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Les Montréalais demandent le départ de l’ICE

Le miroir montréalais des tensions américaines.

Félix Fournier | Le Délit

Déterminés à se faire entendre, des dizaines de manifestants se sont réunis dimanche dernier devant le consulat américain de Montréal. Ils manifestaient contre la présence implicite de la police de l’immigration (ICE) dans la vie montréalaise, mais aussi pour afficher leur soutien aux habitants de Minneapolis et du Groenland. Les organisateurs dénoncent les liens financiers qu’entretiendraient certaines institutions montréalaises – dont l’Université McGill – avec des entreprises collaborant avec l’ICE. Selon Jacob Wesoky, président du club Democrats at McGill, l’Université investirait plus de 2,2 millions de dollars dans la compagnie américaine de technologies Palantir. Cette dernière permet à la police de l’immigration de repérer et d’arrêter des individus suspectés d’être des sans-papiers grâce à de l’exploration de données et à l’intelligence artificielle. Toujours selon Wesoky, la compagnie montréalaise GardaWorld fournirait « des services de sécurité à Alligator Alcatraz, le site de certains des pires abus de droits humains dans l’histoire américaine moderne (tdlr) ».

Des Montréalais inquiets

De nombreux étudiants américains de McGill étaient présents à la manifestation. Parmi eux, Katelyn Leonard et ses deux amies. Elle nous confie être « très inquiète en tant que citoyenne américaine de ce qui se passe aux États-Unis ». Son amie Isabel Schneider craint pour sa part que l’ICE « n’étende ses opérations à d’autres villes américaines » et que cela affecte sa famille. La manifestation, pacifique et familiale, comptait aussi des participants non étudiants. Adrien, un père de famille français naturalisé canadien habitant ici depuis dix ans, dit être venu « montrer son soutien à ses voisins qui regardent ce qui se passe au sud de la frontière et qui en sont très choqués ». Au fil des entrevues avec les manifestants, un constat se dégage : la population québécoise et américaine s’inquiète de la dérive autoritaire de l’administration américaine et des conséquences que cela peut avoir au Canada. Une crainte partagée par Adrien, qui accuse une « normalisation de la violence, qui, malgré des conditions de société très différentes au Canada, risque effectivement de se propager ». « Les agents de l’ICE ont complètement perdu tout sens de leur propre humanité », ajoute Ingrid, elle aussi étudiante à McGill.

Une responsabilité canadienne ?

Jacob Wesoky avance aussi que « le Canada est complice de la perpétuation de l’érosion démocratique aux États-Unis ». Il dénonce la politique canadienne du renvoi à la frontière américaine de tout demandeur d’asile n’entrant pas par voie aérienne dans le pays, sur la base que les États-Unis sont un pays sûr pour les immigrants. Il fait référence à « l’entente sur les tiers pays sûrs » entre les États-Unis et le Canada, qui oblige les demandeurs d’asile à faire leur demande dans le premier pays traversé. « Si le Canada est réellement un phare d’espoir et de liberté, alors il doit ouvrir ses portes et protéger les droits et la dignité des migrants et des demandeurs d’asile », conclut-il en s’adressant de manière indirecte au premier ministre Carney. Les organisateurs de la manifestation militent également pour l’adoption du projet de loi C‑233, surnommé No More Loopholes Act (Finies les failles, tdlr), qui vise à modifier la loi sur les licences d’exportation et d’importation et éliminer l’exemption automatique pour des armes et des composantes d’armes à destination des États Unis, dans un souci de respect des droits de la personne. Le texte sera soumis au vote du Parlement à la fin du mois de février.


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