Être vert à sa manière

Vous ne sauverez pas à vous seul·e la planète, mais au moins vous aurez fait votre part.

ForêtAdélia Meynard | Le Délit

David Suzuki, généticien canadien ayant dévoué sa vie à la protection environnementale, demanda un jour à E. O Wilson, biologiste de renommée mondiale, combien d’êtres humains notre planète pourrait-elle soutenir indéfiniment. La réponse de Wilson est une pilule difficile à avaler : « Si vous voulez vivre comme des Nord-Américains, 200 millions. »

Dans l’édition du 19 janvier dernier, j’ai exprimé mon doute sur notre capacité à soutenir un monde équitable et durable si nous nous concentrons uniquement sur une transition vers les énergies renouvelables. Pendant que nos gouvernements ainsi que les marchés amorcent cette transition (qui sera certes utile), il serait encore plus important que nous commencions à changer quelques-unes de nos habitudes de vie afin de réduire notre impact sur notre environnement.

Je vais maintenant vous présenter trois actions (parmi tant d’autres) que nous pouvons entreprendre dès demain matin dans trois domaines connexes, soit l’efficacité énergétique, le gaspillage et la consommation. Évidemment, je vous encourage à en apprendre davantage sur chacun de ces sujets en profitant de mon (léger) abus des hyperliens.

Comment être vert en économisant nos billets verts

Augmenter la rétention de chaleur dans nos bâtiments, optimiser les réseaux de distribution électrique ou même diminuer la quantité d’énergie qui sort de chacune de nos prises électriques ont un avantage commun : une fois l’ajustement initial complété, nous pouvons non seulement réduire notre impact environnemental, mais aussi économiser de l’argent !

Une portion significative (soit 21% aux États-Unis) de notre énergie est utilisée pour nourrir nos appareils électroniques : cette quantité peut facilement être diminuée. 

Non, je ne vais pas exiger que vous arrêtiez de griller votre pain le matin ou même que vous réduisiez vos nombres d’heures devant Netflix (même si vous devriez probablement le faire): je vais plutôt vous proposer de couper dans vos « charges fictives », qui peuvent représenter près de 40% de l’énergie consommée consommée par vos appareils électronique.

« En effet, nos télévisions, ordinateurs et consoles de jeux vidéo consomment de l’énergie tant et aussi longtemps qu’ils sont connectés à des prises de courant »

La « charge fictive » est l’énergie dépensée par nos appareils lorsque nous ne les utilisons pas. En effet, nos télévisions, ordinateurs et consoles de jeux vidéo consomment de l’énergie tant et aussi longtemps qu’ils sont connectés à des prises de courant. Déconnecter ces appareils lorsqu’ils ne sont pas utilisés pourrait réduire jusqu’à 10% de l’énergie dépensée par notre demeure.

Nous pouvons aussi faire bon usage de barres d’alimentation intelligentes, qui coupent automatiquement tout courant aux appareils connectés subissant une baisse de demande soudaine d’énergie (qui se produit lorsque nous éteignons notre appareil). Au lieu de déplacer tous nos meubles pour déconnecter notre télévision, nos haut-parleurs ainsi que notre console de jeu, nous n’avons qu’à éteindre nos appareils et la barre d’alimentation s’occupe du reste.

Combiné avec d’autres habitudes simples telles que fermer les lumières en sortant d’une pièce, porter des vêtements plus chauds à l’intérieur au lieu de monter le thermostat à fond ou changer ses ampoules incandescentes pour des ampoules LED, diminuer nos « charges fictives » peut avoir un impact cumulatif assez significatif sur notre consommation d’énergie.

Forêt
Adélia Meynard | Le Délit

La face cachée de tes ramens périmés

Comme l’ont souvent dit les nombreux conférenciers invités à nos écoles primaires, il est important de respecter « les trois R » de l’environnement. En effet, il est important d’appliquer (avec cet ordre de priorité) la réduction, la réutilisation ainsi que le recyclage dans la vie de tous les jours. Contrairement à ce que nous avons probablement retenu après toutes ces années de ces fameuses conférences, ces habitudes n’ont pas à se limiter à mettre nos canettes au recyclage ou à utiliser des sacs d’épicerie réutilisables. Prenant cela en considération, parlons maintenant d’une fâcheuse habitude que nous avons dans les pays développés, soit le gaspillage alimentaire.

