Ichiko Aoba, née en 1990 à Chiba, est une musicienne japonaise ayant grandi dans la préfecture de Kyoto. Depuis ses 17 ans, elle compose, écrit et interprète ses chansons, s’accompagnant de sa guitare. En 2020, elle crée sa propre maison de disques indépendante, Hermine, et sort son septième album, Windswept Adan. Ce dernier lui vaudra une notoriété internationale.
L’art d’Aoba a la particularité d’allier instruments acoustiques, chants et sons de synthèse, c’est-à- dire produits ou modifiés par ordinateur. Le titre « Parfum d’étoiles », par exemple, entremêle une mélodie au piano, un chant sifflé imitant les oiseaux, des chants d’oiseaux synthétisés, des voix d’enfants et des réverbérations de cloches. Lors de ses tournées, elle est parfois accompagnée d’orchestres ou de quatuors à cordes, dont elle compose elle-même les arrangements. Aoba est une guitariste exceptionnelle, qui joue aussi de la clarinette (que l’on entend parfois dans ses chansons, comme dans « Amuletum ») et du piano.
L’œuvre d’Aoba se nourrit de plusieurs genres, comme le folk et la musique minimaliste, électronique et acoustique, mais s’inspire aussi de différentes traditions de chants polyphoniques, comme dans « Kirinakijima ». Ichiko Aoba s’est taillé, dans la scène musicale, un monde bien à elle. Son œuvre partage des caractéristiques formelles, harmoniques et mélodiques avec d’autres artistes (Ryūchi Sakamoto, Linda Perhacs, Lamp et autres), sans pour autant adhérer à un genre fixe. Dans un monde où la musique est extrêmement codifiée selon des normes technologiques et économiques, Aoba conserve une certaine autonomie vis-à-vis des marchés et des attentes esthétiques. Plutôt que de répondre à une tendance, son œuvre cultive une vision, partagée avec un public fidèle, qui veut baigner dans ses univers oniriques où s’enlacent nature, enfance, mémoires, fleurs, lumière et mer, où l’on peut renouer avec une magie qui n’est pas artificielle, mais organique – la magie immanente à l’expérience.
Le premier concert d’Aoba auquel j’ai eu la chance d’assister, grâce à la générosité d’une amie (envers qui je suis éternellement reconnaissante), s’avérait être la première fois qu’elle se produisait à Montréal. Le Théâtre Beanfield, dans la Petite-Bourgogne, était plein à craquer et personne n’est sorti sans avoir les joues baignées de larmes – pas même le gardien de sécurité. Plusieurs membres du public se sont empressés de lui tendre des mouchoirs. C’est le geste qu’éveille l’œuvre d’Aoba, une main tendue pour essuyer des larmes. Sans que sa musique soit pathétique, tragique ou dramatique, elle vient délicatement ouvrir les cœurs qui, à vifs, écoutent ce qu’elle a à offrir : une consolation, une berceuse.
D’ailleurs, en japonais, « berceuse » se traduit par « chanson qui protège les enfants ». La musique immémoriale d’Aoba protège les liens entre les êtres par la candeur, poésie et douceur de l’enfance qui sommeille dans nos mémoires. La fragilité désarmante des œuvres d’Aoba vient réveiller en nous des rêves que l’on croyait endormis.
Pour mon bonheur et pour le vôtre – je l’espère –, Ichiko Aoba sera de retour dans une grande robe de blanc nacré à Montréal le 28 avril, au théâtre Maisonneuve, pour sa troisième tournée mondiale – complétant son nouvel album Luminescent Creatures.



