Aller au contenu

S.O.S. Huîtres menacées

Les huîtres prince-édouardiennes décimées par des parasites.

Ana Camila Torchia | Le Délit

La vie d’une huître est, en règle générale, assez simple. Le naissain – c’est-à-dire une huître qui n’a pas encore atteint la majorité – nécessite près de trois ans de croissance calme et stable avant de pouvoir être récolté et commercialisé sous la forme avec laquelle la plupart des usagers sont familiers. À cause de leur cycle de croissance, les huîtres ne sont considérées adultes que lors de leur troisième été et ne sont habituellement pas mises en marché avant leur quatrième afin qu’elles mûrissent.

Au Canada, la pêche de ces mollusques marins occupe une place importante dans l’économie des provinces maritimes. L’Île-du-Prince-Édouard, en particulier, participe grandement à cette dernière en produisant 26 % des huîtres canadiennes. Après les moules et le homard, les huîtres de la petite province forment la troisième industrie de fruits de mer la plus conséquente au Canada. En 2023, plus de 27 millions de dollars d’huîtres étaient en circulation, ce qui représente un secteur valorisé à environ 54 millions de dollars pour l’économie canadienne.

Cependant, depuis 2024, les récoltes d’huîtres de l’Île-du-Prince-Édouard ont chuté subitement. En effet, la maladie de la sphère X multinuclée inconnue (MSX) et la maladie dermo, deux maladies parasitaires, se sont emparées des eaux prince-édouardiennes et emportent avec elles de plus en plus d’huîtres chaque année.

Lors de la première détection de ces parasites dans la baie de Badeque, les vétérinaires provinciaux espéraient pouvoir contenir les deux maladies à cet endroit. Pourtant, quelques mois ont suffi pour que la MSX et la dermo soient détectées dans la majorité des baies, rivières et autres cours d’eau de la province.

Alors que le taux de survie général pour une récolte est de 95 %, l’ostréiculteur prince-édouardien Kyle Hardy a eu la mauvaise surprise cette année de ne faire remonter à la surface que des huîtres mortes après l’hiver. Tyler Hardy, un autre ostréiculteur dans le métier depuis ses dix ans, a quant à lui confié à ICI Radio-Canada qu’il a subi des pertes de près de 100 000 $ en une seule journée.

Les exportateurs d’huîtres et les restaurateurs sont également touchés par ces hauts taux de mortalité. L’entreprise East Cape Oysters souligne son inquiétude de voir une pénurie survenir, notamment en raison de la demande grandissante qu’elle a observée au cours des dernières années.

Dans un communiqué de presse datant d’août dernier, le gouvernement fédéral a réagi en implantant le Programme de subventions pour le retrait volontaire de permis de pêche aux huîtres. Cette aide fournirait 40 000 $ aux pêcheurs qui en feraient la demande en échange du retrait permanent de leur permis de pêche, lequel ne pourra être restitué qu’après une période de dix ans. Le but d’un retrait de permis de pêche est de permettre à la population d’huîtres de se régénérer durant ces dix ans.

En avril, de nouveaux naissains d’huîtres américaines ont été introduits au Canada pour essayer de requinquer la population. Cependant, il faudra s’armer de patience, car les résultats de cette nouvelle implantation ne pourront être constatés que dans trois à cinq ans. Il n’est pas garanti que ces huîtres survivront aux parasites, ni même qu’elles ne perturberont pas l’écosystème de l’Île-du-Prince-Édouard.

Plusieurs pêcheurs de l’industrie craignent pour la subsistance des futures générations de pêcheurs. Il y a également une peur de l’arrivée de grandes corporations sur un marché qui, jusque-là, était très indépendant. Pêcheurs, exportateurs et restaurateurs demandent plus de considération de la part du gouvernement fédéral face au danger qui guette leur industrie. Ils demandent des aides qui leur permettraient de rester sur le marché sans avoir à se battre pour garder la tête hors de l’eau. « Si toutes les huîtres meurent à l’île, ça va être catastrophique, les gouvernements ne semblent pas prendre cela au sérieux », a déclaré Gordon Jeffrey, un ostréiculteur, à ICI Radio-Canada.

Les maladies frappant les huîtres n’étant aucunement dangereuses pour les humains, Robert Pendergast, écailleur et traiteur, encourage les consommateurs canadiens à continuer d’acheter les huîtres prince-édouardiennes : « Si on vous présente de belles huîtres, achetez-en. Ça va montrer votre soutien. »


Dans la même édition