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	<title>Rose Langlois - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
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		<title>Un voyage dans le Nord</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>
		<category><![CDATA[adaptation]]></category>
		<category><![CDATA[COVID-19]]></category>
		<category><![CDATA[pièce de théatre]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[solitude]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour sur la pièce La version qui n’intéresse personne.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">C’est l’histoire d’une femme, c’est l’histoire d’un chien, c’est l’histoire d’une société. C’est l’histoire de tous, une histoire de rejet injustifié, d’ostracisation, de solitude. Bienvenue dans <em>La version qui n’intéresse personne. </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un décor anarchique </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En entrant dans la salle, le décor coupe le souffle. De longs rideaux ondulent dans la lumière pour créer un effet éblouissant et une structure réplique des montagnes qui s’élèvent sur l’arrière de la scène. Sur les côtés, des lampes, des bibliothèques pleines à craquer, un matelas, une toilette, un réfrigérateur, une table. Les composantes du décor sont toutes aussi hétéroclites que l’on pourrait s’y attendre pour une pièce punk et anticonformiste : tout crie le chaos dans lequel l’histoire nous plongera et annonce le début d’un voyage tumultueux et poignant.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Là où l’espoir s’en va mourir </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La version qui n’intéresse personne</em> est basée sur le roman éponyme par Emmanuelle Pierrot qui raconte l’histoire de Sacha, 18 ans, partant pour Dawson City, au Yukon avec son meilleur ami Tom : leur relation est ambiguë, ils sont inséparables, deux parties d’une même âme. Là-bas, ils découvrent une liberté inespérée, une échappatoire pour tous leurs maux, un endroit où, enfin, ils sont à l’abri du reste du monde. Dawson City est la ville des punks, des anarchistes et des hors-la-loi. Un endroit où la famille se crée au fil des soirées au bar, des chiens adoptés, des <em>trips </em>de MDMA et des <em>jobines </em>pour payer le loyer. Mais quand Sacha tombe amoureuse d’un autre, Tom est consumé par la jalousie. Alors que la pandémie de la COVID-19 commence, Dawson City devient un enfer pour Sacha qui cherchait un paradis. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un jeu puissant </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur scène, Mélissa Iguer (Sacha) joue les émotions viscérales que son personnage ressent à la perfection : le jeu est dans le corps et dans la voix, jusque dans les plus petits gestes. Le rire part du ventre jusqu’à en devenir contagieux, les hurlements de détresse nous secouent les entrailles, chaque coup d’œil vers l’un des interprètes est voulu. Ses collègues suivent la cadence : la voix magnifique de Lyraël Dauphin (Jade) envoûte, l’énergie de Karl Bobanovits (Tom) est contagieuse. La gamme d’émotions est large : du rire aux larmes, de la colère fulgurante au doux brouillard des drogues, les acteur·ices nous transportent dans l’univers des anarchistes mis au ban de la société. Dawson City prend vie à travers les interprètes qui lui donnent ses couleurs avec succès.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un miracle de mise en scène </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Marie-Claude St-Laurent, à l’adaptation, et Marie-Ève Milot, à la mise en scène, réussissent le pari de condenser un livre de 368 pages en une pièce de 2 h 15 sans que les péripéties ne soient précipitées. La narration du roman est conservée à travers les petits apartés de Sacha pour garder le rythme effréné du récit, qui représente le besoin primal de la narratrice de ne « pas fermer sa gueule de chienne ». À ce propos, Luna, la chienne de Sacha, est magnifiquement bien mise en scène. À travers une mascotte qui prend vie, l’importance de la « louve » de Sacha est conservée comme dans le récit originel, nous faisant oublier la comédienne qui se cache derrière l’animation de cet animal. </p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’affiche jusqu’au 17 octobre au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, <em>La version qui n’intéresse personne</em> promet de bouleverser le quotidien de ses spectateurs. Une pièce qui parle des maux de notre époque, de notre monde, et des violences qui s’y passent juste sous nos yeux. Une pièce militante dans son essence, qui transcende la simple performance théâtrale grâce aux artistes qui brandissent avec fierté un drapeau palestinien et un keffeh. Un cri du cœur pour la bienveillance humaine.</p>
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		<title>Célébrer la culture d’ici</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/celebrer-la-culture-dici/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[culture autochtone]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
		<category><![CDATA[sensibilisation]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La culture autochtone à l’honneur.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Le 18 septembre, le <a href="https://www.mcgill.ca/indigenous/channels/event/indigenous-awareness-weeks-2026-374136" data-type="link" data-id="https://www.mcgill.ca/indigenous/channels/event/indigenous-awareness-weeks-2026-374136" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">25<sup>e</sup> pow-wow annuel</a> battait son plein sur le campus Macdonald pour célébrer le début des Semaines de sensibilisation aux cultures autochtones. L’événement se tient jusqu’au 30 septembre et propose un grand nombre d’activités sur les deux campus de McGill, comme des ateliers de design de vêtements traditionnels, des parties de soccer amicales et des panels de discussion avec différents experts. Pour célébrer,<em> Le Délit</em> vous propose une sélection de lectures et d’artistes à découvrir pour mettre la culture autochtone à l’honneur!</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Kuessipan </em>de Naomi Fontaine </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce roman publié en 2011 explore la vie quotidienne sur une réserve innue. À travers une narration en fragments, Fontaine nous fait découvrir la beauté du monde et la violence silencieuse qui nous entoure, les détails qui nous remplissent d’espoir et la lourdeur de l’Histoire qui s’acharne à effacer les communautés autochtones. Le roman a remporté le Combat national des livres de Radio-Canada en 2025 et a été adapté en un film en 2019. L’œuvre est également disponible gratuitement en livre audio sur la plateforme <a href="https://ici.radio-canada.ca/ohdio/livres-audio/41585/kuessipan" data-type="link" data-id="https://ici.radio-canada.ca/ohdio/livres-audio/41585/kuessipan" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">OhDio</a> de Radio-Canada.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Je suis une maudite sauvagesse (Eukuan nin matshi-manitu innushkueu)</em> d’An Antane Kapesh </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Publié en 1976, ce livre a trop longtemps été poussé dans l’oubli. Réédité en 2019 par les éditions Mémoire d’encrier et préfacé par Naomi Fontaine, cet essai offre un témoignage puissant de la réalité autochtone au Canada : la violence, les abus et l’effacement perpétrés par les différents paliers de gouvernement. Ce livre relate la vie de l’autrice, née dans le Grand Nord et déracinée de ses terres par le gouvernement en 1953. Ses écrits révèlent une véritable lutte pour la préservation de la culture, du territoire et de la langue des Innu·e·s. Cet essai bilingue en français et en innu est le premier ouvrage d’An Antane Kapesh. Elle a également publié <em>Qu’as-tu fait de mon pays? (Tanite nene etutamin nitassi?)</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Le vent en parle encore</em> de Michel Jean </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Virginie, Marie et Thomas sont arrachés à leur famille et envoyés dans un pensionnat de Fort George. On leur coupe les cheveux, on leur donne un numéro qui remplace leur nom et il leur est interdit de parler leur langue. Soixante-dix-sept ans plus tard, une avocate tente de comprendre la disparition des trois enfants. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce roman, publié en 2013, aborde la question des pensionnats autochtones dans toute sa cruauté et rappelle que la blessure de ces horreurs est encore bien fraîche pour les communautés persécutées : le dernier pensionnat autochtone canadien a fermé ses portes en <a href="https://www.historicacanada.ca/fr/productions/balados/pensionnats-indiens-balados/pensionnats-indiens-les-experiences-des-premieres" data-type="link" data-id="https://www.historicacanada.ca/fr/productions/balados/pensionnats-indiens-balados/pensionnats-indiens-les-experiences-des-premieres" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">1996</a> en Saskatchewan et le dernier du Québec, celui de Mashteuiatsh (Pointe-Bleue), en <a href="https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/1800564/pensionnats-autochtones-histoire-quebec-marie-pierre-bousquet" data-type="link" data-id="https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/1800564/pensionnats-autochtones-histoire-quebec-marie-pierre-bousquet" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">1991</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bonus musique </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Elisapie : Autrice-compositrice interprète inuk de musique pop, elle mélange l’inuktitut, l’anglais et le français dans ses compositions. Avec quatre albums et plusieurs prix à son actif, Elisapie promet un voyage musical hors du commun, notamment avec <em>The Ballad of the Runaway Girl,</em> qui a remporté le prix « Album de l’année – Autres langues » en 2019 au Gala de l’ADISQ.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Samian : Rappeur de la Première Nation Abitibiwinni, il allie français et anishinaabemowin dans ses chansons. Samian a une discographie diverse, six albums et plusieurs collaborations avec des artistes comme Loco Locass.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Il faut le voir pour le croire</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/16/il-faut-le-voir-pour-le-croire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[banalisation]]></category>
		<category><![CDATA[déni]]></category>
		<category><![CDATA[réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[violence]]></category>
		<category><![CDATA[web]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La banalisation de la violence.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">J’ai visionné le meurtre d’une femme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a quelques jours, entre deux vidéos de <em>lif</em>estyle, l’algorithme de TikTok m’a montré la vidéo d’une femme dans les rues de New York, deux couteaux en main. <a href="https://www.nytimes.com/2026/09/01/nyregion/victims-stabbing-times-square-nyc.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Pamela Cisneros</a> venait de poignarder deux personnes, dont Erin Piacenti, décédée de ses blessures. Des policiers encerclaient Cisneros et ré pétaient qu’elle devait lâcher ses armes. Ils ont utilisé deux pistolets à impulsion électrique, sans succès. La femme s’est rapprochée des policiers et deux coups de feu ont été tirés, la tuant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vous avez peut-être vu passer la vidéo. Si ce n’est pas le cas, estimez-vous chanceux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Y’en a pas de problèmes</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les réseaux sociaux regorgent de vidéos en tous genres et, malheureusement, cela implique les vidéos violentes. Quiconque a un peu de curiosité morbide ou un algorithme terrible est facilement exposé à des vidéos d’agressions armées, de tireurs fous ou de règlements de compte. Bien sûr, pour alléger leur conscience et peut-être protéger un peu les utilisateurs, les réseaux sociaux ont bien souvent des règles de communauté (ces fameuses<em> community guidelines</em> rarement lues). Le contenu trop explicite est donc généralement retiré et les pires vidéos sont ornées d’un floutage sur les blessures ou les armes ainsi que d’un avertissement avant le visionnement. Certaines poussent même la sollicitude jusqu’à censurer les mots inappropriés, question de protéger les oreilles chastes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, la vidéo de la mort de Cisneros ne comportait aucun floutage et aucun avertissement. Pas une seule indication que ce que j’allais visionner pouvait être hautement perturbant. C’est donc assise sur un banc d’autobus, en retournant chez moi à la fin d’une longue journée, que j’ai innocemment vu une femme mourir sur mon téléphone.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et apparemment, c’est devenu totalement normal.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une ère de banalisation</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Étant donné la grande quantité de contenu violent sur les réseaux sociaux, il est inévitable d’en voir de temps à autre. Pourtant, nous ne devrions jamais avoir à visionner ce genre de contenu. Comme nous vivons dans un monde qui est bien loin d’être idéal, nous sommes soumis au visionnement de la douleur d’individus de partout sur la planète. Mais ce visionnement a des conséquences.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En étant forcés de consommer cette violence au minimum – après tout, il faut bien constater qu’il s’agit de violence avant de passer la vidéo – nous y devenons habitués. Qu’est-ce qu’on en a à faire du sang et de la douleur de quel qu’un alors qu’il s’agit de la troisième vidéo sur le sujet que nous voyons aujourd’hui? Pas grand-chose, et c’est précisément le problème.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous sommes bien malgré nous assaillis d’images de souffrance chaque jour : en allant sur les réseaux sociaux, en regardant les nouvelles, en feuilletant le journal. Cette souffrance est parfois locale, parfois internationale, mais à force d’être exposés à tant de malheur, nous saturons. Nous devenons des êtres indifférents, qui se contentent de passer à la prochaine vidéo lorsqu’une femme se fait tirer dessus devant nos yeux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Collectivement, nous perdons le sens de l’empathie. On ne s’attriste plus du sort des autres, car à quoi bon? Nous voyons tant de souffrance qu’elle devient invisible, commence à faire partie du paysage. Avec les réseaux sociaux, l’exposition à la violence est faite de plus en plus jeune : il suffit de penser à tous les enfants qui ont un accès illimité à Internet et qui sont témoins de toutes sortes de contenu inapproprié. Cette banalisation a des conséquences : la gravité des crimes violents commis par des jeunes a augmenté de <a href="https://www.985fm.ca/audio/791368/hausse-des-crimes-violents-chez-les-jeunes-quebecois" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">70% entre 2015 et 2025</a>. Il est toujours réjouissant de constater que la violence est si banale qu’elle entre dans nos mœurs. Décidément, nous sommes en voie de former un monde pacifique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La souffrance en direct</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La violence a toujours été assez accessible dans les médias. Depuis la nuit des temps, les nouvelles télévisées nous montrent des paysages désolants de pays déchirés par la guerre, le tout parfois relevé du témoignage d’un habitant et conclu par le ton grave d’un journaliste. Or, depuis peu, nous avons accès, en direct, à la souffrance de milliers de personnes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La promesse des réseaux sociaux, c’est que tout le monde puisse partager sa réalité. Alors, lorsque des Ukrainiens, des Soudanais et des Palestiniens ont accès à ces mêmes réseaux sociaux que nous, nous sommes témoins de leur réalité dans l’intimité de leur quotidien. Il ne s’agit plus de regarder le téléjournal exposer un conflit géopolitique en termes neutres et objectifs, mais bien de visionner la terreur de véritables individus. Nous sommes témoins comme eux du quotidien, rythmé par la violence, la mort et la souffrance, à la différence près que nous pouvons décider de fermer l’application afin de ne plus être confrontés à ces horreurs. Nous pouvons éteindre le téléphone et aller prendre une marche, aller à l’école, rire avec nos amis. Nous pouvons avoir un quotidien, une vie, que des milliers de personnes n’ont plus.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« On ne compte plus les morts par centaines ni par dizaines de milliers, nous avons besoin de chiffres avec tellement de zéros que nous perdons le sens des proportions »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Maintes et maintes vidéos d’internautes palestiniens ont été publiées. Des vidéos où on voit des villes entières réduites en décombres et en poussière. Des vidéos où on re garde des parents pleurer la mort de leurs enfants. Des vidéos où on voit des médecins sans ressources exécuter des opérations à froid, où on voit des hôpitaux complètement détruits par des frappes israéliennes. Des vidéos où on voit des journalistes et des enfants se faire braquer un fusil au visage sans raison apparente, où on entend des soldats leur hurler des menaces. Des vidéos où on voit des enfants orphelins morts de faim.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des vidéos qui cessent du jour au lendemain, des utilisateurs dont on n’a plus de nouvelles, car ils sont devenus une énième statistique, un énième décès.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un de plus parmi tant d’autres, mais nous restons de marbre, car l’horreur est devenue si répandue qu’elle ne nous choque plus. On ne compte plus les morts par centaines ni par dizaines de milliers, nous avons besoin de chiffres avec tellement de zéros que nous perdons le sens des proportions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous regardons le génocide palestinien se dérouler en direct. Nous pouvons même interagir avec les victimes. Pourquoi ne sommes-nous pas davantage importunés, outrés, enragés? Pourquoi tant d’indifférence devant la souffrance, toujours plus vive et toujours plus près de nous?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors de la Seconde Guerre mondiale, nombreux sont ceux qui ont découvert avec horreur l’Holocauste. À travers le monde, tout le monde retenait son souffle en entendant parler de ces gens qui avaient subi l’horreur des enfers sur Terre, tout le monde s’est demandé comment tant de gens avaient pu laisser ce cauchemar prendre place.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque le génocide palestinien sera terminé, nous ne pourrons pas nous cacher derrière de telles excuses. Nous aurons tout vu, tout entendu. Le monde entier aura été témoin de ses propres yeux.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/16/il-faut-le-voir-pour-le-croire/" data-wpel-link="internal">Il faut le voir pour le croire</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Un hommage à la force de vivre</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/16/un-hommage-a-la-force-de-vivre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[photo]]></category>
		<category><![CDATA[world press photo]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60926</guid>

