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	<title>Julie Roy-Audet - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Tue, 01 Mar 2011 21:57:58 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
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		<title>Les petites communautés de Montréal</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2011/02/15/les-petites-communautes-de-montreal/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julie Roy-Audet]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Feb 2011 20:35:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[communautés]]></category>
		<category><![CDATA[découvertes]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Souvent, grande métropole rime avec multiculturalisme. Montréal abrite diverses cultures, mais ces communautés, faisant aujourd’hui partie intégrante de notre vie montréalaise, font de l’ombre sur d’encore plus petites collectivités. Le Délit est parti à la recherche de ces communautés plus discrètes. </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2011/02/15/les-petites-communautes-de-montreal/" data-wpel-link="internal">Les petites communautés de Montréal</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h1><span style="color: #638eb9;"><strong>En attendant le Kurdistan</strong></span></h1>
<p><strong>Nombre de membres:</strong> 1 175</p>
<p><strong>Langues:</strong> sorani et kurmandji</p>
<p><strong>Histoire:</strong> Que ce soit en Turquie, où ils sont très nombreux, ou en Irak, où ils revendiquent leur propre territoire, les Kurdes voient leurs droits réprimés et bafoués. Dans certains pays, les lois permettent cette exclusion: en Syrie, par exemple, les diffusions en langue kurde sont formellement interdites. Dans d’autres pays, c’est le déni qui règne. En Turquie, même si plusieurs lois favorisent l’émancipation kurde, celles-ci ne sont pas appliquées, et les Kurdes vivent rejet sur rejet et tentative d’acculturation.</p>
<p>L’Institut kurde de Montréal se donne pour mission de «sauvegarder la langue et la culture kurdes, intégrer la population kurde dans la société d’accueil, favoriser le dialogue interculturel, faire connaître à la population les Kurdes, leur histoire et leur situation actuelle, enfin promouvoir des relations étroites avec les pays d’origine».</p>
<p><strong>Cuisine:</strong> La cuisine kurde est très créative. Beaucoup de desserts kurdes sont faits à base de légumes. La noix est à l’honneur dans de nombreuses recettes kurdes, toutes aussi variées les unes que les autres. On dit qu’inclure des noix à un repas lui donne une grande valeur puisque, pendant longtemps, la plupart des Kurdes ne pouvaient se procurer cet ingrédient qui coûtait cher. Le restaurant Avesta (2077 Sainte-Catherine Ouest) offre des plats et des soirées de danse typiquement kurdes.</p>
<p><strong>Découvertes:</strong> Point de vue santé, les chercheurs tentent de savoir si la shisha (narguilé) est pire que la cigarette, ou le contraire. Il ne semble pas avisé d’inhaler autant de fumée, mais, à l’occasion, il est très agréable de s’asseoir avec des amis autour d’un narguilé. Le café Gitana (2080 Saint-Denis) se veut un endroit pacifique où il est possible d’en faire l’expérience tout en buvant un café arménien ou un thé turc. Les débats et les frustrations politiques sont laissés de côté, Turcs et Kurdes cohabitent dans le respect au sein de ce café.</p>
<h1><span style="color: #993f5b;"><strong>La communauté tibétaine</strong></span></h1>
<p><strong>Nombre de membres:</strong> 110</p>
<p><strong>Langues:</strong> tibétain, hindi, népalais</p>
