Actualités – Le Délit https://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Thu, 21 Feb 2019 23:43:10 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.9 Le Venezuela en crise https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/le-venezuela-en-crise/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/le-venezuela-en-crise/#respond Tue, 19 Feb 2019 15:11:33 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33403 Le Venezuela connaît, depuis maintenant plusieurs années, l’une des plus grandes crises migratoires d’Amérique du Sud. Depuis 2014, environ 3 millions de Vénézuélien·ne·s ont fui leur pays. Ce nombre s’est accru de manière exponentielle récemment et semble augmenter indéfiniment. Les conditions de vie au Venezuela se sont détériorées, à tel point que la seule solution pour de nombreux·ses citoyen·ne·s est de quitter le pays. L’inflation bat des records ; le bolivar n’a quasiment plus aucune valeur. Des denrées de première nécessité sont devenues inaccessibles, leur prix frôlant parfois l’équivalent d’un ou de plusieurs mois de salaire pour un·e citoyen·ne au revenu moyen. Le Venezuela se retrouve donc au milieu d’une crise économique hors norme, qui engendre à son tour une crise sociale et migratoire sans précédent.

Situation politique instable

La précarité économique du Venezuela est due à un enchevêtrement de différents facteurs. L’un d’entre eux se désigne clairement comme étant lié à l’instabilité politique à laquelle fait face le pays. Nicolas Maduro a été réélu président en mai 2018 pour un nouveau mandat devant s’étendre jusqu’en 2025. Cette réélection a rencontré de nombreuses contestations, surtout de la part de l’opposition, mais aussi de la population. Son prédécesseur, Hugo Chavez, avait utilisé les revenus des ressources naturelles de pétrole du Venezuela pour développer d’efficaces politiques sociales, pour la santé ou encore l’éducation, lui permettant d’accéder à une relative popularité au sein de la population vénézuélienne. La chute du coût du pétrole au cours de son mandat a rendu la tâche plus difficile à Nicolas Maduro, qui a dû mettre en place d’ambitieuses réformes de l’économie vénézuélienne. Ainsi, pour lutter contre l’hyperinflation, la monnaie a été très fortement dévaluée. Cependant, ces réformes n’ont pas suffi à endiguer la crise économique émergeant dans le pays. 

La réélection du président Maduro est considérée par beaucoup comme illégitime. Cette contestation n’est pas uniquement partagée par des opposants internes, mais s’est d’ailleurs étendue au contexte international. Devant les problèmes engendrés par la crise migratoire vénézuélienne, plusieurs pays se sont rassemblés pour tenter de trouver des solutions. C’est dans cette optique que le « Groupe de Lima » a été créé. Rassemblant initialement douze pays américains, dont le Canada, ce regroupement a pour but de parvenir à une sortie de crise. La légitimité de Nicolas Maduro est d’autant plus mise à mal que Juan Guaidó a été reconnu comme « président intérimaire » par le Canada, mais aussi par les États-Unis, le Brésil, l’Argentine et le Guatemala, entre autres. Son accession au pouvoir, qui aurait, selon certains, été orchestrée en partie par les États-Unis, avec la participation du Canada, rend la situation politique d’autant plus instable.

Économie pétrolière à la dérive

Cette instabilité politique ne permet pas au gouvernement vénézuélien de trouver  réponse aux problèmes économiques auxquels fait face le pays. L’économie vénézuélienne était jusqu’alors concentrée sur la production de pétrole, avec 96% de ses revenus provenant de l’industrie pétrolière. Cependant, en 2009, puis de manière plus importante en 2014, le prix du pétrole en qualité de matière première a chuté. Les revenus du Venezuela sont alors devenus moins réguliers. Le manque de diversité de l’économie a rendu toute tentative de relancement difficile. En amont de la crise migratoire généralisée, c’est d’abord une partie de la population plus aisée qui a quitté le Venezuela, en avion ou en train. C’est seulement plus tard que le reste de la population, jusqu’aux classes les plus pauvres, a commencé à quitter le pays dans l’espoir de trouver de meilleures conditions de vie dans les pays voisins.

Cependant, les difficultés présentes au Venezuela semblent poursuivre les citoyen·n·e·s même lorsqu’ils·elles fuient le pays. Toute démarche administrative est compliquée. Obtenir un passeport vénézuélien est devenu très difficile, le gouvernement n’en délivrant plus. Les passeports s’achètent à prix d’or, bien hors de portée de nombreux·ses Vénézuélien·ne·s. Or, afin de réguler les flux de migrant·e·s, de plus en plus de pays voisins du Venezuela demandent aux voyageur·se·s d’être en possession du document de voyage, et effectuent des contrôles plus réguliers et plus stricts.

Voyager, mais à quel prix ?

L’Organisation des Nations Unies dévoilait en juin 2018 qu’environ 2,3 millions de citoyen·ne·s vénézuélien·ne·s (la population totale du Venezuela étant de 33 millions d’habitant·e·s) s’étaient réfugiés dans des pays d’Amérique latine, ayant comme destinations majeures la Colombie, le Brésil, l’Équateur et le Pérou. Ces pays, et notamment les villes frontalières, doivent faire face à un flux considérable, sans avoir nécessairement les infrastructures requises pour mener cette mission à bien.

Les villes de Cúcuta et de Maicao, deux villes colombiennes, proches de la frontière, témoignent des conditions de voyage  ainsi que des difficultés d’accueil des migrant·e·s. Les frontières de la Colombie sont toujours ouvertes, cependant les programmes d’accueil ont été revus à la baisse depuis le début de la crise migratoire. En effet, le programme de séjour temporaire, jusqu’alors offert par la Colombie, permettant aux migrant·e·s d’accéder au marché du travail, à la santé et à l’éducation, a été annulé. Aujourd’hui, les migrant·e·s vénézuélien·ne·s n’ont plus accès qu’à trois nuits sous un toit. Après cela, ceux·celles-ci doivent trouver une autre alternative, dépendant de leur ressort. Pour de nombreuses personnes, cela se traduit par la rue. Après les trois premières nuits, quasiment tout devient payant pour ces dernières : les toilettes publiques sont payantes (entre 25 et 75 cents canadiens), tout comme les douches publiques (50 cents). Les migrant·e·s vénézuélien·ne·s fuient la malnutrition et la pénurie de médicaments et d’articles médicaux de base, mais se retrouvent parfois dans de pires conditions après avoir quitté le pays. Une déclaration recueillie par La Presse auprès d’une réfugiée vénézuélienne en Colombie résume bien cette situation : « On peine à nourrir nos enfants, alors que nos proches au Venezuela attendent qu’on leur envoie de l’argent. »

Cette crise migratoire menace de nombreux droits humains, entre autres le droit à l’identité. La communauté internationale est accusée d’ingérence à plusieurs aspects. L’implication de pays comme le Canada et les États-Unis permet de douter de leurs réelles intentions quant à la recherche de solutions face à la crise migratoire. La population vénézuélienne semble se retrouver prise dans un étau entre son gouvernement et des forces extérieures au pays, et subit les conséquences, parfois violentes, de cette confrontation. L’attention internationale reste distante, et la couverture médiatique ne paraît pas suffisante pour attirer une sympathie internationale, et donc générer des actions concrètes.

Niels Ulrich | Le Délit

Le Délit, journal étudiant, ne prétend pas avoir d’accès officiel à ce qui se passe présentement au Venezuela. Cependant, nous avons jugé important de traiter cet évènement crucial pour le pays et qui nécessiterait plus d’action de la part de la communauté internationale.

]]>
https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/le-venezuela-en-crise/feed/ 0
Les violences sexuelles réétudiées https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/les-violences-sexuelles-reetudiees/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/les-violences-sexuelles-reetudiees/#respond Tue, 19 Feb 2019 13:46:17 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33385 L

e 8 décembre 2017, la loi 151, ou Loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur entrait en vigueur : celle-ci stipule notamment que tous les cégeps et universités du Québec devaient ajuster leurs règlements ou en créer de nouveaux pour s’y conformer, et ce, avant le 1er janvier 2019.

L’Université McGill, qui disposait déjà d’une politique sur les violences sexuelles, a manqué cette date limite pour procéder aux ajustements nécessaires. Toutefois, lors d’une rencontre avec la presse étudiante, Angela Campbell, vice-principale exécutive adjointe, accompagnée de Christopher Buddle, doyen des services aux étudiants, a tenu à corriger cette conclusion qu’elle juge trop simpliste : « Nous avons pris une décision délibérée ». Comme l’UQAM, McGill aurait choisi d’étudier les enjeux plus longtemps avant d’adopter de nouveaux règlements, et aurait averti préalablement le ministère du retard prévu.

La politique actuelle, mise en place depuis 2016, est en révision depuis octobre 2018. Une version finale sera présentée à la prochaine séance du Sénat, le 20 février, puis soumise au vote à la séance du mois de mars. La version modifiée est déjà disponible en ligne : ces changements ont notamment été déterminés suite aux consultations étudiantes et de recommandations de comités.

Relations intimes et académiques

La nouvelle politique n’interdit pas toutes les relations entre un·e membre du personnel enseignant et un·e étudiant·e. En effet, la politique énonce qu’« aucun membre du personnel enseignant ne peut exercer, ou initier une activité sexuelle ou romantique avec un·e étudiant·e se trouvant sous son autorité académique, influence, ou en collaboration ». Chris Buddle tient à préciser que la définition « d’autorité » est large dans ce contexte. Professeur·e·s, mais aussi assistant·e·s, superviseur·e·s, conseiller·ère·s et responsables de départements ont selon le règlement un rapport d’autorité sur leurs étudiant·e·s.

La politique mentionne aussi qu’un·e étudiant·e et un·e professeur·e n’ayant pas de liens académiques, mais issu·e·s de la même faculté, doivent « déclarer immédiatement leur relation ». En dehors de ces cas, les relations ne sont pas contrôlées. Selon Angela Campbell, une interdiction totale serait illégale : « La raison pour laquelle cela est vu comme illégal ou allant à l’encontre de la Charte québécoise est que la loi québécoise garantit le droit à la vie privée et le droit au respect quant aux décisions concernant la vie privée et l’intimité. Cela veut dire qu’un employeur ou une institution comme l’université ne peut imposer de règles qui peuvent empiéter sur [ces droits] ».

L’interdiction toucherait des gens qui n’auront jamais de relations académiques. Elle serait trop inclusive.