					<description><![CDATA[<p>L’exposition du World Press Photo dévoile les combats de notre ère.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Dehors, le ciel est sombre. La pluie tombe fortement et les souliers des visiteurs couinent contre le sol au fil de leur déplacement dans l’exposition du World Press Photo 2026. Cette exposition de photojournalisme présente une sélection de clichés provenant de partout à travers le monde. Conflits géopolitiques, catastrophes naturelles, enjeux d’égalité, tout y est. World Press Photo présente notre monde actuel à travers une série de photographies qui tantôt donnent espoir, tantôt attristent. La complexité de notre époque s’affiche devant nos yeux dans des images à couper le souffle. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un monde qui bascule </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’entrée, un panneau explique l’importance de la liberté de presse dans le monde. Une carte illustre à l’aide de couleurs la situation dans différents pays : vert pour une bonne situation, jaune pour une situation satisfaisante, orange pour une situation problématique, rouge pour une situation diffIcile et bourgogne pour une situation très grave. Malheureusement, la prédominance du rouge et du bourgogne ne me surprend pas. Ce qui me frappe, c’est la rareté du vert. Une rareté d’autant plus surprenante lorsque je me souviens de ma visite de l’exposition l’année dernière. La carte y présentait davantage de vert et beaucoup moins de rouge. Nos voisins du sud sont, sans surprise, colorés en orange: une situation problématique. Si la couleur ne me surprend pas, elle me bouleverse tout de même. Le Canada, lui-même, est en jaune: situation satisfaisante, mais pas nécessairement bonne. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus perturbant encore, le panneau à l’entrée indique que 2025 a été l’une des années les plus meurtrières pour les journalistes à l’échelle internationale. Ces journalistes, tués dans l’exercice de leur profession, ont dévoué leur vie à la vérité et l’information afin d’informer le monde entier de situations dangereuses. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une humanité (in)humaine </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Que ce soit de façon explicite ou implicite, les photos de l’exposition présentent toute l’humanité à leur manière. Certaines illustrent l’impact des changements climatiques sur une population, d’autres dépeignent une résistance politique, mais toutes se rassemblent autour de l’humain et de sa place dans le monde. Devant ces clichés impressionnants, nous nous sentons petits dans l’univers. Les enjeux sont remis en perspective et les mots sont délaissés pour faire place à l’émotion à vif. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La photo gagnante du prix World Press Photo de 2026 en est l’exemple : la détresse est à l’avant-plan, presque palpable. Impossible de détourner le regard face à cette famille déchirée par les lois sur l’immigration mises en place par l’administration Trump. Un homme est arrêté par l’ICE (Service de l’immigration et des douanes des États-Unis), laissant ses trois filles et sa femme dans l’incompréhension et le deuil. Le deuil de leur vie de famille, le deuil de la vie qu’ils avaient toujours connue ensemble. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1333" height="2000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/3_Finaliste-World-Press-Photo-of-the-Year-Finalist-Victor-J.-Blue-for-The-New-York-Times-Magazine-1333x2000.jpg" alt class="wp-image-60930" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/3_Finaliste-World-Press-Photo-of-the-Year-Finalist-Victor-J.-Blue-for-The-New-York-Times-Magazine-1333x2000.jpg 1333w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/3_Finaliste-World-Press-Photo-of-the-Year-Finalist-Victor-J.-Blue-for-The-New-York-Times-Magazine-149x224.jpg 149w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/3_Finaliste-World-Press-Photo-of-the-Year-Finalist-Victor-J.-Blue-for-The-New-York-Times-Magazine-767x1151.jpg 767w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/3_Finaliste-World-Press-Photo-of-the-Year-Finalist-Victor-J.-Blue-for-The-New-York-Times-Magazine-1024x1536.jpg 1024w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/3_Finaliste-World-Press-Photo-of-the-Year-Finalist-Victor-J.-Blue-for-The-New-York-Times-Magazine-649x974.jpg 649w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/3_Finaliste-World-Press-Photo-of-the-Year-Finalist-Victor-J.-Blue-for-The-New-York-Times-Magazine-1365x2048.jpg 1365w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/3_Finaliste-World-Press-Photo-of-the-Year-Finalist-Victor-J.-Blue-for-The-New-York-Times-Magazine-600x900.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/3_Finaliste-World-Press-Photo-of-the-Year-Finalist-Victor-J.-Blue-for-The-New-York-Times-Magazine-scaled.jpg 1707w" sizes="(max-width: 1333px) 100vw, 1333px"><figcaption class="wp-element-caption"><span class="media-credit">2025</span> Credit: © Victor J. Blue, for The New York Times Magazine<br><br>Caption: ​​Doña Paulina Ixpatá Alvarado stands with other Achi women outside a Guatemala City court. That afternoon, three ex-civil defense patrollers were found guilty of rape and crimes against humanity and sentenced to 40 years in prison each. Guatemala City, Guatemala, 30 May 2025.<br><br>Story: For four decades, a group of Indigenous Maya Achi women in Rabinal lived in the same communities as the men who had raped them, sometimes as neighbors. Guatemala’s civil war led to the genocide of thousands of Maya Achi people by the military and local state-backed paramilitary forces, who used sexual violence as a systematic weapon to subjugate Indigenous communities. In 2011, 36 women broke their silence, launching and winning a 14-year legal battle against their abusers. Their collective resilience is transforming a legacy of wartime impunity into a historic victory for justice.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La photo finaliste pour le prix World Press Photo de l’année est aussi marquante. On y retrouve un groupe de femmes autochtones maya achis, parmi lesquelles figure Doña Paulina Ixpatá Alvaro à l’avant-plan, qui se tiennent devant la caméra, affichant un visage sérieux. Après quarante ans à cohabiter avec des hommes les ayant violées lors de la guerre civile au Guatemala, elles peuvent finalement se sentir en sécurité : les agresseurs ont enfin été reconnus coupables de viols et de crimes contre l’humanité. Le combat de 36 femmes ayant dénoncé leurs agresseurs aura duré 14 ans avant qu’elles n’obtiennent justice. La photographie illustre leur courage et leur dignité, leur capacité à garder la tête haute face aux horreurs subies.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Avoir la force de continuer </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette année, la jeunesse est particulièrement présente dans l’exposition. La génération Z a mis le feu aux poudres dans plusieurs pays en refusant de continuer à tolérer plus longtemps l’oppression et les systèmes corrompus. Une photographie montre le Singha Durbar, le siège historique du gouvernement népalais, en flammes : il s’agit de l’œuvre de manifestants. En deux jours, 76 personnes ont perdu la vie dans les manifestations contre le gouvernement en place, la majorité de ces décès ayant été causés par la police. L’image est saisissante : une marée humaine assiste à l’incendie d’un monument national, symbole d’une révolte dont la réussite est due au courage et à la détermination d’un peuple. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Une situation similaire est représentée dans d’autres œuvres. Quatre photographies illustrent les manifestations de la génération Z à Madagascar, où des étudiants ont manifesté contre la corruption, la défaillance des services publics et les difficultés économiques. Des confrontations particulièrement violentes ont eu lieu lors des manifestations, notamment le 9 octobre 2025, lorsque 22 personnes sont mortes et plus de 100 ont été blessées. Ces soulèvements populaires ont finalement provoqué un changement de régime. C’est l’espoir d’une population en une génération qui refuse d’accepter les abus. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un petit changement, un grand pas pour l’humanité </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs séries de photographies montrent qu’un monde meilleur est juste au bout de nos doigts. Qu’il s’agisse de l’accès à des robots pour des personnes âgées afin de combattre en maison de retraite en Allemagne ou de jeunes enfants bénéficiant de cours de ballet gratuits en Afrique du Sud, l’espoir germe au sein de cette exposition. À travers les génocides, les feux de forêt ravageurs, les guerres destructrices et les soulèvements populaires violemment réprimés, l’humanité continue d’exister, de chercher le bonheur et le meilleur en elle-même. Des milliers et des milliers de gens font preuve de persévérance chaque jour en continuant à vivre malgré des situations précaires et même dangereuses. </p>



<p class="wp-block-paragraph">À une époque où les conflits géopolitiques ne cessent de se multiplier, il est facile de perdre espoir et de se montrer pessimiste face à l’avenir. L’exposition du World Press Photo présente la détresse, la douleur et l’horreur du monde d’aujourd’hui, mais met également de l’avant le courage, la bonté et l’importance de la communauté dans la lutte pour un monde meilleur. À travers les récits touchants et déchirants, ces photographies capturent une petite parcelle de l’âme de ces gens qui luttent et qui résistent. C’est à notre tour, visiteurs privilégiés, d’être témoins de leurs réalités et de poursuivre la bataille pour s’assurer que toutes ces vies, toutes ces enfances et tous ces futurs n’ont pas été volés en vain.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’exposition du World Press Photo 2026 est disponible jusqu’au 12 octobre au Marché Bonsecours. Entrée à 13,50$.</em></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/16/un-hommage-a-la-force-de-vivre/" data-wpel-link="internal">Un hommage à la force de vivre</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Manger les riches, c’est bon pour la culture</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/08/31/manger-les-riches-cest-bon-pour-la-culture/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Aug 2026 22:32:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[art]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60827</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le privilège économique de la culture.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/08/31/manger-les-riches-cest-bon-pour-la-culture/" data-wpel-link="internal">Manger les riches, c’est bon pour la culture</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Votre interlocuteur, fort éloquent, vient d’évoquer un opéra dont vous n’avez jamais entendu parler. Vous cherchez frénétiquement dans chaque recoin de votre esprit une parcelle de connaissance sur le sujet, mais sans succès… Force est d’admettre : vous êtes complètement largué et vous vous sentez un peu stupide. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Être cultivé est une quête perpétuelle. Entre les innombrables nouveautés et les classiques d’antan, il y a toujours de quoi se sentir un peu en retard. La culture est vaste et diverge en tant de branches qu’il est impossible de toujours tout savoir sur tous les sujets, même si la réponse à la plupart de nos questions ne demande qu’une recherche Google (ou, Dieu nous en préserve, une requête à ChatGPT). </p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2026, la culture est désormais au bout de nos doigts… ou l’est-elle vraiment ? Nous avons accès à plus de ressources que jamais auparavant, mais nous berçons-nous d’illusions en croyant que toute forme de culture nous est accessible de façon illimitée ? </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Crache le <em>cash </em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la vie, rien n’est gratuit, pas même la culture. Si les façons d’avoir accès à cette dernière sont de plus en plus variées, cela ne les rend pas nécessairement plus accessibles. Une sortie au cinéma n’est pas des plus abordables. L’alternative plus économique, soit les plateformes de digusion en continu, demande un abonnement qui finit par coûter cher à la fin de l’année. Que les clubs vidéos où l’on pouvait jadis emprunter trois films pour la modique somme de 10$ reposent en paix. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le même scénario se répète avec la musique : rares sont les billets de concert pour des artistes connus qui se vendent à moins de quelques centaines de dollars. La littérature ne donne pas sa place non plus: pour rester à jour avec les nouvelles sorties, une centaine de dollars par mois n’est pas déraisonnable. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Et il ne faudrait surtout pas oublier les arts de la scène. Le théâtre, le ballet et l’opéra sont certainement parmi les sorties culturelles les plus dispendieuses avec des prix qui s’élèvent rapidement : les billets les moins chers pour le prochain spectacle de l’Opéra de Montréal coûtent la somme faramineuse de 220$. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, il existe certains moyens d’avoir accès à des œuvres culturelles sans débourser une fortune : les cinémas en plein air, les bibliothèques et les enregistrements sur des plateformes comme YouTube permettent de faire l’expérience de bijoux culturels gratuitement. Or, il s’agit rarement d’une option réaliste pour être au fait des œuvres les plus récentes: L’Odyssée de Christopher Nolan ne sera pas diffusée en ciné-parc de sitôt. Il faut se rendre à l’évidence: la culture et ses modes de digusion creusent un fossé au sein de la société. Et même si les alternatives sont remplies de bonne volonté, elles ne peuvent pas totalement combler ce vide. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rassembler pour mieux diviser </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’occasion de la sortie du film Barbie, je me souviens encore de la tristesse qui flottait dans l’air lors du monologue d’America Ferrera sur les difficultés d’être une femme. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Je chérirai toujours mon premier souvenir du porté final du Grand pas de deux de <em>Casse-Noisette</em> et de l’atmosphère presque religieuse qui régnait dans la salle. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La culture est censée être un outil de rassemblement qui unit les humains autour d’émotions et d’intérêts communs, une source de connexion à travers tant d’éléments qui polarisent. Et pourtant, nous sommes divisés dans sa digusion. Bien que les nobles tentatives de favoriser l’accès à la culture soient nombreuses, il s’agit d’une goutte d’eau dans l’océan d’iniquité. Ceux qui n’ont pas les moyens de se procurer des billets pour les sorties culturelles les plus prisées sont souvent condamnés à s’en priver. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout le monde désire contourner, d’une façon ou d’une autre, le capitalisme endémique de notre société. Rares sont les gens qui ont un budget illimité: bien souvent, le commun des mortels cherche des fragments de culture gratuitement ou à faible coût. Et que dire de ceux qui pourraient en avoir les moyens, mais qui doivent constamment choisir entre la multitude de créations qui s’ogre à eux ? Cet enjeu en dit long sur ce que devient l’industrie culturelle: est-elle là pour le peuple ou est-elle un énième outil de profit pour les élites ? Un élitisme pernicieux Pourquoi est-ce plus distingué d’assister à l’opéra Carmen que d’aller voir un spectacle d’humour de Charles Brunet ? Notamment parce que l’un est plus cher que l’autre. Nous avons tendance à ériger un véritable culte autour des œuvres culturelles les plus inaccessibles. Si <em>Guerre et paix </em>est un brin inaccessible de par l’ensemble des connaissances que sa lecture nécessite, Carmen l’est tout autant en exigeant une certaine aisance économique. La société est donc divisée par ces grands classiques de la culture et la distinction est faite entre ceux qui y ont accès et ceux qui doivent s’en passer. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les œuvres culturelles accessibles à tous sont rarement anoblies de la même façon. Ne sont jugées méritantes que les œuvres qui créent un club sélect de ses admirateurs. La « grande » culture est ainsi une empreinte d’élitisme, du privilège d’y avoir accès et de la comprendre, une culture que l’on garde jalousement dans son cercle restreint, de peur d’être moins incroyable si un être commun venait à en connaître autant que nous. Il ne faudrait surtout pas que l’élite que l’on bâtit si consciencieusement se sente menacée. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une culture sous bâillon </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour créer une élite culturelle solide, il faut bien sûr jouer avec son financement. Les gouvernements canadien et québécois se targuent d’ogrir un soutien financier à la scène culturelle. Or, obtenir du financement dans le domaine des arts relève du miracle: tout juste s’il ne faut pas scander des incantations tout en sacrifiant son premier né. Les démarches interminables sont doublées de coupes budgétaires régulières, car, après tout, qui a besoin des arts? </p>



<p class="wp-block-paragraph">La question de l’investissement continue de se poser chaque année et les artistes sont constamment sur le bout de leur chaise: est-ce aujourd’hui qu’on sacrifiera leur profession pour davantage de rendement et revenus? </p>



<p class="wp-block-paragraph">Personne n’a la réponse à cette question, pas même notre gouvernement: le <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2230269/sorties-culturelles-ecole-inquietudes-coupes-budgetaires" data-type="link" data-id="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2230269/sorties-culturelles-ecole-inquietudes-coupes-budgetaires" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ministère de l’Éducation du Québec</a> proposait dans son budget de mars 2026 des coupes dans les sorties scolaires et le programme « La culture à l’école ». Ce programme, mis en place par le gouvernement Legault lui-même, permettait à des artistes de se rendre en classe pour diffuser la culture à travers l’éducation des jeunes. Un programme qui, sans aucun doute, a aidé à diversifier les horizons culturels de plusieurs élèves. Face aux nombreuses manifestations de colère et de déception, le ministère a décidé de <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2240248/sorties-scolaires-financement-budget-quebec-culture" data-type="link" data-id="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2240248/sorties-scolaires-financement-budget-quebec-culture" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">conserver le budget</a> pour ces programmes, mais les raisons initiales de ce retrait planifié demeurent inconnues du public. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Avons-nous réellement besoin d’une raison ? À la moindre nécessité de coupes budgétaires, la culture est toujours l’agneau sacrificiel. L’élitisme de la culture nous pousse à croire que nous n’avons pas besoin de programmes spéciaux pour la promouvoir. Il ne nous reste plus qu’à nous en remettre aux nobles têtes pensantes qui nous feront la grâce de nous dire quelles formes de cultures sont dignes de notre temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/08/31/manger-les-riches-cest-bon-pour-la-culture/" data-wpel-link="internal">Manger les riches, c’est bon pour la culture</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Dis-moi comment écrire, je te dirai qui tu es</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/dis-moi-comment-ecrire-je-te-dirai-qui-tu-es-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Changement]]></category>
		<category><![CDATA[Écriture inclusive]]></category>
		<category><![CDATA[langue française]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60655</guid>

