					<description><![CDATA[<p>Retour sur le phénomène cinématographique signé Denis Villeneuve avec des commentaires d'artisans et de fans du film.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/10-ans-du-film-incendies-un-grand-millesime/" data-wpel-link="internal">10 ans du film Incendies : Un grand millésime</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">En septembre 2010 était présenté en première mondiale à la 67e Mostra de Venise le film&nbsp;<em>Incendies</em>, du réalisateur québécois Denis Villeneuve. L’œuvre, mettant en scène Lubna Azabal, Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxim Gaudette et Rémy Girard, suivait le succès du film&nbsp;<em>Polytechnique</em>, sorti un an auparavant.</p>



<p>À Venise, c’est par le feu nourri des applaudissements d’une foule debout que le film est reçu par ses premiers spectateurs. C’est une expérience que la co-scénariste du film, Valérie Beaugrand-Champagne, n’est pas près d’oublier: «C’est très émouvant de voir une salle silencieuse qui dans une spontanéité se lève […] et t’applaudit», me confie-t-elle, fascinée par cet écho<strong> </strong>liant son travail à la réaction du public.</p>



<p><strong>1 + 1 = 2</strong></p>



<p>Ce film, qui a si bien touché le public, trouve son origine dans la pièce de l’homme de théâtre et auteur libano-franco-québécois Wajdi Mouawad, présentée pour la première fois en 2003 et publiée au Québec aux éditions Leméac. C’est après avoir vu la pièce à Montréal que Denis Villeneuve a voulu l’adapter au cinéma, y voyant un récit qui devait absolument être partagé.</p>



<p>La co-scénariste du film, Valérie Beaugrand-Champagne, a été une pierre angulaire dans l’élaboration du projet. En entrevue à&nbsp;<em>Ciné-Bulles</em>, Villeneuve la qualifie d’ «indispensable»: «C’est quelqu’un qui a de grandes qualités pour épauler un scénariste. C’est une lectrice redoutable qui n’a pas d’égal pour décortiquer une scène» lance-t-il, soulignant du même coup le sens de la concision de Beaugrand-Champagne, ayant permis de réduire l’idée de quatre scènes en une seule.</p>



<p>Villeneuve ne voulait pas faire cavalier seul en termes d’écriture de scénario. «Denis s’est comme désaffranchi de cette théorie qu’un film qui est écrit et réalisé par la même personne a plus de valeur qu’un film qui est écrit par quelqu’un d’autre», précise Beaugrand-Champagne, qui trouve que cela prouve du même coup l’humilité, la lucidité et l’intelligence du réalisateur.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«Denis s’est comme désaffranchi de cette théorie qu’un film qui est écrit et réalisé par la même personne a plus de valeur qu’un film qui est écrit par quelqu’un d’autre»</em></p><cite><em>- Valérie Beaugrand-Champagne au journal Le Délit</em></cite></blockquote>



<p>C’est pour cela que Villeneuve a décidé de lui faire appel. Alors qu’ils se sont côtoyés derrière les bancs de l’UQAM, Villeneuve a rapidement pensé à Beaugrand-Champagne pour honorer la pièce de Wajdi Mouawad, duquel est complètement inspiré le film, à juste titre.</p>



<p>«La seule chose qu’on avait à faire, c’était de respecter l’œuvre de Wajdi, parce que c’est une œuvre magistrale», souligne humblement Beaugrand-Champagne, qui a vu cette opportunité d’écriture comme un «privilège».</p>



<p><strong>Du Liban au Québec, du théâtre au cinéma</strong></p>



<p>Il reste que la transposition de l’œuvre en scénario avait son lot de défis: «On est dans la mythologie» autant dans la pièce que dans le langage, selon la co-scénariste, «il fallait rendre ces personnages-là avec un ancrage réaliste.»</p>



<p>Il fallait aussi transposer la structure très complexe de la pièce sur le grand écran sans perdre l’intérêt du spectateur.rice. Ce défi s’est notamment imposé aux scénaristes lors de la première scène, soit la lecture du testament, qui se devait d’être dynamique et concise tout en respectant les mots de Mouawad, sans toutefois entrer dans la lapalissade, l’évidence ou la caricature.</p>



<p>L’Un des plus grands défis du film fut également de poursuivre le caractère apolitique, agéographique et presque areligieux de l’œuvre originale.&nbsp;<em>Incendies</em>, qui est pourtant ancrée dans une dynamique géographique, politique et religieuse intense, est une pièce remarquablement élaborée, faisant en sorte que le public porte peu attention aux indices spécifiques lui permettant d’établir précisément le cadre de l’histoire. De cette manière, non seulement l’œuvre évite toute sorte de malentendus géopolitiques ou historiques, mais elle permet aussi de renforcer son caractère universel et humaniste. Il reste que, dans l’œuvre de Mouawad, on peut indubitablement dénombrer plusieurs références bibliques, héritées du vécu de chrétien maronite du dramaturge d’origine libanaise. On&nbsp;peut même y trouver des références historiques très personnelles pour l’auteur, comme l’attaque d’un bus palestinien dans la banlieue de Beyrouth le 13&nbsp;avril 1975, qui rappelle étrangement l’une des scènes phares du film.&nbsp;</p>



<p><strong>Carte blanche pour une histoire sombre</strong></p>



<p>Le plus beau cadeau qu’aura fait Mouawad à Villeneuve aura été de lui donner carte blanche en ce qui a trait à l’adaptation. «Wajdi a été exemplaire comme auteur», se rappelle Beaugrand-Champagne. «Il a dit à Denis “moi j’ai souffert pendant des années pour écrire cette pièce-là, maintenant je te donne le flambeau et tu vas probablement souffrir.”» Ce «don d’un artiste à l’autre» a profondément touché Valérie Beaugrand-Champagne, qui a tout de même ressenti une pression à rester, d’une certaine manière, fidèle à l’œuvre originale.</p>



<p>Malgré ce privilège en main, Villeneuve a su conserver sa vision unique de l’œuvre. Il explique alors à&nbsp;<em>La Presse&nbsp;</em>: «Je voulais faire le film le moins bavard possible, voir comment on peut traduire ces mots en images.»&nbsp; Ainsi, Villeneuve expulse les nombreux élans poétiques de l’œuvre originale pour aboutir à quelque chose de plus brut dans ses propres dialogues. Cette vision brute est d’autant plus remarquée lorsque l’on sait que Villeneuve et Beaugrand-Champagne ont exploré la réalisation du cinéaste Lars Von Trier (et plus précisément de son film&nbsp;<em>Dogville</em>) qui possède une vision similaire et qui a, sans doute, inspiré Villeneuve.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Si Valérie Beaugrand-Champagne éprouve tout de même un regret face à sa participation au film&nbsp;Incendies, il est lié à son sentiment d’avoir trahi la pensée de Wajdi Mouawad » </em></p></blockquote>



<p>Si Valérie Beaugrand-Champagne éprouve tout de même un regret face à sa participation au film&nbsp;<em>Incendies</em>, il est lié à son sentiment d’avoir trahi la pensée de Wajdi Mouawad. Par souci d’efficacité et par souci stylistique, il fut décidé qu’une partie de la pièce originale, celle qui donne à voir le pardon du bourreau, soit écartée. Or, aux yeux de la co-scénariste, l’importance du jugement, rédigé dans l’œuvre originale sous une lunette biblique, était essentielle à l’œuvre de Mouawad. À ce sujet, Valérie Beaugrand-Champagne, visiblement émotive, pense que cela fait en sorte que la fin de l’histoire n’est pas à la hauteur de celle de Wajdi Mouawad.</p>



<p>Néanmoins, l’expérience auprès d’<em>Incendies&nbsp;</em>a confirmé à Valérie Beaugrand-Champagne, alors en questionnement professionnel, son désir de poursuivre ses ambitions scénaristiques et littéraires. Passant ainsi de la production à la scénarisation, elle considère avoir appris beaucoup, en plus de s’être ancrée dans cette nouvelle fonction. Cette expérience marque du même coup une longue et fructueuse collaboration avec la boîte de production micro_scope, avec qui elle a travaillé notamment pour les films&nbsp;<em>Inch’Allah</em>,&nbsp;<em>Gabrielle</em>&nbsp;et&nbsp;<em>Tu dors Nicole</em>.&nbsp;<em>Incendies</em>&nbsp;marque également le début d’une collaboration professionnelle avec Denis Villeneuve, puisqu’elle a été appelée, de manière officielle ou non, à aider le réalisateur auprès d’autres films comme&nbsp;<em>Enemy</em>,&nbsp;<em>Sicario</em>&nbsp;et&nbsp;<em>Arrival</em>.</p>



<p><strong>Un réalisateur à l’image d’un chef d’orchestre</strong></p>



<p>Valérie Beaugrand-Champagne n’est pas la seule personne avec qui Denis Villeneuve a pu cimenter une relation fructueuse. La magie de Villeneuve semble résider dans sa capacité à entretenir une relation créative sincère, dynamique et bilatérale avec ses nombreux collaborateurs qui, pour certains d’entre eux, le suivent depuis ses débuts.</p>



