Depuis la sortie de la série Heated Rivalry le 28 novembre dernier, j’ai l’impression que mon coin d’Internet est entré dans une sorte de psychose collective. Mes réseaux sociaux sont inondés de contenu sur la série et une bonne partie de mes conversations tournent autour de ce sujet ; Heated Rivalry a consumé mon existence, et je ne crois pas être la seule à être affectée par « l’effet Heated Rivalry ». J’ai l’impression d’un courant de fraîcheur dans ma télévision et dans les discours sur les réseaux sociaux. Mais qu’est-ce qui différencie cette série des autres ?
Les deux personnages principaux ont quelque chose de résolument anti-nonchalant. Les deux hommes se désirent pleinement, et ce désir est même exacerbé par l’attente entre leurs rendez-vous. Shane Hollander, l’un des protagonistes, demeure très honnête par rapport à ses sentiments tout au long de leur relation. Lorsqu’il commence à ressentir quelque chose de romantique pour Ilya Rozanov, autre personnage principal, il lui en parle et pousse Ilya à faire de même. Le mot yearning (un mélange de désir, de nostalgie ; du verbe « languir ») décrit le mieux ce qui est montré à l’écran. Les deux personnages sont tout sauf indifférents l’un envers l’autre, ce qui accroche le public ; du moins, c’est ce qui m’a accrochée. Dans une ère où il est à la mode de feindre le détachement émotif, c’est rafraîchissant de voir des personnages qui assument leurs sentiments. C’est aussi assez rare de voir une telle représentation masculine, loin du stéréotype de l’homme qui ne ressent pas d’émotion.
« La romance, souvent discréditée, montre ici tout son pouvoir social ; la série fait sa petite révolution pour le bonheur queer et l’optimisme en amour »
Les deux hockeyeurs ont tendance à se pousser l’un et l’autre à être vulnérables, en se questionnant et en s’ouvrant l’un à l’autre. Même s’il arbore une attitude de bad boy, Ilya est loin de l’homme idéalisé par la société patriarcale, froid, détaché, voire cynique. Il dévoile souvent sa fragilité et ses peurs devant Shane, qui accueille ces émotions avec empathie. Les risques liés à la sexualité d’Ilya sont beaucoup plus élevés que ceux de Shane ; s’il fait son coming out, il ne pourra jamais retourner dans son pays natal, la Russie. On comprend donc son attitude parfois un peu plus distante, qui finit toujours par tomber lorsqu’il réalise que se confier à Shane le rend plus léger. La série reprend le personnage classique du bad boy et déconstruit les lieux communs qui y sont associés.
Ce que Heated Rivalry représente, c’est une pause dans les séries queer au ton dramatique. Malgré des thèmes parfois lourds, la série reste une ode à l’amour queer, à la douceur masculine et à l’espoir. Les personnages ne sont pas pris dans une finalité tragique ou une impossibilité de vivre leur amour. Au contraire, le dernier épisode laisse entrevoir un futur heureux dans lequel les personnages peuvent vivre leur relation de façon normale. Ils ont un futur, ce qui les différencie d’un bon nombre de films et séries 2SLGBTQIA+ (par exemple, Call Me by Your Name, Brokeback Mountain, All of us Strangers). La romance, souvent discréditée, montre ici tout son pouvoir social ; la série fait sa petite révolution pour le bonheur queer et l’optimise en amour.