Selon elle, l’interdiction totale serait aussi excessive compte tenu de la taille de la communauté mcgilloise. « L’interdiction toucherait des gens qui n’auront jamais de relations académiques. Elle serait trop inclusive […]. Par exemple, un étudiant en musique et un professeur du campus MacDonald : il serait très improbable que ceux-ci aient une relation académique. Ils sont si loin, géographiquement mais aussi quant à leur discipline, […] que le professeur n’aura probablement jamais d’autorité sur l’étudiant. »

Une question est aussi soulevée quant aux professeur·e·s ayant certaines « réputations », sans pourtant avoir été formellement accusé·e·s. Que se passe-t-il si un certain nom est continuellement associé à des rumeurs graves? « Cela dépend de la manière dont l’information arrive jusqu’à nous. Si par exemple, deux individus différents en parlent à un professeur, ou un conseiller, […] et que le conseiller vient en parler à Chris, nous irons certainement examiner la situation. […] Lorsque nous avons des informations précises, nous avons des mesures à prendre. » Puisqu’il n’y pas d’enquête formelle, aucune sanction ne peut être imposée, mais le doyen de département doit contacter le·a professeur·e concerné·e.

Soutien aux survivant·e·s

Une nouveauté importante de la politique consiste en la mise en place d’un nouveau processus d’enquête indépendant. L’enquêteur·rice spécial·e est la personne à contacter si un individu désire signaler un incident. Un processus précis sera ensuite à suivre (un document entier accessible en ligne est dédié aux procédures d’enquête) où plaignant·e et accusé·e n’auront jamais à interagir. Le résultat de l’enquête devra être livré dans les trois mois ayant suivi la plainte, mais la personne ayant porté plainte ne pourra toutefois pas connaître la sanction finale de l’autre parti.

Angela Campbell souligne que la nouvelle politique a pour objectif d’encourager les survivant·e·s à s’exprimer. Par exemple, l’une des clauses énonce qu’un·e survivant·e ne peut être sanctionné pour avoir enfreint un règlement touchant à la consommation d’alcool ou de cannabis.

Modules en ligne

Une autre réforme, imposée par la loi 151 qui stipule que « des formations obligatoires » doivent être prévues dans la politique, consiste en la création de modules de formation en ligne concernant les enjeux de violences sexuelles. Ceux-ci, partageant le format des modules sur l’intégrité académique imposés en première année et accessibles sur MyCourses seront obligatoires pour tous les étudiant·e·s et membres du corps enseignant et administratif à compter de l’automne prochain.

Sans avoir complété le module, les étudiant·e·s ne pourront s’inscrire à leurs cours d’hiver. Celui-ci devrait durer de 30 à 40 minutes et abordera entre autres les notions de consentement, d’intervention de témoin et de soutien aux survivant·e·s. Pour Chris Buddle, responsable du projet, « ce n’est pas un point final, vraiment plus un point de départ. Ce n’est qu’une partie d’un besoin d’éducation et de formation bien plus important ». Selon lui, il constituera au moins une façon de s’assurer que l’entièreté de la communauté mcgilloise ait une compréhension commune des enjeux centraux, même si celle-ci reste très limitée. « Cela nous emmène quelque part puis nous n’aurons qu’à continuer à partir de là.»

]]>
https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/les-violences-sexuelles-reetudiees/feed/ 0
Un don de 200 millions https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/un-don-de-200-millions/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/un-don-de-200-millions/#respond Tue, 19 Feb 2019 13:40:27 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33409 L’Université McGill a annoncé mercredi avoir reçu un don de la part du milliardaire et mécène canadien John McCall MacBain, qui servira à mettre en place un nouveau programme de bourse. S’il est habituel que l’Université reçoive des dons d’anciens étudiants, le montant qui est en jeu cette fois-ci l’est un peu moins : avec 200 millions de dollars, il s’agit de la plus importante donation à une université de toute l’histoire canadienne. Le don de la Fondation McCall MacBain coïncide avec le 200e anniversaire de fondation de l’Université; selon la Principale et vice-chancelière Suzanne Fortier. Celle-ci décrète : « [le programme de bourse qui sera créé grâce à ce don] incarne notre vision du troisième siècle de McGill : un lieu où les étudiants sont prêts pour l’avenir et prêts à contribuer à façonner notre monde en rapide mutation. »

Un philanthrope connu

L’homme qui est à l’origine ce don est un ancien magnat du domaine de la publicité en ligne. Ancien étudiant d’économie à McGill, ayant continué son parcours dans les prestigieuses universités d’Oxford et de Harvard, il a d’abord travaillé chez Power Corporation avant de fonder avec sa conjointe de l’époque l’entreprise Trader Classified Media, qui gérait un site de petites annonces en lignes. En 2006, M. MacBain a vendu son entreprise, devenue à ce moment l’une des plus grosses compagnies du marché, pour se consacrer à la philanthropie universitaire.

La Fondation McCall MacBain, qui porte son nom et celui de son épouse actuelle, est à l’origine de plusieurs dons importants dans le monde universitaire. Au Canada, il est déjà associé à la fondation des boursiers Loran, avec laquelle il finance quelques boursiers chaque année. Surtout, à l’international, il est connu pour avoir fait le plus gros don au fonds de bourses Rhodes depuis sa fondation,  qui représenterait une valeur de plus de 120 millions de dollars. Cette bourse, fondée en 1902 par l’homme d’affaires sud-africain Cecil Rhodes, est l’une des plus anciennes et l’une des plus célèbres bourses au monde, permettant à cinquante jeunes d’étudier gratuitement à l’Université d’Oxford. John McCall MacBain a même été qualifié de refondateur de la bourse Rhodes.

M. MacBain a affirmé s’être inspiré de l’organisation des programmes de bourse avec lesquels il avait collaboré par le passé

Le programme de bourse

M. MacBain a affirmé s’être inspiré de l’organisation des programmes de bourse avec lesquels il avait collaboré par le passé pour créer un programme de bourse juste et efficace au Canada. MacBain a affirmé vouloir recruter les candidats et les candidates non pas seulement sur la base de leurs notes, mais aussi en fonction de leurs qualités humaines. Soixante-quinze étudiants seront choisis par des comités de sélection pour leur implication dans la société et pour leur leadership. De ce nombre, cinquante viendront du Canada et vingt-cinq de l’étranger. La bourse sera réservée aux étudiants et aux étudiantes à la maitrise ou dans des programmes professionnels (médecine ou droit, par exemple, ndlr).

]]>
https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/un-don-de-200-millions/feed/ 0
Consultations sur le cannabis https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/consultations-sur-le-cannabis/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/consultations-sur-le-cannabis/#respond Tue, 19 Feb 2019 13:19:27 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33411 Depuis la semaine dernière se tiennent les consultations particulières et les auditions publiques sur le projet de loi n°2, la Loi resserrant l’encadrement du cannabis. Ces consultations, orchestrées par le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, se déroulent dans une atmosphère assez particulière : plusieurs groupes censés se prononcer sur le sujet, comme l’Association des médecins psychiatres du Québec et la Fédération des médecins spécialistes du Québec, se sont désistés à quelques heures de l’audience, n’ayant pas eu suffisamment de temps pour se préparer.

Le ministre Carmant et son gouvernement sont catégoriques : ils adopteront une loi augmentant l’âge légal de consommation de cannabis dans la province de 18 à 21 ans, peu importe les résultats qu’auront ces consultations publiques, que le ministre qualifie plutôt de « discussion ». La CAQ cherche également à être plus restrictive en interdisant la consommation de cannabis dans des lieux publics, tels que les parcs.

Agitations en coulisses

Ces désistements ont de quoi envenimer les attaques dans les rangs parlementaires. Du côté libéral, on avance que cette consultation est « fausse » et que les organismes présents ne sont même pas écoutés. Le porte-parole libéral en matière de santé, André Fortin, ne mâche pas ses mots : le ministre Carmant mettrait en scène « un exercice bidon, une frime, un bâillonnement des groupes qui veulent s’exprimer ». Quant au ministre Carmant, il accuse les libéraux d’avoir « retardé le processus ». Du côté péquiste et solidaire, on dénonce l’ « incohérence » des mesures avancées.

La semaine dernière, le centre Portage, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), l’Association québécoise des programmes pour premiers épisodes psychotiques (AQPPEP), l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et la Ville de Gatineau ont donc été les seuls groupes présents aux audiences publiques. La FEUQ et l’INSPQ ont défendu le maintien de l’âge légal à 18 ans, alors que la Ville de Gatineau a proposé un compromis en termes de restriction dans les lieux publics.

L’approche brusque de la CAQ n’a rien de surprenant. En fait, elle est en parfaite adéquation avec l’image que la CAQ veut se donner

Les promesses de la CAQ

L’approche brusque de la CAQ n’a rien de surprenant. En fait, elle est en parfaite adéquation avec l’image que la CAQ veut se donner : un parti sans compromis, qui respecte ses engagements, et ce, dans les plus brefs délais. Leur écrasante majorité leur permet (et leur donne la légitimité) de mettre de côté tout propos allant à contresens. Tout processus suggérant une médiation quelconque est écarté : celle-ci suggèrerait une faiblesse de la part du gouvernement, en plus de ralentir ses projets. Cette situation est loin d’être unique à la CAQ, mais s’applique très bien à l’approche caquiste des derniers mois.

]]>
https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/consultations-sur-le-cannabis/feed/ 0
La gauche se rassemble à McGill https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/la-gauche-se-rassemble-a-mcgill/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/la-gauche-se-rassemble-a-mcgill/#respond Tue, 19 Feb 2019 13:13:42 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33407 Le lundi 11 février avait lieu la ratification de la constitution d’une association rassemblant plusieurs groupes étudiants de gauche. L’idée d’un tel groupe est née le semestre passé ; selon Josh Werber, qui est chargé du recrutement et des affaires extérieures de NDP McGill ainsi que l’un des membres originaux du groupe, elle est issue d’un besoin de « plus de coordination entre les groupes progressistes à McGill ». Solidarity Alliance McGill (Alliance de solidarité à McGill, ndlr) créera donc un espace où ces groupes, qui en ce moment ne sont pas liés de près, pourront discuter et former des réseaux.

