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Aux urnes !

Aux urnes ! Ou pas. Enfin, comme vous le sentez. C’est votre choix. Laissez-nous au moins tenter de vous convaincre.

La saison électorale a déjà débuté, et c’est un véritable défilé de scrutins que nous promettent les prochains mois. Après l’Allemagne et la Russie le mois dernier, le spectacle démocratique dresse son chapiteau au Brésil, pour les élections générales, puis chez nous, au Québec, avant de terminer sa tournée du continent américain aux États-Unis, pour les législatives de mi-session. Il traversera le Pacifique pour se rendre en Nouvelle-Zélande, en Israël, puis à Taïwan. Petit passage sur le continent africain, au Nigéria, et un retour explosif en Europe, pour de nouvelles élections présidentielles et régionales en Allemagne et aux Pays-Bas, avant sa dernière grande représentation de la saison, en France. 

Une véritable tournée mondiale pour ce spectacle qui perdure depuis plusieurs millénaires. Pourtant, les critiques lui ont rarement été tendres. La pratique démocratique a dû surmonter toutes les épreuves pour déboucher aujourd’hui sur sa pleine reconnaissance. Mais elle est loin d’être parfaite – très, très loin… 

Aucun pays du monde, autant démocratique qu’il prétende être, n’échappe à l’inégalité d’accès au vote, révélatrice d’une forme de discrimination fondée sur l’origine ethnique, la classe sociale, l’orientation sexuelle, la religion… 

Au Québec, en 2022, la participation électorale autochtone est enregistrée à 14,66 %, soit environ 4,5 fois moins que le taux moyen de la province de 66,15 %. Lors des présidentielles de 2024 aux États-Unis, le taux de participation franchit 70 % pour la population blanche ; il ne dépasse pas les 60 % chez les Afro-Américains (59,6 %), chez les Asiatiques (57,1 %) et chez les Hispaniques (50,6 %). Ne pensez surtout pas que ces chi7res sont symptomatiques d’une absence de volonté et de responsabilité civique ; la tragédie démocratique est d’ailleurs là. Les mécanismes ancrés dans nos démocraties, même les plus libérales, ont été stratégiquement placés à ces fins : favoriser une reproduction de la classe politique. 

Ne parlons même pas des démocraties illibérales. Quel oxymore ! Bon, c’est peut-être la jalousie qui parle. En même temps, qui ne rêve pas de vivre dans un État comme la Biélorussie, où 86,82 % des électeurs, dans une si belle démonstration d’unité nationale, se sont accordés pour réélire Lukashenko pour la septième fois consécutive depuis 1994 ? Qui ne rêve pas de s’installer sur les îles turques de la mer Égée alors que le gouvernement d’Erdogan lance une opération d’arrestation de masse de la communauté LGBTQ+? 

Ne croyez pas non plus que dans notre confort démocratique, rien de cela ne pourra jamais nous atteindre. Il suEt de se déplacer à quelques dizaines de kilomètres au sud de Montréal pour comprendre combien nos normes chéries de justice, de liberté et d’humanisme peuvent disparaître en un cycle électoral. Les États-Unis, l’Argentine, le Brésil, le Nigéria, l’Allemagne, le Pérou, l’Égypte… Voilà une liste bien raccourcie de pays qui ont un jour fait le choix de l’illibéralisme et du rejet de l’État de droit. Certains attendent encore patiemment avant d’entamer la marche arrière. 

Ne faisons pas ce choix. Résistons aux acteurs qui soutiennent que le pessimisme est l’ordre de notre ère. Oui, la démocratie libérale subit. Oui, nos systèmes sont imparfaits et certains groupes en sont les victimes récurrentes. Mais rejeter la seule institution de gouvernance qui tire sa légitimité dans la protection des droits et des libertés, ainsi que dans la représentation du peuple, tout le peuple, reviendrait à laisser nos États tirer fierté de leurs propres failles. La démocratie est une forteresse face à l’autoritarisme. Ses murailles sont certes criblées de trous, mais devrions-nous pour autant l’abattre plutôt que de la renforcer ? 

Les dictateurs nous ont déjà formulé leurs réponses. L’interférence du Kremlin dans les élections allemandes, françaises, hongroises, roumaines, américaines, moldaves, géorgiennes et tant d’autres révèle l’insécurité de Poutine. L’ancien agent du KGB, qui a appris la chute du mur de Berlin depuis son poste à Dresde, connaît bien la puissance de la volonté populaire. 

Les tactiques de Donald Trump pour faire élire ses sympathisants à la tête des nations du monde sont tout aussi indignes. Milei, AfD (Alternative für Deutschland), Farage, Bolsonaro, chaque atteinte à la souveraineté démocratique démontre à quel point Trump a conscience de la capacité des peuples du monde à résister, par leurs votes, au cartel qu’il a bâti autour de sa personne. 

L’apathie démocratique est la grande alliée des illibéraux. Alors que les taux de participation en Europe et en Amérique chutent à vue d’œil, le plus grand outil de résistance reste le vote et le forum démocratique. De droite, de gauche, du centre ou même avec un vote blanc – le su7rage collectif et compétitif rappelle aux ennemis de l’État de droit et à nous-mêmes que notre force se source dans le peuple et non pas dans une élite et ses soldats. C’est cela, le combat d’une génération. 

De l’Assemblée générale de l’AÉUM, dont le déroulement est à découvrir à la page 3, aux élections du Conseil de première année, dont les candidats sont à rencontrer aux pages 4 et 5 ; des élections provinciales, dont les enjeux sont révélés à la page 6, aux élections de mi-session américaines, jusqu’aux présidentielles en France que nous couvrirons dans les éditions à venir, chaque vote compte. 

Surtout le vôtre.


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