					<description><![CDATA[<p>Réflexion sur l’usage de l’écriture inclusive.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/dis-moi-comment-ecrire-je-te-dirai-qui-tu-es-2/" data-wpel-link="internal">Dis-moi comment écrire, je te dirai qui tu es</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">En septembre 2025, le ministre Jean-François Roberge <a href="https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/modifications-a-la-politique-linguistique-de-letat-quebec-met-fin-a-la-confusion-linguistique-dans-les-communications-de-letat-66000" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a interdit les nouvelles méthodes</a> d’écriture inclusive dans les communications de l’État : on parle ici de points médians, de doublets abrégés et de néologismes. En somme, tout langage inclusif qui n’est pas déjà établi dans nos habitudes linguistiques n’a pas sa place dans le langage officiel de l’État. M. Roberge dit prôner la clarté : l’écriture inclusive serait un cafouillis apportant davantage de confusion que d’inclusion – en bref, une tactique d’écriture inutile jusque dans ses fondements. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est vrai que l’écriture inclusive demande certaines acrobaties de langage, mais elles ne sont pas impossibles. La preuve : le premier paragraphe de cet article est écrit de façon neutre. Vos yeux saignent-ils? Le problème de l’écriture inclusive n’est pas la clarté. Il est pourtant bien trop facile pour les réfractaires de se justifier par cet argument. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’écriture inclusive : qu’est-ce que c’est? </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’écriture inclusive est un ensemble de techniques d’écriture qui permettent l’inclusivité, particulièrement sur le plan du genre. Parmi les techniques les plus populaires, on compte le point médian (traducteur·ice), les doublets abrégés (réviseur[-euse]), les termes épicènes (personnel infirmier) et, parfois, des néologismes comme « iel ». L’usage de ces astuces d’écriture permet de visibiliser certains groupes marginalisés ou de neutraliser le genre pour souligner l’existence d’un spectre. La binarité n’est plus de mise et, n’en déplaise à ses adeptes, le masculin générique ne suffit plus. L’écriture inclusive reflète une réalité sociale. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Changer la langue : une question de volonté </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les années 70, une vague de féminisme pousse la société québécoise à féminiser plusieurs termes, notamment les titres de fonctions. Dans un monde où les femmes accèdent enfin à des emplois qui leur étaient précédemment hors d’atteinte, il devient impossible de conserver une langue axée sur le masculin des professions. Madame le directeur, madame l’écrivain, madame le docteur… Cette façon de parler est insensée et dépassée : maintes féministes ont revendiqué une féminisation des titres qui correspondait à la nouvelle réalité du Québec. Plusieurs tentatives, certaines plus fantaisistes que d’autres, ont contribué à rendre acceptable ce nouveau langage. De nos jours, pas même Mathieu Bock-Côté ne songerait à utiliser le titre masculin pour désigner une femme dans son poste de travail. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« On a tendance à penser, en français, que tout ce qui diverge de la norme est une faute. Le fondement même d’une langue est son évolution. Pourquoi ne pas célébrer ses variations? »</p>



<p class="wp-block-paragraph"><sub>Catherine Leclerc, professeure agrégée à l’Université McGill et sociolinguiste</sub></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce changement ne s’est pas opéré de façon universelle. Pensons notamment à la France où cette féminisation des titres s’est opérée beaucoup plus tardivement : l’Académie française <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1155773/academie-francaise-feminisation-noms-metiers" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’accepte enfin en 2019,</a> ce qui confirme que son usage est plus répandu. Les titres féminisés n’étaient pas assez courants et donnaient l’impression aux femmes occupant des postes convoités et traditionnellement masculins que leur existence dans cette sphère de travail était moindre. Tout est donc une question de normalisation. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe est le même pour l’écriture inclusive. Il s’agit d’une révolution de la langue qui nous semble inhabituelle, perturbante. Mais étrange ne veut pas dire mauvais : tout comme la féminisation des titres a pu sembler anarchique à ses débuts avant de s’assagir, il est possible d’utiliser l’écriture inclusive sans pour autant faire scandale.  Un apprentissage du fonctionnement de la langue inclusive est vital. Les réfractaires, pour se convaincre que cette écriture est signe d’une apocalypse latente, prennent toujours en exemple les textes qui font un usage abusif des méthodes inclusives. Personne ne veut lire un texte picoté de points médians ou raturé de barres obliques confuses. Mais il faut savoir que ces textes sont écrits par des gens qui ne maîtrisent pas l’écriture inclusive. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une rédaction qui complique la vie </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien qu’elle ne soit pas impossible à utiliser, l’écriture inclusive peut poser quelques défis. Arnaud Bernadet, professeur agrégé à l’Université McGill et auteur du livre <em>L’Utopie de l’écriture inclusive</em>, souligne que ces techniques inclusives « peuvent présenter un enjeu de compréhension pour un public qui ne les connaît pas. C’est alors une question de la faisabilité de la pratique ». Il faut admettre que l’écriture inclusive peut être difficile à comprendre pour ceux qui n’y sont pas souvent exposés : les tactiques demandent une certaine connaissance de la langue et quelques habiletés rédactionnelles. M. Bernadet ajoute que, bien que la pratique prenne ses origines dans la communauté queer, elle est devenue un sujet de choix chez les universitaires : « Il y a un angle mort sociologique dans cette affaire. Ceux qui pratiquent le plus cette rédaction sont l’élite, on assiste donc au développement d’une pratique élitaire. » Mais au-delà de ces considérations sociologiques, il y a la faisabilité du projet par rapport à la langue : « L’écriture inclusive, c’est une série d’expérimentations et de pratiques, mais sont-elles faisables, réalisables? Plusieurs questions d’accords morphologiques sont inévitables : quelle forme leur donner? » Le professeur déplore que la langue ait été oubliée dans le débat entourant l’écriture inclusive. « On glisse très vite sur des considérations de genre en oubliant la langue. Il faut éviter de discriminer ou d’invisibiliser les personnes non binaires ; on ne nie pas leur existence, mais, dans la langue, certaines choses ne sont pas réalisables. Il faut remettre les choses dans l’axe de la langue », souligne-t-il. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Est-il vraiment possible de penser l’écriture inclusive en termes purement linguistiques? Après tout, la question d’inclusivité surgit parce qu’elle s’applique à des personnes. Une langue qui tend à invisibiliser, voire à nier, l’existence d’une portion de la société n’est pas une langue représentative des sociétés qui l’utilisent. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Parler pour exister </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque nous parlons, nous exprimons notre réalité. Sans les mots justes, nous ne pouvons pas communiquer efficacement notre expérience du monde. Catherine Leclerc, professeure agrégée à McGill et sociolinguiste, admet que la question de l’écriture inclusive est complexe : « La langue inclusive est contagieuse, mais elle est déstabilisatrice. Du point de vue grammatical, ce n’est pas une si bonne affaire, mais du point de vue humain, il y a de bons côtés. » Elle explique que, même s’il y a un fort relais de la question par le milieu universitaire, la plupart des personnes non binaires ne font pas partie de cette élite face à la langue: ces deux réalités cohabitent. Mme Leclerc ajoute qu’on ne peut pas faire de pronostics face à la langue: « La morphologie dicte certains choix et la syntaxe est difficile à changer. Mais les humains font ce qu’ils veulent et, s’ils sont assez nombreux à faire quelque chose qui ne se fait pas, ça restera. » </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour ceux qui perçoivent la forme inclusive comme une erreur de langue, Mme Leclerc clarifie : « On a tendance à penser, en français, que tout ce qui diverge de la norme est une faute. On a, par exemple, beaucoup plus de difficulté à intégrer et accepter les néologismes. Il y a énormément de guides de rédaction inclusive qui existent, illustrant un véritable besoin de définir et encadrer la pratique. Le fondement même d’une langue est son évolution. Pourquoi ne pas célébrer ses variations? »</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une langue complexe pour célébrer la complexité de l’humain </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que plusieurs personnes débattent de la légitimité de l’écriture inclusive, des auteur·es usent déjà de ces méthodes pour créer des œuvres littéraires complexes. Au Québec, le milieu littéraire commence peu à peu à intégrer cette écriture à des publications. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis, contrairement à la croyance populaire, il ne s’agit pas toujours de présenter des personnages non binaires, mais aussi de proposer une expérience de lecture englobant tout le lectorat. Chaque personne qui lit, peu importe son identité, peut se sentir incluse dans le récit. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Tricératopcanon</em>, de Marc-André Lévesque, utilise couramment des points médians. <em>Fouolles</em> de Si Poirier suit la même logique pour parler de la réalité des personnes trans. Valérie Bah, use de tactiques inclusives plus visibles dans son roman <em>Les enragé·e·s</em> : le titre sur la couverture présente une graphie qui permet de mettre de l’avant ces choix inclusifs. L’écriture inclusive serait, en général, <a href="https://www.ledevoir.com/lire/806234/langue-ecriture-inclusive-entre-fiction-quebecoise" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">un souhait des auteurs</a> respecté par leurs maisons d’édition. Onze maisons d’édition sur dix-neuf interrogées par <em>Le Devoir</em> auraient déjà publié des ouvrages en langue inclusive. La traduction n’est pas en reste : les éditions Béances mettent de l’avant des textes en langage inclusif dans leur langue d’origine, souvent l’anglais. La traduction permet de <a href="https://www.beanceseditions.com/qui" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">conserver ces textes dans leur contexte d’origine</a>, ces derniers étant souvent l’œuvre de personnes de la communauté LGBTQ+. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le débat sur la légitimité du langage inclusif fait encore rage, les techniques inclusives permettent à des gens et des artistes de s’exprimer librement et de se sentir bien dans leur identité. Le langage est la clé de l’existence, une clé qui permet à chacun de verbaliser sa réalité. Il est important que la langue se façonne par elle-même, et non par les directives d’institutions comme l’OQLF (Office québécois de la langue française) ou l’Académie française : ces institutions ne servent qu’à constater et cimenter les pratiques linguistiques en usage, pas à prescrire une façon de s’exprimer. La langue évolue au fil de la société et ne pourra jamais être cantonnée aux recommandations d’une vitrine linguistique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/dis-moi-comment-ecrire-je-te-dirai-qui-tu-es-2/" data-wpel-link="internal">Dis-moi comment écrire, je te dirai qui tu es</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Dis-moi comment écrire, je te dirai qui tu es</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/22/dis-moi-comment-ecrire-je-te-dirai-qui-tu-es/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Mar 2026 20:13:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Réflexion sur l’usage de l’écriture inclusive.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">En septembre 2025, le ministre Jean-François Roberge a <a href="https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/modifications-a-la-politique-linguistique-de-letat-quebec-met-fin-a-la-confusion-linguistique-dans-les-communications-de-letat-66000" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">interdit les nouvelles méthodes</a> d’écriture inclusive dans les communications de l’État : on parle ici de points médians, de doublets abrégés et de néologismes. En somme, tout langage inclusif qui n’est pas déjà établi dans nos habitudes linguistiques n’a pas sa place dans le langage officiel de l’État. M. Roberge dit prôner la clarté : l’écriture inclusive serait un cafouillis apportant davantage de confusion que d’inclusion – en bref, une tactique d’écriture inutile jusque dans ses fondements.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est vrai que l’écriture inclusive demande certaines acrobaties de langage, mais elles ne sont pas impossibles. La preuve : le premier paragraphe de cet article est écrit de façon neutre. Vos yeux saignent-ils? Le problème de l’écriture inclusive n’est pas la clarté. Il est pourtant bien trop facile pour les réfractaires de se justifier par cet argument.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’écriture inclusive : qu’est-ce que c’est?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’écriture inclusive est un ensemble de techniques d’écriture qui permettent l’inclusivité, particulièrement sur le plan du genre. Parmi les techniques les plus populaires, on compte le point médian (traducteur·ice), les doublets abrégés (réviseur[-euse]), les termes épicènes (personnel infirmier) et, parfois, des néologismes comme «&nbsp;iel&nbsp;». L’usage de ces astuces d’écriture permet de visibiliser certains groupes marginalisés ou de neutraliser le genre pour souligner l’existence d’un spectre. La binarité n’est plus de mise et, n’en déplaise à ses adeptes, le masculin générique ne suffit plus. L’écriture inclusive reflète une réalité sociale.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Changer la langue : une question de volonté</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les années 70, une vague de féminisme pousse la société québécoise à féminiser plusieurs termes, notamment les titres de fonctions. Dans un monde où les femmes accèdent enfin à des emplois qui leur étaient précédemment hors d’atteinte, il devient impossible de conserver une langue axée sur le masculin des professions. Madame le directeur, madame l’écrivain, madame le docteur… Cette façon de parler est insensée et dépassée : maintes féministes ont revendiqué une féminisation des titres qui correspondait à la nouvelle réalité du Québec. Plusieurs tentatives, certaines plus fantaisistes que d’autres, ont contribué à rendre acceptable ce nouveau langage. De nos jours, pas même Mathieu Bock-Côté ne songerait à utiliser le titre masculin pour désigner une femme dans son poste de travail.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce changement ne s’est pas opéré de façon universelle. Pensons notamment à la France où cette féminisation des titres s’est opérée beaucoup plus tardivement&nbsp;: l’Académie française <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1155773/academie-francaise-feminisation-noms-metiers" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’accepte enfin en 2019</a>, ce qui confirme que son usage est plus répandu. Les titres féminisés n’étaient pas assez courants et donnaient l’impression aux femmes occupant des postes convoités et traditionnellement masculins que leur existence dans cette sphère de travail était moindre. Tout est donc une question de normalisation.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe est le même pour l’écriture inclusive. Il s’agit d’une révolution de la langue qui nous semble inhabituelle, perturbante. Mais étrange ne veut pas dire mauvais : tout comme la féminisation des titres a pu sembler anarchique à ses débuts avant de s’assagir, il est possible d’utiliser l’écriture inclusive sans pour autant faire scandale.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un apprentissage du fonctionnement de la langue inclusive est vital. Les réfractaires, pour se convaincre que cette écriture est signe d’une apocalypse latente, prennent toujours en exemple les textes qui font un usage abusif des méthodes inclusives. Personne ne veut lire un texte picoté de points médians ou raturé de barres obliques confuses. Mais il faut savoir que ces textes sont écrits par des gens qui ne maîtrisent pas l’écriture inclusive.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une rédaction qui complique la vie&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien qu’elle ne soit pas impossible à utiliser, l’écriture inclusive peut poser quelques défis. Arnaud Bernadet, professeur agrégé à l’Université McGill et auteur du livre <em>L’Utopie de l’écriture inclusive</em>, souligne que ces techniques inclusives «&nbsp;peuvent présenter un enjeu de compréhension pour un public qui ne les connaît pas. C’est alors une question de la faisabilité de la pratique&nbsp;». Il faut admettre que l’écriture inclusive peut être difficile à comprendre pour ceux qui n’y sont pas souvent exposés : les tactiques demandent une certaine connaissance de la langue et quelques habiletés rédactionnelles. M. Bernadet ajoute que, bien que la pratique prenne ses origines dans la communauté queer, elle est devenue un sujet de choix chez les universitaires : «&nbsp;Il y a un angle mort sociologique dans cette affaire. Ceux qui pratiquent le plus cette rédaction sont l’élite, on assiste donc au développement d’une pratique élitaire.&nbsp;» Mais au-delà de ces considérations sociologiques, il y a la faisabilité du projet par rapport à la langue : «&nbsp;L’écriture inclusive, c’est une série d’expérimentations et de pratiques, mais sont-elles faisables, réalisables? Plusieurs questions d’accords morphologiques sont inévitables : quelle forme leur donner?&nbsp;» Le professeur déplore que la langue ait été oubliée dans le débat entourant l’écriture inclusive. «&nbsp;On glisse très vite sur des considérations de genre en oubliant la langue. Il faut éviter de discriminer ou d’invisibiliser les personnes non binaires ; on ne nie pas leur existence, mais, dans la langue, certaines choses ne sont pas réalisables. Il faut remettre les choses dans l’axe de la langue&nbsp;», souligne-t-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Est-il vraiment possible de penser l’écriture inclusive en termes purement linguistiques? Après tout, la question d’inclusivité surgit parce qu’elle s’applique à des personnes. Une langue qui tend à invisibiliser, voire à nier, l’existence d’une portion de la société n’est pas une langue représentative des sociétés qui l’utilisent.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Parler pour exister</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque nous parlons, nous exprimons notre réalité. Sans les mots justes, nous ne pouvons pas communiquer efficacement notre expérience du monde. Catherine Leclerc, professeure agrégée à l’Université McGill et sociolinguiste, admet que la question de l’écriture inclusive est complexe : «&nbsp;La langue inclusive est contagieuse, mais elle est déstabilisatrice. Du point de vue grammatical, ce n’est pas une si bonne affaire, mais du point de vue humain, il y a de bons côtés.&nbsp;» Elle explique que, même s’il y a un fort relais de la question par le milieu universitaire, la plupart des personnes non binaires ne font pas partie de cette élite face à la langue: ces deux réalités cohabitent. Mme Leclerc ajoute qu’on ne peut pas faire de pronostics face à la langue : «&nbsp;La morphologie dicte certains choix et la syntaxe est difficile à changer. Mais les humains font ce qu’ils veulent et, s’ils sont assez nombreux à faire quelque chose qui ne se fait pas, ça restera.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour ceux qui perçoivent la forme inclusive comme une erreur de langue, Mme Leclerc clarifie&nbsp;: «&nbsp;On a tendance à penser, en français, que tout ce qui diverge de la norme est une faute. On a, par exemple, beaucoup plus de difficulté à intégrer et accepter les néologismes. Il y a énormément de guides de rédaction inclusive qui existent, illustrant un véritable besoin de définir et encadrer la pratique. Le fondement même d’une langue est son évolution. Pourquoi ne pas célébrer ses variations?&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une langue complexe pour célébrer la complexité de l’humain&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que plusieurs personnes débattent de la légitimité de l’écriture inclusive, des auteur·es usent déjà de ces méthodes pour créer des œuvres littéraires complexes. Au Québec, le milieu littéraire commence peu à peu à intégrer cette écriture à des publications.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis, contrairement à la croyance populaire, il ne s’agit pas toujours de présenter des personnages non binaires, mais aussi de proposer une expérience de lecture englobant tout le lectorat. Chaque personne qui lit, peu importe son identité, peut se sentir incluse dans le récit.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Tricératopcanon</em>, de Marc-André Lévesque, utilise couramment des points médians. <em>Fouolles</em> de Si Poirier suit la même logique pour parler de la réalité des personnes trans. Valérie Bah, elle, use de tactiques inclusives plus visibles dans son roman <em>Les enragé·e·s</em> : le titre sur la couverture présente une graphie intéressante qui permet de mettre de l’avant ces choix inclusifs. L’écriture inclusive serait, en général, un <a href="https://www.ledevoir.com/lire/806234/langue-ecriture-inclusive-entre-fiction-quebecoise" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">souhait des auteurs</a> respecté par leurs maisons d’édition. Onze maisons d’édition sur dix-neuf interrogées par <em>Le Devoir</em> auraient déjà publié des ouvrages en langue inclusive. La traduction n’est pas en reste : les éditions Béances mettent de l’avant des textes en langage inclusif dans leur langue d’origine, souvent l’anglais. La traduction permet de <a href="https://www.beanceseditions.com/qui" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">conserver ces textes dans leur contexte d’origine</a>, ces derniers étant souvent l’œuvre de personnes de la communauté LGBTQ+.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le débat sur la légitimité du langage inclusif fait encore rage, il permet à des gens et des artistes de s’exprimer librement et de se sentir bien dans leur identité. Le langage est la clé de l’existence, une clé qui permet à chacun de verbaliser sa réalité. Il est important que la langue se façonne par elle-même, et non par les directives d’institutions comme l’OQLF (Office québécois de la langue française) ou l’Académie française : ces institutions ne servent qu’à constater et cimenter les pratiques linguistiques en usage, pas à prescrire une façon de s’exprimer. La langue évolue au fil de la société et ne pourra jamais être cantonnée aux recommandations d’une vitrine linguistique.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/22/dis-moi-comment-ecrire-je-te-dirai-qui-tu-es/" data-wpel-link="internal">Dis-moi comment écrire, je te dirai qui tu es</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Sois belle et tais-toi</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/sois-belle-et-tais-toi-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[inclusion]]></category>
		<category><![CDATA[intersectionnalité]]></category>
		<category><![CDATA[réflexion]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Petit guide pratique pour écarter les femmes du canon littéraire. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Un complexe de supériorité. C’est tout ce qu’il a fallu pour qu’un beau jour, l’homme devienne le sexe fort. Ce sexe fort auquel il faut obéir, devant lequel il faut baisser la tête. Le pouvoir masculin, en plus d’être considéré comme l’autorité suprême aux yeux de Dieu (mais quel misogyne, celui-là), se voit octroyer le droit exclusif d’écrire des chefs‑d’œuvre. La prose, les récits, les personnages de Balzac, Hugo, Tolstoï et Shakespeare ont bâti la littérature d’aujourd’hui. Nous sommes des nains perchés sur les épaules de géants, pour reprendre la métaphore de Bernard de Chartres. Heureusement pour nous, du haut de notre perchoir, nous pouvons corriger les erreurs de nos prédécesseurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne nous voilons pas la face, lorsqu’on songe aux grands noms de la culture avec une perspective eurocentrée, tout particulièrement en littérature ; ce sont des hommes et ils sont blancs. Et si notre esprit s’égare à tout hasard vers les femmes? Après Simone de Beauvoir, Mary Shelley et Virginia Woolf, bien des esprits sont vides. L’exercice est compliqué. Encore davantage si on s’attarde à tout ce qui précède le 19e siècle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est la sécheresse totale dans le cerveau de bien des gens. Le vôtre, peut-être. Mais ne craignez rien, ce n’est pas de votre faute. Cette absence de figures féminines dans le canon littéraire tient à une multitude de facteurs qui se résument à l’oubli. Un oubli collectif. Un oubli volontaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un oubli qui remonte à l’Antiquité</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les autrices féminines ont péniblement gagné leurs lettres de noblesse. Leurs œuvres ont quant à elles été rayées des cursus académiques depuis les écoles palatines de Charlemagne. Le problème ne tient pas à un manque d’autrices. En 1678, <em>La Princesse de Clèves</em> est publié anonymement par Madame de Lafayette. En 1807, Germaine de Staël publie Corinne ou l’Italie. Bien avant elles, vers l’an 120, Ban Zhao, la première historienne et écrivaine féminine chinoise, laisse sa trace. Et aux 7e et 6e siècles avant Jésus-Christ, Sappho de Mytilène, poétesse pionnière, est à l’origine du &nbsp;<a href="https://www.historia.fr/personnages-historiques/biographies/qui-etait-sappho-figure-de-lantiquite-et-pionniere-de-la-poesie-2078363" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">lyrisme</a>. L’imaginaire collectif a l’audace de se souvenir d’elle seulement pour ses préférences amoureuses ô si scandaleuses. Réflexe du sexe barbare : placer la sexualité d’une femme avant l’intellect de ses écrits. Depuis des millénaires, des femmes écrivent, mais la mémoire collective les invisibilise. Si elles ont longtemps été exclues du cursus scolaire, leur travail a aussi été découragé. L’Histoire – lire ici les hommes blancs au pouvoir et l’Église – voudrait bien nous faire croire qu’aucune femme de la Renaissance n’était capable d’écrire.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« L’Histoire – lire ici les hommes blancs au pouvoir et l’Église – voudrait bien nous faire croire qu’aucune femme de la Renaissance n’était capable d’écrire »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, limiter l’éducation des femmes et décourager leur intérêt envers les sphères soi-disant « masculines » a considérablement contribué à priver la société d’aujourd’hui des plus grands esprits de l’époque. Malgré ces obstacles, il est nécessaire de préciser que les écrivaines prenaient quand même la plume et revendiquaient leur existence, faisant fi des volontés répugnantes de leurs comparses. Elles n’ont jamais été silencieuses. Louise Labé, Marguerite de Navarre et Pernette du Guillet ont bel et bien existé, tout autant que Christine de Pizan, Hélisenne de Crenne, Marie de France, Marie de Gournay ou Riccoboni. Sans compter celles poussées dans l’oubli, effacées et inatteignables, même pour les esprits les mieux intentionnés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La société continue de voir d’un mauvais œil les publications féminines après la Renaissance. Ce n’est pas sans raison que certaines se cachent, comme Aurore Dupin, connue sous le nom George Sand, qui adopte un pseudonyme masculin. Être un homme n’est pas qu’un net avantage lors de la publication d’ouvrages, c’est la clé de la pérennisation d’une quelconque œuvre littéraire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans l’ombre des projecteurs</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le proverbe « derrière chaque grand homme se cache une grande femme » est plus littéral qu’on aurait pu le croire. Sa formulation pourrait toutefois être améliorée : derrière chaque grand homme est cachée une femme. L’intelligence n’étant pas une qualité existant seulement chez les hommes, les femmes ont elles aussi produit des chefs-d’œuvre… sans toujours en récolter le crédit. Les femmes ne se cachaient pas toutes volontairement derrière le « talent » de leur mari sans broncher. Et c’est tant mieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certaines femmes n’ont pas traversé l’enfer, mais ont tout de même été pénalisées. C’est le cas de Vera Nabokov, née Slonim, qui <a href="https://www.theatlantic.com/entertainment/archive/2014/04/the-legend-of-vera-nabokov-why-writers-pine-for-a-do-it-all-spouse/359747/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a abandonné sa propre carrière d’écrivaine</a> pour faire fleurir celle de son mari, Vladimir Nabokov. Bien que ce dernier l’ait remerciée avec maintes effusions de tendresse dans ses écrits, le monde a été privé de la prose de Vera Nabokov. Un sacrifice fait par maintes femmes, que l’Histoire continue de plonger dans le gouffre de l’anonymat. Gatsby le magnifique, ce classique racontant les années folles, est rédigé par F. Scott Fitzgerald. Ou plutôt, en collaboration avec Zelda Sayre Fitzgerald. Le roman serait fortement inspiré de lettres écrites par Zelda Sayre, que son mari <a href="https://theconversation.com/thanksfortyping-the-women-behind-famous-male-writers-75770" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">aurait plagiées</a>. De la même façon, William Wordsworth <a href="https://www.ripleys.com/stories/women-behind-male-writers" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a volé des descriptions</a> et des bribes de journaux intimes à sa sœur, Dorothy Wordsworth, et sa femme, Mary Wordsworth. Henry Gauthier-Villars, dit Willy, lui, usait d’une tactique plus directe : il <a href="https://archive.nytimes.com/www.nytimes.com/books/99/02/14/reviews/990214.14martint.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">enfermait sa femme</a>, Sidonie-Gabrielle Colette, jusqu’à ce qu’elle produise une quantité de prose qu’il jugeait suffisante. Colette est l’une des rares à obtenir une fin heureuse : elle laissera son mari, publiera sous son propre nom de famille et connaîtra enfin la renommée qu’elle mérite.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’intersectionnalité : le double désavantage</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques noms féminins ont été retenus par le canon littéraire : Beauvoir, Woolf, Plath et Shelley entre autres. Mais il y a encore discrimination, effacement, silence. Ces femmes entrées dans le canon littéraire sont presque exclusivement blanches. Si la place faite aux femmes dans les « classiques » est mince, celle faite aux femmes d’une minorité visible est encore plus fine… presque risible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’imaginaire collectif se plaît à imaginer que, si de telles œuvres ne sont pas immensément connues, c’est qu’elles n’existent pas ou qu’elles ne le méritent pas. Nous tombons dans le piège classique de l’invisibilisation de la femme et du principe du mérite. Le rêve américain de la littérature, cette innocence et cette volonté de croire que tous sont égaux dans la quête de l’immortalité littéraire. L’heure des désillusions a sonné : dans le canon, les hommes, blancs, nagent dans le privilège. Dans la Bibliothèque de la Pléiade, collection prestigieuse des éditions Gallimard qui recèle une certaine autorité littéraire, <a href="https://biscuitsdefortune.com/2015/09/05/la-place-des-femmes-dans-la-pleiade/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">21 ouvrages</a> sont publiés par des femmes sur un total de 546. Les femmes constituent donc seuls 3,8 % de cette collection adulée. Mais dans cette grande course à la postérité, les femmes blanches suivent les hommes de près.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Il ne devrait pas y avoir un canon littéraire inclusif. </p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Il devrait seulement y avoir un canon littéraire »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">À la croisée du sexisme et du racisme, les femmes de minorités visibles sont tirées vers le néant. Alice Walker, une Afro-Américaine qui a reçu le prix Pulitzer pour son ouvrage La couleur pourpre en 1983 devrait entrer sans plus de questions dans le canon. Toni Morrison, une femme afro-américaine, est la première femme racisée à gagner le prix Nobel de littérature. Le prix lui est décerné en 1993, il y a à peine 33 ans. An Antane Kapesh, avec son roman Je suis une maudite Sauvagesse, fonde la littérature autochtone au Canada. Les mentions de son œuvre marquante sont maigres. Même chose pour Ann Petry : elle est la première femme noire à vendre plus d’un million de copies avec son roman La rue. Mais bien sûr, ce n’est jamais Walker, Morrison, Kapesh ou Petry que nous avons sur le bout de la langue quand il est temps de parler de grands auteurs. Le canon littéraire a longtemps exclu et continue d’exclure les femmes des minorités visibles en admettant leurs œuvres de peine et de misère.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un double canon</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’autorité des prix et récompenses littéraires a beau être biaisée et comporter plusieurs défauts, elle a finalement reconnu le talent d’écrivaines de minorités visibles. Pourquoi la société ne le reconnaît-elle pas, elle aussi? Il semble y avoir un double canon : un canon blanc, « traditionnel » – j’insiste sur ces guillemets – et un canon moderne, « inclusif ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne devrait pas y avoir un canon littéraire inclusif. Il devrait seulement y avoir un canon littéraire. Point.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, il faut acclamer les efforts de diversification des listes de lecture, qu’elles soient personnelles ou scolaires. Il faut encourager les défis littéraires qui poussent le lectorat à découvrir des œuvres asiatiques, africaines, autochtones. Célébrer la décentralisation de l’Occident dans le canon littéraire est essentiel, mais cela ne devrait pas être considéré comme un effort surhumain méritant nos louanges.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2026, diversifier ses lectures et ouvrir ses perspectives devrait être un acquis. L’intégration des femmes, de toutes les femmes méritantes, dans le canon littéraire devrait aller de soi. Et pourtant, un vent de masculinisme souffle sur notre société, s’acharnant vainement à nous faire croire que l’excellence humaine se trouve chez ce mythique mâle alpha.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Le départ d’un favori</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/25/le-depart-dun-favori/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>
		<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60316</guid>