Une adhésion en croissance

Les groupes et clubs qui sont officiellement devenus membres de l’alliance le 11 février sont au nombre de cinq : Socialist Fightback (Résistance socialiste, ndlr), Independent Jewish Voices (Voix juives indépendantes, IJV en anglais, ndlr), Divest McGill, NDP McGill et le Groupe de recherche à intérêt public (GRIP, QPIRG en anglais, ndlr). Le Union for Gender Empowerment (Union pour l’émancipation des genres, ndlr) en tant que service sous l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM, SSMU en anglais, ndlr), ne peut être membre, mais siégera comme observateur officiel avec le Students in Solidarity with Palestinian Human Rights (Étudiants en solidarité avec les droits humains palestiniens, SPHR en anglais, ndlr). D’autres groupes, tels que Nourish McGill et Canadian Students for Sensible Drug Policy (Étudiants canadiens pour une régulation raisonnable des drogues, CSSDP en anglais, ndlr) étaient également présents en tant qu’observateurs non officiels. Les membres espèrent que d’autres clubs se joindront à l’alliance au fur et à mesure qu’elle prendra plus d’ampleur.

Des valeurs inclusives

La constitution de Solidarity Alliance McGill, dont la récente réunion faisait justement objet, affirme – entre autres – des valeurs antiracistes, anticoloniales, pro protection environnementale et féministes.. La liste de valeurs vise à être compréhensive et inclure les points qui tiennent à coeur toutes les associations membres. Le groupe a pour objectif de fournir une plateforme de discussion pour ses membres, afin que ceux-ci puissent former des liens avec d’autres groupes progressistes et ainsi obtenir un plus grand public pour leurs campagnes et événements. Solidarity Alliance McGill vise également à publier des déclarations communes, se prononcer au sujet d’élections étudiantes et tenir leurs propres événements. Josh Werber dit qu’il espère que Solidarity Alliance McGill pourra « être un endroit où les gens progressistes des différents groupes peuvent se rencontrer et créer une solidarité entre, pas nécessairement les execs (administrateurs, ndlr) des groupes, mais simplement des membres réguliers ».

]]>
https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/la-gauche-se-rassemble-a-mcgill/feed/ 0
L’AUS approuve POLI 339 https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/laus-approuve-poli-339/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/laus-approuve-poli-339/#respond Tue, 19 Feb 2019 13:05:20 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33401 L’Association étudiante de la Faculté des arts (Arts Undergraduate Society ou AUS en anglais, ndlr) a approuvé la semaine dernière le financement pour un échange avec l’Université hébraïque de Jérusalem dans le cadre du cours POLI 339, un cours de politique comparée. La motion n’avait pas été approuvée faute d’une voix  avec neuf abstentions lors de la réunion du Conseil législatif de l’Association le 30 janvier. Cependant, elle a peu après été ramenée au conseil exécutif pour vote, où elle a finalement été approuvée. L’AUS soutient que malgré le fait que la question aurait habituellement dû être ramenée au Conseil législatif, l’exécutif a décidé de précipiter le vote à cause de son urgence. L’Association fait aussi remarquer que lors du vote du Conseil, plusieurs informations étaient manquantes, telles que l’approbation départementale et la présence du professeur censé enseigner le cours en question.

L’Association fait aussi remarquer que lors du vote du Conseil, plusieurs informations étaient manquantes, telles que l’approbation départementale

L’AUS s’exprime

Dans un communiqué datant du 12 février, reçu par tous les étudiant·e·s de la Faculté des arts, l’AUS résume la situation et leur décision de financer le cours. Elle justifie notamment celle-ci en expliquant « qu’il y avait une diversité d’opinions et de positions au sein du comité exécutif et au sein de la population étudiante, plus largement ». Toutefois, l’association termine son communiqué en écrivant : « Nous comprenons que pour beaucoup d’étudiants, particulièrement les étudiants aux identités marginalisées, cette situation est émotionnellement éprouvante et difficile, et nous tenterons de continuer ce processus de manière juste et équitable. Nous nous excusons pour les torts injustifiés et l’agitation émotionnelle que subissent certains individus, et les encourageons à faire entendre leurs inquiétudes ».

Réactions étudiantes

Le volte-face de l’AUS a provoqué beaucoup de réactions de la part des associations étudiantes. L’Association mcgilloise de solidarité avec les droits humains des Palestiniens (McGill Students in Solidarity with Palestinian Human Rights ou SPHR McGill) a décrié l’AUS dans un communiqué émis sur la plateforme sociale Facebook. Elle accuse l’association d’avoir agi de manière anti-démocratique en forçant la tenue d’un deuxième vote sur la motion. Elle a également accusé l’AUS de ne pas assez écouter la voix des étudiant·e·s palestinien·ne·s. Dans leur message, l’on peut d’ailleurs lire que, selon elle, la situation indique « un système fragmenté qui prétend vouloir inclure et soulever les voix marginalisées, mais qui au contraire les retire de la conversation ».

L’Association des étudiants en Études Islamiques ou Moyen-Orientales (World Islamic and Middle Eastern Studies Students Association ou WIMESSA) a pour sa part déploré que ses représentant·e·s, qui étaient au conseil législatif, n’aient pas été écouté·e·s et a rappelé qu’elle considérait que ses membres d’origine moyen-orientale étaient discriminés par la tenue de ce cours.

]]>
https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/laus-approuve-poli-339/feed/ 0
Justice pour les femmes autochtones https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/justice-pour-les-femmes-autochtones/ Tue, 19 Feb 2019 13:02:39 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33397 Station Berri-UQAM, jeudi 14 février. Une centaine de personnes sont réunies au centre des allées de la station de métro la plus achalandée de la métropole. Depuis 1991, le 14 février est la date à laquelle plusieurs communautés autochtones et allochtones se réunissent pour dénoncer le manque d’actions entreprises par les autorités publiques pour rendre justice aux victimes autochtones disparues ou assassinées, dossiers souvent laissés sans suite.

En 1991, c’est la mort dans l’indifférence générale d’une femme du peuple de la Côte Salish (Coast Salish Peoples, ndlr) sur la rue Powell à Vancouver qui a initié le mouvement. La famille n’avait d’ailleurs pas voulu mentionner son nom.

Un enjeu encore méconnu

Marine, bénévole allochtone pour la campagne Justice for Missing and Murdered Indigenous Women ou Missing Justice rappelle que, malgré l’enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées qui s’est terminée en décembre passé, le drame persiste. Elle indique également que la station Berri-UQAM est un carrefour par lequel beaucoup de gens passent et est ainsi un lieu pertinent pour la sensibilisation à un tel sujet. La population semble sommairement savoir ce qu’il en est, mais ignore l’étendue du problème, indique-t-elle.

Le rassemblement vise également à rappeler que l’enquête fédérale amorcée en 2016, chargée de « produire un rapport sur les causes systémiques de toutes les formes de violence contre les femmes et les filles autochtones », comme l’énonce leur rapport provisoire, n’a pas arrêté le problème ; depuis le début de la commission, plus de 100 femmes autochtones ont été assassinées.

Kristen Gilchrist, chercheuse indépendante à Ottawa ayant compilé la liste, mentionne que la croyance populaire perçoit le phénomène comme statique, alors que la réalité est toute autre ; chaque jour la liste s’allonge et prend de l’ampleur.

Iyad Kaghad | Le Délit

 

Élan de solidarité

Pour Édith, le fait de se rassembler le jour de la Saint-Valentin est une manifestation de la solidarité des personnes présentes envers les communautés autochtones concernées. Pour elle, la fête du 14 février est souvent associée aux couples, mais se rassembler en ce jour constituerait une occasion de parler d’amour de façon plus large, et de surcroît en partager avec les communautés marginalisées et stigmatisées ; le nom du rassemblement est Love in action (L’amour en action, ndlr). Son but serait ainsi de sensibiliser, mais aussi de permettre aux participant·e·s de partager des sentiments d’affection, de solidarité et d’amour.

Un dîner communautaire était d’ailleurs prévu, à la suite de la période de mobilisation, au collège Dawson.

L’enquête fédérale

Le projet d’une commission d’enquête fédérale sur les femmes,les filles et les communautés LGBTQ+ autochtones disparues et assassinées a vu le jour en fin 2015. Cependant, plusieurs embûches ont limité le travail des commissionnaires. L’organisme avait demandé une extension de deux ans sur le déroulement de l’enquête et un budget supplémentaire de 50 millions de dollars afin de continuer les consultations régionales avec les communautés et les experts. 

La commission n’aura obtenu qu’un délai supplémentaire de six mois, délai dépassé en décembre passé. Les commissaires, comme Michèle Audette, la représentante québécoise, ont exprimé leur désarroi et leur incompréhension face à ce refus. Selon certain·e·s d’entre eux·elles, cette décision signifierait que la sécurité des filles, femmes et personnes LGBTQ+ autochtones passerait après d’autres intérêts politiques. Le rapport ainsi que les recommandations  seront dévoilés en avril prochain.

]]>
Monde francophone https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/monde-francophone-24/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/monde-francophone-24/#respond Tue, 19 Feb 2019 10:24:07 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33413 FRANCE

En France, le monde des médias est ébranlé par une affaire de harcèlement : on découvre le 12 février l’existence de la « Ligue du LOL », groupe Facebook responsable d’une campagne de cyberharcèlement ayant eu lieu entre 2009 et 2012. Il comptait, entre autres, plusieurs journalistes de Libération et des Inrockuptibles. À l’heure actuelle, les révélations et les témoignages de victimes se multiplient et beaucoup des internautes concernés se sont excusés par l’intermédiaire de Twitter. La très large majorité des victimes étant des femmes appartenant au milieu professionnel des concernés, cette affaire réveille le débat portant sur le harcèlement sexuel, débat qui était déjà sur toutes les lèvres fin 2017 lors du mouvement #MeToo et de sa variante française, #BalanceTonPorc.

 

HAÏTI

La crise politique se poursuit en Haïti, où le président, Jovenel Moïse, sort du silence après une semaine agitée de violentes manifestations qui ont coûté la vie à sept personnes depuis le 17 février. Lors d’une allocution officielle diffusée jeudi 14 février, deuxième journée de manifestations majeures, le président appelait à l’apaisement et au dialogue, tout en écartant fermement toute possibilité de démission. Le niveau de violence actuel a entre autres résultats celui d’isoler Haïti sur la scène internationale, sur laquelle elle occupe une place déjà fragile du fait de ses relations étroites avec le Venezuela. Le programme de soutien économique offert par le régime chaviste depuis 2010 est d’ailleurs l’une des origines de la colère populaire, après la mise en lumière par la Cour supérieure des comptes du détournement massif des sommes offertes par le gouvernement en place.

