Entrevue avec deux candidates du Nouveau Parti démocratique

Pour le Nouveau Parti démocratique du Canada (NPD), Le Délit a rencontré Nimâ Machouf, chercheuse et épidémiologiste, qui tente d’obtenir un premier mandat dans Laurier–Sainte-Marie. Le Délit a également rencontré Ève Péclet, candidate du NPD dans Outremont et députée de Pointe-de‑l’Île pour le NPD de 2011 à 2015. 

Équipe de campagne Nimâ Machouf

Le Délit  (LD) : Que pensez-vous du bilan environnemental du présent gouvernement ? 

Nimâ Machouf (NM) : C’est un bilan catastrophique. Malgré ce que le gouvernement et mon vis-à-vis dans Laurier–Ste-Marie Steven Guilbeault disent, le Canada est en train de vivre un réchauffement accéléré, et on fait figure de cancre quand on se compare avec les autres pays du G7. Les libéraux ont investi des milliards de dollars dans l’industrie du gaz et du pétrole, même un peu plus que ce que les conservateurs avaient investi, surtout en achetant l’oléoduc Trans Mountain. Cet oléoduc a triplé notre capacité de transport de pétrole provenant de l’Ouest canadien, donc de sables bitumineux, une exploitation qui crée non seulement des gaz à effet de serre (GES), mais qui gaspille aussi énormément d’eau.  Le gouvernement libéral essaie de nous dire que cet achat n’est pas grave, car les profits de la vente de pétrole seront investis dans les énergies vertes. Ça, c’est prendre les gens pour des valises ! 

LD : Quelles sont les principales différences entre les plan du Nouveau Parti démocratique (NPD) et du Parti libéral du Canada (PLC) en la matière ?

NM : Nous, on n’investirait pas dans le pétrole : ce n’est pas l’énergie de l’avenir. On a un devoir envers notre population. Votre génération hésite à faire des enfants parce qu’elle ne sait pas sur quelle planète ses enfants vont grandir  – c’est grave ça ! Ce sentiment d’urgence, nous, on le prend au sérieux.

Souvent, on nous demande ce qu’on va faire pour l’Ouest canadien, qui tient à l’industrie pétrolière. Notre parti est un allié traditionnel des travailleurs et travailleuses, donc on ne va jamais abandonner les classes ouvrières. En fait, en Alberta, ce n’est pas au pétrole qu’ils tiennent : c’est à la job. Ces milliards de dollars que les libéraux et les conservateurs injectent dans cette industrie, on va les récupérer pour recycler tous les travailleurs et travailleuses, leur donner des formations et leur donner accès à des emplois verts de qualité.

On va même donner un statut juridique au fleuve Saint-Laurent pour qu’on ne puisse plus le polluer. Si on pense que la situation est grave, il faut agir avec courage.

LD : En tant qu’épidémiologiste, qu’avez-vous pensé de la gestion de la pandémie par le PLC ? Qu’aurait fait le NPD différemment ? 

NM : Un point de critique, c’est qu’on a fermé les frontières trop tard. Le gouvernement Trudeau n’a pas agi avec courage par rapport à cela. La mairesse de Montréal a dû aller avec des lingettes à l’aéroport Dorval pour sensibiliser les voyageurs qui arrivaient sur la question de la COVID-19 ! Le jour où ils ont décidé d’agir et de fermer les frontières, ils l’ont fait avec le reste du monde, mais pas avec les États-Unis, par peur de représailles de M. Trump. Et pourtant, une bonne partie de nos cas arrivait de la frontière sud.

Plus récemment, on a réalisé qu’on n’avait pas d’autonomie par rapport aux vaccins. Le gouvernement de M. Trudeau a choisi de débloquer de l’argent pour investir dans la production de vaccins. C’est bien, mais pourquoi avoir donné ces sommes au privé ? Les libéraux injectent de l’argent public dans Moderna, une compagnie privée qui a fait des profits records juste au cours des premiers mois de l’année ! Pourquoi ne pas avoir investi ces milliards dans un embryon de fabrication de médicaments à l’intérieur du Canada, qui serait resté dans le public ?

