Ce mardi 10 février, Tumbler Ridge a été frappée par la pire fusillade scolaire au Canada depuis le massacre de Polytechnique en 1989. Cette petite ville isolée de 2 400 habitants, située au pied des Rocheuses à 1 200 kilomètres de Vancouver, porte désormais le poids d’une tragédie nationale. Jesse Van Rootselaar, 18 ans, ancienne élève, a d’abord tué sa mère, Jennifer Strang, 39 ans, ainsi que son demi-frère de 11 ans à leur domicile, avant de se rendre à la Tumbler Ridge Secondary School. À 14 h 20, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a reçu un signalement de tirs actifs. Après avoir ouvert le feu dans l’école, la tireuse a été retrouvée morte par blessure auto-infligée. Le bilan est lourd : neuf morts et 27 blessés.
Une communauté sous le choc
Dans cette petite ville où tout le monde se connaît, l’horreur a bouleversé le quotidien de la communauté. « Tout semble tellement irréel. Les larmes n’arrêtent pas de couler. Tant de jeunes vies fauchées inutilement (tdlr) », a confié le grand-père d’Ezekiel Schofield, 13 ans, tué dans la fusillade. « C’est une petite ville très soudée, et l’impact d’un événement comme celui-ci est ressenti par tout le monde », a écrit sur X le député provincial Larry Neufeld. Le ministre fédéral Gregor Robertson, qui s’est rendu sur place, a décrit « une communauté extraordinaire », où il a été témoin « d’une compassion et d’une entraide remarquables chez chaque personne rencontrée ».
La fusillade a provoqué une vague d’émotions à travers le pays et au-delà des frontières canadiennes. Le premier ministre Mark Carney a annulé ses déplacements à Halifax et Munich. Visiblement ému devant la Chambre des communes, il a déclaré : « Ce matin, des parents, grands-parents, frères et sœurs à Tumbler Ridge se réveilleront sans quelqu’un qu’ils aiment. La nation pleure avec vous. » À l’étranger, Emmanuel Macron, Volodymyr Zelensky, le roi Charles III et Friedrich Merz ont exprimé leur solidarité envers les victimes.
Des lois mises à l’épreuve
Au Canada, les fusillades scolaires restent rares. La dernière de cette ampleur remonte à Polytechnique, où 14 femmes ont perdu la vie. Cette tragédie a mené à l’adoption du projet de loi C‑17 en 1991, puis à la Loi sur les armes à feu en 1995. Depuis, plus de 2 500 armes de type « assaut » ont été interdites et un gel de la vente d’armes de poing a été imposé entre 2022 et 2023, et se poursuit progressivement jusqu’en 2026. Malgré ces mesures, les crimes violents liés aux armes à feu ont bondi de 84 % entre 2010 et 2020 au Canada.
Des questions sans réponses
De nombreuses zones d’ombre persistent. La police serait intervenue à plusieurs reprises au domicile de Van Rootselaar en raison de sa santé mentale. Des armes à feu se trouvaient dans le foyer familial : elles auraient été saisies puis restituées à leur propriétaire légal. Le permis de possession de la tireuse était pourtant expiré depuis 2024, et les armes retrouvées à l’école ne seraient pas enregistrées à son nom. Aucune note n’a été découverte et le motif reste inconnu.
La GRC a par ailleurs confirmé que Van Rootselaar était une femme transgenre. Cette information a rapidement été instrumentalisée par des influenceurs de la droite américaine, relayant l’idée d’une « “épidémie” de violence transgenre ». Or, selon James Densley, cofondateur du Violence Prevention Project, 97,5 % des fusillades de masse recensées aux États-Unis ont été commises par des hommes cisgenres, contre 0,5 % par des personnes transgenres. Des militants 2SLGBTQ+ ont déploré que cette récupération politique détourne l’attention du deuil collectif.
« Déterminer le « pourquoi » sera difficile, mais nous ferons tout notre possible pour reconstituer ce qui s’est passé », a admis le surintendant de la GRC, Ken Floyd. En attendant, mercredi soir, des centaines de résidents se sont rassemblés pour une veillée aux chandelles au cœur de la ville.



