L’arrivée des élections provinciales replace la question de la réforme électorale au centre du débat québécois. Elle rappelle l’importance d’une démocratie saine, dont la transparence estompe les dérobades administratives de plusieurs élus.
Le Québec fonctionne sur le mode de scrutin uninominal à un tour, fixé par l’acte constitutionnel de 1791 : le corps électoral ne vote qu’une fois, et ce, pour un seul candidat par circonscription. Cependant, ce système n’a pas pour autant subsisté sans contestation.
La première remise en question de ce système à l’Assemblée Nationale est une résolution déposée en 1922. Les résultats électoraux du PQ en 1970 mettent en lumière les failles de ce système : il gagne sept sièges sur 108 pour 23% des voix.
En 1979, Robert Burns, ministre d’État à la réforme électorale et parlementaire, propose trois alternatives : une représentation proportionnelle régionale par liste, et deux systèmes mixtes. S’affrontent alors deux visions au PQ qui forment l’acmé du débat encore aujourd’hui : le système majoritaire uninominal à un tour est synonyme pour certains d’un gouvernement stable et efficace, alors que d’autres soutiennent la proportionnalité comme porte-étendard d’une démocratie représentative.
Des initiatives de réformes sont lancées en 2003 sous les libéraux de Charest puis en 2019 sous les caquistes de Legault, mais échouent, faute de consensus et d’intellectuels. Des initiatives de réformes sont lancées en 2003 sous les libéraux de Charest puis en 2019 sous les caquistes de Legault, mais échouent, faute de consensus et d’intellectuels.
Cette suite de déceptions laisse un sentiment d’impuissance à l’électorat québécois. À défaut d’un consensus, il faut trouver des alternatives. C’est ce qu’ont fait Holdum et Klausen dans un article publié en 2026, dans lequel ils proposent un théorème d’impossibilité d’un système électoral à deux tours, comme celui utilisé au Danemark, puis concluent un système supposément mathématiquement viable.
Les élections danoises de 2022 ont révélé une faille dans le système en place : une différence d’un siège entre le vote populaire et proportionnel a été observée. Pour notre système québécois, ça n’est rien, mais beaucoup y voient la nécessité d’une amélioration.
Il s’agit d’une conséquence directe du théorème d’impossibilité : un système électoral ne peut satisfaire à la fois le principe de régionalité, une proportionnalité garantie, et une taille de parlement fixe : le nombre de sièges compensatoires requis pour assurer une proportionnalité augmente avec le nombre de partis. Un compromis doit donc être fait : conserver deux critères affaiblit le dernier.
D’abord, le nombre de sièges de chaque parti devrait être octroyé selon une répartition à proportionnalité faible : le nombre total de bulletins valides divisé par le nombre de circonscriptions. Ensuite, diviser le nombre de votes pour chaque parti par ce quota pour donner un nombre fractionnaire. La proportionnalité faible fait abstraction de ce reste et le nombre de sièges octroyés ne correspond qu’au nombre entier.
Un classement régional est ensuite construit avec la méthode de répartition de votre choix . Ce système garantit une proportionnalité ainsi qu’une taille de parlement fixe, mais pas le critère de régionalité ; un candidat pourrait gagner dans sa circonscription mais perdre son siège si le quota de son parti était déjà atteint.
Une réforme du mode de scrutin ne garantit pas un système électoral parfait : ce système n’existe pas. Cependant il garantit une représentativité, favorise les coalitions, et donne une voix au plus grand nombre, des caractéristiques clés d’une démocratie saine et fiable.