					<description><![CDATA[<p>La Coupe Charade de la LNI et le départ de Pier-Luc Funk.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Le tournoi est prêt : sur la scène, une bande comme celle qu’on retrouve au hockey, et, de chaque côté, des bancs pour les équipes. Le soir du lundi 16 février, les Rouges et les Verts de la Ligue nationale d’improvisation – mieux connue sous le nom de LNI – s’affrontent. Le deuxième match de la Coupe Charade 2026 est lancé! </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le match </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La sirène signale le début de la partie. Au centre de l’aire de jeu, la « patinoire », Édith Cochrane assure le rôle de l’arbitre. Elle annonce le thème et la nature de l’improvisation ainsi que sa durée. Après un bref caucus, les joueurs sautent sur la patinoire. </p>



<p class="wp-block-paragraph">De grands noms de l’improvisation sont présents ce soir : Patrick Huard, Marie-Soleil Dion et Sophie Caron chez les Rouges, Pier-Luc Funk chez les Verts. Les joueurs sont impressionnants à regarder. D’une grande imagination, ils n’ont pas peur du ridicule et se répondent avec un incroyable sens de la repartie. Lors de l’improvisation mixte, c’est-à-dire avec des joueurs de chaque équipe, les idées se rencontrent et enrichissent la performance sans se heurter. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Écouter pour mieux jouer </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En entrevue, Édith Cochrane me confie que l’écoute est la plus belle qualité d’un joueur d’impro : « Il faut écouter le thème, puis écouter ce que les autres disent, mais aussi être à l’écoute du monde dans lequel on vit, des gens qui nous entourent ; une écoute à 360 degrés. » François-Étienne Paré, qui célèbre ses 20 ans de jeu avec la LNI, renchérit : « Il faut être à l’écoute et jouer les situations avec importance : ce qui arrive à nos personnages est primordial et, sans ça, les situations peuvent s’essouffler rapidement. » </p>



<p class="wp-block-paragraph">On sent l’importance de chaque événement dans la performance des improvisateurs de ce match. De la distribution de journaux de Pier-Luc Funk à la rupture amoureuse comique de Marie-Soleil Dion, en passant par Fabiola N. Aladin qui disperse les cendres de son père, ces moments sur la patinoire sont les plus importants de la vie des personnages et les joueurs y mettent du cœur. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une discipline qui rassemble </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir d’un court thème, les joueurs créent des histoires touchantes, rocambolesques, hilarantes. « Il n’y a rien de plus beau que d’arriver à créer quelque chose avec un joueur, c’est magique, m’explique l’arbitre. Je suis allée en Haïti donner des ateliers d’impro et c’est fou, on a l’impression au départ de vivre sur deux planètes, puis rapidement, on commence à jouer et on dirait qu’on s’est connus à la garderie. » </p>