<p><strong>Histoire:</strong> Avant l’arrivée de l’armée chinoise, le Tibet vivait en harmonie selon un modèle féodal qu’on a brusquement chamboulé en 1949. Dix ans plus tard, le Tibet est annexé à la Chine et le Dalaï-Lama, ainsi que 100 000 Tibétains, s’exilent en Inde. De 1966 à 1976, les temples bouddhistes sont pillés et volés, on oblige les femmes à se faire avorter et stériliser, la langue et la religion tibétaines sont interdites. La destruction massive du Tibet fait écho à la Révolution culturelle chinoise. La plupart des grandes villes tibétaines ont fait du chinois leur langue principale, et c’est la Chine qui les gouverne. De nombreux Tibétains, très attachés à leur culture et au Dalaï-lama, se sont exilés; à Montréal, ils ne sont que 110. Une soixantaine de Tibétains sont arrivés en 1971, dans les années 1980, près de 300 autres ont immigré au Canada, grâce au Dalaï-lama qui a convaincu Pierre Elliott Trudeau, alors premier ministre du Canada, d’accueillir ces derniers pour leur sécurité. Les Tibétains ne sont pas nombreux au Canada, mais ils sont très engagés politiquement et socialement. Ils ont d’ailleurs créé le Comité Canada-Tibet qui entend renseigner la population canadienne sur la situation du Tibet (<a href="www.tibet.ca/fr" target="_blank" data-wpel-link="internal"><em>www.tibet.ca/fr</em></a>).</p>
<p><strong>Cuisine:</strong> La cuisine tibétaine, très simple, est principalement constituée de riz et de légumes. Les seules viandes que l’on consomme au Tibet sont le bœuf et le mouton. Le secret de la cuisine tibétaine réside en un mélange d’épices: chili rouge, garam masala, cari et safran. À Montréal, le restaurant Chez Gatsé (317 Ontario Est) a servi de lieu de rencontre aux premiers arrivants, dans les années 1980. Maintenant, il existe d’autres restaurants tibétains, tels que le Shambala (3439 Saint-Denis), qui sert d’excellents dumplings, des mets végétariens et d’autres recettes typiquement tibétaines.</p>
<p><strong>Découvertes:</strong> L’artisanat tibétain est centré sur la spiritualité. Les artisans représentent Bouddha sur des coffres, sur des tissus ou encore sous forme de statuettes. Les bijoux, également à l’honneur, sont sertis de pierres précieuses et semi-précieuses aux propriétés multiples. Assez populaires et peu dispendieux, les chapelets de prières tibétains, grands carrés de tissus colorés, décorent très bien un logis. Les <em>mandalas</em>, quant à eux, sont des dessins bien exécutés et d’une parfaite symétrie, qui servent à la méditation. L’art tibétain est certes intéressant pour ses formes et ses couleurs, mais encore davantage pour sa philosophie.</p>
<p>Pour les Tibétains, la religion est indissociable de la politique. Le Bouddhisme est pour eux une façon de vivre, et le Dalaï-Lama représente une autorité. Même si les Bouddhistes ont été chassés du Tibet, les Tibétains qui se sont réfugiés ailleurs continuent d’embrasser leur religion. Pour eux, l’attachement au monde matériel est vain et les émotions trop vives détruisent les hommes. Au contraire, l’amour des gens, de la nature et de soi-même est essentiel au bonheur individuel et collectif. Pour les Bouddhistes tibétains, la méditation est primordiale.</p>
<p>Pour approfondir ces réflexions, visitez Llasa Bhakor (2015 Saint-Denis).</p>
<p class="mceMediaCredit mceTemp mceIEcenter"><span id="132" class="media-credit-mce aligncenter" style="width: 605px;"><span class="media-credit-dt"><a href="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2011/02/S-CarteMontreal.jpg" data-wpel-link="internal"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-large wp-image-6381" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2011/02/S-CarteMontreal-595x403.jpg" alt width="595" height="403"></a></span><span class="media-credit-dd">Raphaël Thézé | Le Délit</span></span></p>
<h1><span style="color: #e1926b;"><strong>Bangladesh, l’oublié</strong></span></h1>
<p><strong>Nombre d’habitants:</strong> 5 975</p>
<p><strong>Langues:</strong> bengali ou bangla</p>