<p>Parmi eux se trouve le directeur de la photographie André Turpin. Reconnu pour son travail avec Xavier Dolan (sur les films&nbsp;<em>Mommy</em> et <em>Juste la fin du monde</em>,&nbsp;ainsi que le clip&nbsp;<em>Hello</em>&nbsp;d’Adele), André Turpin a collaboré avec Villeneuve pour de très nombreux films (dont&nbsp;<em>Cosmos</em>&nbsp;et&nbsp;<em>Maelström</em>) et voue une confiance artistique remarquable au réalisateur.&nbsp;</p>



<p>«Denis a toujours été super précis dans la communication de sa vision», explique Turpin au bout du fil, établissant toutefois qu’il est primordial pour le réalisateur (le «chef d’orchestre») d’établir un dialogue constructif avec son équipe (ses «interprètes»). Par exemple, Turpin note que le film<em>&nbsp;Incendies</em>&nbsp;devait d’abord être filmé à l’épaule, mais que les premiers jours d’essai ont provoqué un dialogue entre Villeneuve et son directeur de la photographie, le tournage à l’épaule n’adhérant pas à l’image désirée.&nbsp;</p>



<p>Le directeur de la photographie garde un très bon souvenir d’<em>Incendies</em>, un projet qui constitue selon lui l’un des trois points importants de sa carrière, avec les films&nbsp;<em>Cosmos</em>&nbsp;et&nbsp;<em>Mommy</em>. Il se rappelle un tournage en Jordanie posant de nombreux défis, sans qu’il y ait toutefois de drame majeur. Parmi les nombreux défis de Turpin, la scène d’incendie de l’autobus l’a particulièrement marqué. Le tournage de cette scène a été étalonné sur trois jours, même si&nbsp;la scène ne représente qu’un événement de cinq minutes. Quelques scènes prétendument au Moyen-Orient, mais qui furent, en fait, tournées à Montréal, constituèrent également un casse-tête pour l’équipe visuelle.</p>



<p><strong>Du personnel à l’interpersonnel</strong></p>



<p>Turpin reconnaît de manière générale le travail du réalisateur&nbsp;: «Il a pris une histoire biblique mythologique et ne l’a pas traitée comme tel. […] Il a élevé ça pour que ça devienne un drame digestible» constate Turpin, ce qui prouve selon lui la «modestie» du réalisateur.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«Il a compris qu’avec des sujets aussi peu sobres [que] des extraterrestres, une prise d’otage, une tuerie à Polytechnique […], la sobriété était la meilleure façon de les traiter»</em></p><cite><em>- André Turpin au journal Le Délit</em></cite></blockquote>



<p>Ces qualités personnelles ont été projetées, d’une certaine manière, dans l’œuvre. «S’il y a une qualité que Denis a su insuffler au film, c’est la sobriété. […] La cruauté humaine [y] était [ainsi] mieux exploitée ou communiquée», explique le directeur de la photographie. Il y va de ce constat pour justifier le «choix naturaliste» du réalisateur dans ses œuvres:&nbsp;«Il a compris qu’avec des sujets aussi peu sobres [que] des extraterrestres, une prise d’otage, une tuerie à Polytechnique […], la sobriété était la meilleure façon de les traiter.»</p>



<p>Au niveau visuel, Turpin souligne le travail exceptionnel de l’étalonneuse Charlotte Mazzinghi, qui a fait beaucoup de recherches pour reproduire les textures de cendres et autres dommages réels produits par la guerre pour les transposer au décor. «Elle était extrêmement impliquée», se rappelle Turpin, qui souligne aussi l’apport remarquable d’André-Line Beauparlant, créatrice artistique qui a participé aux repérages, afin de servir la vision artistique de Villeneuve.</p>



<p><strong>Souvenir joyeux d’une histoire macabre</strong></p>



<p>Or, si Turpin a le souvenir d’un «tournage extrêmement joyeux», il reconnaît que c’est parce qu’il n’a pas vécu la guerre. Du même coup, il précise que, pour beaucoup d’individus jordaniens ou réfugiés participant au film, le tournage a été plus confrontant que pour ces «blancs-becs» canadiens.&nbsp;</p>



<p>D’ailleurs, il a souvent été soutenu par des participants locaux au projet que l’atmosphère du film restait relativement fidèle aux réalités des dernières décennies dans ces régions. À ce sujet, Villeneuve, qui n’a jamais caché être hanté par le sentiment d’imposteur, confie à&nbsp;<em>Ciné-Bulles</em>:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«Je me souviens particulièrement du matin où nous sommes arrivés sur le plateau alors qu’une rue avait été transformée en zone de guerre pour une séquence avec un tireur embusqué. Certains techniciens libanais avaient les larmes aux yeux et disaient que c’était très semblable à ce qu’ils avaient vécu à Beyrouth en 1985. Dès lors, j’étais convaincu que nous n’étions pas à côté de nos pompes, mais bien collés au réel.»</em></p><cite><em>- André Turpin au journal Le Délit</em></cite></blockquote>



<p>Dans cette même entrevue, Villeneuve précise que «[son] objectif premier était de travailler avec de jeunes acteurs d’origine arabe, en particulier pour les rôles des deux enfants de Nawal». «Le casting a duré plusieurs mois, et j’ai insisté pour trouver ces comédiens au Québec, car leurs personnages sont enracinés en terre québécoise puisqu’ils ont grandi ici. Je tiens à souligner que chez nous, il existe des acteurs d’origine arabe talentueux.»&nbsp;</p>



<p>Les nombreux défis s’imposant à la création du projet ont fait en sorte que le choix a finalement été porté sur Mélissa Désormeaux-Poulin «qui, malgré son nom très québécois, a des traits et une silhouette qui ressemblent beaucoup à ceux de Lubna Azabal, l’actrice qui incarne sa mère», ainsi que Maxim Gaudette, avec qui Villeneuve avait étroitement collaboré pour&nbsp;<em>Polytechnique</em>.&nbsp;</p>



<p><strong>De la Jordanie à Hollywood</strong></p>



<p>Le film&nbsp;<em>Incendies</em>&nbsp;a récolté de nombreux honneurs. En plus d’être classé dans le top&nbsp;10 du&nbsp;<em>New York Times&nbsp;</em>des meilleurs films de l’année&nbsp;2011, il n’amasse pas moins de neuf Jutra, dont ceux pour le meilleur film, la meilleure réalisation, le meilleur scénario et la meilleure actrice (pour Azabal).</p>



<p>Or, la récompense la plus flamboyante qu’a reçu le film est probablement d’avoir été nommé dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère aux Oscars, aux côtés notamment de films réalisés par Yórgos Lánthimos et Alejandro Gonzáles Iñárritu.&nbsp;</p>



<p>L’équipe du film s’est donc rendue à Hollywood afin de célébrer et de pouvoir participer à diverses soirées. André Turpin se souvient très bien de cette semaine exceptionnelle. Alors qu’une soirée est organisée afin de nommer officiellement les films en lice pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, l’équipe d’<em>Incendies</em>&nbsp;constate avec surprise que le film sera présenté par nul autre que Roger Deakins, directeur de la photographie largement honoré et ayant travaillé dans les films&nbsp;<em>Fargo</em>,&nbsp;<em>The Man Who Wasn’t There</em>&nbsp;et&nbsp;<em>No Country for Old Men</em>.</p>



<p>«En fait, on m’a demandé de présenter un des films nommés pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère à un évènement de l’Académie [des Oscars]», me précise Deakins par courriel. «Il n’a pas été de mon ressort que le film soit&nbsp;<em>Incendies</em>. Ceci a été ma première “introduction” à Denis et ce fut un coup de chance pour moi.»&nbsp;Deakins éprouve désormais une certaine affection pour le film.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«Ma réaction fut que je venais juste de visionner un film exceptionnel, un film sans indulgence qui posait des questions honnêtes. C’est un film qui reste avec toi.»</em></p><cite><em>- Roger Deakins au journal Le Délit, en parlant de son premier visionnement</em></cite></blockquote>



<p>Plus précisément, il considère le travail de Turpin sur&nbsp;<em>Incendies</em>&nbsp;comme étant «très subtil». «J’avais vu le travail d’André [Turpin] dans&nbsp;<em>Maelström</em>, qui était aussi très impressionnant. Son style direct et honnête vous immerge dans la vie des personnages du film.» &nbsp;</p>



<p>Des discussions entre Deakins, Turpin et Villeneuve ont suivi la présentation du film, et ont mené à une collaboration entre Villeneuve et Deakins pour&nbsp;<em>Prisoners</em>,&nbsp;<em>Sicario</em>&nbsp;et&nbsp;<em>Blade Runner 2049</em>. Pour ce dernier film, Deakins recevra l’Oscar de la meilleure photographie, son premier, malgré ses 13&nbsp;nominations antérieures.&nbsp;</p>