<p class="wp-block-paragraph">On perçoit cette complicité entre les joueurs qui, malgré la compétition, partagent ce moment de création. L’amitié et la bonne entente sont palpables sur la patinoire, même quand, comme la tradition l’exige, l’arbitre est huée. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le départ d’un favori </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au début du match, une annonce fait réagir : Pier-Luc Funk tirera sa révérence à la fin de la saison. Une véritable vague de surprise traverse la salle. Funk est un chouchou : depuis son entrée à la LNI en 2015, où, du haut de ses 18 ans, il était le plus jeune joueur, il reçoit chaque année le prix du public. Le joueur quitte la ligue pour explorer d’autres avenues créatives. C’est avec le cœur serré que les spectateurs profitent de sa dernière saison. Un documentaire sur la carrière de Pier-Luc Funk dans la LNI est en cours de production.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les matchs de la Coupe Charade 2026 auront lieu jusqu’au 20 avril. Les demi-finales seront le 3 mai et la finale le 11 mai. Le Match des Étoiles se tiendra le 4 mai.</em></p>
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		<title>Cent jours après les élections</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/cent-jours-apres-les-elections/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La table ronde « 100 jours après les élections de novembre 2025 ».</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Le 10 février dernier, au nouveau centre SANAAQ, à Montréal, s’est tenue une table ronde portant sur l’élection municipale de novembre 2025. L’événement représentait le fruit d’une collaboration entre le Centre de recherches interdisciplinaires en études montréalaises (CRIEM), la Table de quartier Peter-McGill, Élections Montréal et la Chaire de recherche du Québec sur la démocratie, le vivre-ensemble et les valeurs communes. L’événement avait pour but de comprendre le faible taux de participation du district de Peter-McGill afin de prévoir un meilleur déroulement de la prochaine élection.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un système électoral complexe</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La ville de Montréal est divisée en <a href="https://elections.montreal.ca/fr/districts-electoraux/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">19 arrondissements</a>, eux-mêmes composés de districts pour un total de 58 districts électoraux dans la ville. Lors des élections, chaque secteur vote pour différents postes à la mairie selon leur arrondissement : par exemple, les habitants du district de Peter-McGill votent pour le maire de la ville ainsi qu’un <a href="https://elections.montreal.ca/wp-content/uploads/2021/08/CadreElectoral-Sommaire_2021.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">conseiller de ville du district</a>. Les électeurs d’un même arrondissement, mais de districts différents auront des choix de conseiller à la ville différents, puisque les candidats ne sont pas les mêmes selon le district.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des tendances évocatrices</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec seulement <a href="https://www.electionsquebec.qc.ca/resultats-et-statistiques/resultats-election-municipale/MUN_66023/17694/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">23,2 %</a> des électeurs ayant voté, le taux de participation du district de Peter-McGill est le plus bas de la ville. Un sondage à la sortie des urnes (exit poll) a été mené auprès des électeurs afin d’obtenir des renseignements démographiques, mais aussi leur avis sur certains facteurs déterminants de l’élection. Les résultats du sondage présentés en primeur à la table ronde du 10 février sont étonnants : dans l’arrondissement de Ville-Marie, les hommes sont plus nombreux à se rendre aux urnes que les femmes (30,7 % contre 29,6 %). Cette tendance est inverse à celle de la ville, qui enregistre au vote un pourcentage de femmes plus élevé. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que l’arrondissement ait enregistré un renouvellement de l’électorat de 30 % depuis 2021, cela n’empêche pas un recul progressif de la participation, qui passe à 30,7 % en 2025 contre 38,6 % en 2013. Cela signifie donc que, malgré un plus grand nombre d’électeurs inscrits, ces derniers ne se présentent pas nécessairement aux urnes. La table ronde tente d’établir des pistes de recherche pour comprendre ce phénomène. Les enjeux au cœur de l’élection Les sujets qui préoccupaient davantage les électeurs varient selon le groupe d’âge. Alors que les électeurs de 18 à 29 ans placent l’accès au logement en tête de liste, le groupe de 30 à 44 ans valorise plutôt le transport en commun. De façon similaire, la sécurité publique et la criminalité ne semblent pas être des sujets prioritaires pour l’électorat de 18 à 44 ans, à la différence de leurs aînés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le sentiment d’appartenance: un facteur important</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le sondage a aussi permis d’identifier le niveau de fierté et d’appartenance des électeurs à différents niveaux de communautés : le Canada, le Québec, Montréal, l’arrondissement de Ville-Marie et leur voisinage. Les habitants du district de Peter-McGill notent une grande fierté par rapport à leur district et leur ville, mais pas pour leur arrondissement. Selon les chercheurs de la table ronde, dans un système électoral complexe basé sur le vote par arrondissement, il est possible que le faible taux de participation soit lié à cet écart d’appartenance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le bilan final sur les élections municipales de 2025, publié par Élections Montréal, est à paraître en juin 2026. Toutes les données portant sur les élections municipales de 2025 dans l’arrondissement Ville-Marie proviennent des experts ayant pris la parole à la table ronde du 10 février, dont les résultats<br>ne sont pas encore publiés.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Vers l’infini et plus loin encore</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/vers-linfini-et-plus-loin-encore/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[technologie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Intelligence artificielle et art : quels bénéfices?</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Notre humanité a été enterrée à la naissance de l’intelligence artificielle. Elle était peut-être déjà morte, quelque part entre les multiples tueries et génocides, mais c’est avec l’arrivée de ChatGPT et de ses copains que nous nous sommes joyeusement saisis d’une pelle. Depuis, nous ne cessons de creuser notre tombe. Le trou s’approfondit et nous gardons les deux pieds dedans, tout sourire, au nom d’une productivité. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’utilisation de l’IA : une pratique de plus en plus répandue </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs domaines utilisent l’IA pour améliorer leur productivité. Par exemple, certains médecins l’utilisent pour enregistrer leurs commentaires sur des visites de patients, ce qui permet d’alléger leur charge bureaucratique. Le professionnel de la santé peut donc passer plus de temps à traiter ses patients sans que la tenue des dossiers soit affectée. Dans ce cas, l’utilisation de l’intelligence artificielle est bénéfique et permet une véritable optimisation de la charge de travail : un monde idéal. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Et dans le domaine des arts? </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Augmenter son efficacité est toujours perçu comme quelque chose de souhaitable. Alors, si l’intelligence artificielle le permet, pourquoi ne le ferions-nous pas</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Alors, si l’intelligence artificielle le permet, pourquoi ne le ferions-nous pas dans le domaine des arts? »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">dans le domaine des arts? Répondre à cette question nécessite de prendre en considération différents aspects de la chose, comme l’éthique de l’IA et le but de l’art. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Utiliser l’intelligence artificielle pour créer limite nécessairement le travail de véritables artistes et professionnels. Des artistes visuels, des traducteurs, des auteurs, des acteurs, des doubleurs perdent leur importance dans le milieu au profit de machines qui peuvent effectuer leur travail plus rapidement, sans nécessairement être meilleures. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis, n’oublions pas que l’intelligence artificielle est aussi idéale pour économiser : pourquoi payer des professionnels pour faire un travail de qualité alors que l’IA peut cracher un résultat satisfaisant gratuitement ou à faible coût? Les logiciels produisent non seulement un produit de qualité plus faible que les experts, mais volent aussi des opportunités d’emploi à des humains qui peuvent véritablement créer avec un but artistique. </p>



<p class="wp-block-paragraph">En tant qu’humains, créons-nous dans le but de produire une quantité toujours plus grande de dessins, de films, de livres, de chansons? Ou créons-nous pour exprimer des émotions, partager une part de notre humanité? </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une question d’efficacité </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout usage d’intelligence artificielle nécessite la réalisation de ce qu’elle est : une intelligence, une source de savoir, artificielle. Si l’IA peut produire des textes en moins de temps qu’il n’en faut pour ouvrir un document Word, le produit final ne reflète pourtant pas l’expérience humaine. Avec des améliorations et de l’entraînement constant, les logiciels produiront sans aucun doute des œuvres époustouflantes capables de berner l’humain. Pourtant, en tant que consommateurs, préférons-nous vraiment la perfection à l’humanité?</p>



<p class="wp-block-paragraph"> <strong>L’intelligence artificielle dans l’édition </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré tout, l’intelligence artificielle a réussi à se faufiler dans l’industrie de l’édition. Cette dernière peut effectivement bénéficier de l’IA pour créer des pages de couverture, des résumés attirants pour les quatrièmes de couverture et… des livres. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis l’avènement de logiciels d’IA, les livres partiellement ou entièrement rédigés par ces robots conversationnels affluent. Les stratégies ne sont pas toutes les mêmes : si Coral Hart se targue d’avoir utilisé l’IA pour générer plus de 200 livres l’an dernier, Lena McDonald l’utilisait en douce et s’est fait pincer par une requête à l’IA (prompt) oubliée dans un de ses romans. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les acteurs de l’industrie de l’édition, auteurs comme éditeurs, sont assez divisés sur la question : certains condamnent l’utilisation de l’IA, d’autres l’encensent et d’autres encore s’en servent dans le plus grand secret. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les prête-plume</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Utiliser l’intelligence artificielle pour rédiger en partie ou en totalité un livre a beau être choquant, ce n’est pas un concept révolutionnaire. Depuis longtemps, des gens obtiennent le crédit d’avoir écrit un livre sans en être l’auteur : c’est le concept des « prête-plumes » (ghostwriters). Les prête-plume sont des auteurs qui écrivent pour qu’une autre personne puisse publier le produit final sous son propre nom. Le terme original, ghostwriter, a été inventé par Christy Walsh dans les années 1920 : la pratique est donc bien loin d’être nouvelle. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, si le recours aux prête-plumes est assez commun dans l’industrie littéraire, c’est une pratique cachée, et rares sont les auteurs qui admettent avoir travaillé en collaboration avec un prête-plume. Et si l’intelligence artificielle n’était qu’un autre prête-plume? </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quelle différence entre l’IA et les prête-plume? </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si, depuis belle lurette, certains auteurs ne rédigent pas réellement leurs livres, pourquoi l’utilisation de l’IA serait-elle controversée? Il se trouve que le recours à des prête-plumes n’a jamais été ouvertement accepté. Bien que cette pratique soit connue dans le monde littéraire, elle l’est moins du public. Il est possible de débattre de l’éthique des prête-plumes, mais ce sont tout de même des humains. Même si un auteur fait passer le travail de quelqu’un d’autre pour le sien, le lecteur obtient tout de même une perspective et un travail humain.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Une machine ne pourra jamais avoir la même compréhension de la vie et des expériences humaines qu’une vraie personne »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Une machine ne pourra jamais avoir la même compréhension de la vie et des expériences humaines qu’une vraie personne. La véracité et l’authenticité de l’écriture sont donc remises en cause et le lectorat a l’impression d’avoir été floué en lisant les propos d’un robot qui se présente comme pouvant être sensible à la réalité. Le processus d’écriture est souvent chargé émotionnellement et vient de l’expérience personnelle de l’auteur. Les sujets les plus lourds sont rarement mis de l’avant pour cocher une case sur une liste, mais plutôt par la volonté de l’auteur d’aborder des sujets qui le touchent profondément. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour renchérir, les logiciels d’intelligence artificielle sont entraînés avec du matériel préexistant et, dans le domaine littéraire, cela signifie des livres. Nombreux sont les auteurs qui découvrent que leurs œuvres ont été utilisées, sans leur accord, pour entraîner des logiciels d’IA. Ces logiciels qui utilisent les œuvres humaines pour remplacer le travail de vraies personnes sont rarement éthiques. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est pas parce que nous pouvons maintenant créer à un rythme fou que nous devons forcément le faire. L’intelligence artificielle dépend entièrement de nous pour s’améliorer et nous surpasser : il ne reste plus qu’à décider si nous souhaitons lui laisser ce pouvoir ou si nous tenons à consommer une culture humaine et authentique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<item>
		<title>Le passé devant nos yeux</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/04/le-passe-devant-nos-yeux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Exposition]]></category>
		<category><![CDATA[Architecture]]></category>
		<category><![CDATA[immersion]]></category>
		<category><![CDATA[musée Arsenal]]></category>
		<category><![CDATA[Notre-Dame-de-Paris]]></category>
		<category><![CDATA[réalité virtuelle]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour sur l’expérience immersive Éternelle Notre-Dame.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Le casque de réalité virtuelle sur la tête, on voit se dresser devant nos yeux la cathédrale Notre-Dame de Paris, plusieurs siècles plus tôt, en 1163. Nous nous retrouvons dans la rue, accompagnés d’un guide virtuel qui nous explique la construction du monument emblématique et nous présente à l’évêque qui l’a commandé, Maurice de Sully. Le portail magnifiquement sculpté, les rosaces enjolivées de vitraux, les arches ornées de gargouilles : aucun détail du spectacle architectural éblouissant qu’est la cathédrale n’est épargné dans la présentation.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un voyage dans le temps</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Guidée par un ouvrier, la visite retrace l’histoire de la construction de Notre-Dame de ses débuts aux restaurations qui y sont faites après l’incendie ravageur de 2019, en passant bien sûr par les dommages de la Révolution française. Chaque étape cruciale de la construction est expliquée d’une manière compréhensible pour tous ; nul besoin d’avoir des connaissances en architecture! Le processus pour créer les vitraux, pour sculpter les pierres, pour soutenir les arches en cas de faiblesse de la structure, rien n’est négligé. Le guide nous fait même monter sur une plateforme pour admirer le travail de milliers d’ouvriers en hauteur, nous donnant une vue imprenable sur la ville surplombée d’un arc-en-ciel magnifique.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Ce n’est donc pas seulement une visite de la cathédrale actuelle, mais aussi de son évolution au fil des ans. Une immersion unique, impossible à vivre ailleurs »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une visite complète du monument </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque aspect remarquable de la cathédrale est exploré, y compris les couloirs, le jubé, autrefois délimité par une clôture dorée, les tours abritant les cloches emblématiques et le toit offrant une vue imprenable sur la flèche de l’édifice. La visite décrit aussi les modifications apportées au fil des années à des fins de restauration ou d’amélioration. Ce n’est donc pas seulement une visite de la cathédrale actuelle, mais aussi de son évolution au fil des ans. Une immersion unique, impossible à vivre ailleurs. Les images sont si réalistes qu’on s’y méprend!</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une expérience accessible à tous</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’arrivée au musée Arsenal art contemporain, où est présentée l’exposition, une version adaptée aux personnes en fauteuil roulant est disponible. Des bâtons de marche sont également mis à disposition pour les personnes désirant un contact rassurant avec le sol, ce qui peut s’avérer utile lorsque le parcours présente des escaliers ou des plateformes se soulevant. Le casque de réalité virtuelle est confortable, même lors du port de lunettes de vue. Il est à noter que l’expérience n’est pas recommandée aux gens souffrant d’épilepsie. Un tutoriel est présenté au début de la visite pour des raisons de sécurité. Les autres personnes et les murs sont représentés dans le casque et permettent d’éviter les collisions.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’expérience de réalité virtuelle Éternelle Notre-Dame est présentée au musée Arsenal art contemporain jusqu’en mars.</em></p>
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		<item>
		<title>Un cri du cœur du Boss</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/04/un-cri-du-coeur-du-boss/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<category><![CDATA[Bruce Springsteen]]></category>
		<category><![CDATA[engagement]]></category>
		<category><![CDATA[ICE]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59949</guid>