<p><strong>Histoire: </strong>L’histoire du Bangladesh est truffée de petites tragédies qui rendent compréhensible leur émigration: catastrophes naturelles et coups d’état se sont partagé la scène de ce pays économiquement pauvre.</p>
<p><strong>Cuisine:</strong> Très présents dans le domaine de la restauration, les Bangladais affichent des noms de lieux indiens sur leurs enseignes. Cela dit, même si les mets bangladais sont associés aux mets indiens, ils possèdent des particularités qu’il serait dommage de passer sous silence. Les caris, notamment, diffèrent vraiment d’une région à l’autre. Les lentilles et le poisson sont on ne peut plus présents dans la cuisine bangladaise. On les retrouve accompagnés de riz dans plusieurs mets locaux, tels que le biriyani et le kchichuri. Le poulet, le mouton et surtout le bœuf sont aussi appréciés, le plus souvent cuisinés avec des épices typiquement bangladaises: le cari, l’ail, le gingembre, la coriandre, le cumin, le chili et le curcuma. Plusieurs types de farines ou de grains font également partie des recettes bangladaises. L’éventail de leurs desserts est, quant à lui, très alléchant. Riz, amandes, lait, beurre et fruits s’allient pour satisfaire les becs sucrés. Plusieurs épices se joignent à eux, principalement la cannelle et la cardamome. Le rafraîchissement par excellence des Bangladais est le <em>lassi</em>. Du «<em>doi</em>» est mélangé avec de l’eau, du sucre, et, bien entendu, un fruit ou un légume de son choix. La plupart des <em>lassis</em> sont sucrés, mais cette boisson peut aussi être salée: il y a des <em>lassis</em> au cumin ou au safran. On peut se délecter des mets bangladais au Buffet Maharaja (1481 boulevard René-Lévesque Ouest).</p>
<h1><span style="color: #e4dc77;"><strong>L’union fait la Réunion</strong></span></h1>
<p><strong>Nombre de membres:</strong> 600</p>
<p><strong>Langues:</strong> français, créole</p>
<p><strong>Histoire:</strong> La Réunion est une île française située à l’est de Madagascar et au sud-ouest de l’île Maurice. Il existe, depuis 2004, un accord entre le Québec et La Réunion permettant aux Réunionnais d’immigrer au Québec afin d’y poursuivre des études supérieures. 95% des Réunionnais du Québec sont donc des étudiants. Leur immigration est facilitée par leur connaissance de la langue française et un réseau d’entraide déjà établi qui passe par l’association Réunion-Québec «Nou lé là!». Les valeurs que les Réunionnais promeuvent au Québec sont la convivialité, la créativité et le partage.</p>
<p><strong>Cuisine:</strong> Les Réunionnais, tout comme les Tibétains, raffolent de grains, de cari et de safran, et leurs repas sont toujours accompagnés de riz. Toutefois, un élément qui démarque leur cuisine des autres est le rougail. Le rougail peut être, d’une part, une salade constituée de tomates en dés, de pistaches et de mangue verte qui sert de condiment aux repas. D’un autre côté, le rougail peut être une recette dans laquelle on retrouve cette salade, comme dans le cas d’un rougail saucisse. Le cari n’est pas seulement une épice utilisée dans les recettes réunionnaises. C’est également ainsi que l’on nomme le met constitué d’oignons, d’ail, de gingembre, de sel et de piments écrasés et qui, habituellement, inclut également une viande telle que le poulet, le porc, ou même des crevettes ou des langoustes. Les Réunionnais ne sont pas friands de desserts, d’entrées, de crudités, ni de fromages. Tout ce qui doit être mangé l’est en un seul service. Le seul restaurant réunionnais à Montréal est le Piton de la Fournaise (835 avenue Duluth Est).</p>
<p><em>Le Guide du Montréal multiple</em>, par Laura-Julie Perreault et Jean-Christophe Laurence, publié chez Boréal, est indispensable pour découvrir les cultures qui forment un Montréal des plus colorés.</p>
<p>Et de votre côté, avez-vous entendu parler d’autres communautés méconnues?</p>
<p>Partagez-les à <a href="mailto:societe@delitfrancais.com" target="_self"><em>societe@delitfrancais</em>.com</a>.</p>
