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Trump et la Corée du Nord

La Maison-Blanche saborde une énième fois la fiabilité de ses alliances.

Catvy Tran | Le Délit

« Inapproprié et hostile (tdlr) », voilà comment le président américain Donald Trump a qualifié l’exercice militaire Ulchi Freedom Shield, un exercice militaire annuel conjoint entre les armées américaine et sud-coréenne qui devait se tenir du 17 au 27 août 2026. L’exercice devait mobiliser environ 18 000 soldats sud-coréens et visait à renforcer la capacité des deux alliés à répondre à une éventuelle attaque nord-coréenne. 

Quelques jours avant son début, Trump a cependant ordonné une réduction substantielle des manœuvres, qu’il jugeait notamment « insultantes » à l’égard du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. L’exercice, qui avait débuté comme prévu le 17 août, s’est finalement terminé six jours plus tôt, le 21 août : un choc diplomatique qui n’est pas inhabituel ces temps-ci. 

Ce n’est pas la première fois, et sûrement pas la dernière, que Trump altère l’échiquier géopolitique en bouleversant les alliances américaines. Après ses déclarations vis-à-vis du Groenland et du Canada, ou encore après l’humiliation qu’il avait fait subir au président ukrainien Volodymyr Zelensky en janvier 2025, c’est maintenant à la Corée du Sud qu’il s’attaque.

Le 17 août 2026, le président américain a annoncé vouloir entretenir une « bonne relation » avec Kim Jong-un et songe à une réunion plus tard dans l’année, chose qui ne s’est pas faite depuis 2019. 

Une mesure diplomatique ? 

Le président Trump et son homologue sud-coréen Jae Myung Lee sont d’accord sur un point : les négociations avec leur voisin du Nord doivent être relancées. Pour Washington, réduire la pression militaire sur Pyongyang semble nécessaire afin de créer les conditions à une reprise du dialogue. 

Cette approche ne date pas d’aujourd’hui. Lors de son premier mandat, Trump avait déjà suspendu et réduit certains exercices militaires américano-sud-coréens afin de favoriser les négociations avec Pyongyang. Ses rencontres avec Kim Jong-un en 2018 et 2019 n’avaient toutefois pas permis de parvenir à un accord sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne. 

Séoul voit cependant ce retrait des forces américaines comme une entrave à l’alliance entre les deux pays qu’ils entretiennent depuis l’armistice de la guerre de Corée en 1953. 

La continuation de l’agenda politique de Trump 

Outre une mesure visant à relancer les discussions diplomatiques, cette décision de Donald Trump s’inscrit dans la remise en question fréquente de l’aide aux alliés américains. L’Ukraine a été l’une des premières à subir une réduction de l’aide militaire. Depuis 2025, l’aide militaire américaine à l’Ukraine a en eSet baissé d’environ 99 %, obligeant les Européens à combler une partie du vide laissé par Washington. 

Pour la Corée du Sud, cependant, la question est particulièrement sensible. Depuis plus de 70 ans, les États-Unis sont un acteur majeur de la dissuasion face à la Corée du Nord. Le retrait de Donald Trump pose donc une question fondamentale : jusqu’où cette politique de réduction de l’aide militaire va-t-elle aller ? 

Pour Séoul, cette incertitude pourrait paradoxalement accélérer une politique que le gouvernement coréen cherche déjà à mettre en place : renforcer son autonomie militaire. 

Le président Lee Jae-myung a ainsi réafirmé son objectif de récupérer, en temps de guerre, le contrôle opérationnel de guerre des forces sud-coréennes, actuellement détenu par les États-Unis. Cette mesure est discutée depuis plusieurs décennies, mais elle prend aujourd’hui une nouvelle dimension alors que Washington semble mettre davantage en question le rôle qu’il souhaite jouer dans la défense de leurs alliés. 

Cette recherche d’autonomie se manifeste également dans le développement de nouvelles capacités militaires. Lee a notamment demandé l’accélération du programme sud-coréen de sous-marins à propulsion nucléaire, dont le développement pourrait permettre à Séoul de renforcer ses capacités de surveillance et de dissuasion face à Pyongyang. 

Le développement de ces capacités intervient toutefois dans un contexte où le débat sur la nucléarisation de la Corée du Sud prend de l’ampleur. Une majorité de Sud-Coréens se disent désormais favorables à ce que leur pays développe son propre arsenal nucléaire, avec un soutien dépassant 70 % selon des sondages récents. 

Pour l’instant, le gouvernement de Lee ne défend pas cette option. Séoul cherche plutôt à renforcer ses capacités conventionnelles tout en maintenant sa coopération militaire avec Washington. Une diminution durable de l’engagement américain pourrait cependant alimenter les arguments de ceux qui considèrent que la Corée du Sud ne peut plus dépendre entièrement de la dissuasion américaine. 

C’est là que se trouve peut-être le principal paradoxe de la politique de Donald Trump. En demandant à ses alliés de prendre davantage en charge leur propre sécurité, il pourrait effectivement contribuer à renforcer leur autonomie militaire. Mais en affaiblissant la confiance dans la garantie américaine, il pourrait également pousser certains d’entre eux à envisager des solutions que Washington souhaiterait précisément éviter. Au Canada aussi, la politique de Donald Trump pousse Ottawa à repenser sa dépendance envers son voisin du Sud. Après l’échec des négociations commerciales avec Washington, que Mark Carney a décidé d’interrompre le 21 août, le gouvernement canadien cherche de plus en plus à diversifier ses partenariats économiques et stratégiques.


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