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Le cartel d’Adderall et de Ritalin

Des médicaments pour mieux réussir ses examens ?

Rose Chedid | Le Délit

S’adapter à la vie universitaire n’est pas toujours facile. Les pressions de performance liées aux études, combinées à une nécessité de travailler pour une grande partie de la nuit, ont rendu l’utilisation de stimulants sur ordonnance tels que l’Adderall plus répandue que jamais. Le plus inquiétant est peut-être le fait que presque tous les étudiants ayant admis avoir utilisé de l’Adderall sans ordonnance ont déclaré avoir reçu ou acheté le médicament de la part d’un pair.

Connu sous d’autres noms commerciaux pharmaceutiques comme Ritalin ou Concerta, l’Adderall fait partie des psychostimulants composé d’amphétamines et de dexamphetamine. Principalement utilisé pour traiter le trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et la narcolepsie, l’Adderall est la plupart du temps efficace. Toutefois, il est de plus en plus utilisé sans prescription médicale, avec une augmentation de 67% en six ans aux États-Unis. C’est chez les étudiants que cette augmentation est la plus présente. Une recherche menée par l’Université Johns Hopkins en 2016 a démontré que pour l’ensemble des utilisations non médicales d’Adderall, 60 % concernaient les 18 à 25 ans, soit l’âge moyen des étudiants du cycle supérieur.

Consommation étudiante

Le Délit a rencontré des étudiants à la fois consommateurs et non consommateurs sur le campus McGill – qui ont souhaité rester anonymes – afin de comprendre pourquoi et comment ces étudiants achètent et consomment cette drogue cognitivement amélioratrice. Mina* est une ancienne étudiante de McGill de la promotion de 2022, qui n’a pas consommé de stimulant lors de sa scolarité, mais qui passait des nuits entières à étudier dans les bibliothèques de McGill. C’est ainsi qu’elle s’est rendu compte de l’ampleur de la consommation d’Adderall et d’autres substances. Mina désigne en particulier « le sous-sol de la cyberthèque à Redpath » de même que « le cinquième et le sixième étage de la librairie McLennan » comme étant des lieux propices à l’échange et à la consommation d’Adderall. Avec des gélules qui ressemblent à des médicaments lambdas, les transactions se font sans même devoir se cacher, à la vue potentielle des caméras de surveillance des bibliothèques.

Pour en savoir plus sur l’utilisation des stimulants, Le Délit a rencontré Sophie*, une étudiante en troisième année à McGill qui considère avoir une consommation d’Adderall « très occasionnelle » étant donné qu’elle ne souffre pas de TDAH (trouble déficitaire de l’attention avec hyper- activité). En discutant avec une de ses amies qui a le TDAH, et après s’être renseignée sur Internet sur les risques pour la santé, elle avoue avoir « un peu foncé tête baissée ».

Sophie note qu’avec le temps passé sur les écrans, soit sur un ordinateur ou sur un téléphone, elle ressent ses capacités de concentration et d’attention plus limitées. C’est pourquoi elle a décidé d’essayer afin de voir à quel point ça impacterait sa capacité de concentration et sa productivité, « mais en me disant que ce serait probablement la première et dernière fois que j’en prenais ». Mais Sophie a décidé d’en reprendre pendant les examens finaux de la session d’automne 2022. Les effets lui ont semblé être immédiats et très utiles : « J’arrivais à rester concentrée pendant quatre heures, comme si j’étais dans une bulle et que rien autour de moi ne m’atteignait. » Puis, pendant la session des examens finaux d’hiver 2023, elle prenait un comprimé par jour en moyenne. 

Sophie souligne que sa consommation se limite à la période d’examens finaux, et elle compte bien faire en sorte que ça n’aille pas plus loin : « Je ne veux pas avoir mon diplôme grâce à un médoc. » Son objectif est de diminuer sa consommation pendant la session d’examens qui s’en vient. Toutefois, la consommation régulière d’Adderall ou de Ritalin donne l’impression de ne pas pouvoir performer et être productif sans ces substances, ce qui, pour Sophie, la pousse à en reprendre à chaque fois. Même si Sophie considère que les effets secondaires sont presque inexistants, la consommation de telles substances peut entraîner de la nervosité, de l’agitation et de l’anxiété, qui ont un impact sur les habitudes de sommeil. Les utilisateurs peuvent aussi se plaindre de maux de tête, ainsi que de problèmes de sécheresse de la bouche et de l’estomac.

Pour Sophie, l’utilisation d’Adderall à McGill est définitivement très répandue, les résultats sont immédiats et « boostants », ce qui correspond exactement à ce que les étudiants recherchent. Parce que cette consommation est souvent associée à la triche, Sophie note avoir ressenti du jugement de certaines personnes lorsqu’ils apprennent qu’elle prend des amphétamines lors de ses examens.

Le Délit se dégage de toute incitation à consommer ces substances. 

*Noms fictifs


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