15 000 $. C’est environ cette somme que McGill et le gouvernement du Québec m’ont donnée à ce jour pour financer mes cours de français langue seconde.
Je suis arrivée à Montréal il y a quatre ans. Aujourd’hui, je parle suffisamment bien le français pour mener ma vie au Québec. Ces cours me permettent de commander un café, de m’inscrire à des cours de sport dans mon centre communautaire et de vivre avec des colocataires francophones.
Des politiques qui changent
Pendant que j’apprenais le français, le Québec modifiait ses politiques d’immigration. Le gouvernement a aboli le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) en novembre 2025, puis l’a rétabli en juillet 2026 pour deux ans. Il a mis en place des restrictions pour la période de réception des demandes pour le PEQ (la plus récente a fermé le 31 octobre, la prochaine période n’a pas été encore annoncée) alimentant l’incertitude pour les immigrants. Il a également limité le nombre d’étudiants étrangers par la loi 74 et imposé de nouvelles restrictions pour les réfugiés. Même si rien n’a été formulé explicitement, le message est clair : le Québec ne veut plus autant d’immigrants et est de moins en moins disposé à les soutenir. Tout ce temps, je me suis souvent demandé pourquoi le Québec avait financé mes cours si ses autres politiques visaient à décourager l’immigration. Pourquoi avoir investi dans mon apprentissage du français s’il ne m’offre aucune voie pour rester à la fin de mes études ?
Un coût pour le Québec
L’incohérence des politiques d’immigration a un coût économique et social que l’État devra assumer. Citée par Radio-Canada, Marie Montpetit, présidente-directrice générale de la Fédération des cégeps, a souligné que « la disparition du PEQ prive le Québec d’un levier efficace pour retenir des diplômés déjà intégrés, francisés et essentiels à la vitalité de nos régions ».
« Si la seule voie vers la résidence permanente s’ouvre et se referme sans prévenir, pourquoi consacrer autant d’heures à apprendre le français et s’établir ici ? »
De plus, ces changements ne touchent pas seulement les personnes non francophones. Selon Le Devoir, même les immigrants français ont dû quitter le Québec à cause des changements apportés au PEQ. Le Québec peine à retenir les immigrants dont il a pourtant besoin. C’est un gaspillage de ressources pour l’État, et une perte de temps et d’efforts pour ceux qui veulent rester ici.
Un nouveau gouvernement, plus d’incertitude
Avec la transition vers le nouveau gouvernement du Parti québécois, la politique d’immigration changera probablement encore. Le nouveau premier ministre, Paul St-Pierre Plamondon, a promis de continuer à limiter le nombre d’étudiants internationaux, de ramener le seuil d’immigration permanent et de reprendre le contrôle d’Ottawa en matière d’immigration, selon La Presse. Cependant, la nouvelle ministre de l’Immigration et de l’Intégration, Catherine Gentilcore, n’a pas encore précisé comment, ni même si elle comptait remédier à l’instabilité que vivent actuellement de nombreux immigrants au Québec.
Et maintenant ?
Je finis mes études cette année, donc j’ai commencé à penser à mon avenir – ici si c’est possible. Le Québec a investi dans mon parcours, et, de mon côté, j’ai consacré du temps et fourni des efforts pour apprendre sa langue et m’intégrer. Malgré tout, le Québec me tient à cœur et je crois que mon français le montre. Toutefois, si la seule voie vers la résidence permanente s’ouvre et se referme sans prévenir, pourquoi consacrer autant d’heures à apprendre le français et s’établir ici ?
« Même si rien n’a été formulé explicitement, le message est clair : le Québec ne veut
plus autant d’immigrants et est de moins en moins disposé à les soutenir »
Rebâtir une voie claire
Il est important de rappeler que le Québec a une longue tradition d’accueil et d’intégration des immigrants. Ces dernières années, le Québec semble avoir perdu une partie des principes qui ont longtemps guidé ses politiques d’immigration. Ces changements ne me semblent pas motivés par les valeurs québécoises que j’ai apprises en m’intégrant. Il me semble plutôt que les restrictions aient été mises en place pour leur apparence politique et pour jeter de l’huile sur le feu du populisme. Si Québec ne rebâtit pas une voie claire vers la résidence permanente, il continuera à perdre du temps, des immigrants qualifiés et de l’argent.
Cet article est publié dans le cadre d’une collaboration avec le cours FRSL 449 : Le français des médias, offert par le Centre d’apprentissage du français. Présélectionné par les étudiants du cours, il a ensuite été retenu par l’équipe du Délit.