LD : Quelle serait la marche à suivre pour l’avenir, alors que nous allons devoir apprendre à vivre avec la COVID-19 ?

NM : La population canadienne est quand même très bien vaccinée. Cependant, pour que ça aille bien au Canada, il faut que ça aille bien dans le monde. Tant que la COVID ne sera pas maîtrisée au Bangladesh, par exemple, on ne pourra pas penser qu’on sera en sécurité ici. Donc, il faut faire pression sur le secteur pharmaceutique pour que le monde entier ait accès aux médicaments requis. Il faut que ces compagnies fassent leur part, car elles ont bénéficié d’énormément de subventions publiques pour la recherche et le développement et elles ont vendu le vaccin à prix assez élevé, faisant des milliards de dollars en profits. Maintenant, c’est le temps de redonner à la population.

Et, c’est vrai qu’il va falloir apprendre à vivre avec la COVID-19, car on n’a pas encore réussi à développer un médicament qui tue le virus. Le jour où l’industrie pharmaceutique développera un médicament qui pourra faire cela, la donne va complètement changer. Pour l’instant, on peut juste faire de la prévention.

LD : Avec la découverte de dépouilles sur les terrains d’anciens pensionnats autochtones, il y a de plus en plus d’attention tournée vers le traitement passé et présent de l’État vis-à-vis des peuples autochtones au pays. Dans ce contexte, que pensez-vous des actions déjà prises par le gouvernement Trudeau pour favoriser la réconciliation ?

NM : Le gouvernement fédéral a demandé pardon, nommé des autochtones au Sénat, mis des drapeaux en berne. C’est très bien tout ça, mais c’est symbolique. Si le gouvernement fédéral est très sérieux à ce sujet, pourquoi continue-t-il de dépenser des millions de dollars pour s’opposer aux survivants des pensionnats qui demandent réparation au gouvernement ? 

« Votre génération hésite à faire des enfants parce qu’elle ne sait pas sur quelle planètes ses enfants vont grandir – c’est grave ça !»

Nimâ Machouf

Nous, on aimerait nommer un procureur spécial, pour que les auteurs des crimes des pensionnats soient tenus responsables. On veut aussi veiller à ce que les dossiers des pensionnats soient rendus publics et que les familles puissent enfin savoir ce que sont devenus leurs proches.

LD : Quelles sont les propositions de votre parti pour améliorer les conditions des étudiants universitaires au pays ?

NM : Pour nous, l’éducation est un droit, et non un privilège. On ne peut pas directement agir là-dessus puisque ce n’est pas de juridiction fédérale, mais on va au moins essayer d’alléger les problèmes, entre autres avec les prêts et bourses. On va éliminer les intérêts que les étudiants paient sur les prêts. On voudrait que les gens puissent commencer à rembourser leurs prêts cinq ans après la fin de leurs études, le temps de se trouver un emploi et d’être en situation financière stable. On serait même prêt à éliminer la dette étudiante jusqu’à hauteur de 20 000 dollars, car ce n’est pas normal que les diplômés soient endettés jusqu’au cou. Quand les étudiants arrivent sur le marché du travail extrêmement endettés, ça n’aide en rien l’activité économique. 

Équipe de campagne Ève Péclet

LD : Beaucoup d’étudiants s’inquiètent de ne pas pouvoir payer leur loyer ou de ne jamais pouvoir, un jour, s’acheter une maison. Quel est votre plan pour faciliter l’accès à la propriété ? 

