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Jeu d’esprit : quand la psyché se dévoile sur toile

Première exposition individuelle d’Allison Katz au Québec, au MBAM.

DENIS FARLEY

Rendez-vous au pavillon Jean-Noël Desmarais du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). Descendez l’escalier principal. Tournez à gauche. Au bout de ce court parcours, vous tomberez sur Jeu d’esprit, la première exposition d’Allison Katz présentée au Québec.

Montréalaise aujourd’hui établie à Londres, Katz est vue comme étant l’une des peintres les plus fascinantes de sa génération sur la scène internationale. Vingt ans après son départ, Jeu d’esprit marque ainsi son retour à sa ville natale.

En suivant le courant

Arrivé dans la salle d’exposition, on retrouve une carte sur le mur. Celle-ci indique l’ordre de la visite, numérotant les œuvres séparées en trois niveaux circulaires de 1 à 13 (en ordre d’extérieur à l’intérieur : 9 à 13 ; 1 à 4 ; 5 à 8).

On commence par le milieu (1 à 4). Dès l’entrée en salle, plusieurs peuvent reconnaître le paysage du canal Lachine, qui s’inscrit sur une toile à huile carrée. Entre les arbres aux feuilles jaunies par l’automne, le cours d’eau reflète le bleu du ciel comme un miroir naturel. Le côté droit de la composition montre un petit bateau accosté au rivage. En passant par le canal, elle revisite le paysage d’enfance et relie ses souvenirs à la matérialité encore présente aujourd’hui. Katz met sur toile différents éléments de sa vie, des fragments refoulés au fond de son esprit, en passant par son rêve d’adolescente de devenir actrice, à une Allison Katz encore enfant, qui frappe à une fenêtre.

Au noyau

Si le premier niveau met en lumière les souvenirs conscients de Katz, celle-ci creuse davantage dans son inconscient dans le deuxième (5 à 8). S’inspirant de la psychanalyse freudienne, l’artiste nous guide vers le mécanisme fondamental de son processus de création. Elle explique : « J’ai appris à peindre et à poser en même temps, à être à la fois peintre et peinture. » Une idée parfaitement reflétée dans son œuvre intitulée « P‑Coq avec portrait II ». Sur la toile, Katz dépeint une palette de peinture qui devient un paon. Il s’agit d’un hommage à la vraie palette utilisée lors de la réalisation de l’œuvre. À cette juxtaposition s’ajoute une reproduction miniature d’un portrait de Katz peint par Susannah Phillips en 2003, ce qui brouille la frontière entre l’art et la réalité. Le motif en arrière-plan mérite également qu’on y porte attention : combinée avec le fond rouge foncé, la palette prend une forme similaire à une bouche ouverte, un élément récurrent dans les œuvres de Katz. C’est un lieu d’ambiguïté, à la fois là où la nourriture entre et là où les mots sortent. En appliquant cette métaphore à la pratique de Katz, c’est l’objet d’inspiration qui ressort en création après une « mastication » méticuleuse.

Allison Katz

Regard vers le dehors

Le troisième niveau nous mène aux grands murs de la salle. Comme la disposition le suggère, le contenu des images se tourne également vers une perception plus externe. Le concept de juxtaposition demeure, notamment dans « Portes (Musée des beaux-arts de Montréal) ». Un trompe‑l’œil grandeur nature reproduit les portes de la salle. Par un curieux hasard optique, Katz a remarqué que ces portes vitrées laissaient à la fois voir le décor de l’autre côté et reflétaient ce qui se trouvait derrière elle. En jouant avec cette illusion, l’artiste défie une fois de plus les limites qu’impose la réalité.

De plus, Katz apporte en salle Gradiva – personnage principal d’une nouvelle allemande écrite par Wilhelm Jensen en 1903, rendue célèbre le psychanalyste Sigmund Freud – dont le nom vient d’un bas-relief antique représentant une jeune femme en mouvement. Katz l’incorpore dans une série de trois peintures : « Catwalk », « Gradiva » et « Rediviva ». Le mouvement de la figure de Gradiva guide le public dans le sens de l’exposition. La dernière toile, « Redivida », ne se trouve même plus dans la salle. Elle est cachée, il faut la trouver. Les visiteurs sont ainsi invités à parcourir le musée pour conclure leur expérience de l’exposition, ce qui complète également l’interaction entre l’individu et l’environnement, la physicalité et la psyché, tout comme l’artiste existe à travers l’ensemble de son œuvre.

L’exposition Jeu d’esprit est à l’affiche au MBAM jusqu’au 14 mars 2027.


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