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Faire compter sa voix

Entre sensibilisation et élections, quelle place pour les voix autochtones ?

Photo tirée d’Élections Québec

Du 18 au 30 septembre, l’Université McGill accueille la 15e édition de ses Semaines de sensibilisation aux cultures autochtones (Indigenous Awareness Weeks), qui mettent à l’honneur les voix et les savoirs autochtones à travers conférences, projections et ateliers. 

Cette initiative fait écho à un autre enjeu d’actualité : à l’approche des élections provinciales du 5 octobre, la participation électorale autochtone demeure particulièrement faible dans plusieurs des communautés. Élections Québec déploie cette année de nouvelles mesures pour réduire les obstacles au vote, notamment dans ces secteurs éloignés. À différentes échelles, ces initiatives interrogent la place accordée aux voix autochtones au sein des institutions. 

Des voix au premier plan 

En quinze ans, les Indigenous Awareness Weeks (IAW) sont devenues un espace de « dialogue, de rapprochement et de célébration » où peuvent également être abordées des conversations difficiles, explique Brittanny Janvier, directrice du Bureau des initiatives autochtones de McGill.

La programmation de cette année témoigne de cette ambition. Parmi les invitées figurent notamment Phyllis Webstad, survivante des pensionnats et fondatrice de la Journée du chandail orange, ainsi que l’aînée crie Betty Ross. À travers ces rencontres, les Indigenous Awareness Weeks abordent des enjeux tels que les pensionnats, la réconciliation, la Rafle des années 1960 et les femmes, filles et personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées. Les IAW s’achèveront le 30 septembre, Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. La professeure nēhiyaw Jarita Greyeyes y présentera notamment ses recherches sur le leadership autochtone et la transformation des institutions universitaires.

Mais tandis que McGill cherche à créer des espaces où les voix autochtones peuvent être entendues, la question de leur participation aux institutions politiques québécoises demeure complexe. 

Une participation électorale très inégale 

Il n’existe pas un taux de participation autochtone unique. Élections Québec souligne qu’il varie considérablement d’une communauté à l’autre : certaines enregistrent des taux supérieurs à 50 %, tandis que d’autres votent très peu, voire pas du tout. En 2022 tout de même, la moyenne dans les communautés autochtones s’élevait à 14,66 % contre 66,15 % dans l’ensemble du Québec.

Ces écarts sont particulièrement visibles dans le Nord du Québec, où l’éloignement et l’isolement de certaines communautés compliquent aussi matériellement l’accès au vote. Ils ne peuvent toutefois pas être réduits à un simple « désintérêt » pour les élections : le sentiment d’exclusion du système politique, le manque de représentation ou l’impression que le vote aura peu d’effet peuvent également éloigner certains électeurs des urnes. Élections Québec pointe par ailleurs plusieurs difficultés concrètes.

En effet, depuis les dernières élections provinciales, l’institution dit avoir rencontré une trentaine de communautés inuites, cries et atikamekw afin de mieux comprendre leurs réalités. Plusieurs obstacles ont été identifiés : inscription sur la liste électorale, accès aux pièces d’identité requises, réception de l’information électorale et barrières linguistiques. L’institution souhaite également développer des relations plus durables avec les communautés, recruter localement du personnel électoral et sensibiliser davantage les jeunes au processus électoral. 

Quand le scrutin se déplace 

Pour le scrutin de 2026, ces réflexions se traduisent par plusieurs mesures concrètes. Entre le 25 septembre et le 1er octobre, des équipes d’Élections Québec se rendront directement dans certains secteurs éloignés ou isolés. Les électeurs pourront y mettre à jour leur adresse ou s’inscrire sur la liste électorale, puis voter lors du même déplacement. Les équipes retourneront également sur place le 5 octobre.

L’ampleur du défi logistique est particulièrement frappante dans Ungava : des équipes devront se déplacer en avion dans une vingtaine de communautés autochtones éloignées. Des mesures particulières sont également prévues dans plusieurs autres circonscriptions, dont Duplessis, Abitibi-Est et Pontiac.

« Rendre les urnes accessibles suffit-il à susciter la participation ? »

Élections Québec cherche aussi à réduire les barrières linguistiques. Son guide électoral est disponible dans plusieurs langues et dialectes autochtones, dont l’atikamekw, l’algonquin, le cri, l’innu ouest-central, l’inuktitut, le micmac, le mohawk et le naskapi. Dans les communautés inuites, cries et naskapies, un document supplémentaire dans la langue locale sera distribué directement dans les cases postales. Des messages seront également diffusés sur des radios locales et sur le Web. L’institution prévoit même des solutions lorsque l’identification pose problème : une personne ne disposant d’aucune des pièces d’identité normalement acceptées peut, sous certaines conditions, faire confirmer son identité par un proche ou présenter deux autres documents et prêter serment.

Ces mesures répondent cependant principalement aux obstacles pratiques à l’exercice du vote. Elles laissent ouverte une question plus difficile : rendre les urnes accessibles suffit-il à susciter la participation ? 

Une voix qui ne se résume pas au vote 

Les onze nations autochtones présentes au Québec ont des histoires, des structures politiques et des rapports aux gouvernements provincial et fédéral distincts. Réduire l’abstention à un problème d’accessibilité risquerait donc d’ignorer une partie de cette complexité. Élections Québec reconnaît elle-même la nécessité de poursuivre ses recherches sur la participation autochtone et affirme vouloir construire des relations de confiance avec les communautés.

C’est ici que le parallèle avec les IAW prend son sens. Les deux initiatives ne poursuivent pas le même objectif : l’Université McGill ne cherche pas à accroître la participation électorale, pas plus qu’Élections Québec ne mène un programme de sensibilisation culturelle. Mais toutes deux se confrontent, à leur manière, à la question de la place accordée aux voix autochtones. Au sein de l’établissement, cela passe par le partage des savoirs, des expériences vécues et par une réflexion sur la transformation de l’institution elle-même. Élections Québec, de son côté, tente d’adapter certaines de ses pratiques aux réalités des communautés qu’elle dessert. 

Le 5 octobre permettra d’observer si ces nouvelles mesures réduisent certains obstacles à l’exercice du vote. Mais la participation politique autochtone ne saurait se mesurer uniquement au nombre de bulletins déposés dans les urnes. Les événements organisés à l’Université McGill en témoignent : avant de chercher à faire entendre davantage les voix autochtones, encore faut-il créer les conditions permettant de les écouter.


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