Le mercredi 8 septembre, à 17 h 15, j’arrive au Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM).
« Il reste encore de la place. Dites à ma collègue à l’entrée que vous venez pour la conférence. Elle vous dirigera. »
En suivant ces indications, je me rends au Salon du pavillon Jean-Noël Desmarais. Ce soir-là, le MBAM propose une rencontre avec la lauréate de la résidence Empreintes 2026, Chloë Cheuk. En conversation avec Anne-Marie St-Jean Aubre, conservatrice de l’art québécois et canadien contemporain du musée, Cheuk nous partage son parcours de recherche durant son séjour.
Un regard sur la machinerie
« Lorsque nous sommes au musée, nous respirons nous aussi et faisons l’expérience de la température et de l’humidité contrôlées par l’institution » Chloë Cheuk, artiste lauréate de la résidence Emprientes 2026
Souvent, à l’étape de la proposition de projet pour une résidence comme celle au MBAM, les artistes ont tendance à poser le regard sur une collection du musée en particulier. Ce ne fut pas exactement le cas pour Cheuk : « Chloë a spécifiquement mentionné qu’elle s’intéressait à l’expérience du musée comme système (tdlr) », raconte la conservatrice. En parlant de « système », Cheuk s’intéresse au processus de préservation et de restauration des œuvres auquel nous, visiteurs, prêtons rarement attention. À ce sujet, elle explique : « Au musée, tout est stable à la surface, mais on oublie parfois qu’il s’agit du résultat d’efforts continus en coulisses. Et cela pique ma curiosité de voir de près ce système qui garde le tout fonctionnel. »
L’artiste nous montre notamment une photo d’un ancien thermohygrographe – instrument pour mesurer à la fois la température et l’humidité de l’air en continu – du MBAM qu’elle s’est procuré lors de sa résidence. « Le musée a numérisé les machines de contrôle et j’ai eu l’occasion d’en demander une quand les conservateurs les retiraient. » Cheuk continue sa description en mettant en lumière ce qui « [l’, ndlr]intrigue dans cette machine » : « le capteur à l’extrémité n’est pas numérique ; il est confectionné avec des cheveux humains ».
Cependant, à l’ère numérique, beaucoup de musées comme le MBAM ont mis à jour leur système de contrôle d’environnement. Le manufacturier de ce thermohydrographe en a même cessé la production.
Certes, on peut y voir un progrès technologique : les données sont plus exactes et le travail de préservation, grandement facilité. Mais d’un point de vue symbolique, cet objet raconte une autre histoire : « Quand je vois cet objet, cela éveille ma curiosité parce que, lorsque nous sommes au musée, nous respirons nous aussi et faisons l’expérience de la température et de l’humidité contrôlées par l’institution. » Les cheveux humains servaient autrefois d’outil de mesure de l’humidité ; des capteurs numériques prennent désormais le relais. Ce glissement du biologique vers le technologique interpelle Cheuk, dont la pratique se concentre depuis longtemps sur les liens invisibles qui unissent les individus à leur environnement.
Toutefois, pour le visiteur, le résultat demeure essentiellement le même : l’environnement est maintenu, presque de façon indiscernable, en arrière-plan.
En quittant le MBAM, je repense à la remarque de Cheuk : derrière l’apparente stabilité du musée se cache une collection d’e1orts continus. Si les machines évoluent, ce sont encore des personnes qui les conçoivent, les entretiennent et veillent au bon fonctionnement de l’ensemble. Peut-être réside là l’aspect le plus invisible du système.


