Lundi dernier, à l’occasion du Nouvel An lunaire – aussi connu sous le nom du Festival du printemps – le 18 février, le McGill Student Chinese Brush Art Club (MSCBAC) a mis différents éléments de calligraphie à disposition des McGillois. Dans le couloir reliant la bibliothèque McLennan au bâtiment Redpath, on apercevait une table sur laquelle les membres ont étalé des chūn lián (couplets du printemps) – bandes calligraphiées traditionnellement suspendues pour le Nouvel An – et des fú (qui signifie le bonheur).
En quoi consiste cette pratique ?
« Dans les fracas de pétards s’achève l’année ; Le vent du printemps verse sa tiédeur au vin. À mille familles luit l’aube d’un jour levant ; On ôte l’ancien aux portes, on y suspend le neuf » (tdlr).
Ces vers viennent du poète chinois du 11e siècle Wang Anshi et décrivent deux pratiques centrales du Nouvel An : l’allumage de pétards et le remplacement des inscriptions protectrices sur des amulettes de bois accrochées aux portes. Au fil du temps, les amulettes se sont transformées en couplets calligraphiés sur du papier rouge, que l’on appelle aujourd’hui des « couplets du printemps ». Or, à Montréal, comme en Chine, tout déploiement de pièces pyrotechniques, comme les feux d’artifice ou les pétards, est interdit sans autorisation de la sécurité incendie. Les couplets occupent ainsi une plus grande importance pour ceux qui souhaitent conserver l’essence de la fête.
L’histoire de cette pratique remonte à la période pré-Qin, à la dynastie Zhou (1046 à 256 av. J.-C.). À l’époque, les Chinois vénéraient les dieux des portes, intégrant leur culte au système rituel national et le célébrant chaque année en automne. Un peu plus d’un millénaire plus tard, le prototype des couplets modernes apparaît sous le règne de l’empereur du Shu postérieur, Meng Chang. C’est alors que ce dernier officialise le premier couplet : « Que la nouvelle année réjouisse abondamment / Que les festivités durent éternellement. » Ce n’est qu’à l’époque de Hongwu (1368 à 1398), sous la dynastie Ming, que l’empereur Zhu Yuanzhang décrète officiellement aux fonctionnaires et au peuple le collage de distiques de papier rouge pendant le Festival du printemps. Aux couplets s’ajoute le fú, qui est traditionnellement collé à l’envers sur la porte. Pourquoi à l’envers ? En fait, le terme « à l’envers » et le verbe « arriver » ont la même prononciation en mandarin (dào). L’idée est répandue que, en le plaçant d’une telle manière, on souhaite « le bonheur qui arrive ».
« L’idée est répandue que, en le plaçant d’une telle manière, on souhaite « le bonheur qui arrive » »
Dans l’esprit contemporain
Si cette pratique a traversé près de trois millénaires d’histoire, elle connaît aujourd’hui un renouveau marqué, se déployant sous des formes multiples et adaptées aux contextes culturels contemporains. Sur la table du MSCBAC, plusieurs fú incorporent des chevaux représentant des personnages – tels que Pinkie Pie et Brian Winddancer – pour accueillir l’année du cheval. Certains pourraient se demander si ces déclinaisons modernes briment le côté traditionnel de cette pratique. Pour Sihan Qin, le président de la MSCBAC, « il n’y a pas de conflit entre la culture populaire et traditionnelle. Cette juxtaposition permet, au contraire, de faire fleurir la tradition, car elle prend en considération les intérêts d’une plus grande population ». Il explique que cet ajout permet également d’atteindre plus d’étudiants, notamment ceux qui ne comprennent pas le chinois. « En tant qu’association étudiante, nous voulons promouvoir la culture, pas limiter les gens par la culture », continue-t-il. « Il y a parfois des étudiants qui viennent à nos activités de calligraphie sans connaître un seul mot de chinois, mais rien n’empêche qu’ils aient du plaisir avec nous. »