					<description><![CDATA[<p>Retour sur la chanson Streets of Minneapolis de Bruce Springsteen.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/04/un-cri-du-coeur-du-boss/" data-wpel-link="internal">Un cri du cœur du Boss</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Le chanteur et guitariste américain Bruce Springsteen secoue l’industrie de la musique et s’attire les foudres de l’administration Trump avec sa chanson « <em>Streets of Minneapolis</em> » sortie le 28 janvier dernier. En seulement quatre jours, l’artiste a écrit, enregistré et diffusé sa chanson : un travail extrêmement rapide dont les paroles vont droit au cœur de l’auditeur. Deux jours après sa sortie, « <em>Streets of Minneapolis</em> » est jouée par Springsteen lors d’un concert de charité en solidarité avec le Minnesota, initiative de <a href="https://www.everettpost.com/music/rock/bruce-springsteen-performs-streets-of-minneapolis-at-tom-morellos-minneapolis-concert-protesting-ice/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Tom Morello</a>, guitariste du groupe Rage Against the Machine. Ce geste s’inscrit dans le courant de son dernier microalbum, <em>Land of Hope and Dreams</em>, qui qualifie l’administration Trump de « <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2224234/bruce-springsteen-minneapolis-chansons-protestation-ice" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">corrompue, incompétente et traîtresse</a> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br><strong>Une œuvre politique</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette chanson militante n’est pas une première pour l’auteur-compositeur-interprète, qui a l’habitude de s’attaquer à des <a href="https://www.victrola.com/blogs/articles/bruce-springsteens-impact" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">sujets politiques</a> et tabous dans son art. Que ce soit avec « <em>Born in the U.S.A.</em> », qui dénonce les difficultés auxquelles font face les vétérans, « <em>Streets of Philadelphia</em> » sur la crise du sida, ou encore son album <em>Born to Run</em>, qui fait état de la dépression du chanteur, ce dernier ne mâche jamais ses mots par peur de mettre le feu aux poudres.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;C’est une promesse de continuer à se battre contre la brutalité et les violations des droits humains jusqu’à ce que chacun et chacune soit libre »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><br><strong>Minneapolis : le théâtre d’horreurs</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis le début de l’année, la ville de Minneapolis est le théâtre de nombreux mouvements de contestation, les citoyens protestant contre les actions abusives de la police de l’immigration (ICE). C’est cette lutte pour la liberté que Springsteen raconte dans sa nouvelle chanson. Il rend également <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2224234/bruce-springsteen-minneapolis-chansons-protestation-ice" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">hommage aux victimes innocentes</a> : Renee Good, Alex Pretti et les immigrants injustement ciblés, ainsi qu’aux habitants de Minneapolis. Le chanteur reprend ce que le peuple scande depuis des semaines, « <em>ICE out now</em> » (« <em>ICE dehors </em>», tdlr), et l’intègre à la mélodie, le pouvoir des voix réunies en arrière-plan donnant des frissons. La mélodie, forte en acoustique et sans fioritures dans le style emblématique de Springsteen, laisse place à la force des paroles. Ces dernières prônent la solidarité et l’unité devant le chaos qui secoue la ville du Mid-west. C’est une promesse de continuer à se battre contre la brutalité et les violations des droits humains jusqu’à ce que chacun et chacune soit libre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br><strong>Dénoncer l’injustice</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">« <em>King Trump’s private army from the DHS / Guns belted to their coats / Came to Minneapolis to enforce the law / Or so their story goes</em> » (<em>L’armée privée du DHS</em> (département de la Sécurité intérieure, ndlr) <em>du roi Trump / Avec des fusils à la ceinture de leurs manteaux / Sont venus à Minneapolis pour faire respecter la loi / Ou du moins c’est ce qu’ils disent</em>) chante Springsteen. Le musicien refuse d’accepter une version officielle des faits, déformée par le gouvernement et les paroles percutantes demandent la liberté de la ville ainsi que le départ immédiat de l’ICE. Le chanteur dénonce la situation dangereuse pour les personnes de couleur et le non-respect des droits des Américains. La chanson se termine sur la promesse de ne pas oublier les vies qui ont été prises injustement. Tout comme dans la chanson de Springsteen, le slogan « <em>ICE out</em> », chanté en chœur, continuera de retentir dans les rues de Minneapolis.</p>
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		<title>Conjuguer sa vie au passé</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/28/conjuguer-sa-vie-au-passe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théâtre]]></category>
		<category><![CDATA[art]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Critique de la pièce <em/>Boîte noire</em>, présentée au Théâtre Jean-Duceppe.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">La Boîte, imposante et inquiétante, trône au milieu de la scène. Un projecteur s’allume. Éliza Williams, femme d’affaires, s’avance pour donner son discours. La pièce <em>Boîte noire</em> débute.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La beauté de la Boîte</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En entrant dans la salle, le premier élément qui attire l’œil du spectateur est la boîte géante qui sépare la scène en deux : une partie supérieure et une partie inférieure. L’intrigue de la pièce est elle-même scindée en deux trames narratives qui cohabitent. D’une part, Éliza et David, cofondateurs d’Essor, présentent leur nouvelle invention : la Boîte, une technologie qui permet à chacun d’obtenir la vie de ses rêves en prévenant les comportements nocifs. D’autre part, Andrés, Tendaji et Laïla, des réfugiés, traitent des données toute la journée pour un salaire de misère afin d’entraîner l’IA à l’origine de la Boîte. Les deux trames narratives ont lieu en parallèle, jusqu’à ce qu’un accident sur vienne et entremêle la destinée de tous les personnages.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le personnage d’Éliza, joué par Catherine-Anne Toupin, privilégie la prospérité et les investissements, son frère David, interprété par Vincent-Guillaume Otis, se préoccupe plutôt des enjeux éthiques : peut-on réellement mettre en vente un produit censé améliorer la vie des gens s’il y a des risques mortels pour les consommateurs? La discorde éclate entre les génies de la technologie et se propage, plus bas sur la scène, aux réfugiés employés par la firme. Comment améliorer sa situation lorsque les autorités profitent de l’exploitation des plus faibles? À une époque où nos voisins du Sud connaissent des moments houleux avec ICE, les mots du personnage de Laïla lorsque les agents frontaliers s’en prennent à elle sans raison résonnent: « Le camp, c’est une prison. Je veux une vie à moi. » Les enjeux mis en scène dans la pièce sont on ne peut plus actuels.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bienvenue au pays des possibilités</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que promet la Boîte, c’est une vie meilleure, un moyen simple et rapide d’atteindre la version de soi idéale. Mais dans une société qui en demande toujours plus, est-il réellement souhaitable d’atteindre la perfection? L’obsession pour cette dernière tue notre société à petit feu. Les exigences et l’intolérance au bonheur de la société pour rissent la vie des individus et empêchent chacun de faire son cheminement personnel. La Boîte ne fait qu’empirer les traumatismes que les individus ressassent. Catherine-Anne Toupin, créatrice de la pièce, dénonce clairement ce besoin déraisonnable pour la perfection ainsi que les abus des multinationales qui, sans que nous nous en rendions compte, s’emparent de nos vies. « C’est devenu une obsession », confie une utilisatrice de <em>la Boîte</em>. Nous devenons des spectateurs de notre propre existence, incapables d’agir sans l’influence des plus riches et des plus puissants qui contrôlent notre consommation et nos habitudes. La pièce dénonce à cor et à cri les abus des autorités, qu’il s’agisse des entreprises ou des gouvernements, qui considèrent les plus vulnérables de notre société comme du bétail, bon seulement à enrichir les plus forts.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Boîte noire</em> est une pièce coup de poing. À plusieurs reprises, mes yeux se sont remplis de larmes et je me suis sentie impuissante face aux horreurs de l’humanité. Le futur qui se présente devant nous n’est pas reluisant, et cette pièce de théâtre déborde de son cadre divertissant pour nous secouer au fond de notre âme. C’est à nous de conserver l’humanité de notre monde. <em>Boîte noire</em> est une pièce de 1h35 sans entracte qui aborde des sujets sensibles, dont le suicide. Elle sera présentée jusqu’au 22 février 2026 au <em>Théâtre Jean-Duceppe</em>.</p>
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		<title>Mon français, vrai français</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/21/mon-francais-vrai-francais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[accent]]></category>
		<category><![CDATA[Langage]]></category>
		<category><![CDATA[langue]]></category>
		<category><![CDATA[linguistique]]></category>
		<category><![CDATA[québécois]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La suprématie des accents.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Tout le monde a un accent. La manière dont nous prononçons les mots, les expressions que nous employons, sont des héritages de notre milieu. Notre façon de parler est une marque de notre appartenance à un groupe, un signe de notre identité. L’humain est un être social qui adore se retrouver parmi ses pairs. Pensez‑y : quel Québécois ne sourirait pas en entendant un « enweille » en vacances en Floride? C’est comme se retrouver chez soi.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un choix subconscient</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Catherine Leclerc, sociolinguiste et professeure agrégée au Département de langue et littérature françaises à McGill, explique que l’on ne décide pas de notre accent, mais qu’il s’agit plutôt du résultat du milieu dans lequel nous évoluons. « Le pouvoir de décision n’est pas si grand. Les gens peuvent essayer “d’attraper” un accent, pour avoir accès à des ressources sociales, par exemple, mais globalement, l’accent se trouve en-deçà du processus décisionnel », précise-t-elle. La façon dont nous parlons est donc un reflet direct du milieu dans lequel nous avons appris la langue.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Nettoyer son accent</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui dit accent, dit aussi jugement esthétique : certaines prononciationser peuventsemblerétranges aux oreilles d’une personne qui n’y est pas habituée. En français, cette perception se traduit souvent par une hiérarchisation des accents. Un parler québécois traditionnel ou encore acadien est souvent jugé moins distingué qu’un accent français. « On a tendance en français, parce qu’on est issus d’une langue écrite, à noter les écarts à la norme dans un accent. Mais en vérité, les langues ne sont pas prononcées comme elles sont écrites. On parle la langue qu’on entend, » ajoute la professeure Leclerc.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>« </strong>Ce que l’accent nous apprend, c’est le fonctionnement des langues par-delà la standardisation »<br><sup>Catherine Leclerc, sociolinguiste et professeure agrégée à McGill</sup></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">En général, la francophonie s’entend pour dire que les Français ont la « meilleure » façon de parler et les instances médiatiques ne le nient pas : rares sont les doublages en québécois! Ces derniers sont faits en français dit « international », donc, ni avec un accent québécois, ni avec un accent parisien, mais force est d’admettre que cet accent considéré « neutre » est beaucoup plus près de la France. Il en va de même pour tout le contenu international présenté en français : on n’entendra pratiquement jamais un accent franco-ontarien pour ces diffusions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Même au sein de notre belle province, les accents se classent selon une échelle d’élégance : les nouvelles sont lues dans un registre de langue plus élevé où les accents typiquement québécois sont méticuleusement nettoyés, car qui prendrait au sérieux la journaliste qui prononce ses « a » presque comme des « o »? Selon la professeure Leclerc, l’accent est porteur d’un « fardeau social. Il y a des traits distinctifs de l’accent québécois qui sont évidents et que nous pouvons atténuer, effacer, lorsque nous parlons avec des personnes européennes, par exemple ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’accent parfait</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Et si l’on parlait exactement comme on écrit? Si chaque lettre, chaque son, était prononcé conformément à l’orthographe, sans syncope de la pénultième atone, sans diphtongues jugées fautives afin d’atteindre un français sans erreurs, sans accent, un français parfait? « On peut avoir des préférences esthétiques, mais ça n’a rien à voir avec ce qui est juste ou pas, clarifie la professeure Leclerc. Ce que l’accent nous apprend, c’est le fonctionnement des langues par-delà la standardisation.» Il n’y a donc pas de« meilleures » façons de parler ni d’accent plus « correct » qu’un autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Par contre, les différences dans les façons de parler sont connotées socialement, ajoute la sociolinguiste. Le processus d’instruction fait aussi qu’on évolue dans notre façon de parler quand on gagne en éducation. En général, plus on est instruits, plus on a accès à des positions élevées dans l’échelle sociale, mais on parle différemment, alors l’instruction “s’entend”. » Mme Leclerc reconnaît que des façons de parler plus normatives sont généralement associées à plus de compétences, voire plus d’intelligence. « Ce n’est pas vrai dans l’absolu, mais vrai en pratique, dans la mesure où, lorsqu’on maîtrise le code, on a accès à différentes ressources que l’on n’a pas en ne maîtrisant pas le code. Il faut donc, en quelque sorte, parler le “bon” accent pour accéder à certains lieux. »</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>« </strong>La façon dont nous parlons est donc un reflet direct du milieu dans lequel nous avons appris la langue »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Aux accents s’ajoute un autre phénomène : le <em>code switching</em>, ou l’alternance codique. Il s’agit d’un processus où nous adaptons notre langue au milieu où nous sommes. Personne ne parle à ses parents de la même façon qu’il parle à ses amis ou dans le cadre du milieu professionnel. La sociolinguiste explique que l’alternance codique est parfois perçue « comme un écart par rapport à des normes, mais, en vérité, il y a autant de langues que de groupes d’amis. Dans chaque situation sociale, nous allons puiser dans les ressources que nous jugeons être les plus appropriées. » Lorsque nous ne sentons pas que nous avons un langage approprié pour une situation, nous vivons ce que les linguistes appellent de « l’insécurité linguistique ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Montréal, les médias et le multiculturalisme</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un matin, je suis tombée sur une vidéo Instagram de Scot with one T (@scot.with.one.t), un créateur de contenu montréalais. « Un de mes plus gros problèmes avec la télévision québécoise, c’est le manque de représentation des accents montréalais, dit Scot pour amorcer sa vidéo. Je veux voir des Italiens, des Grecs, des Algériens parler comme ils parlent d’habitude. Je sais que beaucoup d’entre vous considérez pas [sic] mon accent comme un accent québécois, mais mon accent existe seulement au Québec. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ses propos frappent dans le mille. En effet, les accents montréalais obtiennent très peu de représentation dans les séries télévisées ou les films québécois. En entrevue, il me confie que le problème n’est pas dans la mise en scène de personnages issus de la diversité culturelle: il est dans la façon dont ils parlent. « L’accent devrait avoir du sens. Si un personnage noir qui vient de Montréal-Nord parle en joual, ça ne fonctionne pas : il y a pratiquement personne qui parle comme ça dans ce coin-là de la ville. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet enjeu passe autant par la production des médias que par la façon dont on envisage les accents au sein de la société québécoise. Il n’est pas toujours nécessaire qu’un personnage parle avec un accent québécois « de souche » : les acteurs pourraient simplement parler avec leur accent de tous les jours pour améliorer la représentation. « Je suppose que beaucoup d’acteurs sentent le besoin de changer leur accent pour passer à la télévision québécoise et je crois que c’est le problème : je ne pense pas que dans tous les cas tu devrais forcer un accent qui n’est pas le tien. Je pense qu’il pourrait y avoir un effort de la part des acteurs, mais aussi de l’équipe de <em>casting</em>, parce que si tu as un accent qui sort du lot, je comprends pourquoi tu voudrais forcer un certain accent. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais si on incorpore des accents différents, le contenu sera-t-il plus difficile à comprendre? Certains le prétendent. Pourtant, ce n’est pas plus dérangeant que les acteurs britanniques qui conservent leur accent dans les productions américaines : si les différences de prononciation décoiffent d’abord, nous finissions par nous y habituer. « On revient à cette question : qu’est-ce qu’on veut faire avec la télé québécoise? » demande Scot. La question se pose. Est-il plus important que notre divertissement et, plus largement, nos médias, en général, soient faciles à comprendre? Ou souhaitons-nous les rendre représentatifs de la société dans laquelle nous vivons?</p>
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		<title>Changer le rap queb un album à la fois</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/14/changer-le-rap-queb-un-album-a-la-fois/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Douze sur douze]]></category>
		<category><![CDATA[Loud]]></category>
		<category><![CDATA[nouvel album]]></category>
		<category><![CDATA[rap québécois]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59543</guid>

					<description><![CDATA[<p>Retour sur le nouvel album de Loud.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">A près trois ans à parcourir la francophonie en concerts et festivals, le rappeur québécois Loud revient en force avec un quatrième album : <em>Douze sur douze</em>, sorti le 12 décembre dernier. « On repart la machine, on prépare un classique », dit-il dans la chanson <em>Splash</em>, issue de son nouvel album. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un style reconnaissable </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2017, la chanson <em>Toutes les femmes savent danser</em>, tirée de son album <em>Une année record</em>, joue en boucle à la radio, et la popularité de Loud explose. Les albums <em>Tout ça pour ça</em> (2019) et <em>Aucune promesse </em>(2022) suivent et ne font que réaffirmer son statut d’icône du rap québécois. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Son nouvel album Douze sur douze est étonnant : jeux de sonorité, features surprenants, paroles recherchées, tout est au rendez-vous pour créer un album mémorable »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Son nouvel album <em>Douze sur douze </em>est étonnant : jeux de sonorité, <em>features</em> surprenants, paroles recherchées, tout est au rendez-vous pour créer un album mémorable. La liste de lecture s’ouvre avec <em>1/12</em>, une courte chanson d’introduction à l’album et une réflexion sur sa montée en popularité dans les dernières années. La dernière chanson, <em>13/12</em>, remplit la même fonction : un remerciement à ses proches pour les encouragements et le soutien. Ce type de chanson est devenu une habitude chez le rappeur, qui dédie bien souvent une chanson à ceux qui rendent son succès possible, tant ses producteurs que son auditoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong> Collaborations étonnantes </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Quatre chansons sur les treize qui composent la parution contiennent des <em>features</em>, une pratique qui consiste à inviter un artiste à participer à la chanson ou à incorporer certains extraits d’autres chansons. Salomé Leclerc, Ariane Moffatt, Statzz et Connaisseur Ticaso sont tous réunis dans cet album. La présence de ces artistes peut paraître étonnante : à l’exception de Connaisseur Ticaso, ils ne font pas de rap. Pourtant, les styles musicaux s’allient bien dans les différentes chansons et rappellent le caractère de l’album, empreint de la vantardise caractéristique du rap, mais aussi de vulnérabilité. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un album vulnérable </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son nouvel album, Loud ouvre son cœur, tout particulièrement dans deux chansons : <em>Entre nous</em>, avec Salomé Leclerc, et <em>Quelque chose</em>. La première chanson, faisant état d’une rupture amoureuse douloureuse, est lourde d’émotions avec ses paroles poignantes : « Mais j’suis pas prêt à <em>quit</em>, quitte à prendre le blâme / On mérite une dernière danse avant d’rendre l’âme. » Le tout est appuyé par une mélodie lente et minimaliste qui laisse la place à la solitude communiquée par les paroles. Dans la deuxième chanson, le rappeur s’ouvre sur sa relation avec l’actrice Catherine Saint-Laurent, jusqu’ici gardée plutôt secrète. Le vidéoclip compile les moments entre le rappeur et sa partenaire, des images prises sur le vif. Loud continue de faire des jeux de mots dans ses paroles, un des traits distinctifs de sa musique : « Pas d’partage ni de parenthèse / Si on est partenaire, c’est à part entière / On manquera jamais d’essence si on part ensemble / Y a rien de passager à part ton siège, <em>let’s ride</em>. » </p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Douze sur douze</em> ne déçoit pas les admirateurs qui attendaient une nouvelle sortie : Loud renouvelle son style et montre sa vulnérabilité en gardant les éléments distinctifs qui le rendent unique. Un album rempli de surprises, en collaboration avec des artistes aux genres divers qui viennent enrichir la sonorité. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Loud amorce sa tournée de concerts à travers le Québec pour Douze sur douze le 30 janvier 2026.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<item>
		<title>La chute de l’empire culturel</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/14/la-chute-de-lempire-culturel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[désintérêt]]></category>
		<category><![CDATA[générations]]></category>
		<category><![CDATA[Internet]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59538</guid>