<p><strong>«Sur la <em>map</em>»</strong></p>



<p><em>Incendies</em>&nbsp;a été le premier film d’une série de trois nominations consécutives aux Oscars pour le Québec. Aussi produits par Kim McCraw et Luc Déry de la boîte micro_scope, les films&nbsp;<em>Monsieur Lazhar</em>&nbsp;de Philippe Falardeau et&nbsp;<em>Rebelle</em>&nbsp;de Kim Nguyen ont emboîté le pas au film de Denis Villeneuve et se sont retrouvés aux Oscars dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère.</p>



<p>Ces films, ayant eu un succès critique international et ayant permis à leur réalisateur d’entamer une carrière internationale, reflètent parfaitement une nouvelle étape du cinéma québécois, soit une ouverture à l’Autre et à l’étranger dans le contenu des films.&nbsp;</p>



<p>«[<em>Incendies</em>] a ouvert la porte à la représentation de l’Autre dans notre cinéma», affirme Helen Faradji, critique de cinéma pour Radio-Canada, contactée par téléphone. Elle souligne que le film a aidé le cinéma québécois, qui a, depuis longtemps, un problème avec «la représentation de la diversité»,&nbsp;à «regarder autre chose que son nombril». À juste titre, elle mentionne qu’il est normal qu’un cinéma national s’intéresse à ses habitants et lieux, «sauf que ses habitants, c’est plus que la représentation masculine et blanche de sa réalité». Cette ouverture touche non seulement les créateurs, mais également le public québécois.</p>



<p>Parce qu’il est indubitable que cette ouverture et cette audace auront un écho large sur une nouvelle génération de québécois et d’artistes:  «On dirait qu’à chaque fois que je regarde ce film je l’aime encore plus», me lance ainsi Charlotte Côté. Cette étudiante en production de films à l’Université Concordia parle d’une «présence cinématographique derrière l’écran» que l’on peut ressentir chez Villeneuve. «C’est une promesse qu’offrent les films de Villeneuve, et que bien évidemment nous a offert&nbsp;<em>Incendies</em>», explique Côté, qui précise à juste titre qu’un apport majeur du réalisateur aura aussi été d’immerger le spectateur dans «une histoire qui manipule [son] cerveau et qui le met constamment au défi».</p>



<p>«L’étape d’innovation n’est pas révolue. […] Je vois un cinéma qui se diversifie, qui n’a pas peur d’explorer», statue Helen Faradji. Cette dernière lie ce phénomène au succès de films comme&nbsp;<em>Incendies</em>,&nbsp;<em>Monsieur Lazhar</em>, mais aussi de nombreux courts-métrages qui ont su rayonner dans la dernière décennie. Ces œuvres «ont prouvé que le cinéma québécois n’avait pas qu’une teinte, n’avait pas qu’une couleur». Par rapport à Villeneuve, Helen Faradji reconnaît sa contribution à avoir démontré  que c’était une bonne idée d’avoir de l’ambition et de penser ses films pour le grand écran. Elle circonscrit ce constat dans le cadre québécois, évoquant le manque de ressources comme catalyseur d’invention et d’audace, ce qui donne selon elle «des résultats souvent intéressants». «Ce n’était pas garanti que ce soit un succès comme ça en a été un», confie-t-elle alors en évoquant la foi des producteurs envers Villeneuve.</p>



<figure class="wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="nv-iframe-embed"><iframe title="INCENDIES - Bande-annonce officielle" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/YStpiwG3CiE?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></div>
</div></figure>



<p><strong>Un peu de Québec à Hollywood ?</strong></p>



<p>Malgré son départ à Hollywood et les nombreuses ressources dont il dispose désormais, pouvons-nous dire que Denis Villeneuve maintient une touche québécoise à ses films? Après tout, il est très facilement défendable que la simplicité stylistique partagée par Villeneuve même hors Québec provienne d’une sobriété et d’un style liés au Québec. Cette simplicité québécoise est sans doute liée à ses moyens et à sa culture, qui est généralement humble, voire timide, si l’on compare au style américain. Cela est sans parler de certains décors (comme les scènes enneigées de&nbsp;<em>Blade Runner 2049</em> ou le terrain extraterrestre d’<em>Arrival</em>) qui rappellent le Québec; parfois, d’ailleurs, parce que la belle province a servi de lieu de tournage. Il serait aussi indigne de négliger l’apport sonore, signé en majorité par le Québécois Sylvain Bellemare, et récompensé aux Oscars pour&nbsp;<em>Arrival</em>. Cette vision de la signature québécoise est considérée avec prudence par Roger Deakins: «Denis inscrit une “touche” très personnelle à chacun de ses films, mais je ne sais pas si on pourrait appeler ça une “touche québécoise”.»</p>



<p>D’une certaine manière, la représentation de la femme à l’écran par Villeneuve pourrait peut-être aussi être vue comme une touche particulièrement québécoise. Les femmes sont à l’avant-plan des films de Villeneuve, que ce soit avec&nbsp;<em>Incendies</em>,&nbsp;<em>Sicario</em>,&nbsp;<em>Arrival</em>&nbsp;ou&nbsp;<em>Polytechnique</em>, <a href="https://www.lapresse.ca/debats/votre-opinion/201611/22/01-5044018-arrival-de-denis-villeneuve-donald-trump-tombe-du-ciel.php?fbclid=IwAR3rhLrBPNMjdtmN2hwobccwhj2jYJ5fYeZ_iTdN1uYOo-hzEJS9ivCMhsk" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">bien que cette apparence de féminisme ait déjà été contestée</a>.</p>



<p>Helen Faradji voit dans la filmographie de Villeneuve une ouverture à la représentation de femmes fortes et croit que la concrétisation d’un «féminisme tranquille» chez Villeneuve s’opère dans&nbsp;<em>Arrival</em>, bien que ses films précédents, dont&nbsp;<em>Maelström</em>,&nbsp;<em>Un 32 août sur terre</em>&nbsp;et&nbsp;<em>Incendies</em>, faisaient déjà partie de cette lignée. Dans le cas d’<em>Incendies</em>, il convient toutefois de rappeler que c’est Wajdi Mouawad qui est à l’origine de cette dynamique.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«Denis a déjà une très grande influence sur la création de films à travers le monde. Il est un cinéaste unique et je suis sûr que l’avenir lui réserve encore plusieurs choses, et non pas uniquement son interprétation à venir de&nbsp;</em>Dune<em>»</em></p><cite><em>- Roger Deakins au journal Le Délit</em></cite></blockquote>



<p>Que cette filmographie où les femmes sont partie prenante soit réfléchie, naturelle ou réactive, qu’elle soit effectuée par pure fascination pour la féminité ou par réel engagement féministe, il reste qu’elle s’inscrit dans un large héritage que Villeneuve est en train de léguer à l’international. «Denis a déjà une très grande influence sur la création de films à travers le monde. Il est un cinéaste unique et je suis sûr que l’avenir lui réserve encore plusieurs choses, et non pas uniquement son interprétation à venir de&nbsp;<em>Dune</em>», souligne Roger Deakins.</p>



<p>Parce qu’en effet, tous les yeux sont maintenant rivés sur la prochaine mégaproduction de Villeneuve,&nbsp;<em>Dune</em>, adaptée du chef‑d’œuvre de science-fiction de Frank Hebert, pour lequel Denis Villeneuve s’est entouré d’interprètes de premier ordre qui semblent bien l’apprécier, comme le note pertinemment Faradji. Le traumatisme provoqué par la première adaptation du livre, considérée comme un navet, ainsi que l’impact de la pandémie mondiale a de quoi semer le scepticisme de certains quant à cette nouvelle mouture par le réalisateur québécois. Or, l’équipe cinq étoiles ainsi que la première bande-annonce partagée récemment semblent promettre une expérience hors pair, probablement à la croisée des chemins entre une production de Christopher Nolan et de George Miller. On continue toutefois à reconnaître l’approche naturaliste de Villeneuve, qui, pour&nbsp;<em>Dune,</em>&nbsp;est retourné filmer en Jordanie<strong> </strong>presque dix ans après y avoir filmé&nbsp;<em>Incendies</em>.</p>



<p>La sobriété a beau avoir meilleur goût,&nbsp;<em>Incendies</em>&nbsp;de Denis Villeneuve semble vieillir comme un bon vin. En vue de ce constat, Helen Faradji conclut&nbsp;: «J’aimerais, je souhaite, j’espère qu’un jour, il revienne au Québec pour mettre tout ça au service d’une histoire qui soit la nôtre.»&nbsp;</p>



<p></p>
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			</item>
		<item>
		<title>La sortie</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/la-sortie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[François Céré]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Sep 2020 13:09:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Créations]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littéraires]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le poème acéré.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<ol class="wp-block-list" start="4"><li>La sortie</li></ol>



<p>Je me sens comme du papier peint qu’on arrache<br>Dans une gare où les enfants s’effritent<br>Au vent des derniers trains<br>Des dernières lunes poudrées<br>Du silence de la marée<br>Dans la marée</p>