Ève Péclet (EP) : L’un des facteurs qui contribue à cette crise est tout simplement le manque de logements. La vérité, c’est que ça fait des dizaines d’années que le gouvernement n’a pas investi massivement pour la construction de logements sociaux et abordables. Seulement à Montréal, on a une liste de plus de 20 000 personnes qui sont en attente d’un tel logement. La première chose à faire, ce serait donc d’investir massivement pour contrebalancer la privatisation et la financiarisation du droit au logement qu’on a vu dans les dernières années.

La deuxième chose, ce serait de favoriser les initiatives communautaires. L’Union étudiante du Québec, la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et l’Unité de travail pour l’implantation de logement étudiant (UTILE) demandent toutes de pouvoir construire des coopératives de logements étudiants. Pour cela, il va falloir travailler avec la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) pour définir les étudiants comme une population cible et ensuite pour changer les critères de la SCHL. En ce moment, les critères ne sont pas assez avantageux pour les regroupements étudiants : les taux d’intérêts sont plus élevés et les modalités de paiement sont sur une très courte échéance. 

Autour  des campus universitaires, il y a une compétition qui s’effectue entre les familles, les personnes seules et les étudiants. Les propriétaires en profitent pour augmenter le prix des loyers, car c’est beaucoup plus facile pour trois ou quatre étudiants dans un appartement de payer 1 700 dollars par mois que pour une famille monoparentale. Si on est capable de favoriser le logement étudiant, ça va permettre d’abaisser les augmentations de loyer pour le reste de la population également.

LD : Les mesures ambitieuses pour la justice sociale et pour lutter contre contre les changements climatiques que vous proposez représentent des investissements massifs. Comment allez-vous vous assurer de trouver les fonds nécessaires à ces grands projets sociaux, sans pour autant léguer une dette trop importante aux futures générations ?

EP : La vérité, c’est que le Canada a le ratio dette/PIB le plus avantageux de tous les pays du G7. Il ne faut pas tenir ça pour acquis, évidemment, mais pour l’instant on est en santé financièrement.

On ne peut pas parler d’équité intergénérationnelle ou de fiscalité responsable sans parler de la capacité de l’État à aller chercher du revenu. Dans les 40 dernières années, il y a eu un changement radical dans la politique fiscale des gouvernements. Avant, la majorité des revenus provenaient des grandes entreprises et des personnes les plus riches. Aujourd’hui, on voit que la majorité du fardeau fiscal repose sur les travailleurs et les travailleuses. 

Oui, notre plateforme est très ambitieuse, mais on propose une réforme complète du droit fiscal canadien. Cela va nous permettre de nous attaquer au vide juridique qui permet aux plus riches de ne pas payer d’impôts sur certaines transactions et de lutter contre l’évasion et l’évitement fiscaux.  L’État perd des milliards de dollars par année parce qu’on ne s’attaque pas clairement à cet enjeu.

De plus, le taux d’imposition des grandes entreprises au Canada est l’un des plus bas des pays de l’OCDE, plus bas encore que celui des États-Unis ! Nous voulons augmenter le taux d’imposition des grandes entreprises, ainsi qu’ajouter une taxe COVID sur les profits excédentaires qu’ont fait les compagnies de grosse envergure durant la pandémie. On parle d’entités hautement profitables, comme des banques ou des pétrolières : augmenter leur taux d’imposition ne va pas les rendre moins compétitives. Et de là à dire qu’ils vont quitter le Canada – la Banque Royale du Canada ne va pas quitter le Canada ! 

Notre planification fiscale, qui a été faite par le Directeur parlementaire du budget et rendue publique le 11 septembre dernier, prévoit des déficits moins importants que ceux des conservateurs et des libéraux, justement parce qu’on est le seul parti qui s’attaque aux inégalités et à la concentration de la richesse. Quand on s’entraide, quand on s’élève ensemble en tant que société, tout le monde y gagne. C’est un peu ça la vision du NPD.

Erratum : Une version précédente de l’article portait le titre de « Entrevue avec deux candidates du Nouveau Parti démocratique ». Le Délit regrette cette erreur.


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