					<description><![CDATA[<p>L’apparent désintérêt des jeunes pour la culture.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Chaque année, la scène culturelle voit naître de nouvelles œuvres qui battent des records de popularité. Certaines ont un tel succès qu’elles perdurent à travers le temps et se taillent une place parmi les classiques. Films, séries télévisées, livres et pièces de théâtre connaissent une incroyable popularité, tout comme leurs créateurs et leurs interprètes. Le rayonnement de la culture est parfois si fort qu’il devient un phénomène international. Il suffit de penser à la popularité fulgurante de la K‑pop ou, en termes d’icônes québécoises, à Céline Dion. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La culture est donc d’une universalité apparente, ce qui crée des référents communs pour plusieurs groupes. Pourtant, il n’est pas rare d’entendre les générations précédentes s’exclamer que les jeunes d’aujourd’hui ne s’intéressent pas à celle-ci. Mais l’intérêt pour la culture est-il réellement en déclin? </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Les générations consommant moins ce type de musique et de média n’ont pas ces références, et le fossé culturel se creuse entre les générations »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des référents différents </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si certaines icônes sont intemporelles, d’autres laissent place à de nouveaux noms avec le temps. Les baby-boomers n’ont pas exactement les mêmes référents culturels que les millénariaux, et encore moins que la génération Z. Chaque génération voit naître son étoile montante, le nouveau nom incontournable de la scène culturelle. Si Guylaine Tremblay et Ginette Reno ont marqué les esprits des petits et des grands au Québec, elles ne sont pas les premiers noms qui viennent en tête aux générations plus jeunes, qui pensent plutôt à Marc Dupré, Sarah-Jeanne Labrosse, Cœur de pirate ou à Karl Tremblay, par exemple.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains médias sont aussi davantage consommés par certains groupes. Le rap, par exemple, est un style dont l’auditoire a majoritairement entre <a href="https://headphonesaddict.com/rap-and-hip-hop-statistics/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">16 et 24 ans</a>. Cette préférence musicale largement partagée par une même tranche d’âge crée des référents culturels. Il n’y a qu’à songer à la querelle entre Drake et Kendrick Lamar ou encore à des rappeurs populaires comme Travis Scott, Cardi B, Central Cee et Damso. Les générations consommant moins ce type de musique et de média n’ont pas ces références, et le fossé culturel se creuse entre les générations. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Internet : une source de culture infinie </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’accès à l’Internet et aux réseaux sociaux transforme le paysage culturel. Ce dernier n’est plus limité aux formes traditionnelles, comme le théâtre, la littérature, la musique et la télévision : il contient maintenant une foule de contenus multimédias impressionnants. Les <em>memes</em> créent une culture à eux seuls. En ouvrant les commentaires d’une vidéo Tik Tok, impossible de tout comprendre sans connaître les références de certains <em>memes</em>, qui deviennent des façons de réagir au contenu présenté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À cela s’ajoute la variété de contenu à laquelle sont exposés les utilisateurs. Des œuvres comme des livres ou des films et séries télévisées deviennent virales, peu importe leur provenance. Il suffit de songer à <em>Heated Rivalry</em>, la série record de l’heure au Canada. Il s’agit de la série la plus regardée de l’histoire de <a href="https://variety.com/2025/tv/news/heated-rivalry-hbo-biggest-tv-show-surprise-hit-1236614905/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Crave</a>, la plateforme d’origine. Du contenu dérivé de la série déferle sur Internet, ce qui encourage les utilisateurs à la visionner. Toutefois, sans les réseaux sociaux ou un abonnement à Crave, elle peut passer sous le radar de certains téléspectateurs. Le contenu viral sur Internet est également très international grâce aux utilisateurs venant du monde entier.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="2000" height="1450" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/culture14V2-2000x1450.jpeg" alt class="wp-image-59541" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/culture14V2-2000x1450.jpeg 2000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/culture14V2-650x471.jpeg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/culture14V2-150x109.jpeg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/culture14V2-768x557.jpeg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/culture14V2-1536x1113.jpeg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/culture14V2-2048x1485.jpeg 2048w" sizes="(max-width: 2000px) 100vw, 2000px"><figcaption><span class="media-credit">Félix Fournier</span></figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un problème de représentation </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Entouré par des influences anglophones, le Québec tient à son identité distincte. La scène culturelle est un excellent moyen d’encourager l’identité locale en consommant des médias locaux. Or, la génération Z et celles qui la suivent montrent un intérêt diminué pour la culture québécoise. Ce désintérêt est-il la conséquence d’une identification plus difficile aux médias présentés? <em>Le Délit</em> a sondé ses lecteurs sur son compte Instagram en leur demandant s’ils se sentaient représentés par la culture québécoise. Les résultats sont sans équivoque : c’est un non. Seulement 26% des gens ayant participé au sondage ont répondu par l’affirmative, alors que 74% ont répondu par la négative. Toutefois, <em>Le Délit</em> regroupe des lecteurs intéressés par l’actualité et la culture, ce qui peut influencer les résultats.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Il est facile de blâmer les générations plus jeunes pour leur manque d’intérêt envers la culture sans chercher à comprendre cet apparent désintérêt »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Cela dit, il est vrai que le canon culturel québécois a souvent manqué de diversité. Le Québec d’aujourd’hui étant plus diversifié qu’avant, il est possible que certaines personnes ne se sentent ni représentées ni comprises par les médias. Si les spectateurs ne peuvent pas s’identifier aux personnages qu’ils voient à l’écran, ils n’auront pas nécessairement envie de les regarder. Les œuvres culturelles se doivent de représenter la société telle qu’elle est, en présentant des problématiques réelles et des personnages auxquels les spectateurs peuvent s’identifier. Or, certains sujets sont mal dépeints ou tout simplement mis aux oubliettes. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le Délit</em> a demandé à certaines personnes ayant répondu au sondage des précisions sur leur réponse à la négative. Il s’avère que la représentation de l’appartenance ethnique, l’orientation sexuelle, l’identité de genre et la santé mentale est lacunaire dans les médias. Ces éléments empêchent les individus de s’identifier pleinement aux personnages, qui vivent une réalité tout autre que la leur. Si les œuvres culturelles du Québec intègrent davantage de représentation multiculturelle, il est rare que le quotidien de personnages immigrants en pleine intégration soit représenté, avec tous les défis que l’arrivée dans un nouveau pays suppose. La représentation est également parfois stéréotypée ou dramatisée pour les besoins de l’intrigue. Par exemple, du côté de la santé mentale, l’émission STAT met en scène un médecin bipolaire victime d’une psychose le menant à tuer l’un de ses collègues. Bien qu’il s’agisse d’une situation possible, la plupart des personnes ayant un trouble bipolaire ne commettent pas de crimes violents. La violence, chez les personnes bipolaires, est souvent l’œuvre de comorbidités, comme l’<a href="https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20819987/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">abus de substances</a>. Toutefois, cette distinction n’est pas précisée dans l’émission et peut contribuer à véhiculer certaines croyances néfastes pour les personnes souffrant d’enjeux de santé mentale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est facile de blâmer les générations plus jeunes pour leur manque d’intérêt envers la culture sans chercher à comprendre cet apparent désintérêt. Les moyens de transmission de la culture sont différents de génération en génération et chacun forge un répertoire culturel à son image. La société évolue et ce changement se doit d’être reflété dans la scène culturelle. Sans cela, le déclin de la culture est assuré : chacun mérite de se sentir représenté et compris par les œuvres qui l’entourent.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/01/14/la-chute-de-lempire-culturel/" data-wpel-link="internal">La chute de l’empire culturel</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>L’art de raconter</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/11/26/lart-de-raconter/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Nov 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Mathieu Bélisle]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[salon du livre]]></category>
		<category><![CDATA[Yasmina Khadra]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour sur le Salon du livre de Montréal.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Le Salon du livre de Montréal est le plus grand événement littéraire francophone du continent américain. Chaque année, ce véritable paradis pour les lecteurs rassemble des auteurs et des maisons d’édition de divers genres littéraires. Le Salon plaît aux petits comme aux grands, avec ses contes lus sous une tente et ses conférences sur plusieurs enjeux d’actualité littéraire. Des aires de lecture, meublées de fauteuils, permettent aux visiteurs de prendre une pause des activités et des files de dédicaces pour se plonger dans leurs nouveaux achats livresques. La thématique du Salon pour l’édition 2025 était le « (Ré)enchantement », visant à explorer comment les mots et l’art de raconter peuvent façonner notre vision du monde et redonner espoir en des temps incertains, et permettant à tous de retrouver l’enchantement de la lecture. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le bonheur des choses simples </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce samedi matin, deux auteurs se retrouvent à l’Agora, l’endroit qui accueille les conférences. Rodney Saint-Éloi, poète et écrivain fondateur de la maison d’édition Mémoire d’encrier, s’entretient avec Mathieu Bélisle, essayiste, éditeur et professeur de littérature au Collège Jean-de-Brébeuf. Tous deux ont publié cette année un livre sur l’espoir : Saint-Éloi avec <em>Fais du feu</em>, un recueil de poésie, et Bélisle avec l’essai <em>Une brève histoire de l’espoir</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« C’est si simple, les choses simples », cite Mathieu Bélisle, le recueil de poésie de Rodney Saint-Éloi sous les yeux. Mais de quoi parle-t-on, lorsqu’on fait allusion aux « choses simples »? Les deux auteurs s’attaquent à cette question, d’apparence anodine, mais pourtant si complexe. Le chant des oiseaux, le bruit d’un ruisseau, la chaleur du soleil sur notre peau… Pourtant, ce n’est pas tout. Il y a les arbres, la terre. Le feu, celui qui nous permet de faire du thé ou du café chaque matin, mais aussi le feu qui brûle en nous, le feu de la passion, de l’amour de la vie, le feu de l’espoir. Cette confiance que nous avons envers les choses qui nous semblent acquises : l’eau, la nourriture, un lendemain. Rodney Saint-Éloi se rappelle ceux qui, dans son Haïti natal, pouvaient marcher jusqu’à sept kilomètres pour un peu d’eau. « Aujourd’hui, on nous a appris à gérer la surabondance ». Le poète déplore le manque d’appréciation pour les petites choses de la vie. Il s’agit, selon lui, de la clé du bonheur : « Dans ma cosmogonie, dans ma culture, il y a toujours deux côtés. Un décès amène une naissance. C’est notre tâche en tant qu’individu de reconstruire ce qui est mort. » </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’espoir pour retrouver l’enchantement </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mathieu Bélisle renchérit que nous sommes forts d’espoir personnel, individuel, mais pauvres en espoir collectif : « Si vous allez dans le rayon “bien-être” en librairie, on vous vend des livres pour vous, pour la personne que vous êtes. On ne vend pas de livres sur le bien-être du monde. » Cet espoir, en demeurant individuel, trahit l’humanité. L’essayiste rappelle l’ironie du sort de la planète : ce sont les millionnaires qui ont le plus de pouvoir sur le futur, mais, étrangement, ils ne croient pas au futur de notre planète, de notre société. Plusieurs se construisent des <em>bunkers</em> en cas d’apocalypse, presque convaincus que le pire est à venir, tandis que la population est laissée à elle-même. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="2000" height="1333" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-2000x1333.jpeg" alt class="wp-image-59439" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-2000x1333.jpeg 2000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-650x433.jpeg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-150x100.jpeg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-768x512.jpeg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-1536x1024.jpeg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-2048x1365.jpeg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-1200x800.jpeg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-930x620.jpeg 930w" sizes="(max-width: 2000px) 100vw, 2000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/eliejuliette/?media=1" data-wpel-link="internal">Juliette Elie</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La désensibilisation aux horreurs de notre siècle </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans notre quête d’espoir individuel, nous oublions aussi la compassion pour autrui. Bombardés presque continuellement de mauvaises nouvelles dès que nous ouvrons la télévision ou notre téléphone, nous sommes désensibilisés aux atrocités qui ont lieu dans le monde. « Deux cents morts dans un pays, un attentat terroriste dans un autre… Ces mots sont devenus habituels, déplore Saint-Éloi. On oublie que ce n’est pas une ville qui est bombardée, mais des humains. Des enfants, des arbres, la Terre ». Avec ces nouvelles en continu, il est difficile de voir comment la situation pourrait s’améliorer, mais le poète rappelle que les bonnes actions à une petite échelle sont les plus fortes. « Tous les jours, il faut avoir une petite bonté pour soi-même et pour les autres. Le monde est à nous ». En regagnant espoir, en ayant confiance en un lendemain, nous pouvons créer une nouvelle histoire, une histoire de compassion, de douceur, racontant la beauté du monde. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>« J’écris parce que j’ai du talent » </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En après-midi, l’Agora est remplie. Tous les sièges sont pris, les gradins sont pleins, cinq ou six rangées de spectateurs debout s’étirent le cou pour apercevoir l’auteur en conférence. Tout le monde attend avec impatience l’arrivée de Yasmina Khadra. L’auteur algérien, dont la dernière visite dans notre province remontait à 2019 au Salon du livre de Québec, est accueilli chaleureusement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« En Occident, vous aimez dire que l’écriture est une thérapie, qu’elle aide à exorciser les démons. L’écriture, ce n’est pas une thérapie. J’écris parce que j’ai du talent », déclare l’auteur. Sa franchise est rafraîchissante. Sans fausse modestie, il explique que ses enseignants de français l’ont poussé à parfaire son vocabulaire, sa grammaire. Khadra explique qu’il a réédité <em>Morituri</em>, le roman qui a démarré son succès. « Je ne me souviens pas d’avoir écrit <em>Morituri</em>. Ma femme m’a dit que j’étais devenu insomniaque, que j’écrivais tout le temps. Il y avait des maladresses, des choses que je n’aimais pas ». Dominic Tardif, l’animateur de ce grand entretien, demande à Yasmina Khadra s’il est inquiet lorsqu’il publie un nouveau livre : « J’ai confiance en ce que je fais. Mais je ne sais jamais comment le public va réagir. Parfois les lecteurs adorent, parfois ils vous critiquent et vous détruisent. Pour la réédition de Morituri, ça n’a pas suscité de réactions ». </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’importance des mots </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’animateur poursuit en posant des questions à l’auteur sur son expérience dans l’armée en Algérie. Les horreurs quotidiennes, la violence, l’attentat terroriste dont il a été témoin. Tout cela façonne la perception de la vie de l’auteur. Khadra aborde <em>L’Attentat</em>, son roman à succès publié en 2005 et parlant du conflit israélo-palestinien. « Beaucoup de gens trouvent que <em>L’Attentat</em> est horrible. Tout ce qui a lieu à Gaza en ce moment est mille fois pire. C’est un génocide contre les Palestiniens ». Une vague d’applaudissements s’élève à la suite du commentaire de l’auteur. « Certains politiciens évitent d’utiliser le mot “génocide” pour parler du conflit. Pourquoi l’utilisez-vous? » demande l’animateur. « Parce qu’il faut dire les choses comme elles sont, répond simplement Khadra. Aujourd’hui, les gens ont peur des mots. Il faut dire la vérité ». Yasmina Khadra révèle que, depuis 2018, il travaille sur un manuscrit abordant le conflit israélo-palestinien. « Je l’ai suggéré à beaucoup d’éditeurs et personne n’en a voulu. On me disait : “Pas celui-là.” Et puis quelqu’un s’y est intéressé. Une femme. Le 5 mars 2026, ce sera la sortie de ce roman. Et je vous avertis, <em>L’Attentat</em>, ce n’est rien à côté de ce livre ».</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Aujourd’hui, les gens ont peur des mots. Il faut dire la vérité »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Yasmina Khadra, écrivain</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La magie du Salon</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Après des applaudissements à tout rompre, la foule se disperse et retourne vers les kiosques des maisons d’édition et les tables de dédicace. Patrick Sénécal, dont les admirateurs font la file plus de 15 minutes à l’avance, India Desjardins avec une file d’attente spectaculaire, Dany Laferrière dans un kiosque à l’image de la réédition – illustrée de sa propre main – de son roman <em>Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer</em>. La centenaire Janette Bertrand est présente et signe avec amour les romans que lui tendent ses lecteurs. Tout le monde a des étoiles dans les yeux en voyant la signature de son auteur chouchou, même la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, qui demande à Alexandra Diaz de dédicacer son livre de recettes. Une fois de plus, le Salon du livre de Montréal remplit sa mission. 106 000 visiteurs sont unis par les mots, la force des récits, et le pouvoir de raconter.</p>
