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Le sport mcgillois sur le front pour sa préservation

L’athlétisme fait ses preuves au championnat du RSEQ.

Félix Fournier | Le Délit

Le complexe sportif Tomlinson de McGill a accueilli, ce 20 et 21 février, le championnat universitaire intérieur d’athlétisme du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ). Sur deux jours, les meilleurs athlètes universitaires de la province se sont défiés sur une multitude d’épreuves. Alors que les résultats acquis et les records battus représentent un effort sans relâche pour les athlètes, cette édition des championnats a pris un tout autre sens dans le contexte actuel. Depuis l’annonce en novembre dernier de la suppression de plusieurs équipes sportives universitaires de McGill, l’équipe d’athlétisme mène une campagne de sensibilisation pour entretenir l’espoir d’être épargnée par les coupes budgétaires. C’est dans cette optique que, à la suite du championnat, s’est tenu le rassemblement Legacy in Motion à la Thomson House réunissant athlètes, anciens élèves et supporteurs. L’objectif : continuer à faire pression sur l’administration mcgilloise pour préserver l’athlétisme mcgillois.

« Des suppressions sans bonne justification »

Un total de 15 sports, représentant 25 équipes, sont visés par les réductions. Le volley-ball masculin, le rugby féminin, le tennis, le hockey sur gazon féminin, la crosse féminine, le golf, ou encore le baseball masculin rejoignent l’athlétisme sur la liste des sports qui ne reviendront pas pour la saison 2026–2027. McGill cite des contraintes budgétaires, notamment à cause de potentielles réparations de l’infrastructure sportive. Le complexe sportif Tomlinson, dans lequel s’est tenu le championnat d’athlétisme du RSEQ, nécessite d’ailleurs un remplacement de sa surface, qui coûtera 2,7 millions de dollars. Mais cela ne suffit pas pour convaincre les défenseurs du track and field mcgillois. Derek Covington, dirigeant de Friends of McGill Track & Field, et l’un des principaux instigateurs de la campagne pour sauver l’athlétisme mcgillois, estime que le choix de mettre fin à l’athlétisme est illogique : « Toutes les institutions québécoises et toutes les meilleures universités nord-américaines ont une équipe d’athlétisme. Ce n’est pas un sport qui disparaît. Au contraire, son accessibilité le rend de plus en plus populaire (tdlr). »

L’essentiel, c’est l’or

Gustave Imbaud, coureur de longue distance au sein de l’équipe d’athlétisme, confie au Délit la déception qu’il partage avec ses coéquipiers : « Tout le monde est très triste. Pour les rookies comme moi, c’était notre première année et on est presque immédiatement coupés. » Pourtant, il ne désespère pas. Il ajoute, le jour avant le championnat : « On s’est dit que le principal moyen de leur faire regretter, c’est d’être extrêmement bons. Ça serait vraiment bien si on pouvait gagner parce que couper la meilleure équipe du Québec, ça aurait l’air encore plus ridicule ». Et c’est une réussite : l’équipe a remporté l’or au saut en longueur, au relais 4×400 masculin et féminin, ainsi qu’au 300 mètres masculin, parmi d’autres. De plus, de nouveaux records ont été atteints en relais 4×200 masculin et en saut à la perche. 

Ces résultats ne font que renforcer l’argument des défenseurs de l’athlétisme mcgillois. Covington rappelle qu’« un des critères de l’administration [pour choisir quelles équipes seraient coupées, ndlr] était la performance athlétique. Pourtant, l’athlétisme a récolté plusieurs podiums sur les cinq dernières années. L’exigence sportive est clairement respectée ». Une contradiction qui accentue l’incompréhension des athlètes sur la décision de l’administration.

Un sentiment « doux-amer » 

Le championnat de la RSEQ a donc été plongé dans une ambiance mixte. Covington explique qu’« accueillir ces championnats provinciaux, même si c’est la dernière fois après plus de 125 ans, c’est un moment doux-amer. D’une part, on célèbre l’athlétisme à McGill, d’autre part, on est à la fin d’une ère ». C’est aussi une opportunité pour illustrer un soutien provincial pour l’athlétisme mcgillois. Le championnat RSEQ s’est terminé avec une chorale d’athlètes de toutes les universités présentes et de leurs supporteurs scandant « Save McGill Track » (« Sauvez l’athlétisme mcgillois ») un geste de solidarité inter-universitaire, symbole de l’incompréhension générale autour de la décision de l’Université.

Le regard désormais tourné vers l’avenir, les athlètes n’ont pas l’intention d’abandonner leur sport et leurs coéquipiers. Imbaud affirme que « dans le pire des cas, on va continuer à être McGill Track mais on ne sera plus affiliés à l’Université. On ne pourra plus faire les compétitions universitaires ». Les succès de l’équipe ne participeront donc plus au prestige sportif de l’Université, mais l’héritage de l’institution du Track and Field pourra être assuré.


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