 

SÉNÉGAL

Le Sénégal, l’une des plus anciennes démocraties du continent africain, s’apprête à se rendre aux urnes le 24 février 2019. La campagne présidentielle bouleverse le paysage politique du Sénégal de par la reconfiguration des forces politiques : l’historique parti socialiste (parti de Léopold Senghor, au pouvoir de l’indépendance en 1960 jusqu’en 1998), ne participera pas à l’élection et se rangera, à la surprise générale, derrière Idrissa Seck, opposant au président sortant Macky Sall. Cette alliance entre les socialistes et la droite libérale semble n’avoir d’autre but que de faire front au pouvoir en place. De nombreuses figures populaires se sont vues empêchées de concourir, embourbées dans diverses affaires judiciaires.

]]>
https://www.delitfrancais.com/2019/02/19/monde-francophone-24/feed/ 0
Monde francophone https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/monde-francophone-23/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/monde-francophone-23/#respond Tue, 12 Feb 2019 14:27:19 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33294 Algérie

Le président Abdelaziz Bouteflika a annoncé qu’il allait tenter de se faire réélire pour la cinquième fois lors des élections qui se tiendront le 18 avril prochain. Âgé de 81 ans, M. Bouteflika ne fait plus d’apparitions publiques depuis l’accident vasculaire cérébral qui l’a affecté en 2013. Alors que les partis laïcs de sa coalition gouvernementale ont annoncé qu’ils allaient parrainer sa candidature, le principal parti d’opposition, le parti islamiste du Mouvement de la société pour la paix (MPS), considère que le président est inapte physiquement à gouverner et a l’intention de présenter une candidature. On s’attend aussi à ce que Ali Benflis, ancien premier ministre de Bouteflika et candidat malheureux aux élections de 2004 et 2014, se présente. Lors des dernières élections présidentielles, en 2014, M. Bouteflika avait obtenu 81,49% des suffrages sans participer à la campagne électorale.

Centrafrique

Un accord de paix a été signé à Bangui le 6 février dernier afin de tenter de mettre fin aux violences opposant diverses milices entre elles et au gouvernement. Le pays est en état de guerre civile depuis les violences religieuses qui ont chassé le président autocratique François Bozizé en 2013. L’accord, parrainé par l’Union Africaine, a été négocié pendant une dizaine de jours à Khartoum, capitale du Soudan voisin. Bien qu’il s’agisse du 8e traité de paix à être signé depuis 2013, le texte de Khartoum pourrait porter ses fruits : contrairement aux précédents, il a été négocié en présence de représentants de tous les plus grands groupes armés du pays.

Haïti

Des milliers de personnes ont manifesté le 7 février pour réclamer le départ du président Jovenel Moïse. Les manifestants reprochent au président un coût de la vie de plus en plus élevé et une inflation galopante, la gourde haïtienne ayant connu un taux d’inflation avoisinant les quinze points de pourcentage depuis deux ans. Jovenel Moïse est aussi empêtré dans un scandale de corruption le liant à la compagnie d’état vénézuélienne Petrocaribe, qui détient une fraction importante de la dette du pays : d’anciens politiciens et certains de ses proches sont accusés d’avoir détourné des centaines de milliers de dollars. Les manifestants ont paralysé en partie la capitale Port-au-Prince, forçant la fermeture d’écoles et de nombreux services publics. En plus d’être le deuxième anniversaire de l’entrée au pouvoir de M. Moïse, la date du 7 février est symbolique : il s’agit de celle à laquelle le dictateur Jean-Claude Duvalier a été renversé en 1986.

]]>
https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/monde-francophone-23/feed/ 0
Les Verts ont le vent dans les voiles https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/les-verts-ont-le-vent-dans-les-voiles/ Tue, 12 Feb 2019 14:20:07 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33290 De toutes les roches que Justin Trudeau peut avoir dans son soulier, la question environnementale est sans aucun doute une des plus grosses. La dichotomie reprochée au gouvernement libéral, entre ce qui est dit et ce qui est fait, a de quoi faire réagir la population, les ONG, les militants et même les journaux étrangers. Par exemple, un éditorial du New York Times titre « Justin Trudeau’s Two-Faced Climate Game » (« Le jeu à double face de Justin Trudeau sur le climat »), alors qu’un autre du Guardian opte plutôt pour « Stop swooning over Justin Trudeau. The man is a disaster for the planet » («Arrêtez de vous languir pour Justin Trudeau : il est mauvais pour la planète» ). De quoi mettre en valeur les propositions environnementales de partis considérés comme étant plus progressistes, tels que le Nouveau Parti Démocratique (NPD) et le Parti Vert du Canada (PVC).

Progressions et déclins

En vue des élections à venir, une augmentation du nombre de sièges de ces partis ne semble pas si saugrenue. Après tout, l’enjeu de l’écologie et des changements climatiques occupe depuis quelque temps une place de plus en plus importante dans la sphère médiatique et politique québécoise. Au niveau provincial, Québec Solidaire (QS) est devenu un groupe parlementaire entre autres en mettant ses mesures écologiques à l’avant-plan, alors que le Parti Vert du Québec s’est manifesté comme une option jeune et nouvelle (par exemple, la moyenne d’âge de ses candidats était de 34 ans).

De surcroît, un récent sondage commandé par Le Journal de Montréal met côte à côte le NPD (8%), le Parti Populaire du Canada (PPC) (6%) et le PVC (5%) dans les intentions de vote au Québec. Bien que prématurées et précaires, ces données semblent confirmer le déclin du NPD. En entrevue à CTV, Thomas Mulcair, ancien chef du NPD et ancien ministre de l’Environnement du Québec, a confié que le Parti Vert pourrait s’avérer être la parfaite option pour les « progressistes cherchant un refuge en ce qui a trait aux enjeux environnementaux ». Ce désaveu de l’ancien chef, nonobstant ses motivations sous-jacentes, pèse lourd sur la confiance de l’électorat envers le NPD.

Un mouvement pan-canadien

Par ailleurs, cette tendance verte est loin de ne se manifester qu’au Québec. Des articles parus ce mois-ci à travers le pays, tels que « Greens’ Day » (« Le jour des verts ») de Maclean’s ou « Elizabeth May croit le temps venu pour les verts » du Devoir, notent justement cette croissance, précisant notamment le fait qu’il y a présentement à travers les provinces dix députés verts (en Colombie-Britannique, au Nouveau-Brunswick, en Ontario,  à l’Île-du-Prince-Édouard et au gouvernement fédéral). En outre, Maclean’s souligne que, si d’autres pays réussissent à avoir davantage de sièges verts, c’est principalement parce que la majorité de ces pays ont adopté un système de scrutin proportionnel, ce qui n’est pas le cas présentement au Canada.

Il ne semble pas y avoir eu de réel examen de conscience post-Mulcair au sein du NPD. La principale difficulté du parti résidait (et réside toujours) dans son retour comme tiers parti, dans son positionnement au sein de la bipolarité Libéraux-Conservateurs. Elizabeth May et son parti ont pris la balle au bond, bénéficiant d’ailleurs de plus en plus de fonds. Ainsi, il  va sans dire que ce nouvel alignement politique pourrait, comme c’est arrivé dans de nombreux pays, laisser place cette année à un plus grand nombre de députés verts.

]]>
Post-colonialisme et néolibéralisme https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/post-colonialisme-et-neoliberalisme/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/post-colonialisme-et-neoliberalisme/#respond Tue, 12 Feb 2019 14:11:53 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33285 Le 9 février dernier, l’auditorium de la Faculté de droit était occupé par une cinquantaine de personnes, réunies autour d’une discussion sur l’Afrique dans l’ère néolibérale. L’évènement marquait la fin du week-end de conférences afro-centrées, intitulé « Africa Speaks » [L’Afrique Parle, ndlr], entièrement organisé par la Société des étudiants africains de McGill, en plein Mois de l’histoire des Noir·e·s.

Caractérisé par l’économie de marché, la dérégulation, la privatisation et la compétition, le néolibéralisme est un produit de l’Occident, dont les conséquences de son introduction sur le continent africain ont souvent été critiquées. Dans un monde toujours plus mondialisé et compétitif, la question centrale de la discussion était de savoir si l’Afrique avait vraiment le choix  ou non de suivre la route néolibérale, tracée par les pays du Nord.

La discussion était modérée par un élève de McGill, Abdel Dicko, étudiant en sciences politiques et en études africaines. Deux étudiants de troisième année figuraient également parmi les panélistes invités, Yves Abanda et Nicholas Toronga. Khalid Medani, directeur de l’Institut des études islamiques et Evan Kirigia, professeur d’anthropologie constituaient le reste du panel.

Les débuts du mouvement

La première partie de la discussion s’intéressait aux racines historiques du néolibéralisme, ainsi que les circonstances qui l’ont mené à s’implanter en Afrique. C’est la période post-Seconde Guerre mondiale qui semble avoir amorcé la naissance du néolibéralisme avec notamment les accords de Bretton-Woods, et la dérégulation du système financier international, ainsi que la création d’institutions telles que la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI).

C’est pendant les années 1960 que l’Afrique est exposé, pour l’une des premières fois, au néolibéralisme. Traversée par une vague d’indépendance et d’optimisme, de nombreux mouvements cherchent à renforcer la présence mondiale du continent. Les pays européens, expérimentant des taux de croissance élevés pendant les Trente Glorieuses, vont permettre aux États africains de financer leurs projets de développement grâce à de nombreux prêts.

Si les États africains s’industrialisent et connaissent une forte croissance dans les années 1960, ils s’engagent également dans un cycle d’endettement dont les retombées négatives perdurent jusqu’à aujourd’hui. En effet, dans les années 1980 et 1990, les économies africaines étaient largement déficitaires et c’est aussi durant cette période que les institutions financières du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale se réaffirment dans l’économie mondiale. Elles semblent être l’unique solution au problème de la dette africaine en proposant aux États endettés de nouveaux prêts, qui serviront à rembourser les pays européens créanciers. Seulement, les prêts ne sont pas octroyés sans condition : les pays receveurs doivent se plier aux strictes règles des programmes d’ajustements structurels. Réduction drastique des dépenses publiques (en santé, éducation, et social), privatisation des entreprises, dévaluation des devises monétaires sont quelques exemples des mesures promues par ces programmes. En bref, c’est véritablement à cet instant que l’Afrique a pris la tournure du néolibéralisme.

