Quand la foi mène au sang

Nouveau souffle pour Les sorcières de Salem au Théâtre Denise Pelletier.

Gunther Gampe

Les sorcières de Salem, pièce présentée jusqu’au 27 novembre au Théâtre Denise-Pelletier, dans une adaptation signée par Sarah Berthiaume et une mise en scène imaginée par Édith Patenaude, revisite la pièce éponyme d’Arthur Miller en accordant une attention particulière aux dynamiques de pouvoir entre les personnages féminins et masculins.

Femmes « dangereuses »

Le décor très sobre – composé de très peu d’éléments scénographiques, tous noirs – maintient efficacement l’ambiance nocturne de la pièce tout en renforçant l’aspect sinistre de la cadence sonore jouée en arrière-plan tout au long des Sorcières de Salem. L’ambiance grave de Salem, petite ville du Massachusetts, est aussi soutenue par des costumes amples, entièrement noirs, qui semblent servir à renforcer l’exploration des dynamiques physiques inégales entre les personnages féminins et masculins à travers la mise en scène ; malgré des costumes qui confèrent une apparence physique similaire aux femmes et aux hommes dans la pièce, la mise en scène met en évidence le pouvoir qu’utilisent les personnages masculins sur les personnages féminins avec qui ils interagissent. Ainsi, lorsqu’un personnage féminin est interrogé par un personnage masculin, une mise en scène très physique dans laquelle les personnages masculins n’hésitent pas à agripper, pousser, voire monter sur des personnages féminins, qui deviennent alors abruptement immobilisés par ces actions, souligne les relations de pouvoir inégales entre les personnages. Ce choix à la mise en scène semble délibérément chercher à susciter un inconfort chez l’auditoire, qui se retrouve brutalement confronté à la violence engendrée par des dynamiques de pouvoir inégales.

Vers la fin de la pièce, un commentaire social du personnage de Tituba, l’esclave de la famille Parris accusée de sorcellerie, semble venir justifier cette mise en scène en explicitant directement au public que Les sorcières de Salem est une histoire racontée par « des hommes qui ont peur des femmes » et que ces types d’histoires doivent cesser d’être perpétuées. Il faut écrire de nouvelles histoires dans lesquelles les femmes ne seront plus dépeintes comme étant « dangereuses », nous dit-elle. Malgré une bonne intention, ce commentaire laisse une impression d’ajout factice servant à justifier le choix de mettre en scène Les sorcières de Salem sans apporter de changement majeur à l’intrigue ou au dénouement. En effet, le bris du quatrième mur, renforcé par le fait que le commentaire de Tituba est le seul moment où les bruits de percussions cessent en arrière-plan, sépare le monologue du reste de la pièce d’une façon très soudaine sans offrir davantage l’opportunité à Tituba de prendre une place plus importante dans le reste de l’intrigue.  

Intensité constante

Le jeu à intensité constante et l’énonciation précise des interprètes enrichit cependant l’intrigue des Sorcières de Salem et en fait une agréable adaptation qui arrive tout de même à attirer notre attention sur les relations de pouvoir inégales entre les femmes et les hommes . Les comédien·ne·s font preuve d’un sérieux constant qui teint leur jeu d’une gravité sinistre sans toutefois affecter l’expression des émotions de leurs personnages respectifs. La qualité de l’interprétation et les décors font en sorte que Les sorcières de Salem vaut le détour. 


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