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		<title>Pas de boulot, pas de dodo</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2009/03/17/pas-de-boulot-pas-de-dodo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julie Roy-Audet]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2009 21:15:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque matin, en sortant de la station McGill pour se rendre au travail ou à l’université, des milliers d’usagers de la STM les croisent. Ils sont là, assis en haut de l’escalier, près des grilles de chauffage. Ils ne mendient pas nécessairement. Souvent ils dorment, ils parlent entre eux, réfléchissent simplement ou encore sourient aux passants qui, pour la plupart, détournent le regard sans broncher ou leur remettent quelques pièces de monnaie. Le Délit a tenté d’explorer le monde méconnu de l’itinérance, en se concentrant principalement sur la situation des itinérants qui se trouvent à la station McGill.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h4>Ce qu’en pensent les «agents de la paix»</h4>
<p>Un policier, interrogé après avoir exigé qu’un groupe d’itinérants sorte de la station, avance que l’itinérance est certes un problème. Un problème puisque cela&nbsp;«intimide les gens, notamment les personnes âgées», insiste-t-il. L’intimidation, toutefois, est également ressentie par les sans-abri, et c’est ce que l’on tend à oublier trop souvent. Une personne qui ne sait pas si elle pourra manger, où elle dormira ainsi que les différents obstacles qui l’attendent, comme la violence et le froid, est une personne qui vit dans l’insécurité et qui, de ce fait, est plus vulnérable. Après avoir précisé, en parlant du corps policier, «on n’est pas inhumain», le policier avoue cependant avoir déjà réveillé brusquement des itinérants qui dormaient sur les bancs de la station de métro sans en avoir le droit. «Quand il faut les réveiller huit fois par jour, cinq fois semaine, vous comprendrez qu’on est un peu plus brusque, un peu moins gentil. C’est quoi, ils voudraient qu’on leur flatte les cheveux?»</p>
<p>Bien que les sans-abri fassent parfois l’objet de violences physiques, la violence psychologique prime, qu’elle soit verbale, à travers les non-dits, ou qu’elle passe par l’intimidation. Le code déontologique québécois des policiers prévoit qu’«intimider, c’est remplir quelqu’un de peur, en imposant sa force, son autorité. Les policiers sont investis de pouvoirs énormes qui leur sont donnés par la Loi. En agissant à titre de représentant des forces de l’ordre, avec tout le côté psychocoercitif que cela implique, le fait pour un policier de fort gabarit de pousser une personne mineure de petite stature, de cracher à son visage et de sacrer après elle, c’est textuellement la ‘remplir de peur’ et cela constitue de l’intimidation».</p>
<p>Les exemples utilisés dans le code sont assez grossiers, mais l’intimidation peut être plus subtile et plus perverse. Il arrive que des policiers réveillent un itinérant avec leur pied, en le secouant, ou en frappant très fort contre le banc sur lequel il se trouve. Il ne faut toutefois pas oublier que quand des agents de la paix regardent en riant, qu’ils se chuchotent à l’oreille des mots que l’itinérant n’arrive pas à entendre, ou encore quand ils le regardent avec un air arrogant et méprisant, cela constitue également de l’intimidation. Mais les policiers persistent à affirmer que ce sont les itinérants qui sont «intimidants» pour les «citoyens». Les concepts d’intimidation et de citoyenneté devraient être repensés.</p>