Réactions face à l’Histoire

La discussion s’est alors tournée vers l’évaluation critique de cette rencontre. Ces mesures néolibérales ont-elles bénéficié à l’Afrique? L’avis pessimiste était largement partagé par les quatre panélistes. Les programmes d’ajustements structurels, en négligeant les enjeux locaux et sociaux, ont dévasté les économies des pays receveurs et accéléré la paupérisation de la population. Finalement, peu de pays expérimenteraient une véritable augmentation de leurs richesses, et ces programmes deviendraient un fardeau de plus, qui multiplie la dette africaine par trois de 1980 à 1990.

Nicholas Toronga a soutenu que le néolibéralisme, dans cette perspective, était une « réinvention du colonialisme », en tant qu’il a réussi à reproduire un schéma d’extraction des ressources africaines vers les pays du Nord, en privilégiant l’export aux problèmes locaux. Le professeur Medani a souligné le décalage qui existait entre l’idéologie néolibérale et les valeurs promues dans la majorité des sociétés africaines. Le néolibéralisme est, selon lui, « inhumain », « amoral », relié à l’individualisme, l’égocentrisme tandis que la solidarité et le partage forment le socle de plusieurs cultures en Afrique. Les Africains du 21e siècle, tiraillés, essaient donc de réconcilier ces deux parties en permanence. Yves Abanda a insisté sur l’immoralité de la situation à laquelle les États africains faisaient face à la fin des années 1990 : contraints de prioriser le remboursement de leur dette plutôt que de répondre aux besoins de leur population.

Nicholas Toronga a soutenu que le néolibéralisme, dans cette perspective, était une « réinvention du colonialisme »,

Et maintenant ?

La discussion s’est ensuite orientée vers les différentes solutions du problème. Le Panafricanisme et le renforcement de la coopération africaine semblaient faire le consensus au sein des panélistes, mais il ne résoudra pas tout. Le secteur privé a également un rôle important à jouer selon les panélistes, qui pourrait concurrencer les qualités du gouvernement en matière de moteur de croissance. L’entrepreneuriat social doit continuer d’être promu, affirment-ils, et les économies africaines pourraient véritablement bénéficier d’un partenariat entre le privé et le public. Toutefois, espérer que le capitalisme et le néolibéralisme règlent les problèmes qu’ils ont eux-mêmes causés peut sembler vain.

l’Afrique est plus qu’une opportunité de commerce

Le continent africain a selon les panélistes les moyens de réécrire les règles du jeu, à commencer par la réappropriation des produits de son économie. En effet, la croissance actuelle observée en Afrique est davantage causée par des investissements étrangers que par des décisions africaines. Or, « l’Afrique est plus qu’une opportunité de commerce », a affirmé Evan Kiringia. Le continent se trouve à un point critique de son histoire où la radicalité doit être considérée : l’Afrique doit selon lui parvenir à internaliser sa croissance pour en bénéficier entièrement. « Il est temps de réinventer quelque chose de nouveau », a dit Yvan Abenda. L’élaboration d’un système d’échange davantage en phase avec la culture, les valeurs, et les traditions de la société africaine, dans toute sa diversité, peut sembler aussi bien utopique que réaliste. Mais les participants de la conférence affirment que son existence dépend de multiples variables qui se doivent d’être alignées. Le dialogue, le renforcement des institutions, la poursuite de la démocratisation, et la diversification des productions seraient nécessaires à l’écriture d’un futur économique prospère pour l’Afrique.

]]>
https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/post-colonialisme-et-neoliberalisme/feed/ 0
Safe spaces et liberté d’expression https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/safe-spaces-et-liberte-dexpression/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/safe-spaces-et-liberte-dexpression/#respond Tue, 12 Feb 2019 13:59:35 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33280 Sigal Ben-Porath, professeure d’éducation et de philosophie à l’Université de Pennsylvanie, est passée à McGill le 8 février dernier pour une conférence portant le nom de son livre, Free Speech on Campus. Elle explique dans cet ouvrage, et c’est le premier point qu’elle aborde lors de son intervention, qu’on ne peut définir un campus comme n’importe quel autre espace de la sphère publique. Ainsi, repenser la pratique de la liberté d’expression en son sein lui semblait nécessaire, alors que de nombreux conflits y étant liés se sont enchainés dans les campus américains au cours des dernières années.

Un espace unique

Bien que le campus universitaire soit public et démocratique, « les types de discours y sont différents que dans la sphère publique en général », affirme-t-elle. Alors que la sphère publique devrait demeurer neutre, c’est-à-dire, où l’on ne peut discriminer les différents discours selon leur contenu, « les campus constituent une entité entièrement séparée », du fait de la singularité de leur mission, englobant la recherche de la connaissance et la préparation à la démocratie. Seulement, cette mission, explique Sigal Ben-Porath, se serait transformée. L’on veut éduquer encore plus d’étudiant·e·s, et de manière plus diversifiée et les politiques mises en place dans l’ensemble de la sphère publique ne s’enlignent pas toujours avec cet objectif. C’est donc aux universités que reviendrait le devoir de promouvoir une « liberté inclusive », une liberté d’expression qui tend à être diversifiée et inclusive.

Pour atteindre cet objectif, la professeure témoigne du besoin fondamental de reconnaître l’inégalité des charges que portent les étudiant·e·s face à cet enjeu. Seulement après avoir admis ces disparités peut-on, selon elle, travailler à créer un climat d’expression inclusif.

Qu’est-ce-qu’un safe space?

La notion de climat sécuritaire, ou de « safe space  » peut être comprise de multiples façons, fait comprendre Sigal Ben-Porath. Le recteur de l’Université de Chicago, en 2016, avait envoyé une lettre à ses étudiant·e·s déclarant : «  Notre engagement en faveur de la liberté académique implique que nous ne soutenons pas les « trigger-warnings » (avertissement écrit ou oral qu’un concept abordé pourrait redéclencher un traumatisme psychologique, ndlr) », […] et ne tolérons pas la création de safe spaces intellectuels ». L’intention était de communiquer l’idée que l’Université ne devrait pas limiter la réflexion intellectuelle et devrait plutôt être un espace de prises de risques. Mais selon la professeure, il y aurait une distinction entre la prudence intellectuelle et la prudence face à la dignité de l’autre. La première, en effet, irait à l’encontre du développement académique, mais la deuxième serait impérative. Cette « dignitary safety » se traduirait par le fait de voir l’autre comme un égal, et comme un individu invité à participer à la conversation.

 Il y aurait une distinction entre prudence intellectuelle et prudence face à la dignité de l’autre. La première, en effet, irait à l’encontre du développement académique, mais la deuxième serait impérative

Priorité aux étudiant·e·s

Sigal Ben-Porath a beaucoup insisté sur le rôle primaire des étudiant·e·s, tout d’abord parce que les conversations importantes, au-delà de la salle de classe, se déroulent au sein de groupes étudiants et lors d’événements sociaux. Les groupes étudiants devraient, selon elle, avoir la mainmise sur qui ils veulent inviter sur leur campus. En septembre 2017, la société fédéraliste de l’Université de Pennsylvanie, un groupe d’étudiant·e·s conservateur·rice·s, invitait Heather MacDonald, auteure d’un livre clamant que la violence policière n’était qu’une idée fausse répandue par des groupes tels que Black Lives Matter. Rien n’a été fait pour l’empêcher de venir, mais une manifestation pacifique militant contre les positions de l’invitée et soutenant Black Lives Matter a été organisée en contrepartie devant le bâtiment. Cet exemple illustrerait sa vision d’une bonne utilisation de la liberté d’expression universitaire.

Tout de même, ajoute-t-elle, l’Université se doit d’assurer la sécurité de tous, par le biais de la police du campus, par exemple. Certaines des critiques de son livre, comme celle de The Economist, trouvent ses idées pertinentes mais leurs applications pratiques encore trop vagues. Au cours de la période de questions, beaucoup d’interrogations sont restées sans réponse : comment s’assurer que l’administration ne joue en faveur de personne en encourageant les initiatives de groupes étudiants? Jusqu’où devrait s’étendre le pouvoir des étudiant·e·s en termes de liberté d’expression? Ceux· celles-ci ne devraient par exemple pas, selon elle, avoir de pouvoir sur le contenu de leurs cours. La discussion reste donc inachevée.ξ

]]>
https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/safe-spaces-et-liberte-dexpression/feed/ 0
Ottawa bloque Legault https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/ottawa-bloque-legault/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/ottawa-bloque-legault/#respond Tue, 12 Feb 2019 13:57:14 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33276 Justin Trudeau a servi cette semaine à M. Legault et au gouvernement caquiste deux fins de non-recevoir. D’abord, mardi dernier, il a annoncé sans surprise qu’il ne céderait pas aux demandes unanimes des partis de l’Assemblée nationale de laisser le gouvernement québécois percevoir lui-même les impôts fédéraux.

Actuellement, depuis l’époque de Maurice Duplessis, le Québec est la seule province canadienne à percevoir elle-même ses impôts, ce qui fait en sorte que les citoyens québécois doivent payer pour deux agences de revenu différentes. Les quatre partis de l’Assemblée nationale, ainsi que les conservateurs et les bloquistes dans la Chambre des communes, se sont prononcés en faveur de ce transfert de compétences. Le Parti libéral du Canada (PLC) a argumenté que le gouvernement provincial n’aurait pas assez de ressources à l’international pour contrer efficacement l’évasion fiscale, contrairement au gouvernement fédéral. De surcroît, selon les libéraux et les néo-démocrates, transférer la perception des impôts fédéraux au gouvernement provincial aurait pour conséquence la perte des 5500 emplois de l’Agence du Revenu du Canada à Shawinigan et à Jonquière.

L’immigration reste au fédéral

Samedi dernier, le 9 février, Justin Trudeau  s’est opposé à un autre engagement fort du gouvernement Legault : la réforme du système d’immigration. Le ministre responsable de cette réforme, le jeune député de Borduas, Simon Jolin-Barette, avait déposé la veille en chambre la Loi visant à accroître la prospérité socio-économique du Québec et à répondre adéquatement aux besoins du marché du travail par une intégration réussie des personnes immigrantes. Ce projet de loi prévoit de redonner plus de compétences en matière d’immigration au Québec, entre autres de réintroduire l’octroi conditionnel de la résidence permanente afin de mieux contrôler la région d’arrivée des immigrants économiques. Le ministre fédéral des relations intergouvernementales, Dominic Leblanc, a presque aussitôt annoncé qu’Ottawa ne laisserait pas Québec obtenir ces prérogatives. François Legault a averti le premier ministre Trudeau, par l’intermédiaire des médias, qu’il paierait le prix politique de ces deux refus.

