Un ras-le-bol généralisé

Point de vue d’un étudiant tanné.

Alexandre Gontier | Le Délit

Par où commencer exactement ? Peut-être tout simplement en mentionnant que ce texte ne se veut en aucun cas argumentatif ou même objectif. C’est plutôt le contraire. Cher lecteur, chère lectrice, faites-moi le simple plaisir de considérer ce texte pour ce qu’il est : un texte d’opinion, fondamentalement biaisé et imparfait, mais nécessaire. À une époque où l’on cherche bien trop souvent à faire plaisir aux uns et aux autres plutôt qu’à dire réellement ce que l’on pense à voix haute et en s’assumant, ce texte fera sans aucun doute figure d’OVNI et d’anomalie. Voilà votre introduction. 

Commençons par nommer les victimes. Étudiants, étudiantes, levez-vous. Bien. Maintenant, désignons les coupables. J’ai nommé le gouvernement de François Legault et son ineptie, son incompétence, ainsi que son manque complet de transparence. J’ai nommé les universités qui, malgré certaines conditions atténuantes, font figure de bonnes et dociles collaboratrices, incapables de prendre des décisions dans l’intérêt de leurs élèves. Accusés, levez-vous !

« Câlisse, est-ce que quelqu’un comprend ce que je ressens ? »

Livrons-nous désormais à un petit et simple exercice créatif. Imaginez-vous dans les chaussures d’un étudiant. Rajeunissez-vous un tout petit peu si nécessaire, ressortez votre costume ou robe de bal, ou bien feuilletez de façon mélancolique vos interminables notes d’histoire et d’exercices de participes passés, peu m’importe. Vous êtes dedans ? Parfait. Rajoutons les ingrédients COVID-19 à la recette : du stress, de l’anxiété, une santé mentale en lambeaux, une solitude exacerbée, des relations sociales inexistantes, des résultats scolaires en baisse, une motivation réduite à néant, un sentiment de ras-le-bol, et une envie de crier à la face du monde : « Câlisse, est-ce que quelqu’un comprend ce que je ressens ? »

Les universités se précipitent alors vers leurs claviers, effrayées de voir partir les poules aux œufs d’or que sont les étudiants, et multiplient les messages aux formulations douteuses, volontairement imprécises, et complètement inutiles. Les examens pourraient-ils être faits en ligne afin d’éviter le déplacement inutile et dangereux des étudiants ? Peuh ! Ils sont bien mieux tassés dans des gymnases, sans ventilation, sur des chaises bancales et des pupitres chancelants ! Les cours pourraient-ils être enregistrés en tout temps afin de faciliter la vie des étudiants ? Peuh ! Trop compliqué d’expliquer à des professeurs enseignant des cours magistraux – accordons le bénéfice du doute à ceux dirigeant des séminaires – comment cliquer sur le gros bouton rouge « ENREGISTRER » ; trop compliqué d’investir dans du matériel d’enregistrement alors que la pandémie perdure depuis maintenant deux ans. Donner une charge de travail équilibrée aux étudiants ? Peuh ! Ils ne sont pas là pour se reposer, ils doivent travailler ! Arrêter de falsifier les moyennes (tant à la hausse qu’à la baisse), courber les notes, ou remettre des examens sans aucun commentaire et en retard alors que les étudiants sacrifient leur sommeil pour les rendre à temps ? Peuh ! La réputation de l’Université est en jeu, les notes doivent être basses afin de montrer la qualité et la rigueur de nos cours ! De la masturbation intellectuelle, tout ça ! Les universités ne sont plus des lieux de curiosité, mais bien de simples business où seul l’argent de l’étudiant compte.

« La pandémie n’a fait qu’accentuer tous les défauts déjà évidents d’un système d’éducation qui, de la même façon que notre système de santé, est complètement exsangue » 

La pandémie n’a fait qu’accentuer tous les défauts déjà évidents d’un système d’éducation supérieur qui, de la même façon que notre système de santé, est complètement exsangue. Le pire dans tout ça, c’est que le gouvernement et les universités avaient le temps de réagir cet été – et même avant – mais ils n’ont absolument rien fait. La situation actuelle aurait pu, et aurait dû, être anticipée, mais elle ne l’a pas été. Pourquoi ? Certes, les variants sont imprévisibles, et certes, ce satané virus se montre particulièrement difficile à exterminer. Toutefois, dans le cas du gouvernement, on peut clairement blâmer le manque d’idées, de ligne directrice et d’actions claires. Monsieur Legault, Monsieur Dubé, et Monsieur Arruda se sont bien amusés à faire les pitres dans nos télés tous les deux jours. À coups de mesures contradictoires, scientifiquement infondées (telles que la mise en place d’un couvre-feu) ou implantées en retard, ils ont montré l’étendue de leur incapacité à se projeter dans le futur et à diriger le Québec dans une période de crise. Quant aux universités, elles n’ont fait que suivre les ordres du gouvernement – ou plutôt l’absence de ces dernières, symbolisée par l’invisible ministre de l’Enseignement supérieur Danielle McCann – sans même envisager l’enseignement à distance comme une réelle solution, mais bien comme une solution d’appoint. L’incapacité du gouvernement à établir un plan d’action clair en ce qui a trait à l’enseignement supérieur montre bien qu’il s’agit du cadet de ses soucis et que les étudiants cégépiens et universitaires ne sont qu’une arrière-pensée.

Pour finir, un petit message pour mes chères et chers collègues. Nous sommes passés ensemble au travers des deux années précédentes, souvent sans support d’aucune sorte et avec des charges de travail parfois hallucinantes. Nous nous sommes battus contre des administrations d’universités et de cégeps souvent débordées et incapables d’apporter les réponses dont nous avions besoin. Nous nous sommes privés de sorties, de partys, de fun. Nous avons perdu deux ans. Cependant, nous ne sommes pas les seuls touchés par la pandémie. Continuons donc de nous tenir la tête haute et de faire valoir nos droits ainsi que nos divers points de vue. Le présent appartient peut-être à un gouvernement vieillissant, peureux, mais l’avenir sera à nous.


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