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Le début de « Coin queer »

Chau Anh Nguyen | Le Délit

Un journal étudiant vit au rythme de celles et ceux qui le lisent. Au Délit, la section tournante a pour but de permettre au journal de se renouveler et de répondre aux besoins changeants des étudiants et étudiantes de McGill. Au cours des dernières années, Le Délit a eu le plaisir d’accueillir différentes sections tournantes, dont « Au féminin », « Environnement », « Bien-être » et « Omnivore ». Il est désormais temps pour le journal d’orienter son regard vers la communauté 2ELGBTQI+, à travers sa nouvelle section intitulée « Coin queer ». Chaque semaine, Sixtine vous invite à découvrir un aspect de l’histoire de la communauté, sa représentation, son impact sur la culture populaire et sa présence à Montréal.

Ce choix de section tournante n’a rien d’anodin. D’après un sondage démographique mené par l’Université McGill au printemps 2021, 21,9 % de la population étudiante s’identifie comme membre de la communauté 2ELGBTQI+. En témoignent les nombreuses associations étudiantes destinées à la population queer de McGill. Queer McGill, par exemple, gère et promeut plusieurs services à Montréal, tandis que certaines facultés – notamment celle de droit (McGill OutLaw), de génie (Queer Engineer) et de médecine (HealthQueer Professionals) – possèdent leurs propres associations. L’Union for Gender Empowerment (UGE), organisation mcgilloise, est responsable du Trans Patient Union, qui défend et aide les patients transgenres et non binaires dans leur navigation des soins médicaux à Montréal.

Cette liste est loin d’être exhaustive – et surtout, ne signifie pas que l’Université McGill a terminé le travail de valorisation et de soutien de la communauté queer. Loin de là. La lutte étudiante en cours depuis le début du 20e siècle n’est pas près de prendre fin.

À l’occasion de l’écriture de cet éditorial, je me suis plongée dans les archives de l’Université McGill pour en apprendre plus sur celles et ceux qui ont façonné l’institution que nous connaissons aujourd’hui. J’ai appris que Gerts, notre bar étudiant, a été fondé et fréquenté principalement par des hommes homosexuels au début des années 90 ; son nom est inspiré de Gertrude Stein, icône lesbienne de la littérature américaine.

J’ai appris que, dans les années 70, Gay McGill (prédécesseur de Queer McGill) organisait des danses dans le centre universitaire – le même bâtiment qui accueille aujourd’hui les bureaux du Délit. « L’événement a permis aux personnes homosexuelles de se réunir de manière informelle et de discuter en dehors du cadre souvent aliénant et oppressant des établissements commerciaux destinés à la communauté homosexuelle (tdlr) », lit-on à propos de la toute première danse en 1972 dans l’article « La danse gaie fut un succès » du McGill Daily.

J’ai appris l’existence de Queery, revue publiée par Queer McGill pendant les années 90 et 2000, ainsi que de QueerLine, service téléphonique qui opère depuis les années 2000. Pendant que les bénévoles répondaient aux appels téléphoniques, ils écrivaient des notes pour eux-mêmes et entre eux dans un « livre de conversation ». Une bénévole du service téléphonique y témoigne en 2003 avoir reçu son « tout premier appel » : « Je me sens vraiment bien. C’est tellement incroyable de savoir que, pendant que nous sommes assis ici sur le canapé à attendre que le téléphone sonne, quelqu’un cherche le courage d’appeler. »

L’histoire de la communauté 2ELGBTQI+ à McGill en est une de joie, d’amitié et de résilience, mais aussi de résistance active contre les mesures de l’administration. Le corps étudiant mcgillois s’est mobilisé pour une politique d’appui contre le sida, s’est battu afin que les couples homosexuels bénéficient d’un régime de retraite et d’autres avantages sociaux et a défendu les professeurs victimes de discrimination de la part de l’administration.

Aujourd’hui, la lutte pour la communauté 2ELGBTQI+ demeure tout aussi pertinente. Face aux mesures discriminatoires de l’administration Trump et au recul des droits des personnes queer dans de nombreux pays, on prend pleinement conscience de la fragilité des acquis des dernières décennies. En page 9, Sixtine nous invite à explorer un état des lieux des droits des personnes 2ELGBTQI+ à travers le monde.

Mais en tant que journal étudiant, Le Délit a la responsabilité de faire plus que relayer l’inquiétude. La section « Coin queer » a pour ambition d’ouvrir un espace de lucidité et de joie. L’appartenance à la communauté 2ELGBTQI+, son histoire, sa culture et ses références méritent d’être célébrées, et racontées autrement que dans l’urgence et l’angoisse. Parce que les sujets importants ont le droit d’être ludiques, eux aussi. Cette nouvelle section est une main que Le Délit tend à ses lecteurs et lectrices. J’espère que vous la prendrez.

Bonne lecture !


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