La Société de transport de Montréal (STM) a recours à l’emploi de l’intelligence artificielle pour détecter les flâneurs dans le métro. Couplée aux caméras de surveillance, cette technologie permettrait de détecter plus rapidement les personnes s’éternisant pendant la fermeture pour les guider vers la sortie.
Ce projet, déjà implanté aux stations Papineau et Place-Saint-Henri, est encore dans sa phase de test, et la STM ambitionne de l’étendre à quatre stations de métro supplémentaires d’ici avril 2027. L’objectif affiché par la STM : faciliter et accélérer les opérations de fermeture, décrites comme un exercice fastidieux tant les stations regorgent de couloirs et de recoins.
L’intelligence artificielle (IA) n’utilise pas de reconnaissance faciale, assure la STM : elle identifie uniquement des présences humaines, qu’elle notifie ensuite à la centrale de répartition de visio opérationnelle. Les constables spéciaux, agents de sûreté dans les transports collectifs, interviennent directement sur place, invitant la personne repérée à regagner la sortie.
Depuis janvier, le projet est déployé en étroite collaboration avec la firme Lipslogics. Aucun communiqué public n’a été fait à son lancement, suscitant des critiques en raison du manque de transparence, en plus des risques associés à l’utilisation de l’IA.
Renee Sieber, professeure agrégée du Département de géographie, est spécialisée dans l’utilisation des technologies de l’information par les communautés marginalisées. Dans le cadre de ce projet, la question suivante se pose : « Est-ce humain d’utiliser l’IA ? (tdlr)» Pour Sieber, l’IA ne porte pas une valeur intrinsèquement nocive. Elle prend l’exemple d’une personne en train de dormir dans le métro : « Si on la détecte, et si les ressources sont disponibles, nous pouvons effectuer une visite de contrôle – non pas par la police, mais par les travailleurs sociaux ! Il y a donc une chance que cela débouche sur quelque chose de positif. » Mais, couplée à un corps répressif – ici les constables spéciaux –, elle pourrait ouvrir la porte à des dérives et à des pratiques d’exclusion impactant avant tout les personnes en situation d’itinérance. « Il y a fort à parier que ce système serve surtout à mettre à la porte les personnes en situation précaire », conclut-elle.
Ce projet se déroule notamment dans le contexte de l’interdiction de flâner, prolongée par la STM jusqu’en avril 2027. Des associations telles que la Ligue des droits et libertés craignent l’utilisation d’une intelligence artificielle qui ne se limiterait pas aux temps de fermeture. Ce logiciel pourrait selon elles être utilisé en tout temps, dans le cadre de la mise en application de son interdiction de flâner. Une mesure également largement critiquée, notamment par le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM). Le réseau déplorait dans son mémoire de juin 2026 un « rétrécissement des espaces accessibles aux personnes en situation d’itinérance ainsi qu’une intensification des réponses coercitives à leur égard », et ce, particulièrement par le biais de la surveillance.
L’intervention de l’IA risquerait donc d’accentuer ce phénomène d’exclusion, d’autant plus face à des compressions budgétaires qui touchent les centres de jour et les structures d’urgence dédiées aux personnes en situation d’itinérance.
Selon Sieber, une approche plus humaine devrait se faire sans l’intervention du Service de police de la Ville de Montréal, en étroite collaboration avec les services sociaux : « On parle de plus en plus d’une IA susceptible de détruire notre humanité. Eh bien, notre devoir moral est alors de rester humains. »



