Les projets d’Ana Popa pour la francophonie mcgilloise

Le Délit en conversation avec la nouvelle commissaire aux Affaires francophones.

Ana Popa | Le Délit

Le Délit s’est entretenu avec Ana Popa, nouvelle commissaire aux Affaires francophones, pour discuter de son rôle, de ses projets et de sa vision de la francophonie à McGill.

Le Délit (LD) : Tout d’abord, parle-nous un peu de ton parcours. Comment en es-tu venue à t’intéresser à la Commission des Affaires francophones (CAF)?

Ana Popa (AP) : C’est une grosse question. Je suis étudiante de troisième année au DLTC, le Département de littérature française de McGill, d’où j’espère sortir cet été avec un bac et une spécialisation en traduction de la langue de Shakespeare vers celle de Molière. Ce que je trouve très intéressant, c’est que je suis à McGill, une université anglophone, et pourtant, j’ai découvert qu’il est possible de terminer un diplôme de premier cycle sans jamais avoir suivi de cours en anglais. 

Par ailleurs, j’aime bien m’impliquer dans la vie étudiante en général. Sans jamais connaître l’existence de la Commission des Affaires francophones, j’ai réalisé que toutes les petites activités auxquelles je participais touchaient directement aux activités de la CAF. Et puis, j’ai été approchée, l’année passée, par l’ancienne commissaire aux Affaires francophones. C’est comme ça que j’ai appris l’existence de la Commission. 

Avant d’arriver à McGill, aussi, j’ai étudié dans un cégep anglophone où j’ai peut-être passé un peu trop de temps à vagabonder dans le département de français. 

LD : Résume pour nous ton rôle en tant que commissaire aux Affaires francophones.

AP : En fait, je vais peut-être parler d’abord de la Commission elle-même. Le mandat de la Commission des Affaires francophones est d’encourager et de faciliter la participation des francophones à la vie étudiante mcgilloise, mais aussi de défendre les droits de cette communauté francophone. Il faut comprendre que le rôle de la Commission n’est pas du tout de franciser McGill. On est donc très loin de « l’Opération McGill français » de 1969. Le rôle de la commissaire est essentiellement de présider cette commission. Je le vois vraiment comme un rôle de ralliement, d’aller chercher un peu les petits morceaux de la francophonie de McGill, et essayer d’unir le tout. Et voilà, mon rôle en est un d’information et de sensibilisation en général.

« Le mandat de la Commission des Affaires francophones est d’encourager et de faciliter la participation des francophones à la vie étudiante mcgilloise »

LD : Pour pouvoir réunir et représenter les francophones de l’Université, il faudrait, bien sûr, que ces francophones s’impliquent au sein de la CAF. Penses-tu que la CAF a assez de visibilité pour pouvoir mettre en œuvre son mandat correctement ?

AP : Quand j’ai accepté ce rôle, j’avais un peu peur pour la francophonie de McGill, dont j’avais entendu parler longuement, mais de manière très vague. C’était quoi, exactement, la francophonie à McGill ? Je n’en avais aucune idée. Mais je constate depuis quelques semaines que la francophonie y est bel et bien vivante. Cependant, je décrirais les divers groupes francophones et francophiles ici comme des petits villages d’irréductibles Gaulois qui n’ont pas toujours connaissance de l’existence de groupes semblables sur le campus.

Et donc, j’espère vraiment parvenir à mettre en contact ces petits villages les uns avec les autres et voir apparaître et se développer graduellement une communauté francophone mcgilloise plus unie, plus homogène, peut-être. Pour y arriver, je suis vraiment allée contacter les divers comités francophones sur le campus, dont des associations étudiantes, par exemple, mais également des journaux. Et puis, je compte vraiment sur la participation de ces divers comités qui ont leur propre communauté francophone. J’espère vraiment maintenir un effet de bouche à oreille.

LD : Je vois que l’un de tes objectifs principaux est celui de mettre en contact, comme tu l’as dit, les différents « villages » francophones au sein de l’Université. Peux-tu nous parler un peu de tes autres objectifs ?

AP : Bien sûr, j’ai toute une liste. Un des premiers points serait d’assurer la représentation des francophones non seulement à l’Université McGill, mais au sein de la Commission et de l’AÉUM. Ce qu’il faut savoir, c’est que la Commission a été, surtout par les années passées, composée de personnes qui étaient déjà impliquées dans la vie étudiante à McGill ; beaucoup étaient surtout très impliquées avec l’AÉUM. Cette année, j’espère vraiment inviter des étudiants et étudiantes francophones qui ne le sont pas déjà à s’impliquer au sein, par exemple, des associations étudiantes de McGill et à établir quelques partenariats avec les publications et les comités étudiants du campus.

Un autre point important est d’assurer la qualité et l’uniformité des traductions de McGill, ou plus particulièrement de l’AÉUM ; on va y aller petit bout par petit bout… J’ai la chance d’être moi-même étudiante en traduction. Je pense que j’ai peut-être un regard différent de celui de la majorité des étudiants à McGill.

«[Même si] les ressources ne sont pas toujours là à l’AÉUM, […] je constate une très bonne volonté des différents membres de [l’Association] d’améliorer la situation »

LD : Mais d’assurer la qualité des traductions, est-ce dans ton mandat officiel ?

AP : Je ne serais même pas capable de te dire si ça fait officiellement partie du rôle. Je sais que, l’année passée, ce n’était pas officiellement dans le mandat de la commissaire. Par contre, depuis le début de mon processus d’embauche, j’ai été très ouverte quant à ma volonté, peut-être en tant que commissaire, peut-être en tant qu’étudiante en traduction, de donner un coup de main avec les traductions qui, je remarquais, laissaient encore à désirer. 