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		<title>Lire, c’est snob</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/11/12/lire-cest-snob/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Nov 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[lire]]></category>
		<category><![CDATA[littérature francophone]]></category>
		<category><![CDATA[snobisme littéraire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Réflexion sur le canon littéraire et la place qui lui est accordé au Québec.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Pendant longtemps, les livres les plus vendus ont été considérés comme de la « paralittérature ». Aujourd’hui, on appelle cette catégorie de livres la littérature « de genre ». Si le changement d’appellation apaise les débats, la place de la littérature de genre est toujours contestée. Lire les nouveautés des auteurs à succès, est-ce une perte de temps? Devrait-on privilégier les grands auteurs classiques? Et qu’en est-il des divergences entre le Québec et l’Europe?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une vision tunnel</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout le monde connaît Balzac, Proust et Hugo. Souvent, lorsqu’on parle de littérature, ce sont leurs noms qui nous viennent à l’esprit en premier. Les grands classiques ont fait leur chemin dans les listes de lecture obligatoires des cours depuis longtemps et contribuent encore aujourd’hui à façonner l’image que nous avons de la littérature. De La Comédie humaine<em> </em>de Balzac à <em>À la recherche du temps perdu </em>de Proust, en passant bien sûr par Les Rougon-Macquart<em> </em>de Zola, certaines œuvres impressionnent par leur ampleur et leur architecture complexe. Sans aucun doute, ces légendes de la littérature méritent l’admiration qu’on porte à leur labeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutefois, le canon littéraire francophone formé par ces grands noms a un défaut non négligeable : il est très peu inclusif. Un rapide coup d’œil aux noms des « grands » permet de constater qu’ils sont majoritairement des hommes blancs. Il est à noter que quelques femmes blanches s’y taillent une place, comme Madame de Sévigné ou George Sand, mais elles restent globalement exclues. Depuis des siècles, tout groupe marginalisé est automatiquement exclu des « grands » auteurs. Exit les personnes racisées, exit les auteurs appartenant à la diversité sexuelle ou de genre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le vent de changement qui souffle sur le canon littéraire</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien établi, le canon littéraire a fait sa loi dans les universités. En remontant aux années 1990, l’Université de Montréal fournissait une liste de lecture à ses étudiants en première année de littérature. En un an, ils devaient lire de soixante à quatre-vingts œuvres, le nombre prescrit différant selon les années des cohortes. La plupart de cette liste était consacrée à des écrivains classiques, de l’antiquité jusqu’au 20<em>e </em>siècle. Cette liste impressionnante visait à donner une base commune aux étudiants entrant dans le domaine. Avec le temps, la liste a été remisée et le catalogue de lectures universitaires est beaucoup plus inclusif : on y trouve de la littérature de genre, des auteurs et autrices de communautés marginalisées desquelles on valorise enfin la voix.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Depuis des siècles, tout groupe marginalisé est automatiquement exclu des “grands” auteurs »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Or, ce n’est pas la même histoire en Europe, tout particulièrement en France. Si les listes de lecture des universités québécoises se diversifient, celles de France montrent plus de rigidité. À la licence, l’équivalent du baccalauréat québécois, les étudiants doivent lire davantage ces auteurs classiques. Pourquoi la France ne suit-elle pas le vent de changement qui souffle sur le Québec?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon Michel Biron, professeur titulaire à McGill, spécialiste de littérature québécoise et belge, « l’Amérique et l’Europe n’ont pas évolué de la même manière. Le Québec est aligné sur une démocratisation de la culture, une ouverture et une contestation du canon. Cet argument est très fort en Amérique, c’est ce qui fait que les corpus et les programmes accordent plus de place à des femmes et à des genres minorisés, des formes qui ne sont pas classiques ou reconnues par des institutions. En Europe, on adhère encore à la vieille formule de Roland Barthes, qui disait “la littérature, c’est ce qui s’enseigne”. Pour eux, la définition de la littérature passe par l’institution scolaire ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un canon qui fait la fierté nationale</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les auteurs du canon francophone sont presque tous français. Cette canonisation serait-elle une fierté nationale, d’où l’importance que l’on continue à lui accorder aujourd’hui? « La France a été au cœur de l’évolution de la littérature au 19<em>e </em>siècle. C’est à partir de Paris qu’on mesure si on est en avance ou en retard sur les autres écrivains. Il y a donc une centralité qui est exceptionnelle dans le monde entier », explique M. Biron. Il ajoute que la France, très fière de cet héritage, peut montrer une certaine résistance, mais qu’elle fait preuve de plus en plus d’ouverture.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les prix littéraires : reconnaître le talent hors de la France</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les prix littéraires sont une façon de reconnaître le caractère unique d’une œuvre, son importance dans le monde de la littérature. Plusieurs prix québécois sont décernés chaque année, comme le Prix littéraire des collégien·ne·s ou le Prix du Gouverneur général. Toutefois, force est d’admettre que les prix les plus prestigieux sont ceux qui viennent de France. Bien souvent, les reconnaissances québécoises ou canadiennes accordées à un livre ne le font pas rayonner à l’international, comme le prix Médicis, Goncourt ou Femina le font.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Les étudiants ne veulent plus être seulement passifs et lire des textes qui sont déjà bien reconnus, ils veulent que la littérature soit liée à une forme d’expérience de la lecture et de l’écriture »<br><sup>Michel Biron, professeur titulaire à McGill</sup></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">De temps à autre, c’est une œuvre québécoise qui gagne la palme, comme Kev Lambert en 2023 avec son roman <em>Que notre joie demeure </em>ou Éric Chacour qui, la même année, a remporté le prix Femina des lycéens. Deux Québécois gagnants de prix littéraires français : les journaux ont parlé d’un tel exploit pendant des semaines. Depuis quelque temps, la littérature québécoise est devenue populaire <a href="https://www.journaldequebec.com/2024/04/17/la-litterature-quebecoise-gagne-du-terrain-en-france" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">en France</a>, ce qui n’est pas pour déplaire. Les prix littéraires français commencent à s’ouvrir de plus en plus sur le monde, et pas seulement sur le Québec. En 2003, le prix Femina est décerné à Dai Sijie, un auteur chinois d’expression française. La tendance se poursuit en 2013, où Léonora Miano, première lauréate camerounaise, rafle le prix, suivie en 2014 de la première lauréate haïtienne, Yanick Lahens. De plus, des prix français offrent une dimension internationale, comme le prix Médicis étranger, qui récompense chaque année depuis 1970 un roman étranger paru en traduction française. Nous sommes face à une décentralisation de la France dans la littérature francophone, ouvrant donc possiblement la porte à une diversification du canon littéraire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une perte de compétences garantie?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains s’inquiètent, estimant que si l’on ne met plus les grands piliers de la littérature de l’avant, il y aura forcément une perte de connaissances, de qualité, de compétences. M. Biron s’y oppose en expliquant que les nouvelles générations revendiquent d’autres valeurs. Bien qu’il y ait une perte de références communes, cela ne signifie pas une perte de compétences, mais bien une transformation de l’horizon de la culture. Selon lui, ce changement apporte une nouvelle dimension à la littérature : « Ce qui me frappe et que je trouve passionnant, c’est que la connaissance de la littérature par la lecture de textes canoniques s’accompagne aujourd’hui d’une pratique de la littérature, d’un intérêt pratique. C’est tout à fait nouveau. Les étudiants ne veulent plus être seulement passifs et lire des textes qui sont déjà bien reconnus, ils veulent que la littérature soit liée à une forme d’expérience de la lecture et de l’écriture. Je trouve que c’est très vivant. Il y a un gain du côté de l’expérience de l’écriture, un vase communicant entre les deux, qui était très peu présent auparavant. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le canon littéraire semble peu à peu se déconstruire, bien que ce soit à des rythmes différents qui dépendent des continents. Des littératures qui y sont moins attachées, comme celles du Québec, des Antilles, du Maghreb, de l’Afrique subsaharienne, se rebellent de plus en plus et créent leur propre éventail de grands écrivains. Les grands auteurs français ne sont pas près d’être détrônés, mais un vent de changement souffle sur la littérature pour en faire un domaine vivant et représentatif de ses adeptes.</p>
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		<title>La littérature érotique chez les jeunes lectrices</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/11/05/la-litterature-erotique-chez-les-jeunes-lectrices/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Nov 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[dark romance]]></category>
		<category><![CDATA[littérature érotique]]></category>
		<category><![CDATA[smut]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Réflexion sur les impacts du <em>smut</em> et de la <em>dark romance</em>.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/11/05/la-litterature-erotique-chez-les-jeunes-lectrices/" data-wpel-link="internal">La littérature érotique chez les jeunes lectrices</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">La littérature jeunesse connaît une <a href="https://www.ledevoir.com/lire/827878/litterature-jeunesse-est-plus-populaire-jamais-quebec?" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">croissance fulgurante</a> depuis 2016. En librairie, on trouve de plus en plus d’histoires pour les jeunes, tant les enfants que les adolescents. Avec une offre si large, chacun peut trouver le style qui lui plaît et plonger dans le bonheur de la lecture. Toutefois, tous les livres ne sont pas adaptés pour de jeunes lecteurs et, face à une offre abondante, les parents ne sont pas toujours en mesure de vérifier toutes les lectures de leurs enfants. C’est particulièrement le cas pour les adolescents, jugés aptes à choisir ce qui leur plait. Certaines tactiques commerciales des éditeurs sont parfois trompeuses, et exposent de trop jeunes lecteurs à des récits inappropriés pour leur âge. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La popularisation de la lecture par les réseaux sociaux </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien qu’on pourrait penser le contraire, les réseaux sociaux ne sont pas complètement opposés à la lecture. Dans les communautés <em>Bookstagram</em> sur Instagram et <em>Booktok</em> sur TikTok, de nombreux influenceurs font des recommandations de lecture à leurs abonnés. Via l’algorithme de ces plateformes, plus un utilisateur interagit avec un certain type de contenu, plus il y sera exposé : la même logique s’applique aux suggestions de lecture. L’utilisateur qui aime les romans policiers, la <em>fantasy</em> ou la romance, et interagit avec du contenu qui y est relié en verra davantage. À travers ces algorithmes, certains livres, parfois publiés des années auparavant, jouissent d’une popularité énorme, faisant la une dans les librairies. Or, les créateurs de contenu qui font la promotion des livres sur les réseaux sociaux sont souvent plus âgés que le public qu’ils touchent. Leurs goûts de lecture sont donc façonnés par des expériences de vie et une certaine maturité que les jeunes lecteurs n’ont pas toujours. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La montée en popularité du <em>smut</em> </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si la communauté <em>Booktok</em> propose des recommandations de lecture diversifiées, elle met davantage en avant certains genres plus que d’autres. C’est le cas de la littérature érotique, couramment appelée « <em>smut</em> », qui est actuellement l’un des genres les plus représentés : le mot-clic est associé à <a href="https://www.7sur7.be/lire/les-lectrices-raffolent-de-ce-genre-litteraire-elles-preferent-ces-livres-a-du-porno~ae9c4a8c/?referrer=https://www.google.com/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">1,1 milliard de vidéos</a> sur TikTok. La montée en popularité du genre littéraire n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Comme la romance, dont la littérature érotique est un sous-genre, a un public majoritairement féminin, elle permet aux femmes de lire des histoires qui se concentrent sur leur plaisir et leurs fantasmes contribuant à briser certains des tabous entourant la sexualité. Les histoires sont rédigées selon différents clichés, ce qui permet aux lectrices de choisir ce qu’elles préfèrent : romances avec des joueurs de hockey, personnages qui passent d’amis à amants ou même d’ennemis à amants. Chacune y trouve son compte. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« <em>La lecture du fameux </em>smut<em> peut contribuer à créer des attentes relationnelles et sexuelles irréalistes</em> »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’accessibilité de la littérature érotique </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les utilisateurs de TikTok sont, en majorité, de la génération Z : près de 70 % des utilisateurs de la plateforme aux États-Unis <a href="https://scholar.utc.edu/cgi/viewcontent.cgi?params=/context/honors-theses/article/1480/&amp;path_info=BookTok__The_Cultural_Phenomenon_Introducing_a_Stagnated_Industry_to_a_New_Generation__Daley_Culberson.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ont moins de 18 ans</a>. Cet auditoire très jeune est exposé à des recommandations de lecture qui sont donc parfois inappropriées pour leur âge. De plus, la mise en marché de ces livres est souvent très innocente : des couleurs vives ou pastel, des illustrations présentant les deux personnages principaux, un résumé assez conservateur de l’histoire… Les livres érotiques ne sont en apparence pas très différents des livres de romance classiques. Un lecteur qui ne connaît pas les titres érotiques populaires pourrait très bien en choisir un en croyant sélectionner une romance banale. Bien sûr, la plupart des librairies séparent leurs livres par genre, mais comme les deux genres se recoupent, les rangées sont souvent à proximité l’une de l’autre. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les dangers du <em>smut</em> </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La littérature érotique n’est pas adaptée à tous les âges. Bien sûr, chez des lectrices plus âgées, ce genre d’histoire peut présenter une bonne forme de divertissement et un espace d’exploration du désir. Toutefois, ce genre de lecture chez des adolescentes, et même parfois des préadolescentes, qui n’ont pas de connaissances sur la sexualité, peut être problématique. La littérature érotique, bien qu’elle dépeigne la plupart du temps des scénarios vraisemblables, reste de la fiction. Si les adultes peuvent différencier réalité et fiction, ce défi peut être de plus grande taille chez les jeunes, qui sont plus influençables et naïfs. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La lecture du fameux <em>smut</em> peut contribuer à créer des attentes relationnelles et sexuelles irréalistes. De plus, de telles histoires présentent souvent des protagonistes dans la vingtaine, si ce n’est dans la trentaine. Alors que la protagoniste est une femme, la lectrice est encore une fille. Des adolescentes peuvent désirer une histoire romantique comme celles qu’elles lisent et ensuite imiter les comportements d’une protagoniste dans la vingtaine, ce qui peut rapidement devenir inapproprié ou dangereux. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La <em>dark romance</em> : là où les choses se corsent </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un genre littéraire similaire gagne en popularité : la « <em>dark romance</em> » (« romance sombre »). Il s’agit de romans où l’histoire d’amour est moralement ambiguë ou malsaine, voire immorale ou illégale. Parmi les clichés les plus populaires, on retrouve la relation avec un chef de la mafia, l’enlèvement et la captivité. La plupart des romans de <em>dark romance</em> ont en commun un protagoniste masculin dominant auquel la protagoniste féminine doit se soumettre. Ce genre met directement en valeur des relations de pouvoir, parfois violentes, en restant strictement fictif. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Si les adultes peuvent différencier réalité et fiction, ce défi peut être de plus grande taille chez les jeunes, qui sont plus influençables et naïfs »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Si les sujets peuvent être jugés problématiques, un élément l’est encore davantage : le manque de consentement. Si les personnages ne manifestent pas leur désaccord par rapport aux actes sexuels qui ont lieu, il est aussi bien rare que les femmes donnent leur accord de façon claire. Cette omission, déjà source de préoccupation pour tout lectorat, l’est d’autant plus lorsque les lectrices sont de jeunes adolescentes. Ces dernières pourraient idéaliser les relations décrites dans ces histoires et croire que ces dynamiques de pouvoir et ces relations malsaines sont tout à fait normales. Une telle perception des relations amoureuses et sexuelles est dangereuse, car elle peut forger une norme chez ces jeunes lectrices, qui pourraient rapidement chercher à faire « comme les grands ». </p>



<p class="wp-block-paragraph">La normalisation des comportements manipulateurs et violents est un véritable enjeu qui mérite d’être pris au sérieux dans un monde où déjà <a href="https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2025-10-10/violence-conjugale/dix-jours-pour-changer-la-trajectoire-de-sa-vie.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">quinze féminicides</a> ont eu lieu au Québec depuis le début de l’année 2025, dont neuf dans un contexte de violence conjugale. La <em>dark romance</em>, bien qu’elle soit un genre divertissant, mérite d’obtenir une surveillance accrue afin d’éviter que le jeune lectorat, tant féminin que masculin, ne normalise des comportements abusifs. Le <em>smut</em>, de son côté, pourrait contribuer à une sexualisation précoce des jeunes filles et créer des attentes relationnelles irréalistes.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/11/05/la-litterature-erotique-chez-les-jeunes-lectrices/" data-wpel-link="internal">La littérature érotique chez les jeunes lectrices</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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