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L’art pour témoigner des horreurs de la guerre

Mariia Loniuk, une illustratrice ukrainienne engagée.

Mariia Loniuk

«L’art peut être plus parlant que les mots (tdlr) » écrit l’Ukrainienne Mariia Loniuk sur son compte Instagram @art.malon. Née à Kiev, cette jeune artiste de 29 ans a toujours travaillé dans le milieu du dessin. Après avoir obtenu un diplôme des Beaux-arts à l’Université nationale technique d’Ukraine, Mariia est devenue peintre et dessinatrice. Plus tard, elle a travaillé en tant que professeure de dessin et artiste digitale pour illustrer des jeux sur mobile et ordinateur. Néanmoins, le 24 février 2022, sa vie, ainsi que celle de tous les Ukrainiens, change brusquement en raison du déclenchement d’une guerre d’agression par le président russe Vladimir Poutine en Ukraine.

L’art pour exprimer des émotions

« Je n’avais jamais pensé que j’aurais à illustrer la guerre (tdlr) », s’exprime-t-elle dans une story Instagram. Depuis le début de la guerre, Mariia dédie une grande partie de son œuvre à sa patrie. Ses œuvres, qui étaient auparavant plutôt fantaisistes, représentant des fées, créatures imaginaires et fantastiques, se sont transformées en images sanglantes dépeignant la souffrance du peuple ukrainien. Dès le 8 mars 2022, elle publie un premier tableau à ce sujet sur les réseaux sociaux. Son titre : L’Ukraine est forte (tdlr). Le tableau dresse le portrait d’une combattante ukrainienne, le fusil à la main. Son visage est rouge de sang, aussi rouge que son courage débordant et que les flammes de la guerre, qui dévorent la ville en arrière-plan. Son regard est déterminé, et affiche un air de défi. Ses sourcils sont froncés. On pourrait presque lui faire prononcer les paroles du magicien Gandalf dans Le Seigneur des Anneaux, lorsqu’il défend ses amis du terrible Balrog : « Vous ne passerez pas! »

« Je n’avais jamais pensé que j’aurais à illustrer la guerre (tdlr) »

Deux coquelicots ornent également sa chevelure. On retrouve cette fleur dans de nombreuses autres œuvres de Mariia. Elle est notamment le symbole de la victoire sur les nazis après la Seconde Guerre mondiale. Si Hitler avait pour objectif la conquête d’un espace vital au-delà des frontières de l’Allemagne, le projet de Poutine peut sembler similaire aux Ukrainiens. « On a vaincu les nazis, on vaincra les Russes », était le slogan de l’Institut ukrainien de la mémoire nationale en 2022. Cela peut sembler ironique quand on pense que Vladimir Poutine justifie la guerre comme « dénazification de l’Ukraine ». Mariia manifeste sa colère et sa détermination ainsi que celles de tous ses compatriotes à travers cette œuvre. L’emploi des couleurs et de la technique lui permet de traduire des émotions que les mots peuvent difficilement transmettre.

L’art pour exalter le sentiment d’unité nationale

Par son art, Mariia témoigne de l’exceptionnel patriotisme ukrainien. L’artiste s’inspire certainement des femmes révolutionnaires au bonnet phrygien de 1789 pour ébaucher ce portrait. Cependant au lieu de porter une cocarde tricolore, la combattante s’est tressée les cheveux d’un ruban aux couleurs bleu et jaune du drapeau national. Sur un autre tableau, elle peint un jeune militaire ukrainien en uniforme, s’apprêtant à partir au front. Entouré par l’obscurité, il ferme les yeux, alors qu’une énergie lumineuse puissante le pénètre. Cette énergie, c’est celle de tout le peuple ukrainien, qui derrière lui le soutient. Ces hommes et femmes sont représentés comme des esprits venant du ciel, qui restent toujours avec lui pendant le combat. On peut également les interpréter comme des victimes de la guerre, tuées sur les champs de bataille ou par les bombardements. Leur présence donne alors au jeune militaire une motivation indéfectible pour se rendre au front : empêcher que d’autres familles ne soient endeuillées par la guerre. Mariia Loniuk intitule son œuvre Nous ne sommes qu’un (tdlr). D’autres œuvres représentent le président russe sous les traits d’un monstre. Cette diabolisation de Poutine fait penser aux images de propagande, souvent utilisées en temps de guerre pour susciter la haine contre l’ennemi.

Mariia a sa propre marque de fabrication : ses illustrations sont d’un style très réaliste aux couleurs sombres, mais vives. Pour réaliser ses œuvres, elle s’inspire de tableaux, ou d’affiches dont elle reprend un élément qui lui plaît (personnage, objet...). Ses œuvres sont ainsi une compilation de ces fragments, réunis dans un décor qu’elle crée à l’aide d’un logiciel graphique qu’elle dessine sur sa tablette. Ses tableaux qui témoignent des horreurs de la guerre et de la douleur du peuple ukrainien, laissent toutefois de la place à l’espoir. Ils sont un appel à la résistance et à la persévérance et transmettent la certitude d’emporter un jour la victoire.


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