Une chose que j’ai remarquée, c’est que les ressources ne sont pas toujours là à l’AÉUM. Par contre, je constate une très bonne volonté des différents membres de l’AÉUM d’améliorer la situation. Je sais, par exemple, qu’il y a présentement un processus d’embauche pour un ou plusieurs traducteurs à temps plein et qu’on a aussi une équipe d’étudiants qui se chargent des traductions à temps partiel. Mais c’est sûr que c’est un peu difficile de gérer tout ça parfois.

LD : L’un de tes autres objectifs est d’assurer le respect des droits des francophones. Penses-tu qu’il y a des défaillances dans le respect de ces droits, dans l’affirmation de ces droits à McGill ?

AP : Ce que je pense, surtout, c’est que quand on parle de droits francophones à McGill, c’est un terme qui est très vague et qui est souvent employé sans trop préciser de quoi il s’agit. Ce que j’ai pu voir comme droits francophones, ce sont tout d’abord le droit de remettre des travaux en français – c’est un sujet qui a été longuement débattu par le passé – mais aussi le droit de l’accès à l’information en français. L’AÉUM, par exemple, est tenue de fournir tous ses documents en anglais et en français. C’est surtout ce que je retiens comme droits francophones à l’Université. C’est problématique qu’on en parle de manière très vague alors même que les gens sont très peu au courant du fait qu’il existe des droits francophones à l’Université McGill. Il est difficile de défendre une chose dont on n’a jamais entendu parler et dont on n’a pas pleinement connaissance. Et donc, une grosse partie du plan cette année va être justement d’aller chercher surtout les étudiants de première année et leur présenter ces droits francophones, même si le « comment » de ce projet reste à déterminer. Après, que les gens les utilisent ou non… ça, c’est une autre chose ; on n’est pas là pour mettre de la pression sur qui que ce soit. Mais le fait d’informer les gens que ces droits existent, qu’ils sont disponibles, c’est un travail qu’il faut faire.

« Ce sont de beaux projets dont on parle. Mais c’est sûr que cette année va être chargée pour la Commission »

Au cours de la dernière année, la question du « droit au français » a été hautement médiatisée à McGill, avec la publication du rapport de l’AÉUM sur le sujet. Il y a aussi une chose qui est, sauf erreur de ma part, obligatoire, et c’est l’existence, la simple présence d’une mention dans les plans de cours informant que la remise de travaux en français est possible, sauf, bien sûr, dans les cours qui évaluent les compétences linguistiques d’une autre langue. 

C’est une exigence qui est respectée par la majorité des professeurs, mais il y a une minorité de cas dans lesquels cette partie manque au plan de cours. Et donc, on aimerait assurer, aussi, une certaine uniformisation pour s’assurer que cette mention y soit.

J’encourage les gens à parler, de manière très détendue, avec leurs professeurs, avec leurs collègues et avec n’importe quelle connaissance de l’Université de ces enjeux francophones. J’ai découvert qu’il y a vraiment une bienveillance et une bonne volonté des gens, en général, de respecter ces droits francophones, et d’en découvrir plus sur la communauté.

Marco-Antonio Hauwert Rueda | Le Délit

LD : Justement, par rapport à ton dernier objectif, celui de « briser les préjugés envers la communauté francophone », que veux-tu dire par « préjugés » ? Quels sont ces préjugés envers les francophones ? Et comment penses-tu les déconstruire ?

AP : Je dois dire que j’ai eu la chance de ne jamais avoir été directement confrontée à ce genre de préjugés, à des remarques blessantes ou négatives par rapport au français à McGill. Par contre, de bouche à oreille, on entend ce genre d’histoires et j’ai vu passer, même dans certaines publications mcgilloises, des choses qui ont été dites à propos des francophones qui, si on les avait dites à propos d’une autre minorité à McGill, auraient suscité une plus grande réaction, je crois.

Donc, je pense qu’il y aurait un travail d’information et de sensibilisation à faire : peut-être autour des enjeux francophones à McGill ou au Québec, peut-être en rappelant d’où viennent ces droits francophones : « Pourquoi ces droits sont-ils acquis ? Pourquoi n’est-ce pas une simple lubie des étudiants francophones ? Pourquoi le français a‑t-il vraiment intégré la Charte étudiante de McGill ? »

C’est sûr qu’étant moi-même immigrante et ne faisant donc pas partie de ces classes francophones ayant subi de la discrimination par le passé, je ne suis pas nécessairement à l’aise de me prononcer, d’aller corriger les gens sur certains sujets. Par contre, en tant que commissaire aux Affaires francophones, je pense que j’ai un rôle et une parole qu’il me fera plaisir de céder à d’autres personnes, par exemple au sein de la Commission.

Ce sont bien sûr des projets non concrétisés, mais on pensait peut-être écrire un petit guide répondant aux questions « Pourquoi le français à McGill ? », « Quels ont été les enjeux par le passé ? », « Que reste-t-il à faire ? » ou encore « Quelles sont les principales critiques envers le mythique “French side” de McGill ? » Ce sont de beaux projets dont on parle. Mais c’est sûr que cette année va être chargée pour la Commission.

« Quand on parle de droits francophones à McGill, c’est un terme qui est très vague et qui est souvent employé sans trop préciser de quoi il s’agit »

Pour plus d’information, visitez la page Facebook de la Commission des affaires francophones de McGill ou posez vos questions directement à la commissaire à caf@​ssmu.​ca.


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