<p>Je me demande pourquoi je ne peux pas simplement<br>Manger une banane<br>Ou boire un café<br>Sans être jugé comme élitiste mâle cis privilégié hétéronormatif</p>



<p>Je me demande comment faire<br>Pour toucher tes côtes sans m’excuser</p>



<p>Je voudrais pouvoir chevaucher une baleine<br>Sans avoir honte ni peur<br>Que ce soit la dernière</p>



<p>Dormir sous le ciel échoué des baleines<br>Les étoiles les ventres qui tombent<br>Sur la plage qui échoue<br>Les gaz des soleils des estomacs<br>Des effets de serre<br>Qui nous retombent aux visages qui<br>Nous aspergent l’égo de sang qui<br>S’asphyxient les attentes<br>D’une dernière chevauchée<br>De notre dernière sortie</p>



<p>Nous sommes condamnés<br>Aux caniveaux douillets<br>Aux oreillers infinis de Xannax</p>



<p>Je ne sais plus comment couper un arbre<br>Je ne sais plus où couper<br>Plus personne ne sait</p>



<p>Je cours j’essaie<br>J’essaie de me rappeler<br>La caresse savonneuse de ma grand-mère</p>



<p>Je ne distingue plus les cheveux des feuilles tes doigts<br>Les salles d’attentes de psychologues</p>



<p>Nous allons partir<br>Nous nous sommes endormis dans cette gare<br>Où les enfants n’arrivent plus<br>Où les vieillards ne se lavent plus<br>Nous allons avoir besoin de silence<br>D’églises<br>Et d’une doublure</p>



<p>Pour qu’ils croient que nous sommes toujours là<br>Pour que personne ne s’inquiète</p>



<p>Pour réapprendre à toucher le visage de nos parents</p>
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			</item>
		<item>
		<title>La parole qui reste</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/la-parole-qui-reste/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[François Céré]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Sep 2020 13:08:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Créations]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Exposition]]></category>
		<category><![CDATA[Littéraires]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéos]]></category>
		<category><![CDATA[Visuelles]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=37575</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le Festival international de la littérature nous offre le vidéo poème « Si je reste ».</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/la-parole-qui-reste/" data-wpel-link="internal">La parole qui reste</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Elle est nombreuse et plurielle, cette littérature d’ici et d’ailleurs. Pour la rendre grandiose, allumée et vivante, le Festival international de la littérature (FIL) réitère son mandat pour une 26<em style="user-select: auto;">e</em> édition ; celui d’offrir à nos intérêts littéraires des espaces variés pour s’exprimer. Véritable « bibliothèque vivante », le FIL offre cette année aux festivalières et festivaliers une programmation tout à fait audacieuse, à la fois en salles, à l’extérieur et en ligne. <br><br>Pour l’instant, voici un retour sur l’un des événements marquants de cette grande fête des mots, la projection du vidéo poème <em style="user-select: auto;">Si je reste </em>de Queen Ka.</p>



<p class="has-text-align-right"><br><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1200" height="800" class="wp-image-37579" style="width: 1200px; user-select: auto;" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/09/Si-je-reste-photo-Guillaume-Briand.jpg" alt srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/09/Si-je-reste-photo-Guillaume-Briand.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/09/Si-je-reste-photo-Guillaume-Briand-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/09/Si-je-reste-photo-Guillaume-Briand-1000x667.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/09/Si-je-reste-photo-Guillaume-Briand-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/09/Si-je-reste-photo-Guillaume-Briand-930x620.jpg 930w" sizes="(max-width: 1200px) 100vw, 1200px">Guillaume Briand</p>



<p>Le mercredi 23 septembre, à ma sortie du cabaret Lion d’Or, une femme me demande si je peux la diriger vers le métro le plus proche. Elle me demande si j’ai apprécié le vidéo poème que je viens de voir. Il s’agit d’une représentation du film&nbsp;<em style="user-select: auto;">Si je reste</em> de l’artiste Elkahna Talbi alias «&nbsp;Queen Ka&nbsp;». En marchant vers le métro avec la dame, je m’aperçois qu’elle est la tante de l’artiste. La fierté dans son regard lorsqu’elle me parle du travail de sa nièce est palpable et ce, malgré le court trajet que je parcours avec elle.</p>



<p>En effet, il y a de quoi être particulièrement fière&nbsp;: peu d’artistes sont en mesure de juxtaposer la musicalité de la langue et la puissance visuelle avec autant de verve que l’artiste Queen Ka dans <em style="user-select: auto;">Si je reste</em>. On ressort de cette expérience avec la double impression d’avoir à la fois assisté à une exposition d’art visuel et d’avoir achevé la lecture d’un recueil poétique ; toutes deux construites avec justesse et panache. C’est d’ailleurs tout l’art qui se cache derrière le concept du vidéo poème ; arriver à rendre plus vivant, à l’aide d’attraits visuels ou musicaux, la poésie qui se résumerait autrement à des mots couchés sur papier.</p>



<p><em style="user-select: auto;">Si je reste</em> est une œuvre qui opère en triptyque : elle se déploie dans un univers où le passé, le présent et le futur semblent se répondre et répondre à la poétesse. L’œuvre donne à voir les erreurs du passé dans la première partie, la rêverie du présent dans la deuxième et l’espoir d’un avenir meilleur dans le segment final.<br><br><strong>Chute</strong></p>



<p>Dès les premiers instants, l’œuvre nous transporte dans un univers visuel minimaliste imaginé par Guillaume Vallée. Le visuel en vient à se fusionner aux propos de manière habile ; le public peut notamment voir une sorte de parasitage constant à l’écran qui semble former une empreinte gigantesque.<strong style="user-select: auto;"> </strong>Ceci incarnerait possiblement la tendance de l’Humanité à faire mourir ou à parasiter tout ce qu’elle touche. L’œuvre tente probablement de véhiculer que l’égo monstrueux de l’humain voulant laisser sa trace sur le monde est en train de causer sa chute. Or, ce parasitage, c’est peut-être aussi notre inaptitude à communiquer pour trouver des solutions. Une sorte de statu quo cauchemardesque parasitant la suite du monde. Les mots de la poétesse semblent également abonder en ce sens.<br><br><strong style="user-select: auto;">Rêve</strong></p>



<p>D’ailleurs, dans la partie intitulée <em style="user-select: auto;">Le rêve</em>, tout juste après celle qui est intitulée, justement, <em style="user-select: auto;">La chute, </em>on assiste à une énumération de plusieurs espèces animales désormais éteintes. Il s’agit d’une longue liste qui nous pousse à une réflexion sur la responsabilité d’action et qui nous donne à voir toutes les espèces animales qui sont, en quelque sorte, piétinées sous nos empreintes. Les images de cette partie, créées par Yonkers Vidal, donnent à voir de sublimes agencements de couleur qui agissent dans l’espace de façon chaotique et qui pourraient s’apparenter à des réactions chimiques ou encore à des éruptions solaires.<br><br><br><strong style="user-select: auto;">Réenchantement</strong></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«&nbsp;Il s’agit d’un véritable appel époumoné de l’artiste qui tend vers un amour du collectif et un délaissement de l’individualisme »</p></blockquote>



<p><br>Le message de l’artiste ne s’arrête pourtant pas à la prise de conscience et de responsabilité passive : la responsabilité se trouve aussi dans les actions face à ce constat d’échec. Sartre écrivait dans <em style="user-select: auto;">L’existentialisme est un humanisme</em>&nbsp;: «&nbsp;Et, quand nous disons que l’homme est responsable de lui-même, nous ne voulons pas dire que l’homme est responsable de sa stricte individualité, mais qu’il est responsable de tous les hommes. Quand nous disons que l’homme se choisit, nous entendons que chacun d’entre nous se choisit, mais par là nous voulons dire aussi qu’en se choisissant il choisit tous les hommes.&nbsp;» La partie finale de l’œuvre est axée sur le réenchantement. Il s’agit d’un véritable appel époumoné de l’artiste qui tend vers un amour du collectif et un délaissement de l’individualisme. Elle tente de raviver la flamme de l’humanité, car, selon ses mots, «&nbsp;nous avons oublié comment construire un feu&nbsp;».</p>



<p>En ce qui concerne la trame sonore qui accompagne le tout, elle se marie bien aux différentes parties tout en restant très minimaliste. C’est une sorte de transe qui guide vers le propos plutôt que de nous y engager de force.</p>



<p>En ce sens, <em style="user-select: auto;">Si je reste</em> est l’un des vidéo poèmes les plus aboutis qu’il m’ait été donné de voir. Le Festival international de la littérature débute sa première semaine avec une œuvre pluridisciplinaire des plus réussies. S’il est vrai qu’il faut que nous restions, que nous agissions dans le monde, il est aussi vrai que les paroles de Queen Ka restent avec nous. Longtemps après les avoir entendues.<br><br>D’ailleurs, il est possible, et ce, jusqu’au 4 octobre, de visionner sur la plateforme numérique du FIL quatre extraits de romans québécois, lus par des comédiennes talentueuses. Cet événement numérique intitulé <em style="user-select: auto;">Les inoubliés du printemps </em>se veut un diachylon culturel pour faire front à la pandémie. Nous vous encourageons donc à visionner ces extraits sur le site du FIL. Les voix de ces comédiennes resterons avec vous de la même façon.</p>