Chaque fois que nous surestimons notre appétit aux sushis illimités ou que nous jetons un fruit parce qu’il ressemble bizarrement au bossu de Notre-Dame, nous ne soupçonnons sûrement pas que cela contribue aux 1,3 milliards de tonnes de nourriture perdue annuellement à travers le monde. Cette quantité se traduit par 170 milliards de litres d’eau (soit 68 millions de piscines olympiques) ainsi que 3,3 milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère.

« Un kilogramme de bœuf nécessite plus de 15 000 litres d’eau à produire, contrairement à 1 200 litres d’eau pour le maïs »

Certaines pertes sont évidemment inévitables lors de la production, surtout dans les pays en développement. Ces derniers, ne possédant généralement pas les meilleures technologies disponibles sur le marché, sont particulièrement sensibles aux problématiques de maladies des cultures et de phénomènes météorologiques extrêmes. Cependant, les pertes au début de la chaîne de production gaspillent moins de ressources, donc pardonnent plus qu’à la fin de celle-ci. Par exemple, lorsque nous jetons notre restant de ramens oubliés au fond du frigo, nous ne perdons pas que des ramens. Nous perdons entre autres l’eau et l’engrais (la production d’engrais azotés émet des gaz à effet de serre) utilisés pour faire pousser les ingrédients, le carburant utilisé pour les transporter ainsi que les ressources utilisées pour fabriquer le plastique (un processus demandant en eau) nécessaire à l’emballage des ingrédients de nos fameux ramens.

Les aliments achetés gaspillés (d’une moyenne de près de 65kg de nourriture par personne par année au Canada) sont, à mon avis, non seulement les plus dommageables pour l’environnement, mais aussi les plus facilement évitables. Nous pouvons facilement planifier notre épicerie en fonction de nos repas pour la semaine ainsi que bien organiser notre frigo afin de ne pas trouver (ou sentir) de mauvaises surprises deux semaines plus tard. Pour ce qui en est des fruits et légumes moins esthétiques, on peut facilement les intégrer à nos recettes. En effet, personne ne trouvera de mauvais goût un smoothie contenant des bananes un peu trop mûres.

Je vais finalement énoncer une idée assez controversée, soit la réduction de la consommation de viande en Amérique du Nord. Nous consommons en moyenne 83g de protéine animale par jour alors que la moyenne quotidienne recommandée est de 51g. Sachant qu’un kilogramme de bœuf à l’épicerie nécessite plus de 15 000 litres d’eau à produire (contrairement à 1 200 litres d’eau par kilogramme de maïs), diminuer sa consommation quotidienne et opter pour des viandes moins énergivores (tel que le poulet) amèneraient de grands bénéfices environnementaux à faible prix.

Réduire ce qui nous rend heureux

Réduire sa consommation : voilà un sujet bien épineux. Nous, citoyens des pays développés, semblons craindre cette discussion autant que celle que nos parents doivent nous donner au début de l’adolescence. Que veulent ces environnementalistes ? Nous renvoyer à l’Âge de la pierre ? 

Nous n’avons pas à tomber dans les extrêmes. Comme pour ce qui en est de la consommation de viande, notre consommation sur un plan plus général peut, à mon avis, elle aussi être facilement diminuée sans réellement affecter notre bien-être. Je vous invite à prendre quelques temps pour vous poser ces questions : êtes-vous heureux avec votre vie ? Si oui, qu’est-ce qui vous rend heureux ? Sinon, qu’est-ce qui affecte votre bien-être ? 

Non, pas si vite. Prenez réellement le temps de réfléchir à ces questions.

Si vous êtes, cher lectorat, tout comme moi, un jeune Nord-Américain ayant la chance d’avoir un toit au-dessus de la tête, de la nourriture à manger ainsi que la liberté de choisir ce qu’il veut faire de sa vie (à part sortir après 20 heures), vous partez du bon pied dans votre quête du bonheur. Votre réponse finale dépend maintenant sûrement de votre situation familiale, vie amoureuse ainsi que vie sociale.