Retombées potentielles

Comme l’affirme François Legault, Justin Trudeau joue peut-être gros en s’opposant si catégoriquement à son homologue provincial. À moins d’un an des élections fédérales, grâce à la déconfiture dans les sondages du NPD, le Québec est la seule province dans laquelle les libéraux fédéraux espèrent encore faire des gains de sièges, alors qu’il recule dans toutes les autres provinces : de nombreux analystes et sondeurs affirment que dans l’état actuel des choses, seuls les sièges du Québec empêcheraient Justin Trudeau d’être défait par les conservateurs d’Andrew Scheer. Or, cette semaine, les refus du premier ministre l’ont assez mal fait paraître chez les partisans de Legault, d’autant plus qu’il doit aussi gérer le scandale autour de SNC Lavalin qui a éclaté autour de lui cette semaine.

Un sondage de la firme Léger Marketing sur les intentions de vote au Québec a révélé en début de semaine que les libéraux maintenaient toujours un fort niveau d’appuis, à 39 points de pourcentages. Il faudra voir si les évènements de cette semaine affecteront ces chiffres à long terme.

]]>
https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/ottawa-bloque-legault/feed/ 0
L’environnement décliné au féminin https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/lenvironnement-decline-au-feminin/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/lenvironnement-decline-au-feminin/#respond Tue, 12 Feb 2019 13:51:47 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33272 Le samedi 2 février avait lieu au pavillon J-A de Sèves de l’Université du Québec à Montréal la conférence « Récits de femmes autochtones dans les luttes environnementales », organisée par le comité féministe de sociologie de l’UQAM et le Collectif de Recherche en Aménagement Paysager et Agriculture Urbaine Durable (le CRAPAUD).

Animée par Karine Tayka Raymond, activiste autochtone issue de la nation Ojibwé du Manitoba, la présentation retraçait le parcours de sept femmes autochtones et leurs luttes respectives pour la protection de l’environnement. À travers les portraits de Pua Case, Josephine Mandamin, Winona LaDuke, Kathanus Manuel, Christine Nobis, Cheryl Angel et Louise Benally, chacune luttant pour une cause précise, le public a pu prendre conscience de l’importance des voix féminines dans l’activisme environnemental chez les nations autochtones.

Un engagement personnel

Selon les propos de Karine Tayka Raymond, l’engagement environnemental est intrinsèquement lié à l’éducation des jeunes filles et au rôle attribué aux femmes chez les peuples autochtones. Dès leur jeune âge, celles-ci développent auprès de leurs aînées, à travers l’apprentissage des savoir-faire traditionnels, une relation personnelle avec les mondes animal et végétal. Elles y apprennent à respecter l’environnement dans lequel elles évoluent et développent une compréhension accrue de ses écosystèmes, saisissant leur complexité et la fragilité de leurs équilibres.

Cette compréhension se cristallise en elles, les munissant d’une intuition et d’une connexion forte à leurs terres qui les vouent à ressentir « en leurs entrailles » tout mauvais traitement infligé à celles-ci. En nous décrivant ce lien si particulier qui unit les femmes autochtones à la nature qui les entoure, Karine Tayka Raymond nous assure qu’elle n’est pourtant pas encore tombée dans des considérations spirituelles ou mystiques, et qu’il s’agit là d’un phénomène bien réel. Toutefois, la conférencière confie qu’elle comprend que cette relation fusionnelle soit difficile à concevoir pour des scientifiques occidentaux, à qui elle ne pourrait fournir de preuves formelles et palpables de ce sentiment.

Femmes médiatrices

La discussion se poursuit et l’on comprend que, fortes de ce lien, ces femmes autochtones seraient incitées à agir contre la dégradation de leurs terres et sont d’autant plus déterminées à confronter les acteurs non autochtones de cette destruction, munies d’un sens profond de la médiation. Contrairement au discours patriarcal occidental qui aurait tendance à considérer la femme comme un être irrationnel et facilement submergé par ses émotions, les femmes autochtones seraient au contraire perçues dans leurs nations comme la voix de la raison, aptes à maîtriser leurs émotions pour résoudre au mieux d’éventuels conflits nourris par les hommes aux tendances colériques. C’est pourquoi les femmes autochtones sont dépeintes comme des intermédiaires de choix pour faire valoir les droits de leur nation auprès d’étrangers aux intentions hostiles. La conférencière illustre ensuite son analyse par le récit des protestations survenues en 2016 sur le territoire de la réserve américaine Standing Rock, en opposition à la construction du Dakota Access Pipeline. Présente sur les lieux au moment des faits, Karine Tayka Raymond raconte que, lorsque les bulldozers occidentaux ont entamé leurs travaux sur le site d’un ancien cimetière autochtone, les femmes réunies non loin auraient été les premières à se mobiliser et ont accouru sans tarder, traversant la rivière gelée pour arrêter les ouvriers situés sur l’autre rive, tandis que les hommes autochtones les talonnaient et restaient à leurs côtés.

Prise de conscience

À en croire les regards incrédules qui se propageaient à travers l’audience et l’effervescence de la séance de questions ayant clôturé cette conférence, l’initiative mise en place à l’UQAM a visiblement accompli sa mission d’éveiller les consciences quant au rôle des femmes autochtones dans les luttes environnementales, et dans le contexte actuel de l’éventuelle construction d’un oléoduc sur les territoires autochtones de la nation Unist’ot’en. Elle a aussi pu souligner l’importance du lien qui unit les populations autochtones à leurs territoires et rappeler l’impératif qu’est celui de respecter ce lien pour assurer une cohabitation paisible sur des terres qui n’ont jamais été cédées.

]]>
https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/lenvironnement-decline-au-feminin/feed/ 0
Nouveau processus pour les clubs https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/nouveau-processus-pour-les-clubs/ Tue, 12 Feb 2019 13:46:49 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33268 Selon les deux représentant·e·s des clubs siégeant au Conseil législatif, Zaheed Kara et Victoria Flaherty, des changements au processus de formation de clubs sont nécessaires afin d’éviter que des clubs « fantômes » ne consomment inutilement les ressources de l’Association Étudiante de l’Université McGill (AÉUM, SSMU en anglais, ndlr). Plusieurs clubs sans véritable gouvernance durable auraient obtenu par le passé le statut de pleine affiliation avec l’AÉUM, ce qui a en grande partie motivé cette révision des critères nécessaires pour bénéficier de cette affiliation.

Toutefois, plusieurs autres conseillers, dont le vice-président aux finances, Jun Wang, ont fait remarquer qu’afin de réduire les dépenses, il serait plus judicieux de modifier les critères requis pour l’obtention du statut de club intérimaire, puisque tout club intérimaire bénéficie, au même titre qu’un club permanent, d’un compte bancaire et d’autres services sous l’AÉUM (tout groupe désirant obtenir sa pleine affiliation doit d’abord passer à travers la période intérimaire de six mois, ndlr) . La motion a donc été remise au prochain Conseil, où elle sera présentée avec des modifications additionnelles aux critères d’obtention du statut de club intérimaire.

À ne pas combler

Tout comme l’an dernier, l’AÉUM n’acceptera pas de candidatures pour le poste de vice-présidence aux opérations. Ce poste avait été créé en 2016 dans le but de gérer le bar Gertz ainsi que la cafétéria étudiante (la cafétéria étudiante a mis fin à ses services après avoir été en déficit, ndlr). Selon le président, Tre Mansdoerfer, les responsabilités qui y sont attachées n’ont pas été sujettes à longue réflexion à l’époque et il n’est pas prudent de déléguer la gestion de ces services à une personne élue pour un an, alors qu’il existe des employé·e·s permanent·e·s à cette fin. Il a mentionné la possibilité de restituer le poste si, une fois le bâtiment de l’AÉUM rouvert, son utilité demeure.

Messages non désirés

À la suite d’un amendement à la motion pour adopter les changements aux règles électorales, les candidat·e·s à un poste de l’AÉUM pourront envoyer des messages personnels à d’autres étudiant·e·s afin de solliciter leur vote. L’amendement a été proposé par l’un des représentants de la Faculté des arts, Andrew Figueiredo, et soutenu par plusieurs autres conseiller·ère·s, selon qui les messages personnels encouragent la participation au processus démocratique. Il a été aussi défendu que ces messages ont potentiellement contribué à l’augmentation du taux de participation électorale par rapport à l’année précédente. Il a également été signalé qu’il existe déjà une clause anti-harcèlement dans les règlements électoraux, ce qui protège les étudiant·e·s en cas de messages répétés ou agressifs.

Action contre l’antisémitisme

À l’issue d’un vote, Brooke Callaghan, représentante de la Faculté de Gestion, représentera le Conseil législatif au Comité du Conseil législatif et du Conseil d’administration sur l’antisémitisme (Joint Board of Directors and Legislative Council Special Committee on Anti-Semitism, en anglais, ndlr). Malgré l’absence de l’un·e des candidat·e·s au poste, le vote a été tenu afin que le Comité puisse commencer ses réunions.

]]>
Un lanceur d’alerte congédié https://www.delitfrancais.com/2019/02/05/un-lanceur-dalerte-congedie/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/05/un-lanceur-dalerte-congedie/#respond Tue, 05 Feb 2019 15:52:24 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33213 Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation a dû se défendre cette semaine pour avoir personnellement autorisé le congédiement d’un employé de son ministère. On reproche à Louis Robert, un agronome au service du gouvernement depuis plus d’une trentaine d’années, d’avoir manqué de loyauté envers son employeur. Dans les faits, M. Robert a collaboré l’an passé avec un journaliste de Radio-Canada pour mettre au grand jour un scandale d’ingérence de lobbys privés dans la recherche financée par le gouvernement en agronomie.

Ingérence dans la recherche

L’organisme où M. Robert travaille, le Centre de recherche sur le grain (CÉROM), est un centre œuvrant sur les questions qui touchent à la production de maïs-grain, de céréales et des plantes oléoprotéagineuses au Québec. Il compte une vingtaine d’employés, dont une dizaine de chercheurs. Leurs travaux portent, entre autres, sur les différents cultivars,  les espèces nuisibles et  l’utilisation de produits chimiques dans les champs. Bien que le CÉROM soit complètement financé par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation,  il est contrôlé par un conseil d’administration comptant des membres provenant du secteur privé.