<p></p>
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		<title>Manifestation pour le climat: «Nous avons été ignoré·e·s»</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/manifestation-pour-le-climat-nous-avons-ete-ignore%c2%b7e%c2%b7s/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Bédard-Gagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Sep 2020 13:07:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une marche pour le climat et la justice sociale s’est tenue ce samedi 26 septembre à Montréal.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/manifestation-pour-le-climat-nous-avons-ete-ignore%c2%b7e%c2%b7s/" data-wpel-link="internal">Manifestation pour le climat: «Nous avons été ignoré·e·s»</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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<p class="has-drop-cap">Le 26 septembre dernier, des milliers de manifestant·e·s ont marché dans les rues du centre-ville de Montréal. Les protestataires réclamaient des actions concrètes des gouvernements provinciaux et fédéraux pour contrer les changements climatiques et pour mettre fin aux injustices qui frappent les groupes racisés et les immigrant·e·s du Québec et du Canada. L’événement a été organisé par une coalition de groupes environnementalistes et antiracistes, dont la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES) et le Collectif pour la justice raciale. Cette manifestation s’est déroulée presque un an jour pour jour après celle du 27 septembre 2019, qui avait rassemblé des centaines de milliers de personnes dans la métropole et avait accueilli plusieurs célébrités écologistes dont l’étudiante suédoise Greta Thunberg.</p>



<p>La foule, majoritairement composée d’étudiant·e·s, s’est rassemblée à la place du Canada. C’est à cet endroit où, quelques mois plus tôt, certain·e·s d’entre eux·elles avaient aussi participé au déboulonnage de la statue de l’ancien premier ministre du Canada John A. Macdonald. La plupart arboraient un cercle en tissu vert, symbole des revendications environnementales au Québec.</p>



<p>Les revendications des manifestant·e·s s’orientaient autour de quatre points principaux : la décarbonisation, l’abolition des services de police par leur définancement, la reconnaissance de la souveraineté des autochtones sur leurs territoires et la régularisation du statut de tous·tes les immigrant·e·s.</p>



<p><strong>Sous le spectre de la COVID-19</strong></p>



<p>Dans un contexte de résurgence des cas de COVID-19 à Montréal, des mesures ont été mises de l’avant par les organisateurs et organisatrices de l’événement pour limiter la propagation du virus. À plusieurs reprises, il a été demandé aux participant·e·s de porter le masque et de maintenir une distance interpersonnelle de deux mètres. D’après un représentant de la CEVES, ces mesures étaient inspirées des recommandations de la santé publique de New York, qui avait publié en juin dernier un <a href="https://www1.nyc.gov/assets/doh/downloads/pdf/imm/covid-19-safe-protest.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">guide pour manifester de manière sécuritaire.</a></p>



<p>Une équipe de bénévoles s’est dotée de grandes nouilles de polystyrène afin d’encourager la distanciation et certain·e·s portaient des distributeurs de désinfectant pour les personnes présentes. John, un organisateur de la CEVES, a assuré que ces mesures n’étaient pas le signe d’un manque de confiance envers les manifestant·e·s, mais plutôt une reconnaissance des responsabilités de la CEVES par rapport à la manifestation. Selon lui, ce serait faire une très mauvaise publicité du mouvement que de se retrouver avec une éclosion de cas de COVID-19 à cause de l’événement.&nbsp;</p>



<p>Un organisateur a affirmé que les manifestant·e·s et leur entourage ne courraient pas de risque en participant à la manifestation. «Nous sommes les premiers à vouloir écouter la science, mais c’est un moment décisif et le premier ministre Legault a affirmé que les manifestations anti-masques, qui étaient beaucoup plus massives que celle-ci et probablement bien moins sécuritaires, n’avaient pas causé de pic de contamination.»&nbsp;</p>



<p>Plusieurs organisateurs et organisatrices de la CEVES ont affirmé au <em>Délit </em>qu’il·elle·s étaient conscient·e·s du risque sanitaire que posait leur manifestation. Toutefois, tous·tes ont estimé que cette manifestation était justifiée par l’urgence de la situation économique et sociale, ainsi que par l’impact décisif qu’elle pouvait avoir.</p>



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://lh3.googleusercontent.com/0OUvmyYV_pYNqLL9Yp5mvEf6PTFRKtlkb1HiTR8Ynb3eSXUqybs-r7u2ZtVZBcOImpu-nUN2wPmS7PjfBMehuNOJdJ59T9TWjsnDnrh9DEeRpsn3apynNDjrpn9IpwvIke-OGI-i" alt><figcaption>Image par <a href="https://www.delitfrancais.com/author/m-thouvenin/?media=1" data-wpel-link="internal">Magali Thouvenin</a></figcaption></figure>



<p>Rosalie Thibault, une étudiante de McGill et membre active de la CEVES, a affirmé que les bouleversements liés à la pandémie donnaient aux Québécois et aux Québécoises une opportunité sans précédent d’entamer un virage vers un système économique plus juste et plus respectueux de l’environnement. «La société est en train de changer en ce moment, on veut s’assurer qu’elle change dans la bonne direction.»</p>



<p>«On parle de plus en plus de la théorie du choc, selon laquelle quand l’anxiété générale augmente, les gouvernements ont tendance à passer rapidement des projets de loi qui autrement seraient impopulaires. Ça peut être, par exemple, de réglementer les industries polluantes pour favoriser la relance économique», a affirmé un des organisateurs du rassemblement.&nbsp;</p>



<p><strong>Urgence climatique</strong></p>



<p>Malgré la multiplicité des enjeux soulevés au cours de la manifestation, cette dernière demeurait centrée sur la lutte contre les changements climatiques. Sur la page de l’événement, les organisateur·rice·s affirmaient que l’action climatique doit être radicale pour permettre une «survie collective», ce qui passerait notamment par l’abandon des projets liés à l’exploitation des énergies fossiles. L’une des revendications de la manifestation était d’ailleurs d’atteindre la carboneutralité d’ici 2030.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Si le 27 septembre 2019 était la plus grande manifestation dans l’histoire du pays, il n’est plus possible de croire que nous n’avons pas été entendu·e·s. Nous avons été délibérément ignoré·e·s»</p><cite>Communiqué des organisateur·rice·s</cite></blockquote>



<p>Sepideh, une membre du groupe Extinction Rébellion, s’est attaquée plus particulièrement à la Banque Royale du Canada (RBC). Selon l’activiste, la banque serait la première institution financière au Canada et la cinquième au monde en ce qui a trait à l’ampleur de leurs investissements dans le domaine des énergies fossiles. Elle a également affirmé que la RBC profite de l’image d’un Québec «propre» qui serait projetée aux Québécois·es dans les médias pour agir dans l’ombre et à l’encontre de l’intérêt de ses membres. Aux yeux de Sepideh, utiliser l’argent des membres de la banque pour financer les énergies fossiles, qui seraient en grande partie responsables des changements climatiques, «ça devient criminel.»</p>



<p>Plusieurs participant·e·s à la manifestation ont exprimé leur volonté que la reprise économique qui suivra le virus soit orientée vers une économie verte. Toutes et tous s’entendaient pour dire que les gouvernements fédéraux et provinciaux devraient cesser d’autoriser et d’investir dans des projets liés aux énergies non renouvelables, citant en exemple l’oléoduc <em>Trans Mountain </em>ou le gazoduc de GNL Québec.&nbsp;</p>



<p>D’autres ont aussi demandé que le gouvernement mène à bien ses projets d’infrastructure de manière plus durable, quitte à dépenser plus d’argent : «Avant de construire chaque bâtiment, le gouvernement devrait se poser la question “comment on va faire ça de la manière la plus durable possible” et non “comment on va faire ça de la manière la moins chère possible”. Bien sûr, ça va coûter plus d’argent et il va falloir monter les taxes, et on aimerait que ce soit fait de manière équitable», a dit un manifestant.</p>



<p>Pour Alex, un manifestant portant un fleurdelisé constellé de vert, l’indépendance du Québec serait utilisée afin de s’attaquer aux changements climatiques. Selon lui, si la lutte pour l’environnement ne devrait pas toujours être associée au nationalisme, le cas du Québec serait particulier. La souveraineté, qui mettrait selon lui le pays dans les mains d’un peuple à la grande conscience écologiste, permettrait un virage vert drastique et l’établissement de meilleures relations avec les peuples autochtones. L’établissement d’une nouvelle constitution serait, par ailleurs, selon lui, l’occasion de créer un pays véritablement vert.</p>



<p><strong>L’intersectionnalité à l’ordre du jour</strong></p>



<p>D’emblée de jeu, les organisateurs et organisatrices de la manifestation avaient souligné le caractère intersectionnel de la manifestation. Les slogans qui étaient scandés touchaient surtout à la protection de l’environnement, mais aussi au féminisme, à l’antiracisme et à la lutte contre les inégalités sociales.</p>



