Délier la poésie (Partie 2)

Sélection de poèmes pour conclure la troisième édition du concours.

Alexandre Gontier | Le Délit

Vous trouverez, dans les prochaines pages, les cinq textes finalistes de la troisième édition du concours de poésie organisé par Le Délit. Le·a gagnant·e sera annoncé·e lors de notre édition du 24 novembre et se méritera le recueil de poésie Les univers parallèles de Laurie Bédard, gracieusement offert par la librairie Alire.

***

Alexandre Gontier | Le Délit

Catherine Légaré

Le corps au calme

Tu penses 

comme tu respires

les grands airs salins

tu confonds un littoral avec ta mémoire

tu inventes des souvenirs

pour les hommes 

qui s’échouent près de tes cuisses

tes narines sont

des cavernes de cristal

où des noms résonnent en écho

un cri un SOS un appel à hier 

l’infini traverse ta poitrine

une route galeuse

qui mène aux versants marins 

c’est tout le fleuve qui coule entre tes jambes

tous les tremblements qui partent de ton corps

tout le monde qui s’abreuve à toi

la gorge au large tu hurles

et les albatros se reposent sur ta langue 

on fait des trésors de tes seins

des nénuphars de tes yeux

des pétales de tes lèvres

tu es observée au loin

une presqu’île aux mille légendes

ta bouche est un secret sur lequel je me repose

et j’ai un océan entier pour te bercer.

***

Pierre-Olivier Bergeron-Noël

Le fracas de tes ravages

Me cacher        vivre sous les ronces 

quand ta langue déverse sa rouille 

dans mes affres à vifs 

feu garroché

tempête de sable dans la gorge

tout tangue

tu aboies 

la sauvage calcification 

de tes douleurs aux ombres d’écueils 

l’asphyxie banalisée 

ton épieu 

plongé entre la glace et ton reflet 

*

tu nous décomposes

et la bile renaît 

sous la guillotine

entre les jours 

mon visage ondule 

près de ma carcasse étirée sur la rive

à l’odeur du soleil absent 

je goûte le fer de mes gémissements

la lente corrosion des scarabées

l’incendie attendu

ton étreinte comme des barbelés

tes crachats         

me trouent les viscères 

nos corps 

se brodent au mercure brûlant des heures 

qui passent sans retour 

*

la nuit dans mes rêves 

le fer de ta coque se déchire 

sur ta chair 

 j’en arrache les lamelles 

comme des lattes pourries 

tu hurles mais j’étouffe le fracas de tes ravages 

avec des planches 

et toute une artillerie de battements de cœur

que tu ne croyais plus jamais entendre 

de mon vivant 

***

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