Or, l’an dernier en mars, un reportage de Radio-Canada avait exposé que ce conseil était composé en grande partie de représentants de producteurs ou même de compagnies produisant des pesticides. Des chercheurs s’étaient alors plaints d’avoir été entrainés à  ne pas publier des résultats de recherche pouvant nuire aux intérêts privés des membres du conseil d’administration. Une note ministérielle avait même fait état de conflits d’intérêts et d’ingérence des membres du CA dans les méthodologies de recherche et dans la diffusion des résultats. Une vague de démission avait frappé le CÉROM en mai 2017.

Congédiement

Suite aux révélations de Radio-Canada, le ministère de l’Agriculture avait été obligé d’apporter des changements à la structure du CÉROM afin de diminuer l’influence du secteur privé sur la recherche publique. Une traque avait néanmoins été menée au CÉROM pour trouver l’origine de la fuite, aboutissant en janvier au congédiement de Louis Robert, ayant effectivement fourni aux journalistes de Radio-Canada des informations concernant le centre, après avoir dénoncé la situation à ses supérieurs sans avoir été écouté. C’est le 30 janvier, en marge du caucus de la CAQ, que le ministre de l’Environnement André Lamontagne a d’abord mentionné avoir autorisé le congédiement, se disant « très à l’aise » avec sa décision et l’attribuant à des problèmes non connus du public. Toutefois, selon le journaliste de Radio-Canada, Thomas Gerbet, la lettre de congédiement ne comportait aucune mention d’un autre motif que l’insoumission de Louis Robert face à son employeur. Le Parti Québécois et Québec Solidaire ont réclamé que l’agronome soit réembauché par le ministère de l’Agriculture.

Une protection légale

Louis Robert pourrait bien parvenir à être réembauché par le ministère de l’Agriculture en passant par les tribunaux : en effet, une loi adoptée par le précédent gouvernement libéral protège les lanceurs d’alerte. Bien que celle-ci accorde une protection moins importante à ceux qui divulguent des informations aux médias ou au grand public qu’à ceux qui font une campagne en interne, elle pourrait couvrir le cas de l’agronome car les informations qu’il a transmises concernaient des risques pour l’environnement.

]]>
https://www.delitfrancais.com/2019/02/05/un-lanceur-dalerte-congedie/feed/ 0
Monde francophone https://www.delitfrancais.com/2019/02/05/33203/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/05/33203/#respond Tue, 05 Feb 2019 15:46:07 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33203 RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Une épidémie de virus Ebola sévit depuis plus de quatre mois dans la province du Nord Kivu, en République Démocratique du Congo. Bien que les médecins disposent d’un vaccin expérimental contre la maladie, contrairement à lors de l’épidémie en Afrique de l’Ouest il y a cinq ans, il est difficile pour le personnel médical de l’administrer à la population, sceptique quant à l’efficacité du vaccin. La région du Nord Kivu est notablement en proie à des violences entre le gouvernement et des groupes armés depuis la fin de la deuxième guerre du Congo, en 2003. Le refus de certaines milices de laisser rentrer le personnel de santé gouvernemental et international rend particulièrement difficile le contrôle de l’épidémie dans ces zones.

 

CÔTE D’IVOIRE  &  BELGIQUE

A la demande de la Cour pénale internationale (CPI), la Belgique a accepté d’accueillir l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, étant donné que la famille de ce dernier habite en Belgique. La CPI, qui a acquitté le 15 janvier M. Gbagbo de crimes contre l’humanité, veut s’assurer que l’ancien président restera à la disposition de la Cour en cas d’appel. On reproche à l’ancien président d’avoir orchestré des violences contre des opposants et des manifestants entre 2010 et 2011, alors qu’il tentait de se maintenir au pouvoir suite à des élections présidentielles perdues. Le parquet attend la déclaration écrite des juges pour décider s’il y aura une procédure d’appel ou non.

 

FRANCE

L’Assemblée nationale a débattu cette semaine sur un texte de loi visant à restreindre les violences commises par les manifestants. La proposition est appuyée par la majorité parlementaire, le parti centriste de la République en Marche, et par le principal parti de droite, Les Républicains. Toutefois, divers parlementaires de gauche ont dénoncé une loi circonstancielle, conçue selon eux pour nuire au mouvement des gilets jaunes qui perdure dans l’Hexagone. Un article permettant à un juge d’interdire à des individus de manifester a aussi été très critiqué; plusieurs, même au sein de la droite, considèrent qu’il s’agit d’une atteinte à la liberté de manifester. Les députés devraient terminer de voter sur le projet de loi le 5 février.

]]>
https://www.delitfrancais.com/2019/02/05/33203/feed/ 0
Une francophonie mise de côté https://www.delitfrancais.com/2019/02/05/une-francophonie-mise-de-cote/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/05/une-francophonie-mise-de-cote/#respond Tue, 05 Feb 2019 15:37:36 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33200 L’événement sportif et culturel, organisé sous le chapeau de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et rassemblant des jeunes francophones de 88 États, était censé avoir lieu dans les villes de Moncton et Dieppe, au Nouveau-Brunswick. Le retrait de la province intervient suite à plusieurs allusions à ce sujet par le nouveau premier ministre Blaine Higgs, issu du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick.

Contraintes financières

Le gouvernement néo-brunswickois cite le budget comme étant le principal facteur motivant ce choix. En 2015, suite à leur déclaration que Moncton et Dieppe hébergeraient l’événement, l’OIF avait annoncé que les coûts associés seraient de 17 millions de dollars. Toutefois, en novembre 2018 ce montant a été augmenté et a atteint les 130 millions. Le gouvernement fédéral avait promis de fournir la même quantité de fonds que la province, ce qui restait insuffisant selon le gouvernement Higgs. Le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (une association défendant les droits des francophones et des Acadiens de la province), Robert Melanson, a déploré la stratégie du gouvernement fédéral, faisant remarquer que « [le Nouveau-Brunswick] est une province avec une population équivalente à celle de la ville de Québec » qui ne pourrait jamais se permettre de payer même la moitié de 130 millions.

Un événement rassembleur

Les Jeux de la francophonie ont eu lieu pour la première fois en 1989 à Casablanca et Rabah, où se sont rencontrées 39 délégations. Depuis, les Jeux se déroulent tous les quatre ans, alternant entre les pays du Nord et du Sud. Cet aspect, selon l’OIF, est crucial, puisqu’il permet à des pays qui n’accueilleraient pas habituellement un tel événement de le faire, « alors que la quasi-totalité des compétitions internationales se déroule dans des pays du Nord ou « développés » ». Les Jeux présentent un volet sport ainsi qu’un volet culture, tous deux munis d’une limite d’âge, permettant à la jeunesse francophone de pratiquer une multitude de disciplines. Le Nouveau-Brunswick aurait hébergé la 9e édition de cet événement.

Les Acadiens indignés

Robert Melanson a qualifié la décision du gouvernement Higgs de « catastrophe pour les Acadiens », qui perdent ainsi la chance d’héberger un événement rassemblant la communauté francophone internationale. Certains soutiennent que cette résolution s’inscrit dans la foulée de plusieurs autres décisions parfois qualifiées de francophobes, comme l’annulation par Doug Ford, premier ministre de l’Ontario, du projet de l’Université de l’Ontario français, ou encore la proposition – qui n’a finalement pas été adoptée – du gouvernement Higgs de ne plus obliger toutes les ambulances de la province à contenir au moins un·e ambulancier·e bilingue. Mélanie Joly, ministre canadienne du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, a d’ailleurs déclaré qu’ « encore une fois, nous voyons malheureusement un gouvernement conservateur qui délaisse son leadership en matière d’enjeux francophones ».

L’OIF rassure

Malgré tout, l’OIF a indiqué dans un communiqué être « confiante  » quant au fait que les Jeux de la francophonie auront bien lieu en 2021 comme prévu. Le pays d’accueil reste encore à déterminer, mais devra être « du Nord », puisque les derniers Jeux ont eu lieu en Côte d’Ivoire en 2017.

]]>
https://www.delitfrancais.com/2019/02/05/une-francophonie-mise-de-cote/feed/ 0
Un capitalisme durable ? https://www.delitfrancais.com/2019/02/05/un-capitalisme-durable/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/05/un-capitalisme-durable/#respond Tue, 05 Feb 2019 15:33:34 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33196 Le 25 janvier dernier a eu lieu la Conférence sur le Commerce Durable de Desautels (Desautels Business Conference on Sustainability) organisée par le DSN (Desautels Sustainability Network) et le MUS (Management Undergraduate Society) à laquelle 26 conférencier·ères ont témoigné de leurs expériences dans les milieux politiques, entrepreneuriaux ou universitaires, liés au monde du développement durable. Tou·te·s étaient réuni·e·s autour d’un sujet : comment faire des entreprises les acteurs d’un impact social et environnemental positif et réconcilier la fracture tacite entre éthique et profit?

Une des discussions majeures était animée par quatre responsables des affaires environnementales et sociales de grandes entreprises comme Bell ou le CN (Canadian National Railway), qui influencent la vie quotidienne d’environ 99% de Québécois·es et d’un grand nombre de personnes ailleurs dans le monde. Chaque intervenante a expliqué ses intérêts, parfois paradoxaux. L’une d’entre elles, passionnée par le développement durable, a étudié la géographie à McGill, puis a choisi le commerce. Elle a expliqué avoir quitté le monde des ONG pour celui des entreprises en raison de la force d’impact de ces dernières. En effet, leur large nombre de fournisseurs et de consommateur·rice·s leur donne un pouvoir d’influence considérable sur les conditions de production et les comportements de consommation. De plus, l’environnement compétitif rendrait les processus plus rapides que ceux des ONG ou des instances politiques. Une autre intervenante, formée au HEC Montréal, annonce dès le début sa « passion pour le profit » et livre un message important : choisir de respecter les ressources naturelles n’est pas nécessairement synonyme de sacrifier le gain financier, au contraire. Prendre des décisions commerciales « durables », c’est donner la priorité au profit à long terme sur celui à court terme, et, par conséquent, assurer la pérennité de son commerce.