<p>Les divers groupes socialistes et communistes présents sur place ont attiré beaucoup d’attention, puisqu’ils étaient très visibles au début de la marche : plusieurs kiosques où l’on pouvait acheter des journaux militants et des macarons avaient été installés. Selon Hélène, une membre du groupe <em>La Riposte Socialiste</em>, le socialisme serait intrinsèquement lié à l’environnementalisme et aux autres enjeux sociaux, car les couches les plus opprimées de la société capitaliste se retrouveraient particulièrement touchées par la pollution et par toutes les formes de discrimination.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://lh6.googleusercontent.com/pJMR_8AwfKEl1anY1O4tomyFbQjICIM_nGbZ6hVEpvf0hMEWuEVND_Bqw8dsFwCVVu9laOdgb2QzHC5gMM5V0987Vg8vwLSfw8MsWILyo7INp7Ew1KfDDyhDsXu0MRi8MosAi0wC" alt><figcaption>Image par <a href="https://www.delitfrancais.com/author/m-thouvenin/?media=1" data-wpel-link="internal">Magali Thouvenin</a></figcaption></figure>



<p>Certains slogans ont aussi été scandés à l’intention des forces policières présentes sur les lieux. En plus du désormais traditionnel «Tout le monde déteste la police», certains s’attaquaient plus spécifiquement à leur armement. Le définancement des services de police, dans le but éventuel de les abolir, était d’ailleurs l’une des quatre revendications formelles de la manifestation. Dans une publication Facebook sur la page de la manifestation, la CEVES expliquait en quoi ces enjeux seraient liés : «Alors que le changement climatique provient d’entreprises […] qui exploitent les ressources naturelles soutenues par l’État […], la police et les prisons servent à faire obéir les lois de ces mêmes États coloniaux et capitalistes […]».</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Si tu aimes la planète, <em>defund the police</em>»</p><cite>Chant de la foule</cite></blockquote>



<p>Une autre revendication des organisateur·rice·s de la manifestation était la régularisation du statut des personnes immigrantes au Québec. Sur le <a href="https://www.solidarityacrossborders.org/fr/a-propos/revendications/status-for-all" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">site de Solidarité sans frontières</a>, l’un des groupes ayant organisé la manifestation, on peut lire: «Les immigrant·e·s sans-papiers et les travailleurs et travailleuses temporaires sont parmi les plus exploité·e·s […]. Leur existence crée une réalité […] où certaines personnes ont accès aux droits et services fondamentaux — tels que l’éducation, les soins de santé et les normes de travail — et d’autres non.»</p>



<p>L’organisme Debout pour la dignité, qui milite aussi pour la régularisation du statut des immigrant·e·s au Québec, s’est aussi impliqué dans l’événement. Son représentant, Claude Aimé, a prononcé un discours en fin de manifestation dans lequel il a affirmé que la crise de la COVID-19 rendait nécessaire la régularisation des statuts migratoires. La crise climatique apporterait d’après lui un argument de plus pour que les gouvernements occidentaux accueillent plus de migrant·e·s : étant en grande partie responsables des changements climatiques qui causeraient des mouvements de population, les pays riches auraient la responsabilité d’accueillir plus de personnes.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Demander un statut pour toutes et tous, c’est rejeter les tactiques de division et la catégorisation que l’État fait des immigrant·e·s, entre “méritant·e·s“ et “indignes” ou entre “bon·ne·s” et “mauvais·es”»</p><cite>Extrait du site de Solidarité sans frontières</cite></blockquote>



<p>Certain·e·s manifestant·e·s ont déploré le peu de place qui avait été accordé au français, en particulier au début de la manifestation où presque tous les discours avaient été prononcés en anglais. Pendant la manifestation, le chanteur <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1736780/marche-changement-climat-metropole" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Émile Bilodeau a même confié à <em>La Presse</em></a><em> </em>être «un peu déçu par Montréal». Cette absence ne dérangeait pas tout le monde. Une manifestante, qui étudie à McGill, a confié qu’elle trouvait que l’usage de l’anglais plutôt que du français était «plus inclusif» à Montréal, entre autres puisque beaucoup de peuples autochtones du Canada sont anglophones. À la fin de la manifestation, le français a pris nettement plus de place dans les discours: un seul d’entre eux a été prononcé en anglais, et il a tout de suite après été répété en français.</p>



<p>Dans les discours de clôture, les organisateur·rice·s de la manifestation ont admis que celle-ci a été moins populaire que celle de septembre 2019. À leur avis, il ne serait pas pertinent de les comparer, car la pandémie aurait gravement affecté le nombre de personnes présentes. Il·elle·s préfèrent mettre l’accent sur le fait que, un an plus tard, une autre manifestation a pu avoir lieu et a pu mobiliser plusieurs milliers de personnes.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/manifestation-pour-le-climat-nous-avons-ete-ignore%c2%b7e%c2%b7s/" data-wpel-link="internal">Manifestation pour le climat: «Nous avons été ignoré·e·s»</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Des records fracassants pour Damso</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/des-records-fracassants-pour-damso/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gali Bonin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Sep 2020 13:04:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=37605</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le nouvel album QALF du rappeur belgo-congolais le hisse de nouveau au sommet des palmarès.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-center"><em>Mise en garde : cet article contient des divulgâcheries concernant l’album </em>QALF<em> de Damso.</em></p>



<p>      </p>



<p class="has-drop-cap">Le 18 septembre dernier sortait l’album <em>QALF</em> du rappeur belgo-congolais Damso. Première parution depuis son album <em>Lithopédion </em>il y a deux ans<em>, </em>ce projet a pour titre l’acronyme de l’expression «&nbsp;Qui Aime Like Follow&nbsp;», une phrase reprise dans plusieurs morceaux de l’artiste.&nbsp;</p>



<p></p>



<p>À travers les 45 minutes et cinq secondes de l’album, on peut être surpris d’entendre d’autres voix que celle de Damso. Par le passé, le rappeur ne faisait que très rarement des <em>featurings</em>, soit un avec Youri Botterman sur<em> </em>«<em> </em>I. Peur d’être père » (<em>Ipséité</em>)&nbsp; et un avec Angèle sur « Silence » (<em>Lithopédion</em>). Cette fois-ci, Damso partage à trois reprises ses chansons avec le rappeur belgo-marocain Hamza&nbsp;(« BXL ZOO »), la chanteuse belgo-congolaise Lous and the Yakuza&nbsp;(« COEUR EN MIETTE ») et le chanteur congolais Fally Ipupa&nbsp;(« FAIS ÇA BIEN »).&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Réception exceptionnelle</strong></h3>



<p>Si le rap a longtemps été considéré comme un genre mineur et secondaire, nous sommes aujourd’hui obligé·e·s de reconnaître qu’il est sorti de l’ombre. En 2019, le rappeur américain Post Malone a été l’artiste ayant cumulé <a href="https://newsroom.spotify.com/2019-12-03/the-top-songs-artists-playlists-and-podcasts-of-2019-and-the-last-decade/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">le plus d’écoute en continu sur spotify</a>, tandis que le rappeur torontois Drake a été sacré artiste le plus écouté de la décennie par la même plateforme.&nbsp;</p>



<p>Cet engouement pour le rap est d’autant plus remarquable en France où, toujours en 2019, les dix artistes les plus écoutés du pays étaient <a href="https://www.charentelibre.fr/2019/12/04/en-2019-les-artistes-rap-sont-les-plus-ecoutes-sur-les-plateformes-de-streaming-en-france,3526064.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">tous des rappeurs</a>. Sur cette liste, Damso s’est glissé au 8<em>e </em>rang sans même sortir d’album cette année-là. L’impressionnante popularité de <em>QALF </em>laisse présager une montée fulgurante de son créateur dans ces listes d’écoute en continu : dans les 24 heures qui ont suivi la sortie du projet, ce dernier a généré <a href="http://generations.fr/news/musique/56237/damso-les-chiffres-fous-de-qalf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">plus de 11 millions d’écoutes</a>.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Une première écoute décevante</strong></h3>



<p>Malgré ces chiffres époustouflants, je dois admettre que la première écoute de l’album est difficile. Connaissant Damso, on pourrait s’attendre à un style «&nbsp;sale&nbsp;» et «&nbsp;nwaar&nbsp;». Toutefois, on avait pu entendre dans <em>Ipséité </em>et encore plus dans <em>Lithopédion </em>un adoucissement des propos. Pour en être convaincu, il suffit d’écouter une à la suite de l’autre les chansons « <a href="https://www.youtube.com/watch?v=GsM53tRiMqk" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">William </a>» (<em>Lithopédion</em>) et « <a href="https://www.youtube.com/watch?v=wc0pObnCaf8" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Débrouillard </a>» (<em>Batterie faible</em>). Malgré ce changement progressif, la dichotomie entre le Damso intime qui se confie sur sa <em>peur d’être père</em> et le Damso explosif qui raconte en langage cru son <em>quotidien de baisé</em> n’a jamais été aussi présente que dans <em>QALF</em>. </p>