<p>Les policiers rencontrés insistent cependant: «Tout le monde peut se retrouver dans la rue, même vous, même moi. Je ne les juge pas. Mais il y a beaucoup de ressources à Montréal et il est possible de s’en sortir. Seulement il faut vraiment vouloir, il faut qu’ils se dégourdissent et aillent vers les ressources mises à leur disposition. Or, ils ne veulent pas aller dans les refuges parce que ça impliquerait de se laver et de cesser de consommer et ça, ils ne sont pas prêts à le faire.» Il est facile de parler ainsi lorsque l’on n’a pas vécu ce type de situation. Consommer dans les moments de dépression est chose fréquente, que l’on soit sans-abri ou pas.</p>
<p>Des centres de jour existent, et des organismes comme le CACTUS ou Spectre de rue distribuent du matériel propre pour réduire la propagation des infections, auxquelles les sans-abri sont plus exposés à cause de la réutilisation des mêmes pailles ou seringues. Toutefois, faire un pas vers ces centres n’est pas chose simple. La confiance en soi d’un itinérant, qui subit de la répression et qui se fait regarder avec mépris, n’est pas la même, avouons-le, que celle d’un policier rayonnant de santé et ayant trouvé «sa place» dans la société.</p>
<h4>Une vie nouvelle?</h4>
<p>Il y a certes beaucoup d’itinérants «qui s’en sortent». Plusieurs des camelots de l’<em>Itinéraire</em> racontent avec fierté qu’ils écrivent dans le magazine pour faire part aux lecteurs de leur histoire, et montrer qu’il est possible de reprendre un rythme de vie «normal». Pour d’autres, qui se sont adaptés à leur mode de vie et ont modifié leur vision de ladite «normalité», le pas est plus difficile à faire. Pour Réjean, l’un des sans-abri que nous avons interrogés, vivre entre quatre murs est désormais insupportable. Il se sent emprisonné.</p>
<p>Réjean passe chacune de ses journées à la sortie University de la station McGill. Il ne fait de mal à personne. Il laisse sa casquette sur le sol et si les gens veulent lui laisser de l’argent, ils peuvent le faire. Il ne l’exige pas. Il ne le demande même pas. Il est très ouvert et prêt à parler quand on prend la peine de s’arrêter pour lui dire quelques mots. Il va fumer à l’extérieur et, quand les policiers lui demandent de sortir, il le fait. Il n’est toutefois pas évident, l’hiver, de rester dehors durant de longues périodes. Lorsqu’il entre à nouveau se réfugier dans la station, les policiers l’attendent et remplissent un contrat d’effraction contre lui. Il a maintenant environ l’équivalent de 14&nbsp;000 dollars en contraventions impayées. Même s’il voulait «s’en sortir», il ne pourrait tout simplement pas y arriver avec autant de dettes envers l’État. Il avoue qu’il aimerait pouvoir avoir son permis de conduire, mais que cela lui est impossible compte tenu de ce montant trop élevé, alors que son revenu est nul.</p>
<p>À l’heure de rédiger des constats d’infractions, l’individu n’est trop souvent pas pris en considération. Le Réseau d’aide des personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) note qu’il y a, chez les sans-abri, «un déni des droits, un processus d’exclusion, un processus de marginalisation et un processus de «&nbsp;vulnérabilisation&nbsp;». Donner des contraventions impossibles à payer ne fait qu’envenimer la situation et augmente la détresse, déjà élevée, de la personne qui vit dans la rue. Au lieu de tenter de comprendre leur choix ou leur besoin d’adopter ce mode de vie, de voir l’autre côté de la médaille, les autorités procèdent à une juridiciarisation des itinérants, c’est-à-dire une utilisation de plus en plus fréquente des voies judiciaires «pour régler des problèmes qui pourraient l’être autrement.» Dans un tel contexte, il est difficile d’espérer changer de vie.</p>
<p>Un des sans-abri rencontrés a fait un accord avec&nbsp;la Ville de Montréal: il versera 25 dollars par mois sur les 6000 dollars de contravention accumulés, à partir de l’argent laissé par les passants. Il dit vouloir cesser «d’avoir des problèmes». Malgré tout, s’il s’assoit par terre pour mendier, on le réprimande à coup d’amende et la dette augmente au lieu de diminuer.</p>