Le profit et l’éthique

Le contraste d’intérêts de ces deux interlocutrices cristallise le point clé de la conférence : prouver que le profit et l’éthique peuvent et doivent travailler ensemble, car chacun y trouve son avantage, sans devoir sacrifier l’un ou l’autre. Il s’agit donc de faire collaborer les différentes motivations. Au niveau microsocial, cela veut dire, par exemple, de faire des ponts entre les différentes facultés de McGill pour que les étudiant·e·s en Arts, en Sciences et en Commerce travaillent de pair. Le coprésident de la DSN, Maxime Lakat, a d’ailleurs précisé que 70%  des étudiant·e·s présent·e·s ce jour-là étudient à Desautels, tandis que le reste vient principalement des programmes de développement international, d’environnement et de droit. Comment cette conférence a-t-elle pu les rejoindre ? Il semblerait que ceux et celles en commerce aient bénéficié d’une nouvelle perspective des processus de production qui leur dit que « l’homo-economicus », l’entrepreneur·se prospère qui prend des décisions rationnelles liées à la taille du gain financier, peut et doit inclure le facteur de durabilité de ses ressources pour augmenter son gain futur. Les autres étudiant·e·s se voient rappelé·e·s que l’éthique environnementale et sociale doit être formulée en termes économiques de « profit à long terme » pour toucher les entreprises. Il s’agit d’apprendre à parler le langage commercial pour diriger l’énorme bras armé des grandes compagnies vers la transition écologique, car elle ne se fera pas sans elles.

L’éthique environnementale

Il y aurait donc, selon les conférencier·ère·s, un moyen de rendre le profit plus éthique, ou de rendre l’éthique profitable en priorisant les réflexions sur le long terme et la coopération des motivations. Toutefois, peut-on imaginer un « capitalisme durable » qui n’aurait qu’un impact positif sur les humain·e·s et la nature ? En effet, les décisions motivées par les bénéfices d’un profit à long terme pourraient valoir mieux que celles à court terme, mais arrivera-t-on jamais à des décisions déterminées par la priorité d’un impact positif sur nos écosystèmes?

]]>
https://www.delitfrancais.com/2019/02/05/un-capitalisme-durable/feed/ 0
Un mois pour l’histoire des Noir·e·s https://www.delitfrancais.com/2019/02/05/un-mois-pour-lhistoire-des-noir%c2%b7e%c2%b7s/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/05/un-mois-pour-lhistoire-des-noir%c2%b7e%c2%b7s/#respond Tue, 05 Feb 2019 15:31:15 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33191 C’est dans le fastueux pavillon du McGill Faculty Club que près d’une centaine de personnes se sont réfugiées afin d’assister à la cérémonie d’ouverture du Mois de l’histoire des Noir·e·s à McGill, alors qu’un vent glacial soufflait sur la rue McTavish.

C’est d’ailleurs le premier regret qu’a exprimé George Elliott Clarke, poète de renom invité pour tenir le discours inaugural de la cérémonie. « Le Mois de l’histoire des Noir·e·s ne devrait pas être en février », a-t-il déclaré en amorce de sa prise de parole. Outre les raisons météorologiques évidentes, il a tenu à justifier cette considération en revenant un peu sur l’historicité de cette tradition qui célèbre l’histoire des Noir·e·s en Amérique du Nord. À l’origine, c’est l’historien américain Carter G. Woodson qui, dans les années 1920, fût à l’origine de ce que l’on appela The Negro History Week. Il désigna alors la deuxième semaine de février comme idéale pour un tel projet, celle-ci coïncidant avec les anniversaires d’Abraham Lincoln et de Frederick Douglass, esclave affranchi dont les écrits racontent son vécu et ses combats pour l’abolition.

Ainsi, il semble aisé de comprendre le questionnement de George Elliott Clarke quant au choix de célébrer, ici, au Canada, ces mémoires de l’histoire des Noir·e·s en se reposant sur une historicité propre aux États-Unis. S’inscrire dans une historiographie et une territorialité aussi approximative empêcherait selon lui une véritable réflexion menée sur la question afro-canadienne qui existe en elle-même, et non uniquement en écho à celle « afro-états-uniennes ». Celui-ci suggère le mois d’août pour un Mois de l’histoire des Noir·e·s propre au Canada, car c’est le 28 août 1833 que la  loi de l’abolition de l’esclavage dans les colonies britanniques reçut l’assentiment royal. Sans oublier que, dans la chaleur de l’été, les évènements seraient sûrement plus nombreux et plus festifs.  Cependant, ce ne sont ni la neige ni le vent qui auront empêché le Réseau des étudiants noirs (BSN, ou Black Students Network en anglais, ndlr) ainsi que le Bureau de l’éducation en équité sociale et diversité (SEDE, ou Social Equity and Diversity Education Office en anglais, ndlr) d’organiser une série de conférences et de discussions tout au long du mois sur le campus de l’université. Shanice Nicole, qui présentait la cérémonie, n’a pas manqué de remercier l’ensemble des organisateur·rice·s qui permettent la tenue de la troisième édition du Mois de l’histoire des Noir·e·s à McGill.

Les savoirs révolutionnaires

Malgré une cérémonie tenue en grande majorité en anglais, l’auditoire francophone a eu la chance d’assister à la présentation de l’invité d’honneur de la cérémonie par le professeur de littérature Mbaye Diouf qui a souhaité, lors de sa prise de parole, revenir sur quelques notions importantes quant à la commémoration de l’histoire des Noir·e·s. Il a notamment insisté sur l’importance d’interroger un concept central : celui de race. Présentée comme une notion dynamique car elle se redéfinit systématiquement au cours de l’histoire des contacts des peuples, des politiques d’État ou d’idéologies, le professeur Diouf a mis en lumière la nécessité des littératures postcoloniales dont George Elliott Clarke était, ce soir-là, l’ambassadeur.

« Lire et actualiser les écrits de Clarke », telle est la tâche intimée à l’auditoire. Et en effet, le poète et dramaturge Canadien Métis dont on ne compte plus les prix littéraires se présente comme un homme racisé en tant que Noir et socialisé en tant qu’ Africindian. À l’intersection de ces identités opprimées sur le territoire canadien, le poète a livré, vendredi soir, une véritable tribune en faveur de l’engagement intellectuel et de la connaissance de l’histoire des communautés opprimées, ponctuant son discours par l’épanaphore, «I know I should read some poetry »(Je sais que je devrais vous lire un peu de poésie).  C’est, à priori, pour cette raison qu’il avait été invité. Mais George Elliott Clarke a préféré s’attarder, avec éloquence, sur une réflexion beaucoup plus large qui appelait l’assistance à ne pas ignorer sa propre histoire, à choisir de la confronter sans excuses et sans embarras, en particulier dans le cadre universitaire. « The most revolutionary thing that you can do is to be a scholar, a historian, a teacher or an artist that addresses history » (la chose la plus révolutionnaire que vous pouvez faire, c’est devenir un chercheur, un historien, un professeur ou un artiste qui se confronte à l’Histoire) a-t-il conclu vers la fin de son intervention.

Une tradition débattue

Certes, le Mois de l’histoire des Noir·e·s semble être devenu, au Canada comme aux États-Unis et en Grande-Bretagne, une institution, une tradition inébranlable pour laquelle les associations, les universités et les médias ont un engouement enthousiaste. Cependant, cet événement, presque devenu un rite mémoriel, a toujours suscité des débats au sein des communautés noires nord-américaines et britanniques.

Dans un article écrit pour The Guardian, la journaliste Afua Hirsch regrette deux principaux aspects de cette célébration. D’une part, elle insiste sur l’importance de se rappeler des raisons pour lesquelles, à l’origine, la Semaine de l’histoire des Noir·e·s avait été organisée. Il s’agissait de pallier au manque de représentation de la diaspora noire, entre autres dans les cours d’histoire, de l’école primaire jusqu’à l’université. Aussi, on déduit que l’initiative visait à terme une incorporation de ces histoires minorisées par les pratiques académiques de la discipline. Cependant, la journaliste met en évidence que malgré cette emphase portée le temps d’un mois, l’histoire des Noir·e·s demeure souvent marginalisée dans les programmes scolaires. Les minces options de cours en African American Studies  (Études afro-américaines, ndlr) à McGill en sont, d’ailleurs, le reflet.  De plus, Afua Hirsch s’attarde sur la manière dont l’histoire des Noir·e·s est traitée lors de ce mois de commémoration. Ainsi, elle dénonce une vulgarisation de ces histoires et interroge ses lecteurs : est-ce que le Mois de l’histoire des Noir·e·s peut être plus qu’un culte des héros et héroïnes (que sont Muhammad Ali, Rosa Parks ou encore Martin Luther King)? Non pas que leurs commémorations soient obsolètes, mais elles ne doivent pas, selon elle, devenir un vecteur d’invisibilisation de la diversité des histoires des communautés Noir·e·s qui certes, convergent face au vécu de l’oppression suprémaciste blanche, mais dans des dimensions historiographiques très variées dont la complexité mérite une attention bien spécifique.

Le mythe de l’universel

Enfin, pour faire écho aux propos du professeur Diouf et à la place centrale du concept racial dans ce débat, l’on peut rappeler que James Baldwin, dans les années 1980, avait évoqué l’idée, sans ironie, de créer une Semaine de l’histoire des Blancs.  Cela  pouvait paraître paradoxal si on considère que celle-ci est perpétuellement célébrée, étudiée dans le champ académique. Mais en réalité, Baldwin faisait une critique du postulat selon lequel il ne serait jamais nécessaire de préciser que l’on étudie une période historique du point de vue des personnages blancs qui en ont été les acteurs. La nécessité de mois de l’histoire des Noir·e·s viendrait du fait que la neutralité, dans le monde universitaire (mais pas uniquement), est toujours considérée comme blanche. En revanche, lorsque les acteur·ice·s d’un mouvement historique sont noir·e·s, c’est là que la spécificité deviendrait nécessaire, comme si l’histoire des Noir·e·s n’était qu’une sous-catégorie de l’Histoire en général. Baldwin dit alors, le 10 décembre 1986, face au National Press Club à Washington : « Quand je suggère une Semaine de l’Histoire Blanche, je ne suis pas en train de proposer une parodie de la Semaine de l’Histoire Noire. Je veux dire que la vérité au sujet de ce pays est enfouie dans les mythes que les Blancs ont sur eux-mêmes». Par son propos, ce mythe, précisément, semble témoigner de cette certitude de la société blanche qu’elle a le monopole de l’universalisme face au reste du monde, dont l’histoire ne mériterait d’être étudiée que le temps d’un mois.

]]>
https://www.delitfrancais.com/2019/02/05/un-mois-pour-lhistoire-des-noir%c2%b7e%c2%b7s/feed/ 0