<p>Comment un album peut-il avoir comme <a href="https://genius.com/Damso-mevtr-lyrics#about" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">incipit</a> « gros c’est la violence, pas trop de clémence&nbsp;» et comme <a href="https://genius.com/Damso-911-lyrics" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">préconclusion</a> «&nbsp;j’me ramollis, […] j’crois qu’un gangster est tombé <em>love</em>&nbsp;»? Certes, ce jeu de palier entre l’homme et le personnage est chose coutumière dans le rap. Eminem en a d’ailleurs fait sa marque de commerce en opposant Marshall Mathers (<a href="https://genius.com/albums/Eminem/The-marshall-mathers-lp" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>The Marshall Mathers LP</em></a>, 2000) et son alter ego débauché Slim Shady (<a href="https://genius.com/albums/Eminem/The-slim-shady-lp" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>The Slim Shady LP</em></a>, 1999). Le problème n’est pas là, mais plutôt dans la manière de mettre en scène cette dualité.</p>



<p>Dans <em>QALF</em> s’interchangent incessamment Damso, le rappeur, et William Kalubi Mwanba, l’homme, laissant l’auditeur ou l’auditrice pris·e dans ce déchirement sans jamais savoir qui prendra le micro pour la prochaine chanson. Ceux et celles qui aiment Damso seront déçu·e·s par une moitié de l’album et ceux et celles qui aiment William par l’autre.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Un album mature</strong></h3>



<p>La deuxième écoute, elle, est plutôt rassurante. On arrive à dénicher à travers l’album les <em>punchlines </em>caractéristiques de Damso qui sont si frappantes de vérité qu’elles en deviennent douloureuses. Par exemple, dans la chanson « <a href="https://genius.com/Damso-life-life-lyrics" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">LIFE LIFE</a> », le rappeur questionne : «&nbsp;J’sais pas pourquoi t’as peur de vieillir / La mort c’est bien, vu que personne n’en revient / Pourquoi tu cherches à trop t’embellir? / C’est quand t’es moche que tout l’monde te veut du bien&nbsp;». Comme à son habitude, Damso parvient à exprimer des impressions complexes de manière imagée et tout à fait inattendue, en faisant se croiser au coin d’une rime le paradoxe de la beauté qui attire l’envie, la jalousie et la mort dans ce qu’elle peut avoir de beau et de rassurant.&nbsp;</p>



<p>En portant une oreille attentive, on parvient même à mieux comprendre le déchirement entre Damso et William. Dans « <a href="https://genius.com/Damso-deux-toiles-de-mer-lyrics" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">DEUX TOILES DE MER </a>», on peut entendre son fils lui laisser un message sur sa boîte vocale. Ce coup de téléphone vient couper en deux la chanson, comme si l’artiste prenait ses messages entre deux enregistrements studio. Cet interlude vient expliquer les aléas qu’on remarque lors de la première écoute&nbsp;: les allées et venues entre William et Damso ne sont que les reflets des tergiversations qu’éprouve le rappeur. Incapable de trancher entre les deux, il nous fait marcher le long de son hésitation, basculant d’un côté à l’autre de chanson en chanson.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Un succès mitigé pour plusieurs</strong></h3>



<p>Malgré les chiffres sans précédent qu’a rapidement généré la sortie de <em>QALF</em>, plusieurs internautes ont manifesté leur mécontentement vis-à-vis cet album. Certain·e·s se disent déçu·e·s d’avoir attendu si longtemps, soit <a href="https://www.mouv.fr/musique/rap-fr/damso-qalf-l-album-le-plus-important-363334" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">cinq ans au total</a> (une éternité pour un milieu au rythme aussi effréné que celui du hip-hop), pour un projet qui ne semble pas être à la hauteur de leur patience.&nbsp;</p>



<p>Avec les quelques références à la COVID-19 qui font comprendre que les textes ont été écrits, sinon retouchés, tout récemment et avec l’épilogue dans lequel on peut entendre Damso se réveiller du coma dans lequel il était tombé dans la chanson « <a href="https://genius.com/Damso-une-ame-pour-deux-lyrics" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Ξ. Une âme pour deux » </a>à la toute fin d’<em>Ipséité,</em> plusieurs ont cru à un double album. Damso a toutefois <a href="https://www.mouv.fr/musique/rap-fr/qalf-double-album-ou-pas-damso-repond-363573" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">démenti la nouvelle</a> le samedi 26 septembre en disant à ceux et celles qui tentaient des théories pour la suite des choses&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Entrez dans le train et on y va. Posez pas de question, on y va.&nbsp;»</p>



<p>Si les théories se confirment et s’infirment au fil des semaines, une vérité semble rester inébranlable : Damso n’en a pas fini avec le rap. Maintenant que <em>QALF</em> est finalement sorti, il ne reste qu’une chose à faire. Lui faire confiance et attendre.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/des-records-fracassants-pour-damso/" data-wpel-link="internal">Des records fracassants pour Damso</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>L’inauthenticité de l’être</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/linauthenticite-de-letre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Margaret Bruna]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Sep 2020 13:03:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Prose d'idée]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Angoisse]]></category>
		<category><![CDATA[conspiration]]></category>
		<category><![CDATA[Heidegger]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les théories conspirationnistes et le concept d’angoisse chez Heidegger.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/linauthenticite-de-letre/" data-wpel-link="internal">L’inauthenticité de l’être</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Après plus de six mois au cœur d’une pandémie qui a complètement transformé la vie des gens, l’on a pu voir la présence de l’angoisse et de la solitude augmenter alors que, du jour au lendemain, le Québec a été confiné. Inévitablement, les expert·e·s ont constaté une aggravation importante des problèmes de santé mentale. Le choc initial et la confusion vécus à l’aube du confinement précipité s’étant calmés, les Québécois·es ont maintenant trouvé une nouvelle façon d’aborder la vie quotidienne. Cela, évidemment, accompagné par de nouvelles réglementations gouvernementales visant à réduire la propagation du virus et à minimiser ses effets néfastes.</p>



<p>Pourtant, des sentiments d’angoisse, d’égarement, de confusion et de solitude subsistent. Non seulement y a‑t-il généralement une seule pandémie mondiale par décennie, mais celle que nous vivons est la première à se produire à l’ère numérique. Nous sommes constamment bombardé·e·s d’un flot d’information continu et ce mouvement sans précédent laisse place à nombre de faussetés. Il est indéniable qu’au sein de ces faussetés, nous avons pu voir depuis le début de la pandémie une augmentation considérable des théories du complot. Samedi le 12 septembre dernier, des milliers de Québécois·es se sont réuni·e·s à Montréal afin de manifester contre la réglementation sur le port obligatoire du masque. Les résultats d’un <a href="https://www.inspq.qc.ca/publications/3050-pandemie-croyances-perceptions-covid19" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">sondage</a> publiés par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) indiquent qu’un peu plus du tiers de notre population croient que le gouvernement provincial cache des informations importantes sur le virus, et le quart croient que le virus a été fabriqué dans un laboratoire.</p>



<p>Cette augmentation de croyances aux théories conspirationnistes peut s’expliquer d’un point de vue psychologique. Néanmoins, les raisons données par les expert·e·s sur le sujet, qui tentent de démystifier pourquoi certaines personnes peuvent croire à des explications alternatives pour des événements de grande envergure, peuvent elles-mêmes avoir des racines philosophiques. Selon la revue <em>Scientific American</em>, des études ont démontré que les gens sont plus enclins à la conspiration lorsqu’ils se sentent angoissés et privés de leurs droits. Ces théories du complet procurent à leurs croyant·e·s un sentiment de confort, car elles leur permettent d’expliquer de manière contrôlée des événements tragiques, chaotiques et absurdes. Accepter qu’une pandémie violente puisse se produire de manière aléatoire et ainsi atteindre des personnes quelle que soit leur moralité signifie nécessairement l’acceptation d’un monde inconnu et non systématique, c’est-à-dire l’acceptation de grands événements hasardeux n’étant pas une conséquence de gestes réprimandables.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>L’adhésion à des théories érigées dans une tentative d’expliquer une réalité incertaine est en quelque sorte une forme de «dévalement» face à l’angoisse</p></blockquote>



