L’AÉUM dit non à la recherche militaire néfaste

Approbation d’une motion chapeautée par Étudiant·e·s pour la paix et le désarmement.

Adélia Meynard | Le Délit

Des membres du regroupement Étudiant·e·s pour la paix et le désarmement (Students for Peace and Disarmament) de l’Université McGill ont répondu aux critiques émises au sujet de leur motion sur la recherche militaire néfaste menée par l’institution, lors du conseil législatif de l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM) du 11 mars dernier. À la suite de 40 minutes de débat, la motion a été approuvée avec 15 votes en faveur, 7 votes en opposition et 5 abstentions. Le Délit s’est entretenu avec Ayo Ogunremi, le vice-président aux Affaires externes de l’AÉUM, qui a manifesté son appui à la motion en question. 

Le Délit (LD) : Comment l’Université McGill est-elle impliquée dans la recherche militaire néfaste ?

Ayo Ogunremi (AO) : La politique vise un certain nombre de laboratoires et d’unités de recherche spécifiques qui ont des contrats militaires avec le ministère canadien et le département américain de la Défense. Ces unités de recherche, notamment le Groupe de la physique des ondes de choc et le Laboratoire sur la dynamique des fluides computationnels, collaborent avec et sont en partie financées par des organisations impliquées dans le complexe militaro-industriel. 

LD : Quelle est la différence entre la recherche militaire et la recherche militaire néfaste ?

AO : Le concept de technologie militaire néfaste est, selon moi, une innovation conceptuelle unique à McGill. C’est en 2015 que j’ai pour la première fois remarqué l’utilisation de cette expression, dans la politique pour un campus exempt de technologies militaires néfastes. Par technologies militaires néfastes, nous entendons spécifiquement les technologies produites pour mener toute activité qui fait du mal.

Ce ne sont donc pas que des armes. Elles comprennent également des technologies auxiliaires qui rendent les armes plus efficaces, de même que des technologies liées à la surveillance.

« Par technologies militaires néfastes, nous entendons spécifiquement les technologies produites pour mener toute activité qui fait du mal »

Ayo Ogunremi

Il est important de noter le contraste entre les technologies néfastes et les technologies développées par les organisations militaires afin de favoriser la réhabilitation, que nous pourrions appeler non néfastes. Ces dernières visent, par exemple, à soulager les vétérans et vétérantes qui souffrent de stress post-traumatique. D’autres technologies non néfastes, comme des simulations de négociations pacifiques, sont utilisées afin de consolider la paix.

LD : Quel est le principal objectif de la politique mise de l’avant par la motion votée au conseil législatif ?

AO : Cette politique comporte deux sections. Premièrement, elle revendique une plus grande transparence de la part de McGill en ce qui concerne le financement par des organisations militaires et la participation de l’Université à la recherche militaire. Deuxièmement, elle cherche à impliquer l’AÉUM dans une multitude d’efforts pour le désarmement, la dénucléarisation et la promotion de la paix mondiale. 

LD : Comment s’est déroulé le processus d’approbation de cette motion ?

AO : La motion a été présentée au conseil législatif pour la première fois le 28 janvier, ce qui veut dire qu’elle allait être débattue et soumise au vote à la prochaine séance du conseil, deux semaines plus tard. Le 11 février, donc, la motion a été approuvée sans amendements, malgré des débats houleux qui ont eu lieu entre certain·e·s rédacteur·rice·s de la politique et un conseiller. Ces débats portaient sur certaines allégations factuelles de la politique concernant les essais nucléaires et l’extraction d’uranium dans les Prairies canadiennes ainsi que sur la définition du complexe militaro-industriel énoncée dans la politique. Comme le conseiller continuait de s’opposer à la motion sans proposer de recommandations pour pallier ses critiques, la motion a été approuvée telle quelle. 

Cependant, lorsque les motions sont approuvées par le conseil législatif, elles doivent passer par le conseil d’administration de l’AÉUM. Ce même conseiller siège au conseil d’administration. Pour cette raison, la motion a pris plusieurs semaines à être approuvée. La motion a heureusement été officiellement adoptée le 18 mars dernier.

Je devrais noter que le conseil d’administration n’est censé renvoyer les motions que pour des considérations opérationnelles, juridiques ou financières, car cet organe est censé reconnaître que le conseil législatif, étant l’organe élu de la communauté étudiante, détient le pouvoir décisionnel politique de l’AÉUM. Le conseil d’administration n’est ni élu ni représentatif de l’électorat mcgillois.

Une politique qui ne fait pas l’unanimité

Alex Karasick, membre du conseil d’administration de l’AÉUM, a fait part au Délit de ses doutes quant à la motion. C’est surtout l’intention derrière qui serait inquiétante, selon Karasick. « Lorsque la motion nous a été présentée pour la première fois, on prétendait que l’objectif recherché était exclusivement la transparence dans la recherche, et rien d’autre. C’est ce que les membres d’Étudiant·e·s pour la paix et le désarmement et du conseil législatif ont plaidé. J’avais un problème avec cela, car l’intention de la motion était vraiment d’en faire beaucoup plus : elle cherchait également à démilitariser McGill entièrement. » 

« L’intention de la motion était vraiment d’en faire beaucoup plus : elle cherchait également à démilitariser McGill entièrement »

Alex Karasick

Les vice-président·e·s Brooklyn Frizzle et Ayo Ogunremi ont pour leur part affirmé que ces critiques ont été abordées et résolues un mois avant l’approbation de la motion. Pour cette raison, il·elle·s ont jugé que ce débat ne méritait pas d’être soulevé à nouveau.

Karasick n’était pas satisfait de l’approbation de la motion. « La façon dont elle était présentée posait déjà un problème, mais le contenu réel de la motion était horrible. Je pense que c’est une politique mal faite qui ne servira qu’à nuire à nos relations avec l’administration, et ce, pour un objectif que nous ne pourrions jamais espérer atteindre. »


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