<p>Les policiers interrogés affirment: «On nous prend pour des gros méchants, mais on leur donne le choix: ils peuvent aller dehors ou aller marcher à l’intérieur de la station. Mais ils ne peuvent pas s’asseoir par terre.» Et quand on leur demande s’ils croient réellement que s’asseoir sur le sol peut troubler l’équilibre de la voie publique, les agents de la paix rétorquent: «Ce sont les règles. Et les règles sont les règles. Je ne les ai pas inventées, je ne fais que les appliquer. Si j’en laisse faire un, je devrai en laisser faire d’autres et il y aura abus.»</p>
<p>Abus de quoi? Quand un usager «propre» est assis dans l’escalier, son portable à la main, il ne reçoit ni avertissement ni amende. Comme le note le RAPSIM, «la personne en situation d’itinérance vit à la fois une fragilité personnelle et une fragilité sociale qui renforcent sa mise à l’écart du social.» Cette fragilité semble faciliter les abus de pouvoir ainsi que l’application irréfléchie de lois injustes, voire injustifiées, notamment en ce qui concerne l’occupation de l’espace public, loi pour laquelle plus de 2400 itinérants se sont vus attribuer plus de 15&nbsp;000 contraventions, selon un article du <em>Devoir</em> paru&nbsp;le 19 avril 2007. La répression que subissent les sans-abri, qu’elle soit physique, psychologique ou économique, contribue à la détérioration de leurs conditions de vie et les mène souvent jusqu’à la prison.</p>
<p>Selon Santé Québec, un itinérant est «une personne qui n’a pas d’adresse fixe, qui n’a pas l’assurance d’un logement stable, sécuritaire et salubre pour les jours à venir, au revenu très faible, avec une accessibilité souvent discriminatoire à son égard de la part des services publics, pouvant vivre des problèmes occasionnant une désorganisation sociale, notamment, de santé mentale, d’alcoolisme et/ou toxicomanie et/ou de jeux compulsifs, ou dépourvue de groupe d’appartenance stable». Mais malgré tout, les préjugés pullulent dans l’esprit de ceux qui se situent dans les normes et qui fonctionnent bien en société. Le préjugé le plus présent est l’absence de considération pour l’itinérant, qui est souvent vu davantage comme un danger, voire un «irritant».</p>
<p>Les itinérants rencontrés à la station McGill refusent parfois la nourriture qui leur est offerte. Ils acceptent toutefois les vêtements chauds. Ce qu’ils détestent vraiment recevoir, ce sont des jugements. Réjean affirme: «Moi, si j’avais un message à faire passer, ce serait simplement: ne jugez pas. Moi, je juge pas. En retour, j’aimerais ne pas être jugé.»</p>
<p><em>Pour ceux qui sont prêts à s’impliquer dans la lutte pour défendre les droits des itinérants, ou qui souhaiteraient simplement recevoir davantage de renseignements:<br>
</em><br>
</p>
<p class="boiteg">-RAPSIM&nbsp;:<br>
<a href="http://www.rapsim.org" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">www.rapsim.org</a><br>
– Action terroriste socialement acceptable (ATSA)&nbsp;: <a href="http://www.atsa.qc.ca" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">www.atsa.qc.ca</a><br>
– Solidaires face à l’itinérance&nbsp;: <a href="http://www.itinerance.info" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">www.itinerance.info</a><br>
<br>
Ceux qui sont témoins d’une injustice perpétrée à l’égard d’un sans-abri par un policier peuvent agir en déposant une plainte sur le site de la déontologie policière:<br>
<a href="http://www.deontologie-policiere.gouv.qc.ca" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">www.deontologie-policiere.gouv.qc.ca</a> ou en agissant avec l’Opération Droits Devant.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2009/03/17/pas-de-boulot-pas-de-dodo/" data-wpel-link="internal">Pas de boulot, pas de dodo</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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