La difficile relève de la francophonie mcgilloise

Magali Thouvenin | Le Délit

Comme chaque printemps, un sentiment d’urgence occupe l’esprit des membres du conseil éditorial du Délit. Cette inquiétude n’est pas celle des examens de fin de session que partage l’ensemble du corps étudiant, mais plutôt une peur existentielle : verrons-nous une relève se manifester dans les quatre prochaines semaines ? Survivrons-nous une année de plus, ou devrons-nous mettre les clés sous la porte une fois pour toutes ?

Bien que nous ayons su faire vivre notre journal depuis sa création en 1977, la crainte de tout perdre nous tiraille particulièrement après deux années de pandémie, quatre sessions où nous avons plus ou moins disparu des présentoirs de l’Université et avons peiné à nouer des contacts forts avec la population étudiante. Ce sentiment n’est pas exclusif à notre journal ; il est en fait partagé par de nombreuses autres organisations de l’Université. 

Ces difficultés se font particulièrement sentir par les organisations francophones, historiquement éclipsées par les groupes anglophones lors des événements communs de l’Université. D’après Ana Popa, la commissaire aux affaires francophones de l’AÉUM, très peu d’organisations francophones ont participé à la dernière Soirée des activités, tenue virtuellement, ou à Frosh, qui représente pourtant le premier contact des nouveaux·lles étudiant·e·s avec la vie universitaire.

« Bien que nous ayons su faire vivre notre journal depuis sa création en 1977, la crainte de tout perdre nous tiraille particulièrement après deux années de pandémie »

L’isolement des groupes étudiants pendant la pandémie est d’autant plus préoccupant pour les groupes francophones puisque ceux-ci ne sont pas particulièrement bien connectés entre eux. Plutôt qu’une communauté francophone unie, nous observons en effet l’existence de « petits villages d’irréductibles Gaulois qui n’ont pas toujours connaissance de l’existence de groupes semblables sur le campus », selon Ana Popa. La coordination de la francophonie est donc particulièrement difficile.

Alors que les étudiant·e·s arrivent enfin en sol mcgillois, Le Délit se doit plus que jamais d’occuper l’espace pour y faire vivre la francophonie. Nous devons informer la population étudiante de l’existence de groupes francophones et des opportunités qu’ils présentent. C’est dans ce but que Le Délit a collaboré cette session avec différents groupes francophones comme la Commission aux affaires francophones (CAF) et l’Association des étudiant·e·s en langue et littérature françaises inscrit·e·s aux études supérieures (ADELFIES). Pour continuer à accomplir cette mission l’année prochaine, nous devrons surmonter les difficultés liées à la relève francophone de cette année.

Une part de la responsabilité de la vie francophone à McGill repose aussi sur l’administration de l’Université. La commissaire aux affaires francophones a souligné au Délit que trop peu d’étudiant·e·s sont familier·ère·s avec leurs droits en tant que francophones, comme celui de soumettre leurs travaux écrits en français. Ces droits particuliers servent de repères pour notre communauté et rappellent son existence. C’est à l’Université McGill, et non aux étudiant·e·s, de les faire annoncer dans toutes ses salles de classe. 

Toutefois, il n’y aurait pas de vie francophone mcgilloise sans les individus qui y prennent part. L’avenir de notre communauté repose ultimement dans vos mains. C’est pourquoi l’équipe du Délit encourage ses lecteur·rice·s à rejoindre les diverses associations francophones de l’Université, y compris notre journal, afin de faire prospérer cette communauté pour les années à venir.


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