En fait, la majorité des individus vont réfléchir à ces facteurs lorsqu’on leur pose ces questions puisque nos relations interpersonnelles sont extrêmement importantes pour notre bien-être. Nous avons aussi la chance de vivre dans un pays qui nous donne l’opportunité d’être en sécurité, d’avoir accès à des soins de santé abordables et un minimum de stabilité financière : autant de facteurs essentiels au bien-être. En effet, vivre dans un pays développé augmente nos chances de mener une vie satisfaisante. Néanmoins, notre consommation a‑t-elle un rôle à jouer dans notre bonheur ?

La réponse est oui, définitivement. Cependant, consommer apporte des bénéfices incontestables jusqu’à un certain point. Une fois que nous possédons l’essentiel, il nous arrive de consommer, entre autres, pour atteindre les standards de notre entourage : nous sommes des êtres sociables, après tout. Nous tirons non seulement du bonheur à posséder davantage de richesse et à consommer plus, mais aussi à en avoir plus que les autres.

Cette consommation en quelque sorte « compétitive » peut rapidement devenir une course à l’abîme : nous dépensons de plus en plus pour des choses que nous désirons à moitié, mais que nous nous sentons obligé de nous procurer afin de bien paraître devant notre entourage. Malgré l’apparence cliché de cet énoncé, des études sérieuses ont mené à des constatations impressionnantes qui supportent cet argument. 

Au milieu des années 1970, l’économiste Richard Easterlin a constaté au travers de recherches empiriques que le niveau de satisfaction de vie moyen répertorié par un Américain est demeuré constant à long terme malgré une croissance économique soutenue. Une étude plus récente, utilisant une base de données comprenant 54 nations, a été effectuée et confirme aussi cet énoncé. Bien qu’à court terme, la satisfaction de vivre répertoriée augmente avec l’activité économique du pays, il n’y a aucune corrélation significative entre ces deux variables à long terme. Deux explications, supportées par des données empiriques, sont mises de l’avant : la satisfaction tirée de notre consommation dépend du niveau de consommation auquel nous avons été habitués et du niveau de consommation observé dans son environnement.

« N’avons-nous pas quelques biens et services que nous consommons régulièrement qui ne nous rendent pas réellement heureux ? »

Sachant que statistiquement, augmenter sa consommation ne risque pas d’augmenter sa satisfaction de vivre, plusieurs questions se posent. À quel point voulons-nous réellement de plus grosses maisons, de plus grosses piscines creusées ou des garde-robes plus fournies ? N’avons-nous pas quelques biens et services que nous consommons régulièrement qui ne nous rendent pas réellement heureux, voire même qui nous empêchent de profiter de l’essentiel ? Au risque de me passer pour Pierre-Yves McSween, en as-tu vraiment besoin ?

Effectivement, en levant la tête et en regardant autour de soi, je suis certain que nous pouvons tous penser à des choses que l’on consomme, sans trop réfléchir, parce que nous nous disons : « pourquoi pas ? ». Je pense donc que, pour réduire notre impact sur l’environnement, nous devons commencer par être des consommateurs consciencieux. Il s’agit de connaître l’impact de nos achats, de savoir ce qui est réellement important pour notre bonheur personnel et ce que l’on désire pour notre planète, de comprendre à quel point notre consommation est vorace en énergie et, surtout, de s’informer à savoir si la production se fait en respectant nos valeurs.

En effet, le jean fabriqué au Bangladesh que nous avons acheté sur un « pourquoi pas ? » possède fort probablement des squelettes dans le placard

Nous, les jeunes de notre génération, allons bientôt entrer sur le marché du travail, gagner de l’argent ainsi que de l’influence. Nous allons modeler les standards de vie du monde de demain, pour le meilleur ou pour le pire. Autant qu’il est important de réclamer de nouvelles réglementations auprès de nos institutions politiques, il faut aussi reconnaître notre rôle individuel, qui est de limiter notre demande énergétique. 

Contrairement à la croyance populaire, ceci n’a pas besoin d’être un supplice : en effet, nous pourrions même en tirer des bénéfices.


Dans la même édition