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Quand l’art fait frémir l’âme

L’ouverture de l’exposition de Chiharu Shiota au MBAM le 26 septembre.

Photo fournie par le Musée d'art Mori, Sunhi Mang

Accumulation – en quête de la destination. Tel est le titre de la première installation dans le passage souterrain en direction du pavillon Michal et Renata Hornstein, où se trouve le reste de l’exposition de Chiharu. Composée d’innombrables valises de toutes sortes, cette œuvre annonce le début du voyage vers Les frémissements de l’âme.

Une quête de l’art

Samedi dernier a eu lieu l’ouverture au public de la première présentation nord-américaine de l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM). L’exposition, à ce jour la plus importante et la plus complète consacrée à l’œuvre de cette artiste de renommée mondiale, livre les réflexions les plus crues sur la condition humaine – à la fois physique, sociale et spirituelle.

Née en 1972 dans la préfecture d’Osaka, au Japon, Shiota a un parcours artistique qu’on peut retracer dès son plus jeune âge. En effet, on retrouve, dans l’exposition même, une peinture qu’elle a réalisée à cinq ans. Une fleur dessinée en maternelle dont elle garde peu de souvenirs.

« Shiota vêtue d’un immense drap blanc, recouverte de peinture rouge,

comme une hémorragie qui fleurit sur une toile »

Toutefois, la poursuite de l’art n’est pas toujours une chose facile. Pour suivre son cœur en tant qu’artiste, Shiota abandonne les techniques traditionnelles, telles que le dessin et la peinture. Cette décision n’est pas sans conséquence : peu de temps après, elle a rêvé, une nuit, qu’elle devenait elle-même peinture.

« Recouverte de toute cette peinture, j’avais du mal à respirer. Cette nuit-là, j’étais devenue une partie de l’œuvre », raconte l’artiste. C’est ainsi que naît Becoming Painting (Devenir peinture), une performance et installation réalisée en 1994. On y voit, dans les photographies exposées au MBAM, Shiota vêtue d’un immense drap blanc, recouverte de peinture rouge, comme une hémorragie qui fleurit sur une toile. C’est la première œuvre de Shiota qui ne relève pas d’une forme d’art « académique ».

Une quête du monde

En poursuivant la visite, il n’est pas difficile de remarquer l’élément qui relie différentes pièces de l’exposition : le fil. La pièce où est installé Uncertain Journey (Voyage incertain) présente sans doute le plus grand choc visuel. D’infinis fils rouges passent d’un recoin à l’autre de la salle depuis les bateaux métalliques au sol, formant d’énormes toiles d’araignée complexes. « Les fils s’emmêlent, s’entrelacent, se cassent, se défont », comme des artères dans nos corps, comme les relations qu’on entretient avec le monde. Au cours de notre vie, on en rencontre certains, on en quitte d’autres, tissant des liens partout où on passe.

Il est aussi intéressant de noter qu’il s’agit d’une installation unique. Un employé du musée présent dans la salle témoigne que les techniciens ont travaillé pendant trois semaines pour recréer l’œuvre de Shiota à partir de zéro.

Une quête de l’âme

Outre le rapport avec le monde extérieur, Shiota explore également la place que l’individu occupe dans le monde. À travers ses œuvres, elle questionne le sens de la vie, ainsi que le concept de la mort. D’où vient-on ? Et vers où va-t-on ? Pour Shiota, c’est peut-être la Terre mère. De là, elle a incorporé l’élément de la terre dans une série de travaux. « La vie souterraine est beaucoup plus profonde et plus riche que la vie en surface », explique l’artiste. La terre cache des milliards d’années d’histoire ; elle nous nourrit de notre vivant et nous enterre après la mort. Ces réflexions, transposées en art, font frémir l’âme de ceux qui regardent.

Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme est présentée jusqu’au 14 février 2027 et l’entrée au Musée des Beaux-Arts de Montréal est gratuite pour les moins de 26 ans.


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