<p><strong>Le Dasein et le monde</strong></p>



<p>Les croyances à la conspiration peuvent trouver écho au sein de la philosophie. En particulier, le phénoménologue allemand Martin Heidegger a beaucoup écrit sur le sentiment d’angoisse en rapport avec le Dasein – l’être-le-là – dans son livre <em>Être et Temps</em>. Il définit les «étants» ayant un Dasein comme ceux s’interrogeant sur la signification de leur existence. Pour Heidegger, l’essence du Dasein est notre existence en tant qu’êtres-au-monde et qu’êtres-avec. Nous ne pouvons pas commencer à remettre en question ou à chercher à comprendre notre existence sans tenir compte de notre monde, qui inclut nécessairement les autres. Pour Heidegger, ces «autres» ne sont&nbsp;ni celui-ci, ni celle-là, ni soi-même, ni certaines personnes, ni la somme de tous·tes ; il·elle·s sont en quelques sorte le «on». En effet, l’existence dépend nécessairement d’un «on» que nous croyons proche de nous, parce qu’il est notre quotidien, et notre Dasein reste le plus souvent dissous dans le mode de vie qui est dicté par ce «on» qui demeure invisible et insaisissable. En bref, nous trouvons du réconfort dans le quotidien, car nous existons au sein du «on» et donnons un sens à l’agitation et à la myriade de choses dans notre monde. Mais pour Heidegger, ce mode du Dasein s’avère inauthentique. Notre existence en tant qu’étants dans notre vie quotidienne est éloignée et ignorante de sa domination par le «on».</p>



<p><strong>L’angoisse</strong></p>



<p>C’est ce rapport entre notre Dasein et le «on» que Heidegger peut développer à l’aide de sa conception de l’angoisse. Comme notre Dasein est essentiellement un être-au-monde, nous sommes nécessairement confronté·e·s à la possibilité de notre mort. La nature de l’existence en rapport avec la possibilité de la mort est unique pour ce qui est de notre compréhension des autres expériences, parce qu’elle nous met, comme aucune autre, devant nous-même. Au sein de notre existence dans le monde, nous sommes inévitablement conscient·e·s de la mort, confronté·e·s à elle telle qu’elle se présente aux autres, sans que <em>notre</em> mort elle-même n’ait un sens. Heidegger décrit notre attitude quotidienne à cet égard comme étant un «dévalement», comme si nous disions: «La mort viendra certainement mais pour le moment elle ne vient toujours pas.» Pour le philosophe, la mort représente «la possibilité de ne-plus-être-Dasein». Pour nous, étants qui sommes constamment poussés en avant dans le temps face à des possibilités infinies, la mort nous rappelle en quelque sorte notre nature temporelle. Celle-ci est unique parce qu’elle nous met face à notre solitude primordiale où nous sommes confronté·e·s à notre liberté des choses et des autres, et nous éloigne de notre vie confortable, normale et quotidienne; c’est dans ce retrait de la quotidienneté que nous éprouvons l’angoisse.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Les théories conspirationnistes offrent à ceux et celles qui y croient un retour à la normale puissant et confortable, alors qu’ils et elles peuvent se tourner vers l’inauthenticité de leur être, en dévalement dans le «on»</p></blockquote>



<p>L’angoisse est une caractéristique du Dasein authentique. Nous devenons conscient·e·s de nous-même et nous nous distinguons du monde. Mais la nature de la mort décrite par Heidegger signifie que nous ne ressentons cette angoisse devant <em>rien </em>– elle est sans objet. Il ne faut donc pas confondre l’angoisse avec un moment soudain de peur. Il s’agit plutôt d’une caractéristique apriorique et permanente du Dasein. Mais le «on» nous procure une «constante&nbsp;tranquillisation au sujet de la mort», et régule notre comportement envers la connaissance de la mort. En ce qui concerne la vague de croyances aux théories conspirationnistes, nous pouvons commencer à voir comment ces théories peuvent devenir attrayantes: l’adhésion à des théories érigées dans une tentative d’expliquer une réalité incertaine est en quelque sorte une forme de «dévalement» face à l’angoisse.</p>



<p>La vie résultant d’une pandémie mondiale soudaine, absurde et apparemment sans fin nous a indéniablement rapproché·e·s de notre relation authentique avec la mort. Plusieurs se sentent angoissé·e·s et seul·e·s, et cela est dû à un événement dont la cause reste étrangère pour une majorité de la population. Les théories conspirationnistes offrent à ceux et celles qui y croient un retour à la normale puissant et confortable, alors qu’ils et elles peuvent se tourner vers l’inauthenticité de leur être, en dévalement dans le «on». À la lumière de l’analyse de Heidegger et de l’angoisse liée à la mort, il est donc possible de comprendre pourquoi une partie relativement importante de la population choisit de croire en ces idéologies néfastes. Durant des périodes comme celle-ci, elles permettent à ses croyant·e·s de s’éloigner du Dasein authentique et angoissé, cela afin de se rapprocher du confort de la vie quotidienne – c’est l’embrassement de l’existence inauthentique.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/29/linauthenticite-de-letre/" data-wpel-link="internal">L’inauthenticité de l’être</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Conseil législatif de l’AÉUM</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/28/conseil-legislatif-de-laeum-9/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gabrielle Genest]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 28 Sep 2020 18:48:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[AÉUM]]></category>
		<category><![CDATA[Politique étudiante]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=37581</guid>

					<description><![CDATA[<p> Le conseil législatif de l’AÉUM s’est réuni virtuellement jeudi le 24 septembre dernier pour sa deuxième séance de la session. </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/28/conseil-legislatif-de-laeum-9/" data-wpel-link="internal">Conseil législatif de l’AÉUM</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">La seconde réunion du conseil législatif de l’Association des étudiants de l’Université McGill (AÉUM) a eu lieu jeudi le 24 septembre dernier sur Zoom. Ajournée à 19h41, la rencontre du conseil a duré moins de deux heures et a donné lieu à très peu de débat entre les conseiller·ère·s, toutes les motions sauf une ayant été adoptées unanimement et sans intervention.&nbsp;</p>



<p><strong>Annonces générales</strong></p>



<p>La reconnaissance de la nouvelle conseillère du Département de musique de même que l’annonce de la démission du conseiller du Département de travail social ont constitué les premières annonces générales du dernier conseil législatif. Le·a vice-président·e des Affaires universitaires, Brooklyn Frizzle, a ensuite annoncé que les notes d’absences émises par des professionnel·le·s de la santé à l’extérieur du Canada seraient valides et acceptées pour la période d’examens de la session d’automne, une mesure visant les étudiant·e·s mcgillois·es présentement à l’extérieur du pays en raison de la pandémie de COVID-19. Enfin, le président de l’AÉUM Jemark Earle a tenu à rappeler à tous·tes d’être à l’affût de la parution le 30 septembre prochain du Plan de lutte contre le racisme anti-noir de l’Université McGill.&nbsp;</p>



<p><strong>Une seule motion contestée</strong></p>



<p>Des cinq motions à l’agenda lors du dernier conseil législatif, une seule a donné lieu à un débat entre les conseiller·ère·s et exécutant·e·s de l’AÉUM. Les quatre autres ont été adoptées par consentement ou approuvées unanimement.&nbsp;</p>



<p>La Motion concernant les amendements de la Politique d’équité pour assurer des pratiques communicationnelles équitables (<em>Motion Regarding Amendments to the Equity Policy to Ensure Equitable Communication Practices</em>) a été présentée par le·a v.-p. des Affaires universitaires. Cette motion ajouterait une clause à la <a href="https://ssmu.ca/wp-content/uploads/2020/05/Equity-Policy.pdf?x21981" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Politique d’équité</a> afin d’autoriser les individus à utiliser le ton et les mots de leur choix – dans la mesure où ces derniers respectent la Politique d’équité – avec l’objectif de permettre aux membres de l’AÉUM de s’exprimer passionnément lors de débats en conseil.</p>



<p>Plusieurs conseiller·ère·s ont exprimé leur appui envers la motion, évoquant entre autres l’importance de créer un espace sécuritaire pour tous·tes tout en protégeant la liberté d’expression, la fréquence de débats sur des questions chargées émotivement et la nécessité de pouvoir exprimer les émotions provoquées et le besoin de remédier à l’insensibilité de la politique étudiante envers les femmes, les personnes noires, les personnes autochtones et les personnes racisées. D’autres conseiller·ère·s ont de leur côté fait part de leurs inquiétudes par rapport à la motion quant aux risques qu’un débat passionné tourne en harcèlement envers certain·e·s membres du conseil et quant au manque de clarté par rapport aux situations où il serait approprié d’utiliser des jurons. Le·a v.-p. des Affaires universitaires a répondu à ces préoccupations en affirmant que bien que certaines lignes étaient effectivement difficiles à tracer, rien n’empêcherait le conseil d’amender le document plus tard. La motion<em> </em>a finalement été adoptée par la majorité.</p>



<p><strong>Un message présidentiel en français</strong></p>



<p>Après les rapports des comités et ceux des conseiller·ère·s, le président de l’AÉUM Jemark Earle a choisi de s’exprimer en français pour son propre rapport. Son discours, unique élément francophone du conseil législatif, a notamment abordé l’organisation du référendum spécial pour l’adoption de la constitution d’hiver 2020, le travail sur une campagne pour répondre aux besoins de financement des étudiant·e·s, l’allocation de ressources pour le plan de francisation, la recherche d’idées pour s’engager virtuellement avec les étudiant·e·s, la réunion des exécutant·e·s avec Divest McGill et un retour sur la Soirée des activités dont il a félicité les organisateur·rice·s.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/28/conseil-legislatif-de-laeum-9/" data-wpel-link="internal">Conseil législatif